Le seigle d'hiver comme pâturage ou ensilage

Le seigle d'hiver est, depuis longtemps, la céréale d'hiver traditionnelle utilisée comme plante couvre-sol pour prévenir l'érosion éolienne et apporter de la matière organique dans les sols légers.  Le seigle d'hiver peut également être utilisé comme plante fourragère, en pâturage d'automne ou de printemps ou encore récolté sous forme d'ensilage en mai.  Comme le seigle d'hiver est généralement ensilé à la mi-mai dans le sud de l'Ontario, il est donc possible de l'inclure dans les systèmes à deux récoltes "double-culture". Ne pas confondre le seigle céréalier (Secale cereale) avec le ray-grass (Lolium multiflorum ou L, perenne) qui sont deux espèces de graminées totalement différentes avec des caractéristiques assez distinctes.

Avantages et inconvénients

Le seigle d'automne est mieux connu pour ses qualités de plante couvre-sol pour prévenir l'érosion et offrir une bonne concurrence aux mauvaises herbes. Le seigle est une plante qui tolère très bien le froid et, parmi les céréales d'hiver, elle est la plus rigoureuse et celle qui résiste le mieux aux maladies. Le seigle d'hiver comporte un système racinaire fibreux imposant qui capte l'azote du sol de façon très efficace et qui utilise l'humidité du sol tôt au printemps pour une croissance rapide. Le seigle d'hiver est plus précoce et pousse plus vite au printemps que les autres céréales d'hiver, y compris le blé, l'orge et le triticale. Il produit des épis plus vite que toutes les autres céréales semées à l'automne, permettant ainsi une récolte fourragère plus hâtive et des choix de "double-culture" plus nombreux.

Le seigle comporte aussi quelques limites.  Le seigle cultivé pour le grain est difficile à commercialiser dans la plupart des régions de l'Ontario, même si le marché pour cette denrée est bon dans le comté de Norfolk. Pour l'utiliser sous forme de grain dans l'alimentation, les éleveurs de bétail, pour la plupart, voudraient que son prix soit considérablement inférieur à celui de l'orge ou du maïs. Le seigle d'hiver pousse bien dans les sols plus légers et dans les sols à faible pH, mais ne se développe pas bien dans des sols plus lourds et mal drainés. Le blé d'hiver est un meilleur choix comme culture fourragère dans les sols plus lourds et mal drainés. Le seigle fourrager donne de meilleurs rendements que le blé d'hiver, mais n'est pas aussi appétant. Comme la maturation du seigle progresse rapidement au stade de gonflement et de l'épiaison, sa période de récolte est très restreinte.

Choix des doubles-cultures

Parmi les agriculteurs qui cherchent à entreposer des quantités additionnelles de fourrage, il y en a qui sèment du seigle d'hiver après la récolte de plusieurs types de cultures, comme après le maïs d'ensilage. Le seigle fourrager récolté au début de mai peut être suivi d'une culture semée plus tard comme la fève soya, les haricots comestibles ou encore une plante fourragère annuelle de saison chaude comme le sorgho. Le blé d'hiver forme ses épis plus tard que le seigle d'hiver, environ vers le 5 juin, et sa récolte en tant que fourrage se ferait trop tard pour permettre une culture de soya ou de maïs. Les teneurs d'humidité plus faibles dans le sol à la récolte du seigle fourrager risquent d'avoir un effet négatif sur les rendements de la culture subséquente. Il serait important de détruire totalement le seigle avec un traitement au glyphosate ou avec un travail du sol pour minimiser l'ombrage et toute concurrence pour l'humidité.

Le seigle est connu pour avoir un "effet allélopathique" qui supprimerait la germination et la croissance des mauvaises herbes et d'autres cultures. À quel point le potentiel allélopathique du seigle peut-il nuire aux rendements de la culture subséquente dépend d'un certain nombre de facteurs, mais comme une grande partie des résidus est enlevée, les risques sont faibles dans la plupart des cas de cultures fourragères. Les exceptions seraient dans les cas oł le maïs est planté sans travail du sol ou dans les types de sols plus lourds. Le potentiel allélophatique est amoindri dans les situations suivantes :

  • quand il y a moins de résidus de seigle dans le champ - récolter le seigle fourrager plutôt que de l'enfouir dans le labour ;
  • dans les sols légers ;
  • un travail du sol plus important ;
  • un intervalle plus long entre la récolte et le réensemencement ;
  • un seigle moins mature à la récolte (récolte plus hâtive) et
  • une légumineuse (soya) plutôt qu'une graminée (maïs).

Il n'y a presque pas de perte de rendements dans les cultures de soya et de haricots comestibles qui suivent le seigle fourrager.

Semis

Le seigle d'hiver est facile à implanter et on peut le semer à partir de la fin de l'été jusqu'à la fin de l'automne. Si on désire un pâturage d'automne, le seigle d'hiver devrait être semé entre le 15 et le 30 août. Si on désire ensiler le seigle au mois de mai suivant, alors il est préférable de le semer à la fin de l'automne. Des semis plus tardifs peuvent toutefois réussir dans les sols sableux. Même si le seigle est la céréale d'hiver la plus tolérante aux semis tardifs, il ne devrait pas être mis en terre plus tard que la fin d'octobre. Le seigle peut germer à de basses températures, mais la croissance végétative du plant nécessite 4°C. La plante requiert un certain développement avant l'hiver pour avoir une bonne croissance au printemps et de bons rendements.

L'ensemencement du seigle d'hiver est relativement peu coûteux. Si on veut utiliser le seigle d'hiver comme plante céréalière, la dose de semis devrait être de 100 livres à l'acre, mais si on veut l'utiliser comme fourrage, la dose de semis pourrait augmenter à 168 livres à l'acre (3 boisseaux/acre). Utilisez la dose de semis la plus élevée si l'ensemencement se fait à la volée plutôt qu'avec le semoir à grain ou s'il est fait à une date tardive. Épandre du phosphore et du potassium en fonction des analyses de sol.

Pâturage

Le seigle d'hiver est un bon choix si on veut prolonger la saison de pâturage tard à l'automne ou au début du printemps. Le seigle d'hiver peut être pâturé 7 semaines après les semis ou quand la pousse aérienne a atteint environ 5 à 8 pouces de hauteur. Pour un pâturage à l'automne, un apport d'azote à raison de 50 livres à l'acre stimulera sa croissance. L'intoxication à l'azote peut représenter un risque potentiel si de fortes doses d'azote sont appliquées. Même si le pâturage du seigle d'hiver peut se poursuivre après les gelées, il faut lui laisser une croissance de 2 à 3 pouces avant l'hiver.

Les pâturages de seigle d'hiver sont prêts au début du printemps, environ 10 à 12 jours avant les pâturages de blé. La croissance au printemps est très rapide et pour éviter que le seigle ne devienne trop mature, il faut être préparé à déplacer le bétail fréquemment avec un système d'affouragement en bandes. Il n'est pas conseillé de faire pâturer le bétail à la fin de l'automne et au début du printemps sur des argiles lourdes et humides, afin d'éviter le piétinement et la compaction.

Ensilage

Le seigle peut faire un bon aliment d'ensilage. Après l'avoir coupé et fané, on peut le préserver sous forme d'ensilage dans les silos-tours, silos-fosses, silo-boudins ou en tas. Les balles enrobées fonctionnent bien également, mais l'opération peut s'avérer relativement coûteuse si on tient compte de la qualité finale du fourrage. Le seigle d'hiver coupé au stade de croissance souhaitable a beaucoup de difficulté à sécher suffisamment pour être entreposé en foin sec.

Au printemps, un apport d'azote au verdissement à raison de 45 à 70 livres à l'acre stimulera le tallage et augmentera les rendements fourragers.

L'époque à laquelle s'effectue la coupe du seigle est critique pour pouvoir obtenir un fourrage de qualité et appétant. L'époque optimale de récolte est très restreinte. La qualité et l'appétance du fourrage baissent très rapidement (plus vite que chez les autres céréales) au stade d'épiaison. La récolte du seigle fourrager doit se faire à un stade plus hâtif comparativement aux autres cultures céréalières, afin d'assurer son appétance et sa consommation.

Il est conseillé de récolter le seigle fourrager au début du stade de gonflement (avant l'épiaison) qui se produit en général entre le 1er et le 20 mai dans le sud de l'Ontario. À ce stade, un rendement en matière sèche de 2 tonnes à l'acre est habituellement possible. Toutefois, il peut y avoir une très grande variation dans la qualité du fourrage avec seulement quelques jours de différence dans la récolte. Au début du stade de gonflement (stade 39 sur l'échelle Zadok - la ligule de la dernière feuille est à peine visible), la protéine brute (PB) peut atteindre 18 % (tout dépendant de la quantité d'engrais azoté apportée) et la fibre détergent neutre (NDF) une valeur inférieure à 50 %. Au stade d'épiaison (stade 55 sur Zadok), la PB descend dans la fourchette de 13-14 %, alors que la NDF augmente à plus de 60 %. Ce fourrage peut convenir aux génisses, vaches taries et vaches de boucherie, mais n'aura pas la qualité nécessaire pour les vaches laitières.

Quand le seigle est récolté plus tard, au début du stade pâteux, les rendements peuvent avoisiner les 3 tonnes à l'acre, mais la qualité, l'appétance et la consommation seront très inférieures. Retarder la récolte du seigle fourrager après le stade de gonflement parce qu'il y a d'autres travaux dans les champs ou à cause de mauvaises conditions météorologiques ne serait pas vraiment excusable.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca

Auteur : Joel Bagg - spécialiste des fourrages/MAAARO
Date de création : 16 décembre 2005
Dernière révision : 16 décembre 2005

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