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Implanter un verger de pommiers haute densité avec tuteurage

Auteur : John Gardner - spécialiste en pomiculture/MAAARO
Date de création : 15 janvier 1998
Dernière révision : 15 novembre 2005

Première partie : choisir et préparer l'emplacement

Table des matières

  1. Avant-propos
  2. Introduction au verger de pommiers haute densité
  3. Emplacement du verger
  4. Drainage du sol
  5. Type de sol et profondeur
  6. Matière organique
  7. Teneur en éléments nutritifs et pH du sol
  8. Nématodes
  9. Irrigation
  10. Protection contre le gel
  11. Fertigation

Avant-propos

Il existe plusieurs approches et modes de conduite différents pouvant être utilisés avec succès pour établir un nouveau verger de pommiers. Le présent rapport résume les divers procédés nécessaires pour établir un verger de pommiers haute densité avec tuteurage. Ce document sera mis à jour à mesure qu'en Ontario on bénéficiera de plus de connaissances et d'expérience dans le domaine. Consulter toujours le plus récent numéro.

Introduction au verger de pommiers haute densité

La décision de planter un verger de pommiers haute densité avec tuteurage suppose que l'on s'engage entièrement à respecter cette approche. Le pomiculteur doit acquérir de nouvelles compétences et faire exactement ce qu'il faut au moment opportun. Dans une plantation haute densité, l'impact d'une erreur est potentiellement beaucoup plus grand que dans une plantation à plus faible densité. Si on considère le coût de l'établissement, on ne se trompe pas en affirmant que les risques sont élevés. Les récompenses le seront aussi, en terme de rendement et de qualité des pommes. Conduite avec dextérité, la plantation à maturité devrait générer un rendement dont la valeur marchande oscillerait entre 2 000 et 2 500 boisseaux l'hectare (800 et 1 000 boisseaux l'acre) et plus, suivant le cultivar. En deçà de ces niveaux de rendement, le système haute densité avec support recèle peu d'avantages comparé à un système à plus faible densité bien géré en mode plein vent.

Il existe plusieurs variantes du type de supports que l'on peut utiliser. Des études récentes indiquent que la densité de plantation (arbres/acre), le choix du cultivar, et le mode de gestion adopté par le pomiculteur sont les facteurs les plus importants pour le succès d'une nouvelle plantation, et non le type de support utilisé.

Il en coûte plus cher d'établir des vergers de pommiers haute densité que des plantations de plus faible densité. On estime les coûts à plus de 12 000 $ l'acre pour établir un verger tuteuré de 600 arbres/acre. Ces coûts plus élevés pour un nouveau verger haute densité ne sont justifiés que si des revenus sont générés assez rapidement pour les compenser. Pour amortir rapidement des coûts initiaux plus élevés, le nouveau verger devra commencer à produire très vite. Le cultivar choisi doit donner des fruits d'une valeur marchande élevée qui permette de récupérer rapidement le coût de l'établissement. Planter un cultivar suivant un mode haute densité avec support qui ne produirait que des fruits d'une valeur moyenne pourrait être coûteux.

Pour réussir dans la pomiculture à l'avenir il faut une bonne planification à long terme. La conversion à des modes de conduite haute densité avec support doit se faire lentement, assez lentement que le pomiculteur et le pépiniériste soient bien au fait de l'évolution et des technologies de pointe, et aussi pour que les coûts de la conversion ne dépassent pas la capacité du pomiculteur de les financer avec succès.

Emplacement du verger

La question de l'emplacement est très importante, ainsi que le temps passé à le préparer adéquatement. Il faut choisir un emplacement où des porte-greffes nains avec des systèmes racinaires limités offriront un bon rendement. Pour un verger de pommiers, l'emplacement devrait être à proximité d'un vaste plan d'eau, pour son effet modérateur sur le climat. En Ontario, toutes les régions où la culture de la pomme est florissante sont situées près de l'un des Grands Lacs et bénéficient de leur effet modérateur sur les conditions climatiques. Comme les vastes plans d'eau mettent plus de temps à changer de température, les régions à proximité connaissent moins de températures extrêmes l'été comme l'hiver. Leur effet rafraîchissant au printemps retarde le début de la floraison, minimisant les risques de dégâts dus aux gelées de printemps. L'automne ils ont pour effet de retarder l'arrivée du temps froid et les dommages de celui-ci sur les pommes non récoltées et sur les arbres, avant leur acclimatation complète à l'hiver.

