À éviter : la punaise marbrée

(Format PDF - 470 kb)

Table des matières


Un peu d'histoire

La punaise marbrée, connue sous le nom anglais de brown marmorated stink bug, Halyomorpha halys (Stål), est un insecte originaire de l'étranger : Japon, Corée, Taiwan et Chine. Rapporté pour la première fois en 2001 dans l'état de Pennsylvanie, ce ravageur est maintenant recensé dans plus de 27 états dont plusieurs limitrophes de l'Ontario, du Québec et de la Colombie Britannique. De larges populations de la punaise marbrée sont maintenant établies en Pennsylvanie, au New Jersey, au Delaware, au Maryland, en Virginie de l'Ouest et en Virginie, où ce ravageur est considéré comme une nuisance grave dans les zones agricoles. En 2010, la punaise marbrée a soulevé un intérêt sans précédent à cause de ses dégâts dans les vergers, les cultures légumières et fruitières, horticoles et ornementales, les petits fruits, les raisins et les cultures de plein champ, causant des pertes importantes dans les régions où elle était bien établie.

La punaise marbrée voyage facilement et elle est transportée sur de grandes distances par des denrées, des véhicules et des personnes. Bien qu'elle n'ait pas encore été détectée sur le terrain, elle a été interceptée dans une grande variété de produits du commerce qui arrivaient en Ontario et dans d'autres provinces en provenance des régions infestées. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) n'a pas formellement communiqué de décision sur la punaise marbrée, mais comme elle s'est propagée sur une vaste superficie aux États-Unis et qu'il est impossible de contrôler toutes les voies de son introduction, il est très peu probable que cet insecte fasse l'objet d'une réglementation au Canada.

Pourquoi la punaise marbrée constitue une aussi grave menace

La punaise marbrée possède une vaste gamme d'hôtes (la littérature mentionne plus de 300 végétaux), dont nombre de cultures spéciales et de grandes cultures, en plus de plantes sauvages qui peuvent héberger de très larges populations. Parmi les hôtes notons les fruits à noyau et à pépins, les petits fruits, les raisins, les légumes (poivron, tomate, maïs sucré) et le maïs de plein champ, le soya, les arbres feuillus et d'ornement et les arbustes ligneux. D'autres punaises ont aussi une variété d'hôtes au stade adulte.

La différence avec la punaise marbrée c'est le très grand nombre d'hôtes de reproduction dont elle dispose; les adultes et les nymphes causent tout deux des dégâts. Les adultes sont très mobiles et ils passent d'une culture à l'autre pendant la saison de production. Les dommages cumulatifs que causent ce ravageur et son activité dévastatrice dans une même culture, ajoutés à sa grande mobilité, justifient une surveillance accrue et une lutte plus soutenue.

Cycle biologique

La punaise marbrée passe l'hiver au stade adulte. Sous les latitudes nordiques, la punaise marbrée ne produit qu'une génération par année.

Les adultes émergent au printemps, s'accouplent et commencent à envahir les cultures pour s'alimenter et éventuellement pondre leurs oeufs. Les adultes vivent longtemps, les femelles pondent leurs oeufs sur une période prolongée, il y a donc un chevauchement des générations avec tous les stades de développement (oeufs, nymphes et adultes) présents en même temps. Une seule femelle peut pondre des centaines d'oeufs. Les adultes migrent d'une culture hôte à une autre pendant la saison de production. Puis les adultes retournent vers les aires d'hivernage (dans les boisés et les affleurements rocheux, les environnements construits) à l'automne.

La punaise marbrée et la LI

La présence de la punaise marbrée a eu un effet dévastateur sur de nombreux programmes de LI bien établis. Même si la surveillance est possible avec des phéromones d'agrégation et du dépistage, on ne peut se fier à aucun seuil limite lié aux dommages aux cultures. Des nombres en apparence minimes de nymphes et d'adultes peuvent causer des dégâts considérables pendant la saison de culture. De nombreux produits chimiques à risque réduit ou à faible impact sont inefficaces, ce qui laisse les produits à large spectre, y compris des composés organophosphatés et des pyréthroïdes, avec des effets nuisibles sur la lutte biologique visant d'autres ravageurs des cultures. Malgré des pulvérisations hebdomadaires commençant tôt en saison et se poursuivant jusqu'à la récolte, dans certaines zones les dommages cumulatifs aux arbres fruitiers peuvent aller jusqu'à 50-60 %. De lourdes pertes ont aussi été rapportées dans les cultures de maïs sucré, de tomate, de poivron et de courge, surtout dans la production biologique.

De quoi ont l'air les punaises marbrées?

