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Facteurs à considérer dans l'usage d'agents de lutte biologique contre les pucerons

Auteur : Gillian Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée dans les cultures légumières en serre/MAAARO
Date de création : 26 juillet 2005
Dernière révision : 26 juillet 2005


Table des matières

Les producteurs de légumes de serre, notamment de poivrons, doivent généralement lutter contre plusieurs espèces de pucerons, entre autres le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), le puceron de la pomme de terre (Macrosiphum euphorbiae), le puceron du cotonnier (Aphis gossypii) et le puceron de la digitale (Aulacorthum solani). Heureusement, pour maîtriser ces ravageurs, on trouve dans les insectariums commerciaux toute une gamme d'agents de lutte biologique (ou biocontrôle), dont plusieurs guêpes parasites comme l'Aphidius colemani, l'Aphidius matricariae, l'Aphidius ervi, l'Aphelinus abdominalis et l'Aphidoletes aphidimyza (une cécidomyie du puceron), de même que des coccinelles (Hippodamia convergens sp. et Harmonia axyridis) et des chrysopes (Chrysoperla sp.). S'il veut tirer le maximum de chacun de ces agents, le producteur doit toutefois se poser quelques questions importantes comme " «Tous les agents ont-ils un rendement aussi efficace contre toutes les espèces de pucerons?» ou «Quand effectuer le lâcher pour obtenir le résultat optimal? ».

Pour répondre à ces questions, nous abordons ici quelques aspects de chacun des agents de biocontrôle disponibles.

 

Guêpes parasites

Aphidius sp. / Plantes banques

L'Aphidius colemani s'attaque aux plus petites espèces de pucerons et il est par conséquent de la plus grande utilité contre le puceron du cotonnier et le puceron vert du pêcher. La recherche indique qu'il n'accepte comme hôte ni le puceron de la pomme de terre ni celui de la digitale. L'Aphidius matricariae est efficace contre le puceron vert du pêcher, mais moins contre le puceron du cotonnier, et comme l'A. colemani, il ne parasite ni le puceron de la pomme de terre ni celui de la digitale. Malgré une apparence et un cycle biologique similaires aux autres espèces, l'Aphidius ervi présente quelques différences. Ainsi, il met 19 jours à 21°C pour accomplir son cycle biologique, comparativement à l'A. colemani qui met 14 jours à la même température. L'Aphidius ervi montre une prédilection pour les plus grosses espèces de pucerons, comme celui de la pomme de terre et celui de la digitale.

Les Aphidius sp. sont les plus utiles quand il y a très peu de pucerons. Pour assurer un faible apport en continu de ces espèces, la plupart des producteurs de poivrons utilisent des «plantes banques» (voir la figure 1), qui consistent essentiellement en plantules de céréales (de seigle, par exemple). Ces jeunes plants sont les hôtes d'espèces de pucerons des céréales qui ne s'attaquent pas aux cultures légumières et les pucerons, à leur tour, servent d'hôtes ou de nourriture aux guêpes parasites. Malgré le recours aux plantes banques, les producteurs n'arrivent souvent pas à maîtriser adéquatement les infestations de pucerons. Le problème peut être lié à l'emplacement des plantes banques, ou encore à l'endroit d'où est effectué le lâcher des guêpes.

Les plantes banques sont le plus fréquemment disposées le long des allées, à l'extrémité des rangs, souvent d'une longueur d'environ 90 mètres

Figure 1. Plante banque placée à l'extrémité d'un rang pour libérer des agents de biocontrôle des pucerons

Les plantes banques sont le plus fréquemment disposées le long des allées, à l'extrémité des rangs, qui ont souvent environ 90 mètres de longueur. Des études de dispersion effectuées sur le terrain avec l'A. colemani ont indiqué que même si elles peuvent se déplacer d'au moins 16 mètres dans les 24 heures du lâcher, la majorité des guêpes ne parcourent qu'un à deux mètres pendant cette période et qu'elles pondent 88 % de leurs œufs dans les deux premiers jours de leur éclosion. Ces données révèlent que la majeure partie de l'action parasitique des Aphidius colemani s'est produite à l'intérieur de quelques mètres du lieu où elles avaient été lâchées. Elles confirment aussi que les plantes banques doivent être assez uniformément réparties dans la serre et qu'il faut prévoir entre ces dernières une distance inférieure à 40 mètres pour que le parasitisme soit à son meilleur.

La quantité à commander est un autre point à examiner. Des recherches effectuées au Royaume-Uni ont montré que la proportion d'adultes qui émergeait des «momies» de pucerons variait de 19 à 95 % et se situait en moyenne autour de 60 %. Par conséquent, il vaut mieux commander environ 30 % plus d'insectes que les besoins estimés. Il se peut toutefois que les insectariums commerciaux aient déjà tenu compte dans leurs calculs du pourcentage insuffisant d'émergence des pucerons afin que les producteurs disposent du nombre approprié d'insectes.

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Aphelinus abdominalis

L'Aphelinus abdominalis s'attaque surtout au puceron de la pomme de terre et à celui de la digitale dans la serre. Cette guêpe préfère parasiter les deuxième et troisième stades de la nymphe tandis que le premier et le petit deuxième stades servent à nourrir les adultes. Pour ce faire, elle perce le puceron au moyen de sa tarière, qui est son organe de ponte, pour se nourrir ensuite des fluides de son corps par la minuscule ouverture.

Contrairement à l'Aphidius colemani, l'Aphelinus abdominalis ne pond pas beaucoup pendant les premiers jours de sa vie. Puis, à compter du 4e jour suivant l'émergence, la femelle adulte peut pondre quotidiennement entre 10 et 15 œufs pour le reste de sa vie, qui dure entre 15 et 27 jours. Pendant cette période, une femelle peut parasiter plus de 200 pucerons et en tuer environ 40 en se nourrissant de ses hôtes. Comme les guêpes adultes préfèrent marcher ou sauter plutôt que survoler la récolte, elles ont tendance à ne pas se déplacer. Les recherches ont révélé qu'elles se dispersent peu dans la serre et que la plupart restent à proximité du lieu où elles ont été libérées. Elles devraient donc, pour de meilleurs résultats, être relâchées le plus près possible des endroits les plus infestés de pucerons. Soulignons que les pucerons parasités par l'Aphelinus abdominalis sont de couleur noire et que ceux parasités par l'Aphidius sp. sont de couleur bronze (figure 2).

Notons que les pucerons parasités par A. abdominalis sont de couleur noire et ceux parasités par Aphidius sp. de couleur bronze

Figure 2. Pucerons parasités par l'Aphelinus abdominalis (de couleur noire) et par Aphidius sp. (de couleur bronze).

Pour supprimer plus efficacement les populations de pucerons dans les cultures de serre, il faut non seulement savoir où et quand les infestations se produisent, mais aussi de quelles espèces il s'agit. En outre, il faut se concentrer sur le mode et le lieu de dissémination des agents de lutte biologique.

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Prédateurs des pucerons

Les prédateurs des pucerons font généralement moins de discrimination que les parasitoïdes et se nourrissent la plupart du temps d'un grand éventail d'autres espèces. Ils font aussi du bon travail quand les populations de pucerons sont très denses et ne conviennent donc généralement pas en présence d'un nombre plus restreint de pucerons. Voici certaines précisions entourant leur utilisation.

Aphidoletes aphidimyza

L'Aphidoletes est en général un bon prédateur qui présente de nombreuses caractéristiques avantageuses. Les larves de cette cécidomyie du puceron (voir la figure 3) s'attaquent à toutes les espèces de pucerons que l'on trouve dans les légumes de serre. L'Aphidoletes est bon chercheur et sait distinguer le plant qui est infesté de pucerons de celui qui ne l'est pas. Ce prédateur ne pondra pas d'œufs sur des plants sans pucerons; il préfère les pondre dans les colonies populeuses. Pour survivre, il doit pondre à proximité de sa nourriture car les larves nouvellement écloses mourront de faim si elles se trouvent à plus de 63 mm d'une source alimentaire. La femelle pond la plus grande partie de ses œufs pendant les deux ou trois premiers jours suivant son émergence et il faut idéalement, pour les faire éclore, une humidité relative de 75 % et une température supérieure à 10 °C.

Les larves d'Aphidoletes se nourrissent de pucerons

Figure 3. Larves d'Aphidoletes aphidimyza se nourrissant de pucerons.

L'Aphidoletes possède une autre importante caractéristique : le nombre d'œufs que pond la femelle est proportionnel à la taille de la colonie de pucerons. Ainsi, plus l'infestation de pucerons est grave, plus elle pondra d'œufs. De plus, quand les pucerons sont légion, les larves d'Aphidoletes les tuent en nombre plus grand qu'il leur est nécessaire pour se nourrir. Elles consomment en moyenne 5 à 10 pucerons par jour et ce nombre peut atteindre de 80 à 100 en laboratoire.

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L'Aphidoletes présente aussi l'avantage, contrairement aux parasitoïdes, de déranger peu les colonies. En raison de son comportement furtif, elle ne provoque que peu de réaction de défense chez les pucerons, de sorte que ces derniers ont moins tendance à se disperser sous l'attaque, à tenter d'échapper aux prédateurs et à créer de nouvelles colonies. Quand des parasites s'attaquent à des pucerons, ces derniers se défendent en donnant des coups de patte, en produisant des phéromones d'alarme (substances chimiques servant à la communication au sein d'une espèce) puis en s'échappant en grand nombre.

