Insectes utiles

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier, Pour commander la publication

Table des matières

  1. Cycle biologique des acariens prédateurs
  2. Acariens prédateurs dans les vergers de pommiers de l'Ontario
  3. Conservation des acariens prédateurs
  4. Insectes utiles
  5. Insectes utiles vivant dans le sol

Cycle biologique des acariens prédateurs

Les producteurs et consultants connaissent bien les acariens phytophages (qui se nourrissent de matières végétales) nuisibles aux vergers. Ces acariens fournissent l'un des meilleurs exemples de l'efficacité des agents de lutte biologique dans les vergers de pommiers. Il existe plusieurs espèces d'acariens prédateurs d'importance qui, dans des conditions qui leur sont favorables, forment des populations suffisamment abondantes pour maintenir les espèces phytophages sous les seuils de nuisibilité économique. C'est pourquoi les programmes de surveillance des acariens nuisibles prévoient aussi toujours le dénombrement des espèces utiles.

Acariens prédateurs dans les vergers de pommiers de l'Ontario

La plus récente enquête publiée sur les acariens prédateurs dans les vergers de l'Ontario (1991) identifie seize espèces d'acariens prédateurs, douze espèces de phytoséiides, deux espèces de stigmaéides et deux espèces d'érythraéides. Ce niveau de diversité est également constaté dans les inventaires d'acariens prédateurs dans les vergers commerciaux de pommiers du Québec (2006), même si la composition des espèces et leur abondance ne sont pas les mêmes dans les deux provinces. Les différences observées dans les deux enquêtes peuvent être liées au climat et à l'habitat ou être le résultat d'une évolution des programmes de lutte entre 1991 et 2006.

Voici trois espèces communes d'acariens prédateurs dans les vergers de pommiers de l'Ontario où se pratique la lutte intégrée : Balaustium putmani (famille Erythraeidae), Zetzellia mali (famille Stigmaeidae) et Neoseiulus (= Amblyseius) fallacis (famille Phytoseiidae). Parmi les autres espèces identifiées, mentionnons les phytoséiides Typhlodromus pyri et T. caudiglans ainsi que le stigmaéide Agistemus fleschneri. L'abondance relative de chacune de ces espèces et d'autres espèces varie au sein d'un même verger et peut être influencée par les pratiques de lutte antiparasitaire, l'habitat (notamment le couvre-sol), la concurrence, la prédation par d'autres espèces d'acariens et la survie à l'hiver.

Durant les opérations de dépistage habituelles, surveiller toutes les espèces d'insectes et d'acariens prédateurs et évaluer leurs niveaux de populations. Les acariens prédateurs se distinguent des acariens nuisibles par leur vitesse. La plupart se déplacent en effet plus rapidement que les acariens phytophages. L'abondance des prédateurs dans le verger est étroitement liée à l'utilisation des pesticides.

Balaustium putmani (Smiley)

Description
Balaustium putmani est un gros acarien (0,3-0,7 mm) couvert de duvet rouge, en forme de tique (figure 4-208) qui est visible à l'œil nu. Il se déplace rapidement et est couramment observé sur les feuilles et les fruits dans les vergers de pommiers.

Figure 4-208. Balaustium spp.

Figure 4-208. Balaustium spp.

Interaction avec l'hôte
Cet acarien hiverne à l'état d'œuf, sous l'écorce ou dans des lieux abrités. Les nymphes éclosent au début de mai et commencent à se nourrir d'acariens mobiles, d'œufs d'acariens, de cochenilles et de petits insectes au corps mou (cicadelles). Elles restent sur les arbres fruitiers pendant toute la saison de croissance, mais sont des prédateurs plus importants en début de saison. Elles peuvent dévorer jusqu'à quarante tétranyques à deux points adultes par jour.

Zetzellia mali (Ewing) et Agistemus fleschneri (Summers)

Description
Ces deux stigmaéides se déplacent relativement lentement, comparativement aux autres espèces de prédateurs. Z. mali est plus petit (0,5 mm) que les autres acariens prédateurs qu'on trouve dans les vergers. Son corps est en forme de losange et de couleur jaune citron (figure 4-209), bien que son système digestif puisse prendre la couleur des proies qu'il vient de dévorer. On dénombre quatre générations de cet acarien par année. Les populations de ce prédateur n'augmentent pas aussi rapidement que celles d'autres acariens prédateurs (Amblyseius). Z. mali est le stigmaéide le plus répandu en Ontario.

Figure 4-209. Zetzellia mali, rouge pour avoir dévoré des tétranyques rouges

Figure 4-209. Zetzellia mali, rouge pour avoir dévoré des tétranyques rouges (Art Agnello, Ph. D., Cornell University).

A. fleschneri mesure 0,3-0,4 mm au stade adulte. Il est jaune-orangé avec des pattes jaunes. Cette espèce se distingue par la présence d'un motif en nid d'abeilles visible sur la moitié postérieure du dos.

