Tussilage (pas-d'âne)

Table des matières

  1. Description
  2. Caractéristiques de croissance
  3. Lutte


Le tussilage (Tussilago farfara) (aussi appelé pas-d'âne) est une mauvaise herbe vivace originaire d'Europe, d'Afrique du Nord et de certaines parties de l'Asie. Introduite au Canada dans les années 1920, cette plante se rencontre maintenant dans la plupart des provinces canadiennes. On l'a identifiée avec certitude dans le cadre du programme « Gare aux mauvaises herbes » dans vingt-sept comtés du sud de l'Ontario. Bien que largement répandu dans le sud de l'Ontario, le tussilage n'a envahi pour l'instant qu'un nombre relativement restreint de fermes. Ainsi, jusqu'en 1986, on n'avait dénombré que dix fermes atteintes dans le comté de Middlesex. Le tussilage pousse surtout le long des routes secondaires et des autoroutes. Une fois établi, il se multiplie par graines et par rhizomes et envahit les champs adjacents. Bien que cette mauvaise herbe ne progresse que lentement, elle demeure inquiétante, d'une part, parce que peu d'herbicides réussissent à la maîtriser convenablement et, d'autre part, parce qu'elle prend bien dans plusieurs cultures.

Figure 1. Un photo d'un champ de blé d'hiver qui montre des talles de tussilage au stade de floraison avancée.
Figure 1. Talles de tussilage au stade de floraison avancée, dans un champ de blé d'hiver, au début de mai.
Figure 2. Un photo qui démontre l'absence de feuilles dans une talle de tussilage en fleurs à la fin d'avril.
Figure 2. Une talle de tussilage en fleurs à la fin d'avril. Noter l'absence de feuilles.

Description

Le tussilage est une plante basse, vivace, à feuilles larges vert foncé qui rappellent par leur dimension et leur forme, lorsqu'elles sont à maturité, celles de l'abutilon ou de la lampourde glouteron. Cette plante est toutefois dépourvue de tige principale. Le pétiole maintient les feuilles à une hauteur de 10 à 20 cm au-dessus du niveau du sol, et produit souvent un couvert fourni. La face supérieure du limbe est douce, d'apparence presque cireuse, tandis que sa face inférieure est recouverte de poils blancs veloutés. Habituellement, le pétiole et les plus grosses nervures des feuilles sont d'un violet soutenu.

Le tussilage se propage au moyen de rhizomes qui se développent dans la couche arable (5 à 20 cm de profondeur). Ces rhizomes produisent des talles assez denses de feuillage. Il est fréquent de ne rencontrer que deux à trois talles de tussilage dans un champ, et de les voir se propager graduellement en périphérie, poussées par la croissance des rhizomes. La superficie de ces talles varie de 3 à 6 mètres de diamètre. La floraison du tussilage présente cette particularité que ses fleurs d'un jaune vif, semblables à celles du pissenlit mais légèrement plus petites, s'épanouissent tôt au printemps avant que les feuilles n'apparaissent. Dans le sud de l'Ontario, le tussilage fleurit souvent en avril avant que les derniers bancs de neige n'aient fondu. Il arrive même que des fleurs percent le manteau de neige. La graine à aigrette plumeuse et blanche du tussilage ressemble également à celle du pissenlit. Toutefois, les graines du tussilage sont mûres avant même que les premiers pissenlits n'aient fleuri. Le tussilage produit peu de graines comparativement à de nombreuses autres mauvaises herbes annuelles, chaque plant produisant environ 3500 graines.

Au moment où les graines des premières fleurs mûrissent, les feuilles commencent à se former à la surface du sol. Elles continuent d'apparaître et de croître pendant plusieurs semaines, si bien que ce n'est pas avant la fin de juin et le milieu de juillet que le couvert atteint sa pleine densité. Pendant l'été, les réserves nutritives sont emmagasinées dans les rhizomes pour assurer la croissance de la plante au début du printemps suivant.

Figure 3. Un photo du tussilage avec des fleurs et des capitules fermés.

Figure 3. Tussilage (fleurs et capitules fermés).
Figure 4. Un photo des feuilles du tussilage complètement  formées.
Figure 4. Feuilles du tussilage complètement formées, en juillet.

Caractéristiques de croissance

Le tussilage vient bien en sols graveleux; on le rencontre même fréquemment dans les gravières. Lorsque le gravier provenant de carrières infestées sert à l'entretien des routes, certains rhizomes réussissent à reprendre et à se propager. Le tussilage résiste bien à la concurrence des graminées en bordure des routes et est insensible aux herbicides qui y sont normalement employés. Tôt ou tard, il s'étend au delà des clôtures jusque dans les champs cultivés. Le travail du sol risque alors de provoquer sa propagation en différents points du champ. Selon les herbicides utilisés dans les champs cultivés, il se peut que les semences dispersées par le vent puissent germer et produire de nouvelles talles de tussilage.