L'élévation d'un verger est importante pour lutter contre les gelées de printemps. Une élévation un peu plus grande par rapport à la zone environnante est bénéfique car l'air froid plus lourd, au printemps, se concentre dans les zones plus basses, ce qui rend ces dernières plus vulnérables au gel et nuit au rendement des arbres, causant des pertes de rendement ou endommageant les fruits. Il faut éliminer tout ce qui nuit au déplacement de l'air vers le bas comme un boisé, une haie ou des immeubles ou même une route achalandée. Les boisés ou les haies peuvent être aérés pour faire circuler l'air avec une ouverture de 25 m chaque 100 m.

On voudra privilégier un terrain légèrement en pente. Les pentes très inclinées rendent le travail plus difficile dans le verger et sont sensibles à l'érosion. Les pentes exposées au nord sont plus enviables parce qu'elles ont tendance au printemps à retarder la croissance des bourgeons; d'autres facteurs peuvent aussi influer, comme réduire l'exposition au vent dominant.

Attention au vent. Éviter les emplacements venteux. Des vents forts peuvent ralentir la croissance des arbres, augmenter les meurtrissures des fruits et leur chute lors de la récolte, réduire l'activité des abeilles pendant la pollinisation et nuire à l'efficacité des pulvérisations. Des brise-vent sont utiles mais peuvent favoriser une accumulation excessive de neige, créer plus d'ombre et prolonger le délai d'assèchement du verger, causant une recrudescence des maladies des fruits ou des feuilles.

Autre question importante en choisissant un emplacement, la disponibilité de l'eau d'irrigation. Les porte-greffes nanifiants ont un volume de racines limité. La plus grande partie des racines qui les alimentent se situe dans les 30 centimètres supérieurs de sol. Le porte-greffe M9 tolère beaucoup moins bien les sols chauds et secs que le porte-greffe standard ou le MM106. Il faut pour l'irrigation un approvisionnement fiable en eau de bonne qualité. Le captage de cette eau ne doit avoir aucun effet à long terme sur l'environnement immédiat et ne pas interférer à court terme avec les autres usagers. Il faut évaluer combien d'eau peut être nécessaire. Le point d'origine de l'eau (distance à l'horizontale et poussée verticale) a un impact sur le coût et la conception du système d'irrigation. Un équivalent en humidité de 2,5 cm d'eau par semaine provenant de la pluie ou de l'irrigation, ou des deux, peut suffire pour éviter le stress causée par la sécheresse. Il faut peut-être aussi une source d'eau à proximité, qui serait adéquate pour favoriser la croissance des porte-greffes nanifiants pendant la saison. Pour plus de détails sur l'irrigation et les besoins en eau, on peut se procurer la publication du MAAARO intitulée Les meilleures pratiques de gestion - Gestion de l'irrigation, auprès du bureau régional du ministère.

Moins de types de sols et de conditions climatiques conviennent aux vergers haute densité qu'à ceux de densités plus faibles. Même si une plantation à faible densité réagit bien dans un emplacement donné, ce dernier ne convient peut-être pas au mode haute densité. Une connaissance approfondie de tous les problèmes ayant affecté les cultures et les vergers précédents est une première étape essentielle dans l'évaluation d'un emplacement. Étant donné l'investissement élevé que nécessite le verger haute densité, le pomiculteur doit être en mesure d'adapter l'emplacement pour qu'il réponde exactement aux exigences du mode haute densité, sinon il vaut mieux trouver un autre site.

