La rouille du genévrier et la rouille du cognassier

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier,
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Table des matières

  1. Rouilles
  2. Rouille du genévrier
  3. Rouille du cognassier

Rouilles

La rouille du genévrier, causée par Gymnosporangium juniperi-virginianae, et la rouille du cognassier, attribuable à Gymnosporangium clavipes, sont deux maladies distinctes causées par des espèces de champignons différentes mais apparentées. Ces maladies ont un cycle biologique complexe qui se déroule sur deux années et sur deux hôtes différents.

En Ontario, les infections des pommiers par des rouilles ne sont répandues que dans la vallée de l'Outaouais et à l'extrémité est du lac Ontario (région de Quinte), là où les genévriers de Virginie poussent en abondance. Occasionnellement, les rouilles apparaissent dans d'autres régions de l'Ontario, là où l'on retrouve des genévriers ornementaux infectés et des conditions météorologiques propices aux infections. Le thuya occidental (Thuja occidentalis) n'est pas un hôte intermédiaire des agents responsables de ces deux maladies.

Comme c'est le cas de nombreuses rouilles, deux hôtes sont nécessaires à la survie des agents pathogènes, soit le genévrier de Virginie l'hiver et le pommier l'été. Si elles ne sont pas maîtrisées, ces maladies sont particulièrement dévastatrices pour les pommiers, car elles provoquent une défoliation complète et font perdre toute la récolte.

Rouille du genévrier

Le genévrier de Virginie (Juniperus virginianae) est l'hôte intermédiaire de l'agent responsable de la rouille du genévrier. Toutefois, les symptômes observés sur cette espèce sont totalement différents de ceux qui se manifestent sur le pommier. La rouille du genévrier infecte à la fois les feuilles et les fruits des cultivars de pommiers sensibles.

Symptômes

Les symptômes commencent à apparaître sur la face supérieure des feuilles de pommiers peu après la floraison. Les feuilles qui ont trois ou quatre semaines affichent une assez bonne résistance aux infections, mais les feuilles plus jeunes ainsi que les fruits présentent une sensibilité qui varie selon les cultivars. De petites taches jaune pâle apparaissent sur la face supérieure des feuilles (figure 4-131) et sur les fruits (figure 4-132). Tôt ou tard, de petits points noirs (spermogonies) apparaissent au centre des lésions. Les lésions grossissent et prennent une teinte plus orangée, souvent entourée d'un contour rougeâtre.

Figure 4-131. Symptômes foliaires de la rouille du genévrier.

Figure 4-131. Symptômes foliaires de la rouille du genévrier.

Figure 4-132. Symptômes de la rouille du genévrier sur un fruit.

Figure 4-132. Symptômes de la rouille du genévrier sur un fruit.

Les symptômes de la rouille sur les feuilles d'aubépine (parfois appelée cenellier au Canada) ressemblent beaucoup aux symptômes foliaires de la rouille du genévrier. Cette rouille s'attaque uniquement aux feuilles de pommiers et de poiriers; elle affecte particulièrement les cultivars McIntosh et Cortland.

Cycle biologique

L'agent de la rouille du genévrier hiverne sur un hôte intermédiaire, le genévrier de Virginie (Juniperus virginianae) ou un autre hôte, sous forme de mycélium, à l'intérieur de galles brunes et rondes de 10-30 mm de diamètre (figure 4-133). Les symptômes commencent à apparaître à peu près au moment où les pommiers sont au stade du bouton rose avancé, après une pluie ou une rosée ayant laissé les feuilles mouillées. Les galles qui se forment sur le genévrier de Virginie produisent des téleutospores, qui sont des expansions en forme de cornes de 10-20 mm de long, qui deviennent jaune orangé et gélatineuses. Les téleutospores produisent sur les cornes des téliospores qui libèrent des basidiospores portées par le vent. Ces dernières infectent uniquement les feuilles et les fruits des pommiers sensibles au cours des pluies du printemps (figure 4-134).

Figure 4-133. Galle de la rouille du genévrier sur un genévrier.

Figure 4-133. Galle de la rouille du genévrier sur un genévrier.

Figure 4-134. Téleutospores en forme de cornes poussant sur les galles durant ou peu après la pluie.

Figure 4-134. Téleutospores en forme de cornes poussant sur les galles durant ou peu après la pluie.