Interaction avec l'hôte
Z. mali passe l'hiver à l'état de femelle adulte sous l'écorce et devient actif au début du printemps. Il se nourrit alors des œufs d'hiver de tétranyques rouges du pommier et d'ériophyides du pommier. Il parvient assez bien à maîtriser de faibles populations d'acariens nuisibles. Les adultes et les nymphes sont des prédateurs qui se nourrissent de tous les stades des tétranyques rouges et des tétranyques à deux points, mais les larves nouvellement écloses s'attaquent surtout aux ériophyides du pommier. Z. mali persiste dans le verger même quand les proies se font rares; il survit en se nourrissant de pollen, de sève et de spores de champignons. Il est moins mobile que les autres acariens prédateurs et met du temps à se déplacer vers de nouveaux sites d'alimentation à la recherche de proies. Z. mali, seul, risque de ne pas se révéler un moyen de lutte biologique suffisant; il préfère se nourrir d'ériophyides du pommier et n'a besoin que de peu de proies pour survivre. Comme dans le cas des autres acariens prédateurs, Z. mali se nourrit également des œufs de ses rivaux. Le cycle biologique d'A. fleschneri est semblable à celui de Z. mali.

Neoseiulus (=Amblyseius) fallacis (Garman)

Description
Neoseiulus (=Amblyseius) fallacis est un prédateur d'acariens couramment observé en Ontario, surtout en juillet et en août (figure 4-210). Au stade adulte, A. fallacis possède un abdomen large (qui donne à son corps la forme d'une poire ou d'une larme), mesure 0,30-0,35 mm de long (légèrement plus petit que le tétranyque rouge) et se déplace très rapidement. Il peut être de couleur claire (jaune pâle ou transparent) ou être moucheté de rouge brunâtre, selon la couleur des proies dont il se nourrit (tétranyques rouges, tétranyques à deux points). Ses œufs sont presque transparents, ovales ou piriformes et légèrement plus gros que les œufs ronds et rougeâtres du tétranyque rouge.

Figure 4-210. Amblyseius fallacis adulte (Art Agnello, Ph.D., Cornell University).

Interaction avec l'hôte
Les femelles adultes hivernent près de la base des arbres ou dans la couverture végétale avoisinante ou, si leurs proies étaient abondantes à l'automne, sur l'arbre même dans des zones protégées. Elles commencent à être actives au printemps. En juin et juillet, elles pénètrent la frondaison où elles se nourrissent des œufs, des nymphes et des adultes de tétranyques rouges du pommier et d'autres acariens nuisibles (tétranyques à deux points, ériophyides du pommier). Cet auxiliaire de lutte produit de quatre à six générations par année. Il préfère se nourrir de tétranyques, mais, en l'absence de ses proies préférées, il se nourrira d'ériophyides du pommier.

A. fallacis, qui peut se multiplier rapidement sous des conditions favorables, constitue un agent de lutte biologique très efficace pour contraindre les populations d'acariens nuisibles. Des études révèlent qu'un rapport A. fallacis à acariens nuisibles de 1:10-15 procure une lutte biologique efficace. Quand les proies sont rares, A. fallacis quitte l'arbre à la recherche d'autres sources de nourriture. Des recherches montrent que sa dispersion dans la frondaison est influencée par l'accumulation des degrés-jours, la densité initiale des prédateurs dans la couverture végétale du sol et la densité des proies dans l'arbre. Quand les proies sont en nombre suffisant, il apparaît dans les arbres une fois que se sont accumulés 333 DJC (temp. de base de 12ºC) à plus ou moins 55 DJC près, après le 1er janvier. Au printemps, les épisodes de gel ou les pluies verglaçantes freinent temporairement son activité en début de saison. À la faveur d'une brise, il peut se déplacer vers d'autres arbres si les proies viennent à manquer.

Galendromus (=Typhlodromus) pyri (Scheuten) et Galendromus (=Typhlodromus) caudiglans

Description
T. pyri et T. caudiglans ressemblent tous deux beaucoup à A. fallacis, ce qui rend difficile la distinction entre ces trois espèces, à moins d'un examen attentif de petits détails constituant des caractères taxonomiques.

Interaction avec l'hôte
T. pyri est une autre espèce de phytoséiide présente dans les vergers de pommiers. Il hiverne sur l'arbre, à l'état de femelle adulte fécondée, et émerge à peu près au même moment que les premiers tissus verts apparaissent. Comparativement à A. fallacis, il est moins vorace et ses populations ne s'accroissent pas aussi rapidement, ce qui en limite l'efficacité en cas d'explosion des populations de tétranyques. Contrairement à A. fallacis, c'est un prédateur généraliste qui peut survivre sur des sources de nourriture de remplacement (pollen, moisissure, œufs d'insectes, autres acariens) et qui reste dans la frondaison même lorsque ses principales sources de nourriture (tétranyques rouges, tétranyques à deux points et ériophyides du pommier) sont rares. Les habitudes alimentaires de T. caudiglans s'apparentent à celles de T. pyri.

Conservation des acariens prédateurs

Les populations d'acariens prédateurs sont dynamiques et influencées par la disponibilité des sources de nourriture et les programmes de lutte antiparasitaire. Un certain nombre de pesticides sont toxiques pour les insectes et acariens utiles. Les pyréthrinoïdes, par exemple, peuvent être extrêmement perturbateurs pour certaines espèces d'acariens prédateurs. Il est par conséquent déconseillé de les utiliser aux fins de la lutte contre les ennemis du pommier, particulièrement après le stade calice. Les populations d'acariens prédateurs sensibles aux pesticides mettent souvent du temps à se reconstituer.

