Brûlure bactérienne

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier.
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Table des matières

  1. Introduction
  2. Symptômes
  3. Cycle biologique
  4. Surveillance et lutte
  5. Cartes de prévision de la brûlure bactérienne pour les poires
  6. Cartes de prévision de la brûlure bactérienne pour les pommes

Introduction

La brûlure bactérienne est une maladie grave qui cause beaucoup de dommages et de lourdes pertes économiques dans les vergers de pommiers et de poiriers. Cette maladie est attribuable à une bactérie, Erwinia amylovora (Burrill), qui infecte des hôtes appartenant à la famille des rosacées. Ces hôtes comprennent le cognassier, le pommetier, l'aubépine, le cotonéaster, le sorbier d'Amérique et le buisson-ardent. Le framboisier peut être infecté par la bactérie responsable de la brûlure bactérienne, mais la souche qui infecte le framboisier n'infecte ni le pommier, ni le poirier, ni les espèces ornementales. La bactérie E. amylovora est présente dans la plupart des régions pomicoles de l'Ontario. C'est dans le sud-ouest de la province qu'elle est le plus dévastatrice. Certaines années, des blocs de vergers entiers y sont détruits par des infections graves. La brûlure bactérienne est devenue problématique dans les vergers à haute densité qui abritent de nouveaux cultivars sensibles et des porte-greffes nanifiants (figure 4-153).

Figure 4-153. Pommiers gravement infectés par la brûlure bactérienne donnant l'impression d'avoir été roussis par le feu.

Figure 4-153. Pommiers gravement infectés par la brûlure bactérienne donnant l'impression d'avoir été roussis par le feu.

Symptômes

Comme la brûlure bactérienne peut se manifester à bien des endroits sur l'arbre, on parlera de brûlure de la fleur, des pousses, du fruit, des branches et du tronc, du collet ou des porte-greffes.

Brûlure de la fleur

La brûlure de la fleur est constatée au printemps quand les fleurs sont infectées. Les fleurs infectées paraissent d'abord gorgées d'eau, puis commencent à se faner, à se ratatiner et à brunir ou à noircir (figure 4-154). En butinant les fleurs infectées, les insectes pollinisateurs contaminent les fleurs saines et propagent ainsi la maladie. Une fois que les fleurs sont infectées, l'agent pathogène s'insinue souvent dans le pédoncule, puis dans le dard, et par conséquent reste attaché à l'arbre. Si un dard sur une branche maîtresse ou le tronc devient infecté, la maladie peut migrer du dard vers le tronc ou la branche et finir par provoquer la formation d'un chancre qui cernera l'organe atteint.

Figure 4-154. Fleurs infectées qui, après avoir au départ paru gorgées d'eau, finissent par se flétrir, se ratatiner et brunir ou noircir.

Figure 4-154. Fleurs infectées qui, après avoir au départ paru gorgées d'eau, finissent par se flétrir, se ratatiner et brunir ou noircir.