Drainage du sol

L'élimination de l'excès d'eau du sol est une forme de drainage souvent oubliée par le pomiculteur. Sous aucun prétexte les pommiers ne devraient passer plus de une ou deux journées à la fois dans l'eau. Dans un tel cas les racines suffoquent et l'arbre est endommagé et peut même en mourir. Pour que les arbres produisent bien sur les porte-greffes nanifiants utilisés dans les plantations haute densité, il faut un drainage presque parfait. Les drains à tuyaux constituent la façon la plus efficace pour améliorer le drainage. On peut aussi drainer les poches de zones humides avec des buttes que l'on formera après l'installation des drains à tuyaux. Ce sont d'ordinaire les sols argileux plus lourds qui exigent un meilleur drainage, mais on a aussi constaté des problèmes dans les vergers au sol sablonneux quand la surface libre de la nappe est haute. On peut aussi drainer de façon efficace les zones humides au moyen d'un arrangement irrégulier. D'ordinaire, un arrangement systématique de drainage est souvent nécessaire et en certaines zones la distance entre les rangées de drains devrait être la même qu'entre les rangs d'arbres. Faire installer le réseau de drainage enterré par un entrepreneur qualifié.

Un mauvais drainage au travers de la coupe sériée pourrait être causé par une croûte ou du sol compacté dans le sous-sol. On peut détecter ce phénomène en observant avec soin au moyen de trous d'inspection creusés à la main, à 1 m de profondeur dans différentes zones de la plantation prévue. Une croûte à moins de 50 ou 60 cm de la surface peut nuire à la pénétration des racines et à la circulation de l'eau. Il faudra dans ce cas briser ce sol compacté au cultivateur ou à la trancheuse sous-soleuse. Cette manœuvre sera d'autant efficace qu'elle est effectuée quand le sol est sec et qu'il s'effrite bien, d'ordinaire en août. Le pomiculteur devrait procéder l'année qui précède la plantation, si possible dans les deux directions

Types de sol et profondeur

Il n'y a pas de types de sol convenant parfaitement à la production des meilleures pommes possible. Disons qu'il faut un sol d'au moins 1 m de profondeur, avec peu de roches affleurant à la surface ou de rochers enfouis. On peut réussir un verger dans des sols allant de sablonneux à argileux. Il existe pour chaque type des avantages et des inconvénients. On voudra éviter les sols séchards et érodés ne présentant aucun horizon géologique entre la couche arable et le sous-sol.

Matière organique

La matière organique est ce qui reste après que les résidus de culture se soient décomposés sous l'action chimique ou microbienne. Elle est importante car : elle améliore la structure du sol, sa maniabilité, elle abrite des microorganismes bénéfiques, augmente la capacité de rétention de l'eau ainsi que la teneur en éléments nutritifs du sol. On peut faire déterminer la teneur en matière organique du sol sur demande lors de l'analyse du sol. Quand cette teneur est faible (inférieure à 2 %), il faut l'améliorer en intégrant au sol du fumier ou en plantant une culture d'engrais vert. Choisir une culture qui n'abrite pas de nématodes, comme celles qui suivent.

Culture couvre-sol Kg/ha
Ray-grass annuel 20 - 30
Sorgho-herbe du Soudan 79 15 - 20
Ray-grass pluriannuel 10 - 15
Fétuque élevée 22
Blé 100 - 130
Orge 80 - 160

Teneur en éléments nutritifs et pH du sol

Bien avant la plantation il faut prendre un échantillon de sol afin de pouvoir effectuer les amendements nécessaires au pH et à la teneur en éléments nutritifs, et les incorporer. Les taux de traitement de préplantation recommandés ne doivent être déterminés qu'après une analyse minutieuse et complète. On obtiendra auprès des bureaux régionaux du MAAARO une liste des laboratoires accrédités qui effectuent des analyses de sol. Pour plus de détails sur les éléments nutritifs dans le sol, voir la publication du MAAARO intitulée Les pratiques de gestion optimales, fascicule Planification de la gestion des éléments nutritifs.

Pour prélever un échantillon de sol, gratter 2 cm de la surface du sol. Au moyen d'une sonde ou d'une pelle, prélever un échantillon à une profondeur de 2,5 à 30 cm (1 à 12 pouces). Dans un verger de 4 hectares, il faut au moins 15 sous-échantillons mélangés ensemble et une poignée de terre arable et les acheminer au laboratoire pour analyse. Restreindre la zone échantillonnée à un type ou à un état uniforme de sol au sein du verger. Échantillonner séparément les différents types de sol, de textures de sol, de conditions de drainage ou d'antécédents de cultures qui cohabitent dans le verger.

