Incidence de la date de récolte sur le rendement et la qualité des graminées de réserve

Table des matières

  1. Introduction
  2. Résultats
  3. Résumé et interprétation

Introduction

La mise en réserve consiste à laisser une partie du foin ou des cultures de pâture sur pied pendant le milieu de l'été ou au début de l'automne pour les faire brouter plus tard dans la saison. Les pâturages de réserve sont aussi appelés pâturages différés, fall-saved pasture en anglais. La mise en réserve des pâturages vise avant tout à réduire les coûts d'alimentation du bétail. Dans le présent rapport, nous examinons le rendement et la qualité des graminées de réserve en fonction de trois dates de moisson différentes à la fin de l'été et à l'automne.

L'essai décrit ici a été établi en 1993 sur trois parcelles de recherche. Les fourrages de réserve ont été récoltés de 1994 à 1996. Les fourrages ont été mis en réserve au moyen de deux systèmes de gestion différents : le régime de fauche, qui consiste en une seule coupe au début de juillet suivie de la repousse jusqu'aux récoltes d'automne; dans le régime de gestion des pâtures, il y a une coupe à la mi-juin et une autre à la fin juillet suivie de la repousse jusqu'aux récoltes d'automne. Donc, le régime de fauche n'a qu'une seule coupe (début juillet) avant la repousse et le régime de gestion des pâtures en a deux (à la mi juin et au milieu de juillet) avant la mise en réserve.

Pour chaque système de gestion, un nombre de parcelles suffisant a été établi qui permet une coupe des fourrages de réserve le 1er septembre, le 1er octobre ou le 1er novembre. À chacune de ces dates, le rendement et la qualité des fourrages sont mesurés. Plusieurs espèces de graminées ont été examinées, les données qui suivent représentent une moyenne toutes espèces confondues. Les données visant à étudier les différences entre les espèces sont publiées dans un rapport séparé.

Résultats

Rendement

De façon générale, le rendement des graminées de réserve automnale était plus élevé pour le régime de fauche comparé au système de gestion des pâtures (figure 1). En 1994 et en 1996, le rendement était en hausse de septembre à octobre, puis à la baisse en novembre. Cette tendance s'est dessinée dans les deux systèmes de gestion.

Figure 1. Incidence de la date de récolte automnale sur le rendement des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

Figure 1. Incidence de la date de récolte automnale sur le rendement des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

Une hausse est prévisible de septembre à octobre puisque les gelées meurtrières ne se produisent normalement pas avant la mi septembre à cet endroit et que la repousse est encore en cours. Une diminution du rendement des graminées pendant octobre est aussi prévisible, quelques gelées à pierre fendre surviennent à ce temps de l'année mais du temps pluvieux est aussi monnaie courante. Cette combinaison aura tendance à briser les feuilles des graminées et à lessiver certaines portions solubles, abaissant aussi le rendement. En 1995 c'était la tendance inverse, avec des rendements à la baisse de septembre à octobre, puis à la hausse en novembre. On ignore pourquoi à l'heure actuelle, il semble que le temps sec de la fin de l'été ait réduit les rendements et que les herbages aient récupéré plus tard dans l'année quand les teneurs en humidité des sols ont augmenté.

Qualité - teneur en protéines

De façon générale, la teneur en protéines brutes des graminées de réserve était plus élevée pour le système de gestion des pâtures que dans le régime de fauche (figure 2).

Figure 2. Incidence de la date de récolte automnale sur la teneur en protéines brutes des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

Figure 2. Incidence de la date de récolte automnale sur la teneur en protéines brutes des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

Dans les deux systèmes, la teneur en protéines brutes était plus élevée en septembre, d'un niveau intermédiaire en octobre et elle a atteint son point le plus bas en novembre. La baisse de la teneur en protéines brutes a suivi un tracé variable au cours des années. En 1994, les teneurs en protéines ont chuté brusquement entre septembre et octobre, alors qu'en 1995 leur concentration restait presque inchangée pendant ces deux mois, pour baisser très nettement entre les récoltes d'octobre et de novembre. Le déclin des teneurs en protéines est resté presque équivalent pendant les trois périodes de récolte de 1996. De façon générale, les teneurs en protéines brutes ont chuté d'environ 30 % de septembre 2001 à novembre 2001. Mentionnons toutefois que les teneurs en protéines brutes dans le régime de fauche se chiffraient en moyenne à environ 9 % en novembre, ce qui suffit au maintien des vaches ou des brebis qui ne sont pas en lactation.

Qualité - unités nutritives totales

Les unités nutritives totales (U.N.T.) sont une mesure de l'énergie contenue dans un fourrage. Dans les échantillons de fourrages, les concentrations d'U.N.T. sont déterminées grâce à l'analyse de la fibre au détergent acide (FDA).

Figure 3. Incidence de la date de récolte automnale sur la concentration d'unités nutritives totales (U.N.T.) des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

Figure 3. Incidence de la date de récolte automnale sur la concentration d'unités nutritives totales (U.N.T.) des graminées de réserve en fonction de deux systèmes de gestion.

De façon générale, les concentrations d'U.N.T. étaient plus élevées dans les pâturages de graminées de réserve avec le système de gestion des pâtures comparé au régime de fauche (figure 3). Avec le régime de fauche, les concentrations d'U.N.T. ont chuté brusquement entre les récoltes des mois d'octobre et de novembre, malgré que le déclin total dans les concentrations n'aient été que d'environ 8 % entre septembre et novembre. Dans le système de gestion des pâtures, les concentrations d'U.N.T. ont baissé entre octobre et novembre dans deux des trois années. En moyenne pour les trois années, les concentrations d'U.N.T. ont chuté d'environ 5 % de septembre à novembre. Quant aux valeurs absolues, il est apparent que les fourrages de réserve comportent encore des niveaux énergétiques assez élevés en novembre. Les points les plus bas devraient en moyenne (53 %) pouvoir nourrir les vaches de boucherie taries qui sont en bonne condition physique à la condition que les températures ne soient pas trop extrêmes. Les fourrages de réserve avec des concentrations d'U.N.T. plus élevées (59 % à 67 %) peuvent suffire à nourrir les vaches, à être broutés par des agneaux sevrés ou des brebis d'élevage.

Résumé et interprétation

Dans deux années sur trois, le rendement des fourrages de réserve a augmenté entre septembre et octobre, puis baissé en novembre. Dans la plupart des années à cet endroit, c'est la tendance prévue. La quantité de perte de rendement de matière sèche pendant le mois d'octobre se situait entre 5 et 15 % du rendement maximal. La hausse du rendement en matière sèche tendait à être supérieure dans le système de gestion des pâtures, puisque ces espèces fourragères étaient plus jeunes et à une étape de croissance plus active que les fourrages sous le régime de fauche.

Dans presque tous les cas, les teneurs en protéines brutes et les concentrations énergétiques (U.N.T.) ont chuté de septembre à novembre. Le taux de la baisse en protéines variait selon les années, mais la chute des concentrations d'U.N.T. tendait à être plus apparente entre les moissons d'octobre et de novembre. En pourcentage, la baisse des teneurs en protéines brutes était élevée (d'environ 30 % inférieure aux valeurs en septembre 2001); mais la baisse d'énergie était beaucoup plus faible (de 5 à 8 % de moins qu'en septembre 2001).

La gestion des pâturages de réserve est différente selon le type de bétail en paissance et les besoins nutritifs de ces animaux. Nul ne peut changer le fait que le rendement et la qualité baissent à mesure que l'automne avance, mais par une bonne gestion de la mise en réserve, le producteur peut influer sur le rendement et la qualité qui seront présents à une date donnée pendant l'automne. Le bétail qui a des besoins nutritifs moindres en octobre et en novembre (p. ex. vaches de boucherie taries) peut être mis au pâturage sous un régime de coupe comme décrit plus haut. Quand les besoins énergétiques sont plus élevés (p. ex. veaux, brebis d'élevage) le système de gestion des pâtures peut fournit un fourrage de plus haute qualité. Pour qu'un niveau de qualité plus uniforme du fourrage soit conservé à mesure que l'automne avance, le fourrage avec un régime de fauche peut être brouté en octobre, puis les animaux sont déplacés vers un système de gestion des pâtures en novembre. Chaque situation est différente, il incombe au gérant de pâturage de déterminer quelle combinaison de rendement et de qualité répond le mieux aux besoins du bétail pendant l'automne et de gérer le processus de mise en réserve pour atteindre les objectifs visés.


Auteur : Jim Johnston, Université de Guelph; Matt Bowman, Université de Guelph
Date de création : décembre 1998
Dernière révision : juillet 2010

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