Brûlure des pousses

Les pousses succulentes et les pousses adventives peuvent également devenir infectées par la brûlure des pousses. Les pousses infectées paraissent d'abord gorgées d'eau, puis, rapidement, brunissent ou noircissent. La brûlure des pousses se développe très rapidement une fois que l'infection s'est déclarée. Les symptômes de la brûlure des pousses sont constatés tout au long du printemps et de l'été, particulièrement quand la brûlure bactérienne est présente dans le verger, dans des fleurs ou des pousses infectées et dans des chancres où la bactérie hiverne. Les lésions sur les feuilles et les pousses attribuables à l'abrasion par le sable, un vent cinglant ou la grêle ouvrent la voie à l'infection des tissus sensibles par des bactéries. Celles-ci peuvent avoir progressé de 15 à 30 cm ou même davantage à l'intérieur de la pousse dans les quelques jours seulement qui suivent l'infection. Au fur et à mesure que les bactéries descendent dans la pousse, les tissus des tiges se décolorent et se ratatinent. Les pousses infectées fléchissent à l'extrémité et forment des « J » inversés rappelant des crosses de berger (figure 4-155). Souvent, les premiers symptômes ne se manifestent que plusieurs semaines après la floraison. Les pommiers et les poiriers qui possèdent plusieurs pousses gravement infectées paraissent brûlés par le feu (figure 4-156). Les premiers symptômes sur les feuilles font penser à une altération brune ou noire de la couleur des pétioles et de la nervure principale, alors que le reste des tissus foliaires restent verts. Un suintement bactérien le long de la nervure principale des feuilles infectées et de la tige des pousses infectées est également fréquent (figure 4-157). Tôt ou tard, les feuilles infectées brunissent à partir des tissus longeant la nervure principale. Les feuilles mortes collent souvent à la pousse durant la saison de croissance et même durant l'hiver. Habituellement, l'extrémité de la pousse est la partie qui est atteinte en premier. Il arrive aussi que le point d'infection primaire soit la base des pousses. Les bactéries de la brûlure bactérienne migrent dans le tissu vasculaire de l'arbre depuis un chancre jusque dans les pousses et causent l'apparition de symptômes semblables.

Figure 4-155. Extrémité d'une pousse infectée en forme de " J " inversé ou de crosse de berger.

Figure 4-155. Extrémité d'une pousse infectée en forme de « J » inversé ou de crosse de berger.

Figure 4-156. Pousses gravement infectées.

Figure 4-156. Pousses gravement infectées.

Figure 4-157. Suintement bactérien hors de la tige d'une pousse infectée.

Figure 4-157. Suintement bactérien hors de la tige d'une pousse infectée.

Brûlure des branches et du tronc

Les pertes les plus lourdes qu'entraînent les infections par la brûlure de la fleur et la brûlure des pousses se produisent lorsque la maladie progresse à l'intérieur du vieux bois. La brûlure bactérienne se propage aux branches principales et au tronc de l'arbre depuis les dards ou les pousses infectés lorsque des températures douces se combinent à un fort taux d'humidité pour former les conditions propices à la brûlure bactérienne. Les chancres qui se forment sur le vieux bois encerclent la branche et interrompent le transport des éléments nutritifs et de l'eau, ce qui fait mourir le bois sain qui se trouve au-delà, vers l'extrémité de la branche. Les chancres sont d'abord de couleur brune à violette. Tôt ou tard, ils s'enfoncent et présentent un pourtour fissuré (figure 4-158). Le tissu sous l'écorce paraît au départ gorgé d'eau, puis présente des stries rouges et finit par brunir. Durant les épisodes de pluie et de forte humidité, des bactéries suintent de la surface des chancres. Au début, les gouttelettes formées par le suintement bactérien sont d'un blanc laiteux, mais brunissent rapidement au contact de l'air. Elles peuvent s'assécher un peu et rester collantes ou s'assécher complètement et former une substance ambrée qui fait penser à de la résine à la surface des chancres, où elles restent pendant plusieurs mois. Les bactéries présentes dans le suintement constituent une source d'inoculum que les insectes butineurs et les éclaboussures de pluie se chargent de propager à d'autres tissus ou à d'autres arbres. Les bactéries sont aussi facilement propagées d'arbre en arbre par des outils d'élagage contaminés. Habituellement, l'hiver, les chancres s'assèchent et deviennent inactifs. Au printemps, l'agent pathogène reprend ses activités sur le pourtour des chancres, ce qui amène ceux-ci à prendre de l'expansion. Les infections s'étendent et se propagent aux pousses adventives, pousses et branches adjacentes et forment des chancres bactériens. Selon les conditions météorologiques qui règnent au printemps dans le verger, les chancres peuvent commencer à prendre de l'expansion durant ou peu après la floraison.

Figure 4-158. Chancre de la brûlure bactérienne formant une zone déprimée aux pourtours fissurés et présentant un suintement à sa surface.

Figure 4-158. Chancre de la brûlure bactérienne formant une zone déprimée aux pourtours fissurés et présentant un suintement à sa surface.