Pour éviter la contamination des échantillons par des microorganismes, ne pas utiliser d'outils ou de contenants galvanisés pour l'échantillonnage.

Le pH d'un sol représente une mesure de son acidité. Avant l'établissement d'un nouveau verger de pommiers le pH cible est de 6,5 pour un sol sablonneux et de 6,0 pour un sol argileux. Si le pH est inférieur, il faut de la chaux. Le type et la quantité de chaux nécessaires seront déterminés par le rapport d'analyse du sol. C'est le seul moment, avant la plantation, où l'on peut incorporer au sol de façon efficace des éléments tels le phosphore, le bore et la chaux pour rajuster le pH. Voici les niveaux d'éléments nutritifs considérés comme adéquats pour l'établissement d'un verger :

Résultats des analyses de sol Concentration en parties par million (ppm)
Phosphore (P) 12 - 20 ppm
Potassium (K) 120 - 150 ppm
Magnésium (Mg) 100 - 250 ppm
Calcium (Ca) 1000 - 5 000 ppm
Bore (B) 0,6 - 1,2 ppm
Zinc (Zn) Aucune valeur valide
Fer (Fe) Aucune valeur valide
Manganèse (Mn) Aucune valeur valide
Soufre (S) Aucune valeur valide
Cuivre (Cu) Aucune valeur valide
Pouvoir d'échange cationique (CEC) 8 -25 milliéquivalents/100 g sol sec (directement lié à la teneur en argile et en matière organique dans le sol)
Saturation en bases Mg 12 - 15 %
Ca 65 - 75 %
K 2 - 4 %


Nématodes

Qu'il s'agisse de replanter ou de planter dans un nouvel emplacement, il faut prélever des échantillons et diagnostiquer la présence de nématodes (petits vers microscopiques semblables à un fil qui vivent dans le film d'eau dans le sol) l'année qui précède la plantation. Ces ravageurs se nourrissent des racines des végétaux et ils peuvent nuire grandement à leur croissance et à celle des arbres. Souvent les arbres ne s'en remettront pas. Ils sont surtout préoccupants dans le sable et les loams sablonneux et ils sont moins menaçants dans les sols argileux plus lourds. On peut obtenir plus de détails sur les méthodes d'échantillonnage et les services de diagnostic dans tous les bureaux régionaux du MAAARO. On trouvera des directives sur le prélèvement d'échantillons et leur analyse dans la fiche technique du MAAARO intitulée " Échantillonnage du sol et des racines pour le dépistage des nématodes ", Agdex 628.

En Ontario, lors de l'établissement d'un nouveau verger de pommiers, il faut être vigilant face aux nématodes des racines (Pratylenchus penetrans). Si on les dénombre à plus de 1 000/kg de sol, il faut intervenir.


Les autres espèces comme le nématode spiralé, le nématode du rabougrissement et le nématode " des stylets ", se nourrissent principalement des racines des graminées et n'affectent pas trop la croissance des arbres. Le nématode du genre Xiphinema peut causer problème en présence de virus. On intervient si les populations sont supérieures à 50/kg de sol. Pour plus de détails sur les nématodes et leur maîtrise, voir la fiche technique du MAAARO intitulée " Lutte contre les nématodes dans les vergers de l'Ontario ", Agdex 206/628, commande no 95-061.

Au besoin, fumiger l'automne qui précède la plantation. De nombreux pomiculteurs font maintenant usage d'un fumigateur à dents profondes et ne traitent que les bandes de plantation d'arbres. S'adresser au fournisseur de produits chimiques pour savoir quels services de fumigation sont offerts. Quand les populations de nématodes sont modérément élevées, il faut garder l'emplacement en jachère et libre de toutes mauvaises herbes et couvre-sols pendant une saison de croissance et le travailler au cultivateur, ce qui souvent abaisse les niveaux de nématodes et élimine le besoin de lutte chimique. Il importe si le pomiculteur effectue une fumigation, de préparer le sol adéquatement pour briser les mottes et la tourbe afin de disperser le nématicide de façon satisfaisante. Le sol qui n'est pas divisé assez finement peut permettre à des populations de nématodes d'échapper aux manœuvres de lutte, et le résultat sera moins satisfaisant par rapport au coût pour les maîtriser.