Les grandes cultures affectées jusqu'ici par le tussilage sont celles du maïs, du soya, du blé d'hiver, des céréales de printemps et de la luzerne. Une fois bien établi, le tussilage semble résister à la concurrence exercée par ces cultures. Les observations sur le terrain indiquent que la dispersion de cette mauvaise herbe est parfois attribuable au transport des rhizomes lors du travail du sol, notamment par les chisels et les cultivateurs. Toutefois, la propagation du tussilage qui résulte de cette activité est beaucoup plus lente que celle du chiendent. Il reste qu'à défaut de mesures appropriées, le tussilage risque, avec le temps, d'envahir tout le champ.

Bien que la multiplication par graines soit aussi un facteur de propagation, il est beaucoup moins important que dans le cas des mauvaises herbes annuelles communes. La production de graines est relativement faible et la graine du tussilage n'est plus du tout viable après un an.

Figure 5. Un photo des rhizomes tiges florifères.
Figure 5. Rhizomes et tiges florifères.
Figure 6. Des feuilles partiellement formées d'un talle de tussilage en juin.
Figure 6. Talle de tussilage dans un champ de maïs en juin. Noter que les feuilles ne sont que partiellement formées.

Lutte

Les observations sur le terrain et les recherches menées jusqu'ici contribuent à prouver l'inefficacité des herbicides 2,4-D, MCPA, 2-4DB, Kil-Mor®, Banvel® et Basagran® contre le tussilage établi. Des taux d'atrazine allant jusqu'à 2 kg/ha n'ont pas permis de le maîtriser dans les champs de maïs. Les herbicides incorporés en présemis et les herbicides de prélevée homologués pour les cultures de soya se sont avérés inefficaces.

L'utilisation de Roundup® pour une maîtrise non sélective du tussilage semble donner d'assez bons résultats. L'inefficacité des traitements est souvent attribuable à des applications d'herbicides trop hâtives, étant donné que le feuillage du tussilage met beaucoup de temps à se développer au printemps, particulièrement si le champ a été travaillé et ensemencé. Il arrive que les feuilles ne soient pas complètement formées avant la fin juin ou la mi-juillet. Appliquer le Roundup plus tôt tue le feuillage, mais ne détruit pas les rhizomes.

Tant que l'on ne compte que quelques talles de tussilage, une mesure de lutte efficace consiste à mouiller les feuilles entièrement formées jusqu’à ruissellement avec une solution renfermant 2 % de Roundup mêlé à de l’eau. Le pulvérisateur de type havresac convient bien à de telles applications. Dans les champs de maïs ou de soya, le traitement doit être appliqué avant l'apparition des soies du maïs ou la formation des gousses du soya. Noter que ces pulvérisations tuent aussi les plants cultivés. Dans les champs de céréales d'hiver et de printemps, on peut appliquer le Roundup après la récolte et avant les grandes gelées automnales, pourvu que le feuillage du tussilage soit encore en croissance active et n'ait pas été détruit pendant les moissons.

Souvent, la lutte contre le tussilage se fait difficilement dans les champs de luzerne. Il arrive en effet qu’avant chaque récolte de luzerne, le feuillage du tussilage ne soit pas suffisamment développé. Comme le Roundup n'est pas un herbicide sélectif, il expose les zones pulvérisées à l'envahissement par d'autres mauvaises herbes, dont le pissenlit. Dans les zones traitées, il faut attendre le brunissement des plants avant de récolter le fourrage.

Dans la plupart des cas, on n'a signalé jusqu'ici que quelques talles de tussilage par champ infesté. Si la mauvaise herbe a été passablement disséminée dans le champ lors des travaux du sol, il peut être nécessaire de pulvériser le champ au complet, ce qui retardera toute culture. Les recherches indiquent qu'il est possible d'obtenir une bonne maîtrise à raison de 6,3 L de Roundup/ha appliqué sur un feuillage bien formé et en croissance active.

Pour plus de renseignements sur l'utilisation de cet herbicide et les précautions à prendre lorsqu'on y a recours, consulter la publication 75F du MAAO, intitulée Guide de lutte contre les mauvaises herbes.

La meilleure stratégie de lutte contre le tussilage consiste à en freiner la propagation au moment où le champ n'en compte encore que quelques talles, avant de se retrouver aux prises avec une infestation à la grandeur du champ ou de la ferme.

Kil-Mor : marque déposée de Ciba-Geigy

Banvel : marque déposée de Velsicol

Basagran : marque déposée de BASF

Roundup : marque déposée de Monsanto

Figure 7.  Un photo du bordure d'une route montrant les talles de tussilage monté en graine

Figure 7. Talles de tussilage monté en graine en bordure d'une route.

Nous remercions le Secrétariat d’État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

ISSN 1198-7138

Also available in English. (Order no. 87-019)

 


Auteur : Harvey Wright - Direction des productions végétales/MAAARO
Date de création : 13 juillet 2004
Dernière révision : 13 juillet 2004

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