Brûlure propagée par des blessures

La brûlure propagée par des blessures est une phase rare et très destructrice de la brûlure bactérienne, qui se développe à la suite de blessures occasionnées aux feuilles, aux fruits et aux pousses par les gelées tardives (températures inférieures ou égales à 3 ºC), la grêle ou le vent. Les blessures deviennent des points d'entrée pour la bactérie pathogène, ce qui cause un choc ou un traumatisme aux pommiers et mine leurs mécanismes de défense naturels.

Brûlure du fruit

Le fruit devient infecté durant la saison de croissance lorsqu'il a été endommagé par des insectes, des vents violents, la pluie ou la grêle. Les symptômes commencent à apparaître dans les 24-48 heures qui suivent l'épisode responsable de la blessure, par exemple l'épisode de grêle. Le fruit infecté paraît d'abord gris, vert ou gorgé d'eau (figure 4-159), puis devient ratatiné, brun foncé et momifié. Le fruit infecté reste souvent attaché à la lambourde (figure 4-160).

Figure 4-159. Aspect initial du fruit infecté, qui paraît gris, vert ou gorgé d'eau.

Figure 4-159. Aspect initial du fruit infecté, qui paraît gris, vert ou gorgé d'eau.

Figure 5-160. Fruit infecté devenu ratatiné, brun foncé et momifié qui reste attaché à la lambourde.

Figure 5-160. Fruit infecté devenu ratatiné, brun foncé et momifié qui reste attaché à la lambourde.

Brûlure du collet et des porte-greffes

La brûlure du collet et des porte-greffes frappe les porte-greffes sensibles, tels que M.9 et M.26. Elle se produit souvent au niveau du sol, juste au-dessous du point de greffe sur la partie porte-greffe. Ce type de brûlure fait souvent mourir le pommier et est difficile à distinguer de la pourriture du collet causée par Phytophthora. Au départ, les infections prennent la forme de lésions sombres, gorgées d'eau et violettes. Leurs pourtours sont d'abord diffus ou surélevés et cloqués, mais à la longue, ils deviennent plus nets et se fissurent ou se fendillent (figure 4-161). Quand on soulève l'écorce, on aperçoit des stries rouge-brun sur les tissus internes de la zone atteinte. L'invasion par les bactéries de la brûlure bactérienne a pour point de départ les gourmands ou les pousses adventives, les bactéries qui sont présentes dans l'eau ruisselant sur le tronc depuis des pousses et des fruits infectés, ou la diffusion interne (sans symptômes d'infection des tissus vasculaires) des bactéries de la brûlure bactérienne depuis le greffon situé au-dessus du sol jusqu'au porte-greffe. Quand le porte-greffe est infecté, il y a tout lieu de craindre la mort de l'arbre, surtout si celui-ci est jeune.

Figure 4-161. Brûlure des porte-greffes au niveau du sol juste sous le point de greffe dans la partie porte-greffe de l'arbre.

Figure 4-161. Brûlure des porte-greffes au niveau du sol juste sous le point de greffe dans la partie porte-greffe de l'arbre.

Cycle biologique

Les bactéries responsables de la brûlure bactérienne hivernent sur les contours des chancres. Au printemps, quand les températures s'élèvent à plus de 18 ºC, les chancres deviennent actifs et des gouttelettes renfermant une forte concentration de bactéries suintent des tissus infectés de l'écorce. Les bactéries présentes dans ce suintement peuvent être emportées par des insectes ou les éclaboussures d'eau vers des fleurs épanouies et les pousses tendres en croissance. Les bactéries peuvent aussi contaminer le verger en provenance de plantes ornementales et d'hôtes sauvages avoisinants.

Pour que la maladie se déclare et se propage, trois conditions doivent être réunies simultanément :

  1. présence de bactéries;
  2. présence d'un hôte sensible;
  3. présence de conditions météorologiques propices.

Les bactéries responsables de la brûlure bactérienne peuvent être présentes dans le verger sans déclencher d'infection ni s'accompagner de symptômes de la maladie. Une fois que les conditions météorologiques leur sont favorables, les bactéries se multiplient rapidement et envahissent les tissus sensibles, ce qui donne lieu à des foyers d'infection et à la propagation de la maladie. Les bactéries prolifèrent à l'intérieur d'une fourchette de températures allant de 4 à 32 ºC, mais elles connaissent une multiplication rapide conduisant le plus souvent à des infections à des températures de 24 à 28 ºC. Une période prolongée de temps très chaud et pluvieux favorise la multiplication de l'agent pathogène et les infections, en plus d'encourager la croissance de tissus succulents sensibles.

Les fleurs épanouies sont les tissus les plus sensibles, car elles offrent une porte d'entrée aux bactéries. Les bactéries sont transportées sur les fleurs par le vent, la pluie et les insectes. Une fois qu'elles se sont introduites dans une fleur épanouie, elles se multiplient rapidement sur les stigmates. L'eau libre (pluie, rosée) entraîne les bactéries à l'intérieur du réceptacle de la fleur. Les bactéries entrent ainsi par cet orifice naturel directement dans les tissus de la plante hôte. L'agent pathogène est aussi propagé par l'action des insectes pollinisateurs qui le transportent des fleurs infectées aux fleurs saines. Une fois que l'infection s'est déclarée, la maladie se propage rapidement aux dards et aux autres tissus succulents (bois de un ou deux ans), surtout si les températures sont douces. Dans les jeunes plants de pépinière et les vergers de pommiers de trois ans, si les conditions lui sont favorables (20-28 ºC), il faut un mois à l'agent pathogène pour passer d'une fleur infectée aux racines.

Les infections secondaires se produisent tout au long de la saison de croissance. Elles sont le fait des bactéries qui se propagent des fleurs infectées et des gouttelettes qui suintent des chancres aux pousses en croissance et aux blessures causées par des insectes, le vent, la grêle ou des moyens mécaniques. Au fur et à mesure que la saison de croissance progresse, les infections ralentissent et les chancres se développent dans l'écorce. Ils ont tendance à être enfoncés, à avoir au départ des contours flous, qui, plus tard, se fissurent et présentent une démarcation nette par rapport aux tissus sains.

Surveillance et lutte

Modèles éclairant les décisions

Les modèles de prévision de la brûlure bactérienne aident les producteurs à choisir le moment de leurs interventions. Deux de ces modèles de prévision, Maryblyt et Cougarblight, ont été élaborés dans le but d'alerter les producteurs, consultants et dépisteurs lorsque des conditions sont propices à l'infection des fleurs. Les modèles servent à déterminer le moment des interventions phytosanitaires. Pour que ces modèles soient pleinement efficaces, il faut recueillir et consigner séparément les données sur les différents blocs et cultivars. Les modèles de prévision sont des outils de gestion extrêmement utiles dont l'utilisation est préconisée dans les vergers ayant déjà présenté des foyers de brûlure bactérienne.

Modèle Maryblyt

Le modèle Maryblyt, a été élaboré au Maryland il y a quinze ans. Ce logiciel calcule le risque d'infection par la brûlure bactérienne pour un bloc donné en fonction des conditions environnementales et de la sensibilité des pommiers à divers stades phénologiques (voir l'annexe A, Liste des fournisseurs de matériel de surveillance et d'agents biologiques, p. 199XX, pour savoir où se procurer le logiciel). Pour utiliser le modèle Maryblyt, il faut consigner les maxima et minima quotidiens, les données sur les précipitations et les épisodes de rosée, ainsi que le stade phénologique des pommiers du verger. En fonction des données saisies, le logiciel Maryblyt prévoit à quel moment surviendront les infections des fleurs et indique à quel moment un traitement bactéricide sera nécessaire. Le modèle prévoit aussi le moment où devraient apparaître les symptômes de brûlure bactérienne, afin d'aider les producteurs à planifier le moment où procéder à l'élagage si celui-ci est nécessaire. Le modèle de prévision Maryblyt prévoit une infection des fleurs si les conditions qui suivent se produisent en séquence et que la bactérie responsable de la brûlure bactérienne est présente :

  • fleurs ouvertes avec pétales intacts;
  • passage à 110 degrés-heures au-dessus de 18,3 °C depuis l'ouverture de la première fleur;
  • épisode de pluie ayant laissé au moins 0,25 mm ou forte rosée, ou plus de 2,5 mm de pluie la veille;
  • température quotidienne moyenne de 15,6 °C.
Modèle Cougarblight

Le modèle Cougarblight a été élaboré par Timothy J. Smith, Ph.D., Washington State University, à l'intention des producteurs de pommes et de poires de la Côte ouest, où il prévoit avec précision le moment des infections des fleurs. Le modèle, qui ne nécessite pas d'ordinateur, repose sur l'utilisation d'une feuille de saisie de données sur laquelle les producteurs notent les températures et si les fleurs ont été mouillées. Comme pour le modèle Maryblyt, ce modèle tient compte de la présence d'eau libre et des températures maximale et minimale quotidiennes pendant toute la période de floraison, en plus des données sur les antécédents de la brûlure bactérienne dans le verger et autour de celui-ci. Commencer à recueillir les données météorologiques à l'intérieur du verger au moins trois à cinq jours avant l'ouverture des premières fleurs. Suivre les consignes que voici pour être à même d'appliquer le modèle Cougarblight :

  • Chaque matin, commencer par évaluer si les fleurs de chaque cultivar ou bloc sont mouillées. Le mieux est d'utiliser un capteur d'humidité, mais à défaut de cet appareil, l'évaluation peut se faire au juger. Si l'on ne sait trop si, un matin, les fleurs étaient mouillées ou non, pécher par excès de prudence et présumer qu'elles l'étaient. Dans la colonne « Mouillage des fleurs » de la feuille de saisie des données pour l'application du modèle Cougarblight, indiquer, par un oui (O) ou un non (N) en regard de la date d'observation, si les fleurs étaient mouillées.
  • Ensuite, consigner les maximum et minimum de la journée dans les colonnes correspondantes. Pour des résultats précis, se fier aux thermomètres enregistreurs installés dans le verger. À défaut de ce matériel, utiliser les données météorologiques publiées pour la localité, en sachant toutefois qu'elles seront moins précises.
  • Noter les prévisions météorologiques locales des prochains jours dans la feuille de saisie des données du modèle Cougarblight afin de déterminer le risque d'infection du verger par la brûlure bactérienne.
  • Au moment de noter les maxima et minima, toujours supposer que les fleurs risquent d'être mouillées. Il sera possible de rectifier cet élément d'information le lendemain, une fois que les données réelles seront connues.
  • Trouver la valeur des degrés-heures quotidiens à partir du maximum et du minimum enregistrés et en fonction des maxima et minima prévus pour les quatre prochains jours. Inscrire les valeurs obtenues dans la colonne « Degrés-heures quotidiens ».
  • Une fois que les données ont été consignées pour quatre jours consécutifs, faire la somme des quatre valeurs de degrés-heures quotidiens correspondantes et inscrire le résultat dans la dernière colonne sur la ligne correspondant à la quatrième série de données.

Pour interpréter le risque d'infection du verger par la brûlure bactérienne, il faut savoir si cette maladie a déjà sévi à l'intérieur ou autour du verger. Choisir la rangée du tableau de cotation des risques qui décrit le mieux les antécédents de brûlure bactérienne dans le verger et la situation du verger qui fait l'objet de l'analyse de risque.

  • Si le verger n'a jamais connu d'infection par la brûlure bactérienne, la première colonne fournira l'évaluation des risques.
  • Si la brûlure bactérienne s'est déjà déclarée dans le verger ou un verger voisin, utiliser les données de la deuxième colonne.
  • Si l'on trouve des chancres actifs dans le verger ou un verger voisin, se fier aux données de la troisième colonne.

À partir de la « somme des quatre valeurs de degrés-heures quotidiens »inscrite sur la feuille de saisie des données, se reporter au tableau de cotation des risques pour trouver le risque de brûlure bactérienne.

Le tableau de cotation des risques est ventilé selon quatre catégories de risques :

  • Un risque faible signifie que, dans le moment, les conditions ne sont pas propices au déclenchement d'infections par la brûlure bactérienne.
  • Une mise en garde signifie que les conditions peuvent être propices au déclenchement d'infections par la brûlure bactérienne. Cette cote invite à la vigilance si des fleurs sont épanouies et qu'elles ont été mouillées par de la rosée ou de la pluie.
  • Si les prévisions indiquent un risque élevé et que la brûlure bactérienne sévit dans la région, faire sans tarder une application de streptomycine.
  • Si les prévisions météorologiques indiquent un risque extrême de brûlure bactérienne, les conditions propices à la multiplication des bactéries responsables de la brûlure bactérienne et aux infections sont imminentes, de sorte qu'une application de streptomycine doit absolument être faite avant la date fatidique.

À partir des températures maximale et minimale du jour et des températures prévues, les producteurs peuvent déterminer si leur verger est à risque de devenir infecté par la brûlure bactérienne, ce qui leur permet d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard.

Le Centre pour la lutte antiparasitaire d'Agriculture et Agroalimentaire Canada distribue une feuille de calcul électronique de format Excel qui a été préparée à partir du modèle de prévision Cougarblight. Son utilisation ne nécessite pas de connaissances étendues en informatique, ni beaucoup de données (météorologiques ou autres). Une fois les données saisies, le programme calcule automatiquement le risque d'infection pour un verger en particulier. Pour en savoir plus sur le modèle Cougarblight, consulter le site de la Washington State University.

Sensibilité des cultivars et des porte-greffes

Tous les cultivars et porte-greffes de pommiers sont sensibles à la brûlure bactérienne, mais certains le sont moins que d'autres (tableau 4-12, Résistance relative à la brûlure bactérienne des cultivars et porte-greffes de pommiers). Au moment de planifier de nouvelles plantations, surtout dans le sud-ouest de l'Ontario (c.-à-d. au sud d'un tracé reliant Sarnia et Oakville), prendre en considération la sensibilité à la brûlure bactérienne dans le choix des cultivars et des porte-greffes (voir tableau 4-12).

La plantation de cultivars sensibles dans des zones où sévit la brûlure bactérienne risquerait non seulement d'entraîner de lourdes pertes économiques, mais aussi de constituer une importante source d'inoculum pour les cultivars moins sensibles présents dans le verger.

Tableau 4-12. Résistance relative à la brûlure bactérienne des cultivars et porte-greffes de pommiers*
Cultivar Les moins sensibles Moyennement sensibles Très sensibles
Pommier Enterprise
Freedom
Jonafree
Liberty
Macfree
Northern Spy
Red Delicious
Redfree
Ambrosia
Cameo
Cortland
Creston
Empire
Golden Delicious
Golden Supreme
GoldRush
Granny Smith
Gravenstein
Honeycrisp
Jerseymac
Macoun
McIntosh
Mutsu (Crispin)
Nova Easygro
Nova Mac
Pioneer Mac
Sansa
Spartan
Summered
Sunrise
Yataka
Braeburn
Fuji
Gala et types Gala
Ginger Gold
Golden Russet
Idared
Jonagold
Jonathan
Lodi
Mutsu
Paulared
Pink Lady
Rome
Rome Beauty
Spigold
Tydeman
Wealthy
Winter Banana
Yellow Transparent
Pommetier   Dolgo Manchurian
Snowdrift
Porte-greffe M.7
B.95
Robusta 5
Cornell-Geneva
(CG) série 5
MM.106
MM.111
M.41
M.9
M.26
M.27
Mark
Ottawa 3

* La notation de la résistance n'est pas toujours rigoureusement conforme à la réalité, car la résistance peut varier en fonction des conditions de croissance.

Pratiques de lutte culturale

Voici les pratiques de lutte culturale recommandées pour réduire l'incidence et la propagation de la brûlure bactérienne dans le verger :

  • Éviter les apports excessifs d'engrais azotés. Un excès d'azote stimule la croissance végétative succulente, qui est sensible à la brûlure bactérienne. Se limiter aux apports d'azote justifiés par des analyses foliaires annuelles. Envisager de fractionner les apports de fertilisants, à raison de la moitié au printemps avant que la croissance reprenne et de la moitié après le stade calice (chute des pétales). Si l'incidence de la brûlure de la fleur a été forte, différer la seconde application. De même, éviter tout travail tardif du sol qui risquerait de rendre l'azote biodisponible aux pommiers et de stimuler la croissance végétative succulente en fin de saison.
  • Chez les pommiers sains, éviter les élagages majeurs durant l'hiver, afin de ne pas stimuler la croissance végétative la saison de croissance suivante. Le fait de se limiter à une taille annuelle périodique et de réduire au minimum le nombre d'incisions garde l'arbre moins « réactif ».
  • Retarder l'élagage d'été jusqu'au moment de la formation des bourgeons terminaux (c.-à-d. attendre que les pousses terminales se soient endurcies), ce qui se produit généralement entre le début et le milieu d'août. L'élagage effectué l'été dans le but de stimuler la croissance des rameaux fructifères (lambourdes) dans les vergers de pommiers à haute densité encourage la croissance de nouvelles pousses et prolonge la période de vulnérabilité à la brûlure des pousses. Si la brûlure bactérienne sévit, désinfecter les outils servant à l'élagage après chaque coupe. Toutefois, il n'est pas nécessaire de stériliser les outils d'élagage si la coupe est faite sous le point d'infection (soit 30 cm sous les symptômes visibles) et par conséquent si la partie élaguée ne comporte pas de sections concentriques sombres. Dans les vieux vergers qui sont fortement infectés par la brûlure bactérienne, éviter carrément l'élagage estival. Supprimer les dards sur le tronc principal et sur les branches charpentières afin d'éliminer leur potentiel infectieux.
  • Les pousses adventives (gourmands) offrent de bons points d'entrée à la maladie qui s'attaque ensuite aux grosses branches, aux branches charpentières et aux troncs. Supprimer périodiquement les gourmands en début de saison (c.-à-d. en juin).
  • Élaguer les arbres infectés durant la période de dormance afin d'éliminer tous les chancres hivernants et les sources d'inoculum. Faire les coupes bien en deçà des zones visiblement infectées.
  • Éviter de recourir à l'irrigation par aspersion afin de prévenir un excès de croissance végétative et de réduire la propagation des bactéries à l'intérieur du verger.
  • Maintenir de bonnes pratiques de lutte intégrée afin d'empêcher le plus possible les insectes de propager les bactéries responsables de la brûlure bactérienne et de causer des lésions aux tissus des feuilles et des pousses, lésions qui servent de points d'entrée aux bactéries. Il est particulièrement important de veiller à une bonne maîtrise des insectes suceurs comme les cicadelles, les pucerons et les punaises des plantes. Faire un dépistage fréquent (hebdomadaire) des insectes nuisibles et intervenir au besoin.
  • Surveiller de près les sources d'inoculum extérieures au verger, comme les espèces ornementales sensibles ou les pommiers abandonnés, les aubépines, les sorbiers d'Amérique, les cotonéasters et les cognassiers qui se trouvent à proximité des vergers commerciaux, à la recherche de signes de la brûlure bactérienne et de chancres. Les chancres hivernants sont l'une des principales sources de bactéries pour les infections subséquentes. Si possible, supprimer ces hôtes aux abords des vergers.
  • Inspecter les vergers deux fois par semaine à compter de la floraison, à la recherche d'infections des fleurs. Il est possible d'atténuer les répercussions que pourrait avoir la maladie plus tard dans la saison en supprimant sans tarder les fleurs infectées. Supprimer les dards infectés en les coupant à au moins 15 cm sous les symptômes visibles d'infection. Si la brûlure de la fleur est observée dans un endroit précis du verger, rechercher un chancre actif aux alentours et le supprimer sans tarder.

Quand la brûlure bactérienne revient année après année dans un verger, mettre en place des interventions plus musclées pour tenir cette maladie en échec. Pour plus d'information sur la lutte contre la brûlure bactérienne, voir la publication 360F du MAAARO, Guide de la cultures fruitières.

Conseils d'élagage

Élaguer les branches infectées par la brûlure bactérienne en les coupant à au moins 30 cm sous les signes visibles de la maladie sur le bois de deux ans ou plus. Si l'élagage est bien fait sous les tissus infectés, il n'y a pas lieu de désinfecter les outils d'élagage entre les coupes. Toutefois, lorsque l'élagage est réalisé par des personnes inexpérimentées, exiger la désinfection des outils.

Élagage suivant la méthode du « vilain chicot »

Si un verger est devenu lourdement infecté par la brûlure bactérienne, envisager de couper les parties atteintes en recourant à la méthode dite du « vilain chicot ». Cette méthode exige que l'on coupe les points d'infection de brûlure bactérienne dès l'apparition des premiers symptômes et avant que la nécrose ne s'étende. Il faut effectuer une taille à 30 cm ou plus sous le symptôme visible dans du bois de deux ans ou plus, en prenant soin de laisser un chicot d'au moins 13 cm avant le prochain rameau sain. Peindre le chicot d'une couleur voyante afin de faciliter le repérage durant la période de dormance. Éviter de faire un élagage trop considérable qui stimulerait la croissance végétative succulente, ce qui aurait pour effet de prolonger la période de sensibilité des pommiers à la brûlure des pousses. Un petit chancre peut se développer sur le vilain chicot, mais l'arbre limite généralement la maladie à ce chicot. Pendant la période de dormance, éliminer tous les vilains chicots du verger.

Agents de lutte biologique

Serenade Max, Bloomtime et BlightBan sont des produits biologiques homologués pour la lutte contre la brûlure bactérienne dans les vergers de pommiers. Pour plus d'information sur ces produits, voir a publication 360F du MAAARO, Guide de la cultures fruitières.

Régulateurs de croissance

Apogee est un régulateur de croissance homologué au Canada pour la lutte contre la brûlure des pousses de pommiers. Des études montrent que ce produit contribue aussi à réduire l'incidence et la gravité de la brûlure bactérienne dans les vergers, lorsqu'il est employé conformément aux recommandations portées par l'étiquette. Apogee n'a aucun effet direct sur l'agent pathogène responsable de la brûlure bactérienne; il réduit la croissance végétative des pousses sensibles et stimule le système de défense de l'arbre afin que celui-ci puisse combattre les infections. Sans être infaillible, ce produit s'ajoute néanmoins aux outils permettant de réduire l'incidence de la maladie. Pour plus d'information sur l'utilisation d'Apogee contre la brûlure bactérienne, voir a publication 360F du MAAARO, Guide de la cultures fruitières.

Gestion des résistances

Des souches résistant à la streptomycine ont été découvertes en Colombie-Britannique, au Michigan, dans l'État de New York, en Californie, dans les États de Washington et de l'Oregon, ainsi qu'en Grèce et en Égypte. Une enquête menée au début des années 1990 dans tous les blocs de pommiers et de poiriers du sud de l'Ontario a révélé que toutes les souches de la brûlure bactérienne étaient alors sensibles à la streptomycine en Ontario.

Des souches résistant aux traitements cupriques ont été identifiées dans des isolats égyptiens et pourraient être présentes parmi les souches de la bactérie responsable de la brûlure bactérienne en Amérique du Nord.

On peut atténuer la pression de sélection exercée et ralentir l'apparition d'une résistance aux traitements cupriques et à la stroptomycine en limitant le nombre d'applications de chaque produit à trois par saison de croissance. Consulter l'étiquette des produits à base de streptomycine pour connaître le délai d'attente à respecter avant la cueillette.


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juillet 2011
Dernière révision : 21 juillet 2011

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