Il vaut mieux utiliser les Aphidoletes du début du printemps jusqu'à la fin de l'automne, car les larves ont besoin d'au moins 15,5 heures d'ensoleillement pour éviter que les pupes entrent en diapause. Heureusement, de très faibles intensités de lumière suffisent. Les adultes sont des insectes nocturnes qui ont besoin de noirceur pour s'accoupler et pondre des œufs. Par conséquent, un éclairage continu au moyen d'une bonne source lumineuse pourra empêcher leur reproduction. Il faut aussi noter que les larves tombent par terre et se servent de grains de sable et même de débris de sol pour former des cocons. Si elles tombent sur du plastique ou du béton sec et libre de tout débris, elles mourront en grand nombre. Il faut donc en libérer de façon continue ou répétée au moyen de plantes banques pour réussir à éradiquer un nombre acceptable de pucerons.

Hippodamia convergens

L'Hippodamia est la coccinelle la plus communément utilisée dans les cultures commerciales. Les adultes et les larves (voir la figure 4) sont tous deux des prédateurs se nourrissant de pucerons, d'acariens et de cochenilles. Cette coccinelle peut consommer de 50 à 60 pucerons par jour, ce qui la rend efficace contre de larges populations. Les femelles sont très prolifiques, pouvant pondre jusqu'à 1 000 œufs à un rythme de 10 à 50 par jour sur une période de un à trois mois. L'Hippodamia convergens est produite en masse ou est prélevée au moyen d'un aspirateur dans son aire d'hivernage. Cette dernière pratique est toutefois désapprouvée pour diverses raisons; elle est même interdite au Royaume-Uni, où il est défendu de lâcher des organismes récoltés dans la nature. Quand on libère dans les serres des coccinelles récoltées dans la nature, elles ont tendance à se sauver par les orifices de ventilation après un à trois jours, dans un vol migratoire printanier. Les coccinelles d'élevage se dispersent plus lentement.

Les larves sont tous deux des prédateurs se nourrissant de pucerons, d'acariens et de cochenilles

Figure 4. Larve de coccinelle se nourrissant de pucerons.

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Harmonia axyridis

L'Harmonia axyridis présente plusieurs caractéristiques avantageuses. Les larves et les adultes de ce prédateur se nourrissent d'un large éventail d'espèces de pucerons et peuvent en dévorer environ 150 par jour. Cette coccinelle tolère bien les basses températures et peut par conséquent être utile dans les serres plus «fraîches». Les adultes peuvent survivre pendant des mois et pondre plus de 3 000 œufs durant leur vie. Par ailleurs, certains les considèrent comme nuisibles car à l'automne, elles se réfugient en grand nombre à l'intérieur des immeubles pour y passer l'hiver. De plus, elles ont causé des dégâts économiques à la vigne en contaminant des raisins avec leurs excréments, donnant au vin une odeur ou une saveur atypique.

Chrysopes (Chrysoperla spp.)

Les chrysopes ont aussi des proies variées, parmi lesquelles on retrouve les pucerons, les thrips, les tétranyques, les jeunes chenilles et les œufs des noctuelles, les cochenilles, les larves d'aleurodes et les pupes. Ils préfèrent cependant, dans l'ordre,les pucerons, les thrips et les tétranyques. Les chrysopes ont un comportement de prédateurs seulement aux stades larvaires. Les larves plus vieilles (du 3e instar) sont particulièrement voraces et peuvent manger des œufs non encore éclos, d'autres larves et même des adultes si la nourriture vient à manquer. Comme chaque larve peut consommer de 300 à 400 pucerons, elles excellent en présence de populations très élevées. Quand il y a trop de nourriture, elles tuent plus de proies qu'elles n'en consomment. Les adultes, par ailleurs, ne se nourrissent que de miellat, de nectar et de pollen.

Parasitoïdes contre prédateurs

La recherche indique que l'usage combiné de parasitoïdes et de prédateurs est plus efficace que le recours à l'un ou l'autre seulement. On décrit les premiers comme des « spécialistes » parce qu'ils se nourrissent d'un seul type ou d'une gamme restreinte de proies et que cette relation étroite permet une meilleure maîtrise de la population visée. Cependant, comme il faut attendre au moins une génération avant que les populations de pucerons commencent à péricliter, les parasitoïdes provoquent au départ une réaction plus lente. Quant aux prédateurs, ils peuvent provoquer un déclin plus rapide de la population de pucerons mais en raison des habitudes alimentaires « généralistes » que nous avons décrites précédemment, ils ciblent moins leurs proies. Ce manque de spécificité peut provoquer des fluctuations dans les populations de pucerons et ne permet pas de bien maîtriser la situation. Bref, la recherche sur ces deux types d'agents de lutte biologique indique que malgré certaines interférences, leur action combinée est cumulative et le résultat final est à son meilleur quand les deux sont utilisés.

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