Comme la préparation de l'emplacement est très importante, on ne devrait pas agir à la hâte pour établir un verger sur un emplacement de replantation ou autre. Prendre le temps de bien conditionner le sol avant la plantation.

Il existe des couvre-sols qui favorisent l'élimination des nématodes, consulter la publication 360F du MAAARO intitulée Recommandations pour les productions fruitières. Notons par exemple le radis oléagineux, certaines moutardes, des hybrides sorgho x herbe du Soudan, la tagète érigée et le millet perlé fourragé canadien (MPFC) 101.


Irrigation

L'établissement et le développement de l'arbre au début dépendent largement de l'humidité disponible dans le sol. Des sols différents ont des capacités variables de rétention de l'eau. Un loam argileux bien structuré peut emmagasiner plus d'eau disponible pour la croissance de l'arbre qu'un sol sablonneux. Les sols qui offrent une humidité adéquate pendant toute la saison de croissance auront tendance à favoriser l'établissement de meilleurs arbres, qui produisent plus de branches fruitières, donnent plus de boutons à fruits sains et de meilleures pommes qui se conservent plus longtemps.

Chaque pommier mature sur un porte-greffe complètement nanifiant peut exiger jusqu'à 36 litres d'eau par jour en juillet et en août, provenant d'un réseau d'irrigation au goutte-à-goutte. L'irrigation peut influer sur la taille individuelle des fruits du verger et avoir un effet positif sur le retour de la floraison l'année suivante. Grâce à ces deux caractéristiques, on verra le nombre de caisses de pommes se multiplier et le pomiculteur pourra bénéficier d'un meilleur rendement annuel.

L'irrigation en temps opportun permet de maintenir une humidité adéquate du sol, qui retarde la formation du bourgeon terminal vers la fin de la saison, ce qui laisse suffisamment de temps aux nouvelles pousses d'atteindre leur maturité et de s'endurcir avant l'arrivée de l'hiver. Les arbres souffrant de stress de sécheresse forment les bourgeons terminaux plus tôt, ce qui nuit à la croissance des pousses et à l'acclimatation adéquate à l'hiver. Avec le stress causé par la sécheresse on voit la phytosynthèse devenir la fonction principale. L'eau s'achemine de l'écorce et du fruit vers les feuilles. Un arbre peut ne plus disposer d'humidité utile bien avant que ses feuilles ne se flétrissent.

Humidité utile du sol

Idéalement il faut un approvisionnement en continu pendant toute la saison afin que la croissance ne soit pas interrompue et que l'arbre ne soit pas stressé. Un niveau d'humidité utile entre 40 et 50 % est considéré comme adéquat pour tous les types de sol. Avec l'irrigation au goutte-à-goutte, l'humidité utile sous les goutteurs est maintenue à 85 à 90 %. Avec les réseaux d'irrigation par aspersion l'humidité utile peut tomber à 50 % sans affecter le rendement. Ce niveau est facile à maintenir à certains moments, et plus difficile à d'autres. Pour certains types de sol il faut une surveillance constante et des manœuvres soignées.

Surveillance de l'humidité utile du sol

On peut déterminer l'humidité utile du sol au toucher. Les sols à textures fines (loams limoneux et argileux), que l'on peut prendre dans la main et presser doucement en une balle qui se tient, contiennent probablement jusqu'à 50 % d'humidité. Une balle qui se désagrège sous la pression de la main ne contient que de 30 à 40 % d'humidité utile, ou moins.

Un tensiomètre pourrait être utile. C'est un instrument qui mesure au travers d'un capuchon de céramique poreux la " tension " exercée par l'eau sur un tube scellé qu l'on enfonce à une profondeur spécifique. Un vacuomètre mesure le vide créé à mesure que le sol soutire de l'eau du tube. Un tableau permet de comparer les lectures obtenues à l'humidité utile pour chaque type de sol.

Technologie du film de particules - L'usage de films de particules comme le phytoprotecteur " SurroundWP " sur les jeunes arbres contribue à la fois à leur établissement et au volume de la récolte en éliminant les symptômes de stress thermique pendant les jours les plus chauds de la saison. Voir la publication 360 F du MAAARO intitulée Recommandations pour les cultures fruitières pour plus de détails.

Protection contre le gel

En choisissant un système d'irrigation qui arrose le couvert de la culture avec de l'eau, un pomiculteur peut mieux contrôler la gelée de printemps sur la culture. On y arrive en arrosant constamment jusqu'à ce que la menace de dégât par le gel soit passée le lendemain matin. À mesure que l'eau gèle elle libère de la chaleur, même si les fleurs sont couvertes de glace, aussi longtemps que l'on garde la glace humide en l'arrosant avec de l'eau, la chaleur disponible protège les fleurs. Un réseau réglé pour appliquer 4 mm d'eau à l'heure suffit d'ordinaire pour protéger les fleurs de pommiers du gel jusqu'à environ -6 °C.

Il faut prendre soin de lutter contre les maladies comme la tavelure du pommier et le feu bactérien quand on utilise l'eau comme protection contre la gelée.

Fertigation

Les avantages de la fertigation peuvent ne pas justifier les coûts et les manoeuvres supplémentaires de lutte.

On appelle fertigation l'usage de réseaux d'irrigation pour effectuer les apports nécessaires en macroéléments fertilisants comme l'azote (N) et le potassium (K). Cette approche à la fertilisation est étudiée avec soin par certains pomiculteurs. Pour plus de détails sur les pratiques et les principes relatifs à la fertigation, consulter la publication Les pratiques de gestion optimales, fascicule Gestion de l'irrigation.

Avec la fertigation, plutôt que d'effectuer l'apport total nécessaire de N en une seule bande sur le pourtour de chaque arbre ou dans la bande d'herbicides, on injecte 1/3 de l'apport en N nécessaire à chaque arbre en une dose unique au début avril avant l'apparition du feuillage. C'est dans le but de stimuler la croissance végétative tôt au printemps. La croissance active des racines commence avant l'apparition des bourgeons dans le couvert. On peut réduire les doses totales recommandées de N et de K appliquées sous forme d'engrais secs d'environ 50 % avec la fertigation. Cette méthode pour fournir les éléments nutritifs aux arbres du verger doit être surveillée avec soin au moyen d'analyse foliaire.

L'acidification du sol survient rapidement entre les goutteurs si on utilise du nitrate d'ammonium comme source d'azote. On épandra les 2/3 de N qui restent en quantités égales avec l'irrigation suivante en mai et en juin, mais pas après. Il faut cesser l'apport en N en juin pour ralentir la croissance végétative et faciliter l'acclimatation en vue de l'hiver suivant. Le nitrate de calcium est la source privilégiée de N pour la fertilisation des arbres fruitiers car l'acidification du sol se produit plus lentement.

Quand on effectue l'apport de potassium (K) au moyen de la fertigation, plutôt que d'épandre la quantité totale de K en une seule bande sur le pourtour de chaque arbre au printemps, on injecte le K en quantités égales avec chaque irrigation en juillet et en août. L'application tardive de K par rapport à celle de N améliore la couleur des fruits, favorise l'endurcissement pour l'hiver, la croissance de l'arbre et sa résistance aux maladies pendant la dernière partie de la saison de culture.

On n'utilise pas la fertigation pour :

le phosphore (P) : en Ontario, le sols des vergers présente des teneurs suffisantes en phosphore et les pommiers n'ont d'ordinaire aucun difficulté à prélever les quantités adéquates;

le magnésium (Mg) et le calcium (Ca) : au besoin, ils sont mieux incorporés sous la forme d'amendements du sol ou de pulvérisation foliaire;

les oligo-éléments (p. ex. le bore, le manganèse, le fer, le zinc) : au besoin, ils sont mieux incorporés sous la forme d'amendements du sol ou de pulvérisation foliaire.

Chaque traitement de fertigation doit être intégré à une irrigation prévue et il est préférable en fin du cycle d'irrigation, pour éviter de lessiver des éléments nutritifs sous la zone principale des racines. Rincer immédiatement les tuyaux goutteurs pour qu'ils ne soient pas obstrués.

 

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