Les punaises ont la forme d'un bouclier et elles ont les pièces buccales d'un insecte piqueur suceur. Les punaises communes et les insectes similaires sont souvent confondus avec la punaise marbrée (figure 1), y compris les espèces «brunes »(figure 2) comme la punaise fétide (figure 3), la punaise bossue des bois (qui entre aussi dans les domiciles - figure 4), la punaise de la courge (figure 5) et la punaise prédatrice (figure 6, figure 7). Toutes portent des bandes pâles et foncées sur la marge de l'abdomen. La punaise marbrée est un insecte assez gros (jusqu'à 17 mm), de couleur brune marbrée. Elle possède des « paulettes » peu marquées (sur les bords du prothorax, derrière la tête) avec seulement une seule projection comme une dent juste derrière l'œil (figure 8). Les stades immatures, appelés nymphes, sont de forme ovale et ont un peu l'air d'une tique (figure 9). Chaque antenne porte deux larges bandes blanches que n'ont pas les autres punaises communes; ce critère est très visible sur les adultes et sur les nymphes plus âgées.

Les punaises marbrées adultes (12-17 mm) ont une apparence marbrée avec deux bandes blanches sur chaque antenne.


Figure 1: Les punaises marbrées adultes (12-17 mm) ont une apparence marbrée avec deux bandes blanches sur chaque antenne.
(Crédit photo : Purdue Extension Entomology)


Les punaises brunes communes (Euschistus spp.) ont des marques similaires aux marges de l'abdomen mais pas les bandes blanches sur les antennes.

Figure 2: Les punaises brunes communes (Euschistus spp.) ont des marques similaires aux marges de l'abdomen mais pas les bandes blanches sur les antennes. (Crédit photo : David Cappaert, Michigan State University)

 

Les punaises bossues des bois (répandues dans les vergers) ont des projections dentelées aux marges des épaules mais pas de bandes sur les antennes.

Figure 3: Les punaises bossues des bois (répandues dans les vergers) ont des projections dentelées aux marges des épaules mais pas de bandes sur les antennes. (Crédit photo : Antonia Guidotti, Musée royal de l'Ontario)


Les lygziidés ont un corps plus allongé que la punaise marbrée. Ils s'abritent souvent à l'intérieur à l'automne.

Figure 4: Les lygziidés ont un corps plus allongé que la punaise marbrée. Ils s'abritent souvent à l'intérieur à l'automne. (Crédit photo : David Cappaert, Michigan State University)

 

Punaise de la courge adulte

Figure 5: Punaise de la courge adulte

 

Punaise prédatrice, un prédateur répandu. Voir figure 7 plus loin.

Figure 6: Punaise prédatrice, un prédateur répandu. Voir figure 7 plus loin. (Crédit photo : S.A. Marshall, School of Environmental Sciences, Université de Guelph)

 

Le bec ou rostre des punaises prédatrices est court, épais et se déplace librement. Il est rattaché seulement à sa base et sert à harponner sa proie. b. Le bec des punaises qui se nourrissent de plantes est plutôt long, mince avec le premier segment rattaché à la tête. Le bec ou rostre des punaises prédatrices est court, épais et se déplace librement. Il est rattaché seulement à sa base et sert à harponner sa proie. b. Le bec des punaises qui se nourrissent de plantes est plutôt long, mince avec le premier segment rattaché à la tête.

Figure 7: a. Le bec ou rostre des punaises prédatrices est court, épais et se déplace librement. Il est rattaché seulement à sa base et sert à harponner sa proie. b. Le bec des punaises qui se nourrissent de plantes est plutôt long, mince avec le premier segment rattaché à la tête.

Les marges des épaulettes de la punaise marbrée sont lisses, avec une seule projection juste derrière l'œil. Noter la paire d'yeux simples d'un rouge éclatant.

Figure 8: Les marges des épaulettes de la punaise marbrée sont lisses, avec une seule projection juste derrière l'œil. Noter la paire d'yeux simples d'un rouge éclatant.

 

Les nymphes ont une apparence semblable aux tiques et les mêmes bandes que les adultes sur les antennes. (Crédit photo : Gary Bernon, APHIS-USDA)

Figure 9: Les nymphes ont une apparence semblable aux tiques et les mêmes bandes que les adultes sur les antennes. (Crédit photo : Gary Bernon, APHIS-USDA)

Les dommages ont l'air de quoi?

Les punaises fétides utilisent leurs pièces buccales pour injecter des enzymes digestives dans les végétaux et en soutirer des fluides. Quand la punaise marbrée s'est nourrie les dommages ne sont pas faciles à distinguer de ceux des autres espèces qui s'attaquent aux cultures fruitières et légumières. Sur les jeunes plants le ravageur qui s'est nourri peut provoquer des déformations et une croissance ralentie. Dans la tomate, les dommages ressemblent à des taches troubles à la surface du fruit (figure 10); sous la peau, ces zones sont des masses de tissus spongieux et moelleux. Les dégâts sont similaires dans le poivron. Dans le maïs et le soya, les lésions aux grains (ou aux feuilles) ne sont pas très visibles avant que l'on ouvre l'épi ou la gousse (figure 11).

