Utilisation du maïs endommagé par la sécheresse comme ensilage

Table des matières

  1. Évaluation du potentiel de récolte
  2. Teneur en énergie digestible
  3. Taux d'humidité adéquat des récoltes
  4. Empoisonnement par les nitrates
  5. Gaz de silo

La sécheresse pendant la floraison femelle et la pollinisation peut grandement réduire les rendements prévus de maïs. Un taux d'humidité insuffisant peut empêcher les épis d'atteindre leur taille normale ou même les plants de produire des épis ou des grains. Pour certains agriculteurs, cette situation cause des difficultés immédiates, car ils doivent disposer d'assez de fourrage pour alimenter leur bétail. Les plants de maïs endommagés par la sécheresse avec un faible potentiel de rendement peuvent être récupérés comme ensilage de maïs pour les producteurs de bétail qui manquent de fourrages. Les piles d'ensilage et les sacs d'ensilage constituent des entreposages flexibles. Les agriculteurs qui souhaitent récupérer ces plants de maïs endommagés par la sécheresse pour en faire du fourrage doivent être conscients de certaines conséquences que cela pourrait entraîner pour ce qui est de la récolte et de la nutrition.

Évaluation du potentiel de récolte

Il peut y avoir d'importantes variations entre les champs de maïs soumis à la sécheresse. Le développement des épis est primordial pour le rendement en grain et l'ensilage, de même que la qualité de l'ensilage. Dans certains champs, les plants peuvent être petits et les épis, normaux. Dans ce cas, la récolte sera moins abondante, mais la qualité du fourrage pourra être presque normale. Dans d'autres champs, les plants seront de taille presque normale, mais les épis seront très petits, voire inexistants. Les rendements en grains seront grandement réduits, mais il existe peut-être un potentiel de fourrage pour le bétail.

Il faut inspecter les champs de maïs pour déterminer le potentiel de récolte. S'il y a eu pollinisation, on pourra apercevoir de petites boursouflures blanches entre une semaine et dix jours plus tard. On peut détecter si la pollinisation est réussie sans attendre que les petites boursouflures blanches apparaissent; il faut délicatement enlever les enveloppes, tourner l'épi à l'envers et le frapper doucement. La plus grande partie des soies devrait tomber, ce qui indique une pollinisation réussie. Les soies qui restent attachées indiquent les épis qui n'ont pas été pollinisés.

Communiquez avec Agricorp au 1 888 247-4999 pour savoir en quoi l'utilisation de ce maïs se répercutera sur votre demande d'indemnisation aux fins de l'assurance récolte. Vérifiez l'étiquette des herbicides afin de prévoir un délai suffisant avant la récolte.

Teneur en énergie digestible

La teneur en énergie digestible de l'ensilage de maïs sans grains est faible. La qualité de l'ensilage sera sans doute inadéquate pour les vaches à forte production de lait et les animaux de boucherie. Dans les régions où les récoltes de cultures fourragères sont faibles et où l'on a besoin de fourrage de toute urgence, la qualité de l'ensilage peut être adéquate pour le bétail dont les besoins en énergie vont de faibles à modérés.

La teneur en amidon sera réduite et la teneur en sucres solubles sera probablement plus élevée. La teneur en protéine brute et en lignine peut être aussi plus élevée. Comme 45 % de la teneur énergétique de l'ensilage de maïs normal provient du fractionnement de l'amidon, la valeur énergétique relative du maïs sans épis peut n'être que de 65 à 85 % de celle de l'ensilage de maïs dont les épis sont normaux. Dans la panse, les sucres résiduels peuvent être absorbés plus rapidement que l'amidon.

On recommande d'analyser un échantillon du fourrage, de s'assurer que les rations sont équilibrées et de consulter un nutritionniste. Si on connaît le pourcentage d'amidon ainsi que la digestibilité des matières sèches et de la cellulose au détergent neutre (NDF) digestible, on pourra évaluer la teneur énergétique de façon plus précise qu'à partir de la fibre seule. L'analyse par des méthodes de chimie humide est préférable à la spectroscopie en proche infrarouge (SPIR).

Taux d'humidité des récoltes

Il est extrêmement important que le taux d'humidité de la plante entière à l'ensilage soit suffisant. Sans un épi normal, il peut être difficile d'évaluer avec précision la teneur en humidité de la plante entière à partir d'indices visuels. L'ensilage de maïs endommagé par la sécheresse tend à sembler plus sec qu'il ne l'est en réalité. Si, au moment de la récolte, le taux d'humidité de l'ensilage est trop faible, le tassement, l'élimination de l'air et la fermentation seront inadéquats et une plus grande quantité d'ensilage se détériorera. Par contre, si le taux d'humidité est supérieur à 70 % lors de la récolte, il se produira un suintement et une fermentation nocive due à Clostridium. Dans ce cas, l'ensilage aura une teneur élevée en acide butyrique, qui dégage une odeur très forte. De plus, la qualité et la palatabilité du fourrage seront médiocres.

Les taux d'humidité recommandés pour l'ensilage de maïs sont les suivants :

  • Silos couloirs horizontaux : 65 - 70 %;
  • Silos boudins : 60 - 68 %;
  • Silos verticaux en plaques de béton : 62 - 67 %.

Consulter la fiche technique du MAAARO intitulée Récolte du maïs à ensilage à la bonne teneur en eau, commande nº 13-052.

Il est très difficile d'évaluer le taux d'humidité de l'ensilage de maïs sans épis à moins de le mesurer. Aucune ligne de maturité n'est visible. Même si les feuilles semblent sèches, la tige peut contenir de l'humidité. La récolte trop hâtive de l'ensilage de maïs de ces champs endommagés est un problème répandu, qui aura pour conséquence du ruissellement et une mauvaise fermentation. Si vous avez de la difficulté à déterminer le taux d'humidité de la plante entière, coupez un échantillon à l'aide d'une récolteuse ou d'une déchiqueteuse. Servez-vous d'un dispositif Koster ou d'un appareil à micro-ondes ou faites appel à un laboratoire pour déterminer le pourcentage de matières sèches. Prélevez un échantillon sur au moins 10 plants en évitant ceux qui se trouvent dans les tournières. N'oubliez pas que le taux d'humidité peut varier d'un champ à un autre.

Il faut savoir que les échantillons ont une teneur en humidité résiduelle qui n'est pas extraite quand ils sont séchés par un dispositif Koster ou un appareil à micro-ondes, sans être brûlés. La teneur en matière sèche déterminée par le séchage au four dans un laboratoire est la plus précise (un service de messagerie 24 heures peut être offert). Les teneurs en humidité données par les dispositifs Koster et à micro-ondes sont d'ordinaire sous-estimées d'environ 3 %. Un échantillon à une teneur en humidité de 68 % serait en réalité à environ 71 % (trop humide). Si vous utilisez un appareil Koster ou à micro-ondes, il faut vous assurer de bien sécher l'échantillon. Plus il est déchiqueté finement, plus il est facile à sécher, et plus le résultat sera exact.

Empoisonnement par les nitrates

Il faut connaître le danger d'empoisonnement par les nitrates et celui du gaz de silo. Lorsque les nitrates sont en grande quantité dans le sol et que le taux d'humidité est insuffisant, ils s'accumulent dans les plants de maïs, ce qui nuit à leur croissance. Dans bien des cas, l'accumulation de nitrates est plus forte après une pluie qui suit immédiatement une période sèche. Après cette pluie, la transformation des nitrates en protéines végétales reprend et la concentration de nitrates revient à un niveau normal au bout de quelques jours. Attendez au moins cinq à sept jours après une averse pour récolter. De grandes quantités de nitrates peuvent s'accumuler dans certaines mauvaises herbes comme le chénopode blanc et l'amarante. Le risque d'accumulation importante de nitrates est moins élevé lors d'une longue période sèche que lors d'une courte période de forte sécheresse.

La concentration de nitrates est beaucoup plus élevée dans le tiers inférieur de la tige. Si vous vous inquiétez de cette concentration, vous pouvez relever la barre de coupe afin de laisser une plus grande partie de la tige dans le champ, ce qui aura toutefois pour effet de réduire le volume de récolte une année où vous avez grandement besoin des fourrages. On recommande l'analyse d'échantillons de fourrages pour leur concentration en nitrates et la gestion des concentrations alimentaires. Rappelons quelques autres éléments à surveiller pour gérer des teneurs potentielles élevées en nitrates.

Réduction de la quantité de nitrates par fermentation

On peut réduire la quantité de nitrates de 25 à 65 % en laissant fermenter adéquatement l'ensilage. La réduction moyenne est d'environ 40 %. Laissez fermenter l'ensilage pendant au moins trois à cinq semaines avant de le donner aux animaux. Si le maïs récolté est trop humide ou trop sec, il ne fermentera pas adéquatement et la teneur en nitrates ne diminuera pas. Il est déconseillé d'ajouter de l'azote non protéique (ANP), p. ex. de l'urée ou de l'ammoniac anhydre, à l'ensilage de maïs endommagé par une sécheresse.

Prudence pour faire pâturer ou donner comme fourrage vert

Face à une pénurie de fourrages, il est possible pour certains producteurs d'utiliser le maïs à ensilage endommagé par la sécheresse comme pâture ou de le faire consommer comme fourrage vert, à la condition de procéder avec une grande prudence. Les concentrations de nitrates qu'il contient fluctuent chaque jour au sein de la plante, et elles sont plus élevées dans la partie inférieure du plant que près de son sommet. Les plants de maïs montrent en général des teneurs en nitrates beaucoup plus élevées immédiatement après une averse qui suit une période prolongée de sécheresse. Le risque d'empoisonnement aux nitrates si on fait pâturer ou que l'on donne ce maïs comme fourrage vert, est beaucoup plus élevé pendant la période de cinq à sept jours qui suit une averse que pendant la période de sécheresse prolongée. Si le fourrage vert n'est pas consommé par les animaux sur-le-champ, il y a respiration et transformation des nitrates en nitrites, ce qui accroît les risques. L'échantillonnage au champ et l'analyse en laboratoire pour les concentrations en nitrites peuvent être utiles, mais rappelons cependant que les concentrations en nitrates dans ces plantes sont fluctuantes.

Symptômes d'empoisonnement par les nitrates

En général, les nitrates se transforment en nitrites dans la panse. Les nitrites se transforment à leur tour en ammoniac, puis en acides aminés. Le sang absorbe de grandes quantités de nitrites qui se lient à l'hémoglobine et nuisent au transport de l'oxygène. Parmi les symptômes d'empoisonnement par les nitrates, citons l'accélération du pouls, les troubles respiratoires, les tremblements musculaires et la faiblesse; les muqueuses peuvent devenir bleues. Dans la plupart des cas, l'animal s'affaisse et meurt subitement, dans les trois heures qui suivent l'apparition des premiers symptômes. Si vous soupçonnez un empoisonnement par les nitrates, gardez l'animal calme, installez le confortablement et téléphonez immédiatement au vétérinaire. L'empoisonnement subaigu ou chronique peut causer des problèmes de reproduction, y compris l'avortement.

Détermination de la concentration de nitrates

L'analyse des cultures lors de la récolte donne une idée générale de la concentration relative de nitrates, mais non de la concentration de nitrates présente dans l'ensilage donné aux animaux. Le meilleur moment pour déterminer la concentration de nitrates est la fin de la fermentation. Prélevez un échantillon représentatif et envoyez-le au laboratoire le plus rapidement possible. Si vous ne pouvez pas envoyer l'échantillon sur-le-champ, gardez-le au réfrigérateur. Si l'analyse de laboratoire montre une forte concentration de nitrates, vous devriez faire analyser l'eau et les autres fourrages.

Gestion du fourrage

Il existe une certaine confusion quand à la façon dont les laboratoires rapportent et utilisent les concentrations en nitrates, il faut donc vous assurer d'interpréter la bonne méthode. Les concentrations de nitrates (NO3) devraient être de 4,4 fois supérieures à celles de l'azote des nitrates (NO3-N). Les concentrations peuvent aussi être rapportées en « ppm » ou en pourcentage. En règle générale, les concentrations en NO3-N devraient être inférieures à 1 000 ppm (concentration de NO3 inférieur ou égal à 0,44 %) pour ne pas présenter de danger. Si les concentrations sont supérieures à 4 000 ppm de NO3N (supérieur ou égal à 1,76 % de NO3), il ne faut pas donner le fourrage aux animaux. Entre ces deux valeurs, le risque dépend de la quantité de fourrage donnée au bétail et de l'espèce d'animal considérée. Il faut faire preuve de prudence; le risque est plus élevé chez les animaux jeunes, allaitants et gestants. Il faut accroître graduellement les quantités de fourrage à teneur élevée en nitrates. Si la teneur énergétique des substances présentes dans la panse est adéquate, la transformation des nitrates en ammoniac est facilitée, ce qui réduit le risque d'empoisonnement. Il importe également de donner aux animaux suffisamment de glucides non structuraux (GNS).

Gaz de silo

Tout fourrage contenant de fortes quantités de nitrates représente un risque accru de production de gaz de silo. Le dioxyde d'azote, NO2, est un gaz asphyxiant dangereux dont la production commence presque aussitôt que des végétaux sont entassés dans le silo. Chez l'humain, une brève exposition à ce gaz peut endommager gravement les tissus pulmonaires et même causer la mort. Ce gaz a une odeur caractéristique d'eau de Javel et peut être visible sous la forme d'un brouillard brun rougeâtre. Comme il est plus lourd que l'air, il tend à s'accumuler juste au-dessus de l'ensilage. Il peut aussi descendre dans la chute du silo et se répandre dans les salles d'alimentation. Suivez les précautions et les procédures décrites dans la fiche technique du MAAARO intitulée Gaz dangereux commande no 14-018. Consultez aussi la fiche technique de l'Ontario Farm Safety Association.

Le maïs endommagé par la sécheresse peut servir d'ensilage et de fourrage supplémentaire. Toutefois, il faut redoubler de prudence et veiller à l'équilibre des rations, effectuer la récolte lorsque le taux d'humidité du maïs est adéquat et tenir compte des risques que présentent les nitrates et les gaz de silo. Pour plus de renseignements sur la récolte et l'entreposage de l'ensilage de maïs, dont « Établir le prix du maïs d'ensilage », « Problèmes de fermentation à l'ensilage » et « Des résidus de maïs pour le pâturage », se référer au site Web du MAAARO sur les fourrages.


Auteur : Joel Bagg - spécialiste des cultures fourragères, MAAARO
Date de création : août 2001
Dernière révision : 18 juillet 2012

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