Bon nombre des insecticides à risque réduit de nouvelle génération et certains acaricides offerts aux producteurs sont moins toxiques pour les acariens utiles. D'autres agissent directement sur leurs populations par une toxicité aiguë ou des effets sublétaux. Les huiles pulvérisées avant la floraison pour lutter contre les tétranyques rouges hivernants ont peu d'effets sur les acariens utiles, car, à cette époque de l'année, ceux-ci sont cachés dans les anfractuosités de l'écorce ou sont encore au sol. Ces traitements sont donc d'un grand secours dans le maintien des populations d'acariens utiles.

Insectes utiles

Dans l'élaboration d'un programme de lutte intégrée, il faut garder à l'esprit le rôle inestimable que les ennemis naturels jouent dans la réduction des populations de ravageurs. De nombreux ennemis des vergers sont la proie d'insectes ou d'acariens utiles ou sont infectés par des agents fongiques, bactériens ou viraux. Souvent, ces auxiliaires de lutte suffisent à contenir les populations des ennemis du pommier, surtout les ennemis indirects (p. ex. pucerons, acariens, cicadelles), c.-à-d. ceux qui se nourrissent sur les feuilles ou dans les feuilles plutôt que sur le fruit même.

Les ennemis naturels des vergers entrent dans trois grandes catégories : les prédateurs, les parasitoïdes et les agents pathogènes. Les prédateurs dominent leurs proies, les capturent et les dévorent. La plupart sont plus gros que leurs proies. Un prédateur consomme habituellement un grand nombre de proies pendant sa durée de vie. Si certains prédateurs sont spécialisés, d'autres sont des généralistes qu'on retrouve dans des habitats divers.

Un parasitoïde vit à l'intérieur ou à la surface d'un hôte, s'en nourrit et finit par le faire mourir en se développant. Les parasitoïdes étant souvent plus petits que leurs hôtes, leur présence peut facilement passer inaperçue lors des opérations de dépistage. Les insectes parasités ne meurent pas toujours rapidement. Ils peuvent continuer à s'alimenter et à se développer normalement jusqu'à ce qu'ils atteignent un certain stade de croissance.

Les agents pathogènes sont souvent négligés comme agents de lutte biologique ou ennemis naturels. Ils comprennent des bactéries, des virus, des champignons et d'autres micro-organismes ainsi que des nématodes entomopathogènes (qui parasitent des insectes). Les bactéries et virus doivent obligatoirement être ingérées par l'hôte, tandis que les champignons et les nématodes envahissent celui-ci en pénétrant par la cuticule qui les recouvre ou par leurs orifices (bouche, anus, stigmates). Quand des individus semblent mal en point (léthargiques, chétifs, d'une couleur différente) ou sont couverts d'un mycélium laineux, il arrive que des agents pathogènes soient en cause.

Quels sont les avantages des ennemis naturels dans le verger?

Les insectes et acariens utiles permettent de retarder ou rendent carrément superflues les pulvérisations de pesticides. Les programmes de lutte intégrée tirent parti de l'action des insectes et acariens utiles en préservant et en augmentant leurs populations dans les vergers. Quand des mesures de lutte chimique s'imposent dans le cadre d'un programme de lutte intégrée, les pesticides recommandés sont ceux qui ont le moins de répercussions sur les ennemis naturels présents dans le verger.

Même si le rôle des différentes espèces d'ennemis naturels, prises isolément, peut paraître mince, la combinaison de l'ensemble des prédateurs, des parasitoïdes et des agents pathogènes peut avoir un effet considérable sur les insectes et acariens nuisibles. Les pratiques agricoles qui valorisent la diversité biologique préconisent la conservation des ennemis naturels qui aident à contraindre les populations d'espèces nuisibles. Voici des moyens qui s'appuient sur le bon sens pour préserver les insectes et acariens utiles dans les vergers :

  • savoir reconnaître les ennemis naturels et surveiller leur présence dans les vergers;
  • faire les traitements insecticides ou acaricides uniquement quand les seuils d'intervention sont atteints et utiliser les produits les moins toxiques pour les prédateurs;
  • favoriser l'établissement de plantes à fleurs et de plantes tapissantes indigènes dans les zones non traitées, afin de fournir le nectar, le pollen et les abris nécessaires aux nombreux auxiliaires de lutte.

Voici un aperçu des insectes utiles les plus courants :

Prédateurs de pucerons

Cécidomyie du puceron - Aphidoletes aphidimyza (famille Cecidomyiidae)

Description
Ses œufs sont ovales, tout petits (0,1-0,3 mm) et orangés. Ses larves - le stade que l'on voit le plus souvent dans les vergers - sont de petits asticots (2-3 mm) orangés (figure 4-210). La cécidomyie du puceron adulte est une petite mouche (2-3 mm) avec de longues pattes pendantes et de longues antennes. On la voit rarement dans les vergers. La couleur des larves, de orangé vif à rouge, dépend de leur source de nourriture. Les larves se servent de leurs mâchoires puissantes pour saisir leurs proies.
Figure 4-211. Larves de cécidomyies du puceron.

Figure 4-211. Larves de cécidomyies du puceron.

Interaction avec l'hôte
A. aphidimyza vit sur une diversité de cultures incluant crucifères (famille du chou), pommier, bleuetier et arbustes d'ornement. Cette cécidomyie est considérée comme un important agent de lutte biologique contre les pucerons, qui est présent à l'état naturel et qui s'attaque à plus d'une soixantaine d'espèces différentes. Les femelles pondent leurs œufs à proximité des colonies de pucerons. Les larves tuent plus de pucerons qu'il ne leur en faut pour compléter leur développement, surtout lorsque la densité des proies est élevée. Dans les vergers de pommiers, les larves sont fréquemment observées du milieu à la fin de l'été; on les voit souvent en train de se nourrir dans des colonies de pucerons verts du pommier.
Surveillance
Durant les opérations de surveillance des populations de pucerons, vérifier si la cécidomyie du puceron est présente sur les pousses terminales. Sa présence ainsi que celle d'autres prédateurs des pucerons retarde ou rend superflus les traitements insecticides dirigés contre le puceron vert du pommier. Selon des études menées ailleurs, un rapport cécidomyie du puceron à pucerons de 1:15 procure une lutte biologique efficace. Les femelles pondent environ deux cents œufs. Une simple larve peut tuer jusqu'à quatre-vingts pucerons. Pour plus d'information sur la lutte biologique contre les pucerons, voir la rubrique Pucerons verts du pommier.

Syrphes (syrphidés)

Description
Plus de vingt-cinq espèces de syrphes ont été identifiées dans les vergers de pommiers de l'Ontario. En règle générale, les larves, avec leur corps effilé à une extrémité, font penser à des limaces. Elles sont recouvertes de taches brunes et/ou vertes (figure 4-212). Elles atteignent 5-10 mm. Les adultes de nombreuses espèces sont brun foncé avec des bandes jaunes, ce qui les fait ressembler à des abeilles. Ils ont l'habitude de voler sur place (figure 4-213).

Figure 4-212. Larve de syrphe.

Figure 4-212. Larve de syrphe.

Figure 4-213. Syrphe adulte.

Figure 4-213. Syrphe adulte.

Interaction avec l'hôte
Au stade adulte, les syrphes sont des pollinisateurs importants et non des prédateurs; ils se nourrissent de pollen, de nectar et du miellat produit par les pucerons. Une femelle peut pondre jusqu'à quatre cents œufs. Les larves sont souvent observées dans les colonies de pucerons en train de se nourrir de pucerons. Elles percent le corps des pucerons et en sucent les liquides organiques, ne laissant qu'une dépouille ratatinée et noircie. Une même larve peut se nourrir de plus de cinq cents pucerons et peut aussi se nourrir de cochenilles, d'acariens et de chenilles.
Surveillance

Durant les opérations de dépistage des pucerons, surveiller la présence de syrphes sur les pousses terminales. La présence de cécidomyies du puceron et d'autres prédateurs des pucerons peut retarder ou rendre carrément inutiles les applications d'insecticides dirigées contre le puceron vert du pommier. Pour plus d'information sur la lutte biologique contre les pucerons, voir la rubrique Pucerons verts du pommier.

Chrysopes et hémérobes (ordre des névroptères)

Description
On retrouve couramment dans les vergers de pommiers, à l'état d'œufs, de larves et d'adultes, plusieurs espèces appartenant à l'ordre des névroptères, dont des chrysopes (famille des chrysopidés), habituellement verdâtres, et des hémérobes (famille des hémérobiidés), brunâtres. Les œufs font moins de 1 mm de longueur, sont ovales et de couleur claire (figure 4-214). Selon l'espèce, les œufs sont pondus individuellement, parfois à l'extrémité de longs pétioles soyeux attachés aux feuilles. Les larves à maturité mesurent 0,6-1,2 mm de longueur. Leur corps se termine en pointe et a un aspect moucheté. Leurs pattes sont bien développées et leur tête est pourvue de grosses mandibules en forme de faucille (figure 4-215). Les chrysopes et hémérobes passent par trois stades larvaires. Les larves à maturité tissent un cocon blanc dans lequel elles se transforment en pupes. Les adultes mesurent 12-20 mm de long, ont de longues antennes, des yeux dorés (on appelle d'ailleurs les chrysopes " mouches aux yeux d'or ") et de grosses ailes nervurées (figure 4-216). En Ontario, on compte chaque année trois ou quatre générations de ces insectes.

Figure 4-214. Œufs de névroptères.

Figure 4-214. Œufs de névroptères.

Figure 4-215. Larve d'hémérobe.

Figure 4-215. Larve d'hémérobe.

Figure 4-216. Chrysope adulte.

Figure 4-216. Chrysope adulte.

Interaction avec l'hôte
Les espèces communes de la famille des chrysopidés comprennent Chrysopa nigricornis (Burmeister), C. oculata (Say) et C. carnea (Stephens), l'espèce la plus abondante. Chez la famille des hémérobiidés, Hemerobius humilinus (L.) est l'espèce la plus courante. C. carnea. À la fois les adultes et les larves des deux familles sont des prédateurs généralistes.

Leurs larves sont voraces et se nourrissent de pucerons, d'acariens phytophages, d'œufs de lépidoptères et de membres de leur propre famille. Les larves utilisent leurs mandibules et leurs maxillaires pour percer leurs proies et en sucer les liquides organiques. Il arrive qu'elles percent des tissus végétaux pour en extraire de l'eau ou des nutriments. Elles se nourrissent de 44 à 105 pucerons par jour, ce nombre pourrait même aller jusqu'à 1 000. Avant la ponte, les adultes ont besoin de consommer du nectar des fleurs et du miellat produit par les pucerons.

Surveillance
Les chrysopes et hémérobes sont actifs dans les vergers de la fin mai jusqu'au début septembre. Pendant les opérations de dépistage des pucerons, vérifier la présence de chrysopes et d'hémérobes sur les pousses terminales. La présence de ces auxiliaires de lutte ainsi que celle d'autres prédateurs des pucerons peuvent retarder, voire rendre inutiles les interventions dirigées contre le puceron vert du pommier. Pour plus d'information sur la lutte biologique contre les pucerons, voir la rubrique Pucerons verts du pommier.

Coccinelles (Coccinellidae)

Description
On signale plusieurs espèces de coccinelles différentes dans les vergers de l'Ontario. La coccinelle asiatique multicolore, Harmonia axyridis (Pallas) et la coccinelle à sept points, Coccinella septempunctata (L.) sont deux des espèces les plus courantes. Ces deux coccinelles sont des espèces introduites.

Les œufs des coccinelles mesurent 1,2 mm de longueur, sont de forme ovale, jaune vif et réunis par petits groupes (figure 4-217). Les larves à maturité font 8-11 mm de longueur, sont noires et possèdent des taches proéminentes d'un jaune orangé voyant qui permettent d'identifier les espèces. Elles sont couvertes d'épines et sont souvent décrites comme ayant la forme d'un alligator (figure 4-218). Les adultes sont de gros insectes de forme ovale et convexe. Leur taille varie, la plus petite coccinelle étant Stethorus spp. (1,4-1,6 mm) et la plus grosse, Anatis spp. (8-10 mm). Les coccinelles sont souvent d'une couleur voyante et ponctuée de taches foncées (figure 4-219).

Figure 4-217. Masses d'œufs de coccinelles.

Figure 4-217. Masses d'œufs de coccinelles.

Figure 4-218. Larve de coccinelle.

Figure 4-218. Larve de coccinelle.

Figure 4-219. Coccinelles asiatiques multicolores adultes.

Figure 4-219. Coccinelles asiatiques multicolores adultes.

Interaction avec l'hôte
Les adultes et les larves sont des prédateurs efficaces que l'on trouve dans un éventail de cultures et sur divers végétaux dans un aménagement paysager. Si certaines coccinelles sont généralistes, se nourrissant de pucerons, de petites chenilles, de cochenilles et d'acariens, d'autres, comme Stethorus spp., se nourrissent presque exclusivement d'acariens phytophages. Les coccinelles hivernent à l'état d'imago (insecte parfait) et s'activent au printemps. En Ontario, il peut y avoir une ou deux générations par année. Les individus de certaines espèces, dont la coccinelle asiatique multicolore, consomment plusieurs centaines de pucerons au cours de leur vie. Le nombre de proies tuées dépend de la densité de population des insectes nuisibles. Quand les proies sont abondantes, il arrive que les coccinelles ne consomment leurs proies qu'à moitié avant de passer à la suivante.

Surveillance
Faire le dépistage des coccinelles en observant les pousses terminales au moment des opérations de surveillance des pucerons. Si les populations sont suffisamment élevées, ces prédateurs gardent les ennemis indirects comme les pucerons et les acariens sous les seuils de nuisibilité économique là où les traitements faits dans le cadre des programmes de lutte intégrée reposent sur l'utilisation de produits à risques réduits.

Prédateurs généralistes

Punaises des fleurs (famille Anthocoridae)

Description

Les punaises des fleurs sont de petits insectes de forme ovale (2-4 mm). Leurs élytres (couvertures alaires) sont partiellement membraneux. La minuscule punaise anthocoride, Orius insidiosus (Say), et la punaise des fleurs, Orius tristicolor (White), comptent parmi les espèces les plus courantes dans les vergers de pommiers. Les œufs mesurent 0,55 mm de long et sont transparents. Les nymphes mesurent 0,2-0,5 mm, vont du jaune orangé au brun et sont en forme de larme. Les adultes mesurent 3 mm de long, sont de forme ovale et ont des taches noires et blanches sur les ailes (figure 4-220). Les nymphes comme les adultes ont des pièces buccales de type piqueur-suceur qui servent à soumettre et à dévorer leurs proies. O. insidiosus produit au moins deux générations par année en Ontario.

Figure 4-220. Punaise anthocoride.

Figure 4-220. Punaise anthocoride.

Interaction avec l'hôte
Les espèces du genre Orius sont des prédateurs communs de nombreuses cultures agricoles. Elles hivernent au stade adulte à l'intérieur et à l'extérieur des vergers. Les adultes et les nymphes se nourrissent de pucerons, de tétranyques, de thrips, d'œufs d'insectes et d'acariens, ainsi que de petites chenilles. Quand les proies se font rares, leur nourriture se compose de pollen et du suc des plantes. Les adultes et les stades immatures de ces espèces consomment une trentaine de tétranyques par jour, sinon plus.

Surveillance
O. insidiosus apparaît dans les vergers à la mi-avril et reste actif jusqu'en octobre. Les consultants en cultures profitent des opérations de dépistage des pucerons pour surveiller la présence de punaises des fleurs sur les pousses terminales.

Punaises des plantes (famille Miridae)

Description
Les punaises des plantes sont phytophages, prédatrices ou les deux. Elles sont le plus souvent représentées dans les vergers par la punaise de la molène, Campylomma verbasci (Meyer). Ses œufs mesurent 0,8 mm de long, sont blancs et ont la forme d'une bouteille. La punaise de la molène passe par cinq stades nymphaux. Les nymphes mesurent 0,5-2,5 mm de long, sont jaunes, ont la tête pointue et les yeux rouges. Les adultes mesurent 3 mm de long, sont de forme ovale et de couleur brun clair (figure 4-221). En Ontario, on compte deux ou trois générations de cette espèce chaque année.

Figure 4-221. Punaise de la molène adulte (avec sa proie)

Figure 4-221. Punaise de la molène adulte (avec sa proie).

Interaction avec l'hôte
Même si la punaise de la molène est considérée comme un ennemi du pommier pendant les deux semaines qui précèdent et qui suivent la floraison, elle devient par la suite un prédateur important se nourrissant des acariens et des pucerons qui envahissent les vergers de pommiers durant l'été. Les plants de molène sont leur hôte intermédiaire durant l'été. Les adultes et les nymphes sont prédateurs et se nourrissent surtout du tétranyque rouge du pommier et du puceron vert du pommier, qu'ils sont capables de décimer s'ils s'y attaquent dès les premiers stades d'infestation. Ils se nourrissent aussi de chenilles, de cicadelles et d'autres insectes à corps mou.

Surveillance
On trouve souvent des spécimens de punaises de la molène sur les pousses terminales et dans les plateaux de collecte lors des opérations de surveillance par la méthode du tapotement des branches.

Réduves ou punaises assassines (famille Reduviidae)

Description
Il existe plusieurs espèces de punaises assassines; la taille, la forme et la couleur de chacune peuvent varier considérablement. L'espèce de punaises assassines la plus abondante dans les vergers de l'Ontario est Acholla multispinosa (DeGeer). Les adultes sont de gros insectes (1-2 cm), allant du brun foncé au gris brun. Ils se servent de leurs pattes antérieures, comme les rapaces de leurs serres, et ont de gros becs utiles pour capturer, maîtriser et dévorer leurs proies. Dans les vergers, on voit surtout le stade adulte de cet insecte (figure 4-222). Les œufs réunis en masses de 24 œufs sont pondus sur les bourgeons, les rameaux ainsi que sur les grosses branches.

Figure 4-222. Réduve adulte.

Figure 4-222. Réduve adulte.

Interaction avec l'hôte

Les nymphes comme les adultes sont des prédateurs qui se nourrissent de tous les stades du puceron vert du pommier, des cicadelles adultes et de certaines chenilles. Les nymphes apparaissent au début juin et les adultes, entre la fin juillet et le début août. Il n'y a qu'une seule génération de cet insecte chaque année.

Surveillance
Lors des opérations de dépistage, des adultes et des nymphes peuvent être remarqués sur les pousses terminales et dans les plateaux de collecte.

Carabes (famille Carabidae)

Description
Les carabes sont communs dans les vergers et les autres zones de culture. On en compte cinquante-neuf espèces dans les vergers de pommiers du sud de l'Ontario, Amara aenea (DeGeer), Harpalus affinis (Shrank) et Pterostichus melanarius (III) étant les plus communes.
Les carabes adultes sont des coléoptères longiformes, plutôt plats, dont la taille varie de 0,3 à 8,5 cm. Ils vont habituellement du brun foncé au noir, mais peuvent aussi être d'un brun qui tire sur le jaune ou sur le rouge et avoir des reflets métalliques bleu-vert ou cuivre (figure 4-223). Ces insectes vivent au sol, sous des pierres ou des débris.
Figure 4-223. Carabe adulte

Figure 4-223. Carabe adulte (grand calosome vert).

Interaction avec l'hôte
Les larves et les adultes sont nocturnes et prédateurs. Certaines espèces sont phytophages et se nourrissent des graines, des pousses, des fruits et du pollen des plantes. D'autres sont prédatrices et, dans les vergers, se nourrissent de pupes de la mouche de la pomme, de larves du carpocapse de la pomme, de pucerons et d'autres insectes à corps mou. Les carabes sont présents pendant toute la saison de croissance.

Figure 4-223. Carabe adulte
Surveiller leur présence lors des opérations de dépistage.

Araignées

Description
Les araignées ne sont pas des insectes. Le corps d'une araignée se compose de deux parties (céphalothorax et abdomen) et possède quatre paires de pattes. Plusieurs types d'araignées vivent à l'intérieur de la frondaison, sur les branches et sur le tronc des arbres. Les araignées chasseresses qui vivent dans le feuillage (araignées sauteuses, araignées-crabes et araignées à sac) chassent leurs proies en les saisissant (figure 4-224). Les araignées tisseuses de toiles se fabriquent des toiles (toiles géométriques ou orbiculaires, toiles en hamac, toiles en nappes ou en entonnoir, toile-échafaudage) pour attraper leurs proies.

Figure 4-224. Araignée.

Figure 4-224. Araignée.

Interaction avec l'hôte
Les araignées se nourrissent de différents insectes ennemis des pommiers.

Surveillance
Noter la présence d'araignées lors des opérations de dépistage.

Parasitoïdes

Tachinaires (famille Tachinidae)

Description
Les adultes sont de grosses mouches qui font penser à des mouches domestiques, mais qui sont couvertes de soies. Les larves se nourrissent depuis l'intérieur de leurs hôtes et font penser à des asticots. Les pupes sont découvertes à l'extérieur des hôtes. Ils sont bruns, allongés et dépourvus de toute marque caractéristique.

Interaction avec l'hôte
Les tachinaires hivernent à l'état de pupes dans les feuilles mortes. Les adultes émergent au printemps et les femelles fécondées pondent leurs œufs sur le dos des hôtes, notamment sur la tordeuse à bandes obliques. Le développement se fait à l'intérieur des larves parasitées. Les larves de tachinaires à maturité sortent de leur hôte pour se transformer en pupes. Les taux de parasitisme sont extrêmement variables.

Surveillance
On ne fait normalement pas la surveillance des tachinaires au cours des opérations de dépistage.

Parasitoïdes des pucerons (Aphelinidae)

Description
Les adultes sont de petites guêpes (0,7-3 mm) noires aux reflets métalliques. Les larves se trouvent à l'intérieur de pucerons momifiés (figure 4-225).

Figure 4-225. Momie de puceron disséquée comportant une larve de parasitoïde.

Figure 4-225. Momie de puceron disséquée comportant une larve de parasitoïde.

Interaction avec l'hôte
Les femelles pondent leurs œufs à l'intérieur des pucerons. Les larves se développent à l'intérieur des pucerons hôtes et se fraient un chemin vers l'extérieur en les dévorant. Il est fréquent que plusieurs pucerons d'une colonie soient parasités. Aphelinus mali (Haldeman) est un parasitoïde important du puceron lanigère du pommier.

Surveillance
Rechercher des momies de pucerons à l'intérieur des colonies. Les pucerons lanigères parasités paraissent noirs.

Chalcidiens (famille Chalcididae)

Description
Les chalcidiens sont de petites guêpes (2-7 mm) luisantes. Ils sont caractérisés par des fémurs postérieurs gonflés et de petits ovipositeurs. Les larves sont des ectoparasites (qui se nourrissent de leur hôte en restant à l'extérieur de celui-ci). On trouve les pupes dans les galeries creusées dans les feuilles; on les reconnaît facilement à leur aspect de momie.

Interaction avec l'hôte
Les guêpes femelles pondent leurs œufs sur des hôtes convenables.

Braconides (famille Braconidae)

Description
Les braconides ou braconidés sont des guêpes souvent de couleur foncée, mais parfois aussi de couleur claire. Leur taille varie de 2-15 mm. Leurs ailes sont très peu nervurées. Une espèce communément rencontrée dans les vergers de pommiers est le parasite indigène Pholetesor ornigis, qui se développe à l'intérieur de son hôte. Les larves des mineuses, notamment celles de la mineuse marbrée du pommier, font partie de ses hôtes. Une autre espèce, Macrocentrus linearis (Nees), s'attaque aux larves de la tordeuse à bandes obliques.

Interaction avec l'hôte
Comme les autres parasitoïdes, les braconides ont besoin d'un hôte pour se développer.

P. ornigis hiverne à l'état de prépupe dans un cocon tissé à l'intérieur d'une galerie creusée dans une feuille de l'hôte. Les femelles émergent des pupes au printemps et pondent leurs œufs un à un dans les larves des mineuses. Les larves parasitées restent actives jusqu'à ce qu'elles atteignent le dernier stade larvaire ou le stade de pupe, après quoi, elles sont tuées par les larves de la guêpe qui grossit. Les larves des guêpes sortent des larves de mineuses et se transforment en pupes à l'intérieur d'un cocon pâle tissé en forme de cylindre et portant une bande sombre. Le cycle biologique de la guêpe est bien synchronisé avec celui de l'espèce qui lui sert d'hôte. On compte plusieurs générations de cette guêpe par an. Celle-ci est un agent de lutte biologique efficace contre la mineuse marbrée du pommier dans les vergers de pommiers de l'Ontario.

Surveillance
Profiter des opérations de dépistage de la mineuse marbrée pour vérifier la présence et l'abondance des cocons de braconides. Les cycles biologiques de la mineuse marbrée du pommier et de P. ornigis sont synchronisés, les adultes émergeant au printemps au moment où les larves se nourrissant de sève apparaissent, en règle générale autour du stade calice. Ces parasitoïdes sont sensibles à de nombreux insecticides à large spectre. Dans la mesure du possible, combattre les autres ennemis à l'aide de produits à risque réduit.

Insectes utiles vivant dans le sol

Dans un sol biologiquement actif, la couche arable renferme plus de 8,64 tonnes métriques d'organismes vivants par hectare (0,5 %), ce qui, dans certains sols, représente une part importante de la réserve de matière organique. L'activité et la diversité des organismes vivant dans le sol sont cruciales pour l'aération du sol, la reconstitution des réserves du sol en éléments nutritifs et le maintien de l'équilibre entre les organismes terricoles utiles et ceux qui sont nuisibles.

À l'échelle microscopique, on retrouve dans la plupart des sols des champignons, des bactéries, des actinomycètes et des algues. Leurs populations varient selon le type de sol, son pH, le couvert végétal, la rotation des cultures et le travail du sol.

Les champignons sont les organismes qui, après les racines, constituent la plus large part de matière vivante dans le sol. Ils tolèrent mal le travail du sol intensif et prospèrent dans les sols à pH faible. Ils participent à la décomposition de la matière organique, ce qui contribue à la reconstitution des réserves d'éléments nutritifs. Un groupe de champignons en particulier, les mycorhizes (aussi appelés endomycorhizes vésico-arbusculaires) vivent en symbiose avec les racines des végétaux, surtout celles des cultures vivaces comme celles qu'on retrouve dans les vergers ou dans des sols non travaillés. Les hyphes (équivalents des racines) de ces champignons contribuent à multiplier par mille la zone d'absorption des racines des végétaux, ce qui est particulièrement important pour le prélèvement du phosphore dans les sols qui en sont pauvres.

Les bactéries se comptent par milliards dans la plupart des sols. Elles jouent un rôle important dans la reconstitution des réserves d'éléments nutritifs dans le sol au fur et à mesure de la décomposition de la matière organique.

Les actinomycètes sont moins connus, mais jouent également un rôle important dans la décomposition de la matière organique contenue dans le sol. Ils sont particulièrement abondants dans les sols secs à pH faible comme le sont bon nombre des sols servant à l'horticulture et offrant des rendements élevés.

Les algues contribuent à la décomposition de la matière organique. On les voit le plus souvent dans les sols mal drainés où elles deviennent visibles quand les sols restent détrempés pendant de longues périodes.

Les animaux terricoles macroscopiques comprennent les arthropodes, les vers de terre et les rongeurs.

Les arthropodes réunissent un large éventail d'insectes, d'araignées et d'acariens vivant dans le sol.

Les microarthropodes sont extrêmement nombreux dans les sols non remaniés ou les sols plantés de cultures vivaces comme celles qu'on retrouve dans les vergers enherbés, où leurs populations peuvent se chiffrer à plus de 1 000 000/m2. Par comparaison, ils sont en beaucoup moins grand nombre (75 000/m2) dans les sols servant aux grandes cultures, en raison de l'appauvrissement du sol en matière organique, consécutif au travail du sol, et en raison des modifications du microclimat attribuables aux pratiques aratoires. Les microarthropodes interviennent dans la décomposition des résidus de végétaux et stimulent la croissance des champignons et l'activité microbienne. Quelques microarthropodes sont nuisibles, tandis que d'autres sont considérés comme des agents de lutte biologique contre les nématodes.

Les vers de terre ne sont pas des organismes indigènes en Ontario. En se retirant, il y a plus de 10 000 ans, les glaciers ont emporté et déposé la matière constitutive de nos sols, laissant derrière eux une absence quasi-totale de vie. Les vers de terre sont arrivés sur les outils, les semences et les végétaux apportés par les premiers colons, ainsi que dans la terre avec laquelle étaient lestés les navires. En Ontario, les populations de vers de terre varient considérablement selon la nature et la capacité de drainage du sol, la conduite des cultures et l'endroit.

On classe les vers de terre en trois grandes catégories, établies en fonction de critères comportementaux liés à la construction des galeries :

  • petits vers vivant dans des galeries horizontales peu profondes, habituellement situées dans les premiers 8-10 cm de sol;
  • petits vers rouges, gris ou presque transparents qui vivent à faible profondeur, dans des galeries horizontales permanentes, habituellement situées dans les premiers 10-15 cm de sol;
  • vers de grande taille, comme Lumbricus terrestris, qui vivent dans des galeries verticales permanentes profondes.

On peut dénombrer au mètre carré des milliers de vers de terre sous un pâturage ou moins de dix dans un champ sur lequel se pratique une rotation type de grandes cultures. Les vers de terre - particulièrement les lombricidés - creusent à la verticale des galeries profondes qui constituent des macropores par où l'eau se draine. Le sol traverse le tube digestif des vers de terre, qui rejettent des fèces riches en éléments nutritifs dont les parois des galeries sont tapissées. Les racines des végétaux empruntent souvent ces galeries parce qu'elles sont faciles à pénétrer et qu'elles leur procurent une bonne aération et une abondance d'éléments nutritifs. À la surface du sol, les galeries creusées par les lombricidés sont faciles à repérer grâce aux petits monticules que les vers de terre y laissent; ceux-ci sont constitués de déjections et de résidus de cultures. Dans les cultures vivaces comme celles qu'on retrouve dans les vergers, les vers de terre jouent un rôle important en incorporant au sol les feuilles et autres matières organiques, ce qui accroît la fertilité du sol et réduit l'inoculum de la tavelure.

La vie et l'activité des organismes terricoles présentent des particularités dans les sols des vergers. L'absence de travail du sol du fait qu'il s'agit de cultures vivaces, la présence des feuilles qui tombent au sol et l'ombre projetée par les arbres créent un milieu passablement différent de celui qu'on retrouve dans un champ de maïs. Les représentants des diverses espèces animales et végétales y sont en règle générale plus nombreux, car ils n'y sont pas dérangés. La nuisibilité des pesticides pour les organismes terricoles est souvent décriée. Des études montrent toutefois que le profilage du sol et le travail du sol ont des répercussions plus lourdes encore que la plupart des applications de pesticides. Il reste que la gestion du couvert végétal peut avoir une influence sur la vie terricole. Un travail fréquent des entre-rangs peut avoir pour effet d'abaisser les populations de vers de terre, ceux-ci étant broyés par les instruments aratoires. Les entre-rangs peuplés d'un couvre-sol ont tendance à abriter davantage de vers de terre, qui bénéficient ainsi de l'ombre projetée et de l'enrichissement du sol en matière organique. Par contre, si le couvert est trop dense, les populations de vers de terre diminuent. La surveillance des populations de vers de terre effectuée dans certains vergers du sud-ouest de l'Ontario indique que ceux-ci seraient sensiblement plus nombreux dans la bande traitée à l'aide d'un herbicide immédiatement sous les arbres. Les feuilles tombées au sol, l'ombre et dans certains cas l'irrigation peuvent avoir contribué à en accroître les populations.


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juillet 2011
Dernière révision : 21 juilllet 2011

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