La plupart des basidiospores sont libérées durant la période s'étendant entre les stades prébouton rose et calice du pommier. Les galles de la rouille du genévrier meurent une fois les spores libérées, mais les cornes peuvent gonfler et s'assécher plusieurs fois, libérant des spores au cours de pluies intermittentes. Les spores sont libérées dès que la pluie commence. Au contraire de la tavelure, une brève période de mouillage de quatre à six heures à 10-24 °C peut donner lieu à une infection grave (voir tableau 4-9, Nombre approximatif d'heures de mouillage nécessaires au déclenchement d'infections par la rouille du genévrier sur les feuilles des cultivars sensibles). En règle générale, de longues périodes de mouillage autour du stade calice sont particulièrement dommageables. Tandis qu'un fort taux d'humidité (> 85 %) pendant de longues périodes suffit à provoquer la libération des spores, il faut de l'eau libre pour que l'infection se déclare. Les spores se disséminent sur une distance maximale de 6-8 km, mais la plupart des infections surviennent quand les hôtes intermédiaires se situent à moins de quelques centaines de mètres. Vers la fin de l'été, des structures en forme de réceptacles apparaissent sur le revers des feuilles et sur les fruits. Ces structures libèrent des spores disséminées par le vent vers les genévriers de Virginie. Les spores infectent les feuilles du genévrier de Virginie de la mi-été jusqu'en automne. Des galles verdâtres sont produites le printemps suivant, mais elles ne parviennent à maturité et ne sont prêtes à infecter les pommes que le printemps suivant.

La rouille du genévrier ne peut se propager de pommier à pommier ni de genévrier à genévrier, car le champignon doit obligatoirement passer en alternance d'un hôte à un autre au cours des deux années que dure son cycle biologique.

Tableau 4-9. Nombre approximatif d'heures de mouillage nécessaires au déclenchement d'infections par la rouille du genévrier sur les feuilles des cultivars sensibles
Température moyenne (°C)

Degré de l'infection1
Légère Grave
3
24
-
4
12
24
6
8
10
8
6
7
10
5
6
12
4
5
14
3
5
16
3
4
18
3
4
20-24
2
4

1Source : Aldwinckle, H.S., R.C. Pearson et R.C. Seem. " Infection periods of Gymnoporangium juniperi-virginianae on apple " dans Phytopathology, 70:1070-1073, 1980. Dans l'hypothèse où l'inoculum de la rouille du genévrier (galles orangées renflées) est présent au début de la pluie. Si l'inoculum n'est pas déjà présent (période de sécheresse avant la pluie), ajouter quatre heures à des températures supérieures à 10 °C et six heures à des températures de 8-10 °C. L'infection est peu probable à des températures inférieures à 8 °C si l'inoculum n'est pas déjà présent.

Surveillance et lutte

Les cultivars de pommiers n'ont pas tous la même sensibilité aux rouilles (voir tableau 4-10).

Tableau 4-10. Sensibilité des cultivars de pommiers aux rouilles
  Cultivar(s)
Assez résistants Empire, Liberty, Macfree, McIntosh, Northern Spy, Novamac, Paula Red, Red Delicious, Spartaon
Très résistants Golden Delicious, Idared, Mutsu, Russet
 
  Cultivar(s)
Assez résistants Idared, Jonafree, Liberty, McIntosh, Redfree, Spartan
Très résistants Empire, Golden Delicious, Mutsu, Northern Spy, Red Delicious

Du début mai à la mi-juin, évaluer les risques d'infection des pommiers par les rouilles en observant les hôtes intermédiaires qui se trouvent aux abords du verger. La présence de galles produisant des masses de spores orangées ferait craindre des infections.

Il faudrait, en théorie, débarrasser le voisinage du verger des pommiers sauvages et des hôtes intermédiaires des agents responsables des rouilles. En pratique, cela n'est pas possible. Il faut se contenter d'enlever et de brûler les galles de rouille des genévriers ornementaux de valeur et planter des cultivars d'espèces ornementales qui affichent une résistance aux rouilles.

La plupart des fongicides homologués contre la tavelure procurent également une bonne maîtrise des rouilles. Si la pression exercée par les rouilles est faible (peu de galles ou temps sec), les pulvérisations de fongicides dirigées contre la tavelure et efficaces contre les rouilles suffiront probablement à les maîtriser. Toutefois, dans les vergers où une rouille a sévi, des traitements fongicides à action protectrice dirigés spécifiquement contre la tavelure du pommier risquent de ne pas être suffisants durant la période allant du prébouton rose ou du bouton rose avancé à la fin du calice. Si les cultivars affichent une résistance à la tavelure mais sont sensibles aux rouilles, des traitements spécifiquement dirigés contre les rouilles sont nécessaires.

Rouille du cognassier

La rouille du cognassier s'attaque à un vaste éventail de végétaux de la famille des rosacées (plus de 480 espèces), notamment le sorbier d'Amérique, l'aubépine, le cognassier et l'amélanchier. Les hôtes intermédiaires de la rouille du cognassier comprennent le genévrier de Virginie, le genévrier commun (J. communis) et plusieurs espèces de genévriers ornementaux. La rouille du cognassier infecte uniquement les fruits, et non les feuilles, des pommiers et des poiriers.

Symptômes

Les jeunes pommes sont très sensibles à la rouille du cognassier pendant environ deux semaines. La rouille du cognassier infecte uniquement les fruits des cultivars de pommiers sensibles. La cuvette oculaire du fruit infecté est brun verdâtre et déformée (figure 4-135). Tôt ou tard, les tissus des pommes infectées brunissent et deviennent spongieux.


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juillet 2011
Dernière révision : 21 juilllet 2011

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