Dans les arbres fruitiers, les ravageurs qui se nourrissent en début de saison peuvent provoquer l'avortement. Du milieu à la fin de la saison dans la pêche, les ravageurs causent des dommages en tête de chat, de la gummose et de la chair moelleuse (figure 12). Dans la pomme, les dommages des punaises sont souvent confondus avec ceux de la tache amère (figure 13). Pour distinguer entre les symptômes de la fossette amère et les dommages dus aux punaises, rechercher des traces de perforations dans la zone de dépression sur la peau du fruit. La punaise marbrée est surtout active dans les vergers de la préfloraison jusqu'à la cueillette, les nymphes font leur apparition après la floraison. Les espèces de punaises « normales » n'apparaissent dans les vergers qu'après la mi-saison, seulement au stade adulte. Comme les activités saisonnières de la punaise marbrée diffèrent de celles des punaises « normales », des indices inhabituels de dommages peuvent aussi indiquer la présence du ravageur au champ.

 

Les tomates et les poivrons sur lesquels les punaises marbrées se sont nourries montrent des taches troubles à la surface de la peau et des tissus spongieux et moelleux sous la peauFigure 10: Feeding damage on tomatoes and peppers appears as cloudy spots on the surface that are spongy/pithy under the skin. (Photo credit: David Wright, Virginia Tech)

Figure 10: Les tomates et les poivrons sur lesquels les punaises marbrées se sont nourries montrent des taches troubles à la surface de la peau et des tissus spongieux et moelleux sous la peau. (Crédit photo : David Wright, Virginia Tech)


Les dommages au maïs ne sont pas toujours évidents avant que l'on ouvre l'épi pour révéler les grains aplatis.

Figure 11: Les dommages au maïs ne sont pas toujours évidents avant que l'on ouvre l'épi pour révéler les grains aplatis. (Crédit photo : Thomas Kunar, Virginia Tech)

 

Les dommages de fin de saison dans la pêche ont une apparence liégeuse.

Figure 12: Les dommages de fin de saison dans la pêche ont une apparence liégeuse. (Crédit photo : Starker Wright, ARS-USDA)

 

Dans la pomme les dommages de fin de saison sont souvent confondus avec ceux de la tache amère. Pour faire le diagnostic rechercher les traces de perforations par l'insecte qui s'est nourri, dans la zone de dépression à la surface du fruit.

Figure 13: Dans la pomme les dommages de fin de saison sont souvent confondus avec ceux de la tache amère. Pour faire le diagnostic rechercher les traces de perforations par l'insecte qui s'est nourri, dans la zone de dépression à la surface du fruit. (Crédit photo : Starker Wright, ARS-USDA)

Aussi des invasions de domicile

Les punaises marbrées adultes passent l'hiver dans des zones abritées, dont les domiciles et autres bâtiments chauffés. Comme elles se regroupent en grand nombre, elles sont une nuisance considérable pour les propriétaires des domiciles qu'elles ont investis. Elles ne piquent pas les humains mais elles dégagent une odeur fétide quand on les dérange et qu'on les oblige à se déplacer. Leur concentration à l'intérieur de structures artificielles n'est pas un comportement répandu chez les punaises, il peut constituer un indice précoce de l'établissement de la punaise marbrée en Ontario.

Comment nous aider

L'identification de ce ravageur au plus tôt, tant que les populations sont faibles, favorise le dépistage précoce et permet d'élaborer des stratégies de lutte pour limiter les dégâts chez les producteurs agricoles. Votre collaboration serait appréciée. Si vous constatez des dommages ou la présence de punaises fétides que vous présumez responsables de ces derniers, vous pouvez soumettre un spécimen à la clinique de diagnostic phytosanitaire de l'Université de Guelph, à l'ACIA, à la National Insect Collection à Ottawa (qui offre un service d'identification), ou à un bureau régional du MAAARO.

Liens utiles

Ce site sera disponible en français bientôt. Nous nous excusons de cet inconvénient. Pour tout renseignement sur ce site, veuillez vous adresser au Centre d’information agricole au 1 877 424-1300 ou ag.info.omafra@ontario.ca.


Auteur : Hannah Fraser - Chargée de programme, entomologie des cultures horticoles
/MAAARO; Denise Beaton - Chargée de programme, protection des cultures
/MAAARO
Date de création : février 2011
Dernière révision : 30 juin 2011

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca