La tavelure du pommier

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier
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Table des matières

  1. Introduction
  2. Symptômes
  3. Cycle biologique
  4. Surveillance et lutte

Introduction

La tavelure du pommier, qui est causée par le champignon Ventura inaequalis, est une maladie cryptogamique grave du pommier en Ontario, qui touche le feuillage, les fleurs et les fruits. Les infections graves provoquent la défoliation des pommiers et rendent leurs fruits impossibles à commercialiser. La tavelure infecte aussi les pommetiers, le sorbier d'Amérique et le buisson-ardent.

Symptômes

Les deux côtés des feuilles peuvent devenir infectés et développer des lésions, bien que le revers des feuilles soit habituellement touché en premier. Sur les feuilles, les lésions fraîches ont un aspect velouté, vont du brun au vert olive, ont un contour diffus (figure 4-116) et, souvent, ne sont perceptibles qu'après le stade calice. Avec le temps, les lésions vert olive deviennent brun foncé ou noires (figure 4-117). Le nombre de lésions sur les feuilles varie au fil de la saison et de la sensibilité des cultivars. Les lésions sur les feuilles plus vieilles sont en règle générale surélevées, vont du vert foncé au gris-brun, ont des contours définis et provoquent le gondolement de la feuille vers le bas (figure 4-118). Les feuilles qui sont fortement infectées par la tavelure s'enroulent vers l'intérieur, se rident et tombent au sol.

Figure 4-116. Les lésions fraîches de la tavelure du pommier ont un aspect velouté, vont du brun au vert olive et ont un contour diffus.

Figure 4-116. Les lésions fraîches de la tavelure du pommier ont un aspect velouté, vont du brun au vert olive et ont un contour diffus.

Figure 4-117. Avec le temps, les lésions vert olive de la tavelure deviennent brun foncé ou noires.

Figure 4-117. Avec le temps, les lésions vert olive de la tavelure deviennent brun foncé ou noires.

Figure 4-118. Les lésions sur les feuilles plus vieilles sont surélevées, vont du vert foncé au gris-brun et ont des contours définis.

Figure 4-118. Les lésions sur les feuilles plus vieilles sont surélevées, vont du vert foncé au gris-brun et ont des contours définis.

Sur le fruit, apparaissent de petites taches qui s'étendent plus lentement que sur les feuilles (figure 4-119). Au fur et à mesure que les taches s'étendent et vieillissent, leur centre perd l'aspect velouté et noircit, devient liégeux et croûteux (figure 4-120). Un fruit lourdement infecté devient difforme et fissuré s'il a été infecté avant d'être parvenu à maturité (figure 4-121). Les infections des fruits qui se produisent vers la fin de l'été peuvent passer inaperçues au moment de la cueillette, mais elles se traduiront par l'apparition en cours d'entreposage, de points de la grosseur de têtes d'épingle. On parle alors de « tavelure mouchetée » (figure 4-122). Le fruit entier est sensible à la tavelure, mais les lésions ont tendance à se concentrer autour de la cuvette oculaire.

Figure 4-119. Petite lésion de tavelure sur un fruit

Figure 4-119. Petite lésion de tavelure sur un fruit.

Figure 4-120. Lésion de tavelure devenue brune, liégeuse et croûteuse

Figure 4-120. Lésion de tavelure devenue brune, liégeuse et croûteuse.

Figure 4-121. Les fruits infectés par la tavelure alors qu'ils ne sont pas encore parvenus à maturité deviennent difformes et fissurés.

Figure 4-121. Les fruits infectés par la tavelure alors qu'ils ne sont pas encore parvenus à maturité deviennent difformes et fissurés.

Figure 4-122. Les infections des fruits qui se produisent vers la fin de l'été peuvent passer inaperçues au moment de la cueillette, mais elles se traduiront par l'apparition en cours d'entreposage, de lésions de la tavelure mouchetée.

Figure 4-122. Les infections des fruits qui se produisent vers la fin de l'été peuvent passer inaperçues au moment de la cueillette, mais elles se traduiront par l'apparition en cours d'entreposage, de lésions de la tavelure mouchetée.

Cycle biologique

L'agent responsable de la tavelure hiverne dans les feuilles de pommiers infectées sur le sol du verger. Durant l'hiver et au début du printemps, de petits pseudothèces se forment à l'intérieur des feuilles infectées tombées au sol. Déjà au début du printemps, les ascospores qui servent d'inoculum primaire pour les infections de début de saison se forment à l'intérieur des pseudothèces.

La maturation des ascospores dans les feuilles mortes au pied des pommiers coïncide habituellement avec la sortie de dormance des pommiers. Ainsi, au printemps, les ascospores matures sont présentes et prêtes à infecter les premiers tissus verts. Le pourcentage d'ascospores matures présentes dans le verger atteint normalement un sommet quand les pommes sont entre le stade du bouton rose avancé et le début de la floraison.

Les ascospores matures sont libérées des pseudothèces par la pluie et soufflées par le vent vers les jeunes tissus verts. Pour qu'aient lieu la libération et la germination des ascospores ainsi que l'infection subséquente des tissus, il faut que ceux-ci restent mouillés à la suite d'une rosée ou d'une pluie. Les lésions vert olive à l'aspect velouté apparaissent de dix à vingt-huit jours après l'infection par une ascospore. Les lésions produites par les ascospores donnent lieu à des infections primaires qui, à leur tour, produisent des spores appelées conidies.

Les conidies sont disséminées depuis les lésions primaires par les éclaboussures d'eau de pluie et le vent. Elles provoquent de nouvelles infections quand le jeu combiné des températures et des périodes de mouillage des feuilles favorise leur germination et leur établissement. Ces infections, dites « secondaires », se produisent généralement sur le même arbre ou sur des arbres adjacents plutôt qu'à distance du site de l'infection primaire.

Il peut y avoir de multiples infections secondaires au cours d'une même saison de croissance. Quand les précipitations sont fréquentes, il devient extrêmement difficile de maîtriser la tavelure du pommier, surtout si la maladie résulte d'infections primaires qui se sont déclenchées au printemps.

Les jeunes feuilles non encore entièrement déployées sont très sensibles aux infections. Les vieilles feuilles peuvent devenir à nouveau sensibles au champignon à la fin de la saison; le mycélium qui était jusque-là inhibé à l'intérieur des tissus foliaires peut reprendre sa croissance, ce qui peut donner lieu à de nouvelles lésions visibles. Cette phase du cycle de la tavelure qui intervient dans l'épiderme a des répercussions considérables sur la propagation de la maladie, car elle produit l'inoculum primaire (de nouvelles ascospores) qui sera à l'œuvre le printemps suivant.

Surveillance et lutte

Surveillance de la météo

Des données météorologiques précises fournissent les maximums et minimums quotidiens qui sont indispensables à l'utilisation du modèle de degrés-jours servant à évaluer la maturité des ascospores et la date probable des infections primaires (tel qu'il est indiqué à la p. 109XX). L'installation dans le verger de matériel de surveillance météorologique fiable constitue un bon investissement. On trouve sur le marché une variété de logiciels et d'instruments informatisés destinés à la surveillance météorologique. Ils mesurent la température, l'humidité relative, la période de mouillage des feuilles; autant de données utiles à la détermination de la maturité des ascospores et à la détermination des périodes d'infection.

Détermination du niveau d'inoculum

L'incidence de la tavelure à la cueillette ne reflète pas nécessairement la pression exercée par la maladie dans le verger, étant donné que des infections foliaires peuvent encore se déclencher après la cueillette. Afin de prévoir l'importance de l'inoculum dans le verger au printemps, évaluer la tavelure sur les feuilles à l'automne (dose potentielle d'ascospores). Fin septembre début octobre, avant la chute des feuilles, évaluer l'incidence de la tavelure en procédant comme suit :

Choisir un schème d'échantillonnage de manière à échantillonner tous les 10-30 pommiers en veillant à inclure des pommiers provenant du bloc au complet. S'assurer d'examiner au total 600 pousses. Voici trois schèmes d'échantillonnage possibles :

  • 20 pousses de chacun de 30 pommiers (pour un bloc de 300 à 900 pommiers);
  • 15 pousses de chacun de 40 pommiers (pour un bloc de 400 à 1 200 pommiers); ou
  • 10 pousses de chacun de 60 pommiers (pour un bloc de 600 à 1 800 pommiers).

Voici comment procéder pour l'échantillonnage :

  • Sur chaque pommier choisi, examiner les pousses au hasard dans les parties supérieure, inférieure, intérieure et extérieure de la frondaison. Il est particulièrement important d'inclure les pousses situées près du sommet du pommier. C'est à cet endroit que la tavelure risque davantage de sévir, car les rameaux s'y trouvent souvent hors d'atteinte des produits qui ont été pulvérisés. Si les gourmands sont nombreux, inclure un gourmand par pommier.
  • Sur chaque pousse choisie, observer les faces supérieure et inférieure des feuilles et noter le nombre de feuilles présentant au moins une lésion de tavelure, en incluant les lésions soupçonnées d'être des lésions causées par la tavelure.
  • Faire la somme des feuilles portant des lésions de tavelure.
  • Si les feuilles atteintes de tavelure totalisent 50 ou moins : Considérer que le niveau d'inoculum qui occasionnera des infections dans le verger le printemps suivant est faible. Le premier traitement fongicide dirigé contre la tavelure du pommier peut en toute sécurité être repoussé jusqu'au stade prébouton rose.
  • Si les feuilles atteintes totalisent un nombre entre 50 et 100 : Là où les évaluations de l'inoculum effectuées à l'automne correspondent à moins de 53 feuilles infectées sur 600 pousses, il est possible, la plupart des années, de sauter la pulvérisation prévue au stade de la pointe verte. Cette stratégie est risquée dans les vergers où la tavelure affiche une résistance à la dodine et aux DMI, car il n'existe sur le marché aucun fongicide ayant une action pré-symptômes pour remédier à une éventuelle erreur. Choisir les interventions phytosanitaires appropriées, les mettre en pratique et considérer que le niveau d'inoculum qui causera des infections le printemps prochain est faible.
  • Attention! Si le nombre de feuilles atteintes est supérieur à 100 : Le taux d'inoculum dans le verger est élevé. Le printemps suivant, mettre en place un programme de pulvérisations de fongicides à action préventive dès le stade de la pointe verte.

Ne pas recourir à la méthode de la dose potentielle d'ascospores dans les situations suivantes :

  • Des fongicides à base de DMI (Nova/Nustar) ont été appliqués au cours de la saison, surtout s'ils l'ont été pour leur action post-infection. Ces fongicides inhibent les lésions de tavelure sans les détruire, et cette inhibition cesse à l'automne. La méthode de la dose potentielle d'ascospores ne permet pas de déceler ces lésions à l'automne.
  • Il se trouve dans un rayon de 200 m du périmètre du verger des pommiers sauvages infectés par la tavelure qui contribuent à propager l'inoculum.

Détermination des périodes d'infection par la tavelure du pommier

Périodes d'infection primaire

À partir du moment où la dormance est terminée chez les pommiers et que le débourrement commence, il y a risque d'infection primaire quand les trois conditions suivantes se trouvent réunies :

  1. présence d'ascospores matures dans les feuilles qui jonchent le sol;
  2. conditions météorologiques qui favorisent la libération des ascospores et le déclenchement d'infections;
  3. protection offerte par les fongicides insuffisante pour prévenir les infections.

Au moment du débourrement, des ascospores matures sont toujours présentes dans les feuilles infectées ayant passé l'hiver dans le verger. Le nombre d'ascospores présentes dépend de la quantité d'inoculum qui se trouve sur les feuilles de l'année précédente. Le rythme auquel les ascospores parviennent à maturité sur les feuilles de l'année précédente est surtout fonction de la température.

Des chercheurs de la Cornell University ont mis au point un modèle qui établit le lien entre la température et la maturation des ascospores. Le modèle, exprimé en degrés-jours Celsius (DJC), permet de prévoir le pourcentage d'ascospores qui sont parvenues à maturité. Ce modèle est utile en ce qu'il donne une bonne idée du début, du pic et de la fin de la maturation des ascospores, mais des conditions météorologiques inhabituelles peuvent provoquer une libération considérable d'ascospores plus tôt ou plus tard que les moments prévus par le modèle.

Pour plus d'information, voir la figure 4-123, Pourcentage cumulatif des ascospores parvenues à maturité en fonction des degrés-jours. Le nombre de degrés-jours se calcule, pour chaque journée, à l'aide de l'équation suivante :

DJC = (Temp. max. de la journée [°C] + Temp. min. de la journée [°C]) ÷ 2) - 0 °C

Par exemple, pour une journée où le maximum est de 10 °C et le minimum de 2 °C, le nombre de degrés-jours sera de 6 DJC. À noter que pour les journées où l'une ou l'autre des températures est au-dessous du point de congélation (au-dessous de 0), on attribue la valeur 0 à cette température. On doit commencer à additionner les degrés-jours à partir du stade débourrement, c.-à-d. à partir du jour où, chez les pommiers McIntosh, les boutons sont entre le stade de la pointe argent et celui de la pointe verte.

On se sert de la somme des degrés-jours pour estimer le pourcentage des ascospores parvenues à maturité à partir de la courbe centrale de la figure 4-123. Les courbes qui encadrent la courbe centrale représentent les limites inférieure et supérieure de l'intervalle de confiance de 90 % se rapportant aux estimations portées sur le graphique. Cela veut dire que dans 90 % des cas, l'estimation doit être contenue dans cet intervalle.

Figure 4-123. Pourcentage cumulatif des ascospores parvenues à maturité en fonction des degrés-jours

Figure 4-123. Pourcentage cumulatif des ascospores parvenues à maturité en fonction des degrés-jours.

Source : Gadoury, D.M., et MacHardy. « A model to estimate the maturity of ascospores of Venturia inaequalis » dans Phytopathology, 72:901-904, 1982.

Sur ce graphique, deux points présentent un intérêt particulier :

  • À 125 DJC, il y a une maturation rapide des ascospores, ce qui révèle un risque plus élevé d'infections;
  • À 418 DJC, plus de 95 % de la réserve d'ascospores devrait être épuisée s'il s'est produit suffisamment d'épisodes pluvieux. Voir le tableau 4-3, Pourcentage des ascospores à maturité qui seront libérées dans diverses conditions environnementales. Ce point marque la fin de la saison des infections primaires. Utiliser ce modèle pour obtenir une prévision de la maturité des ascospores et de leur libération dans des vergers en particulier.
Tableau 4-3. Pourcentage des ascospores à maturité qui seront libérées dans diverses conditions environnementales
Type d'épisode de pluie Pourcentage d'ascospores à maturité libérées
Pluie seulement la nuit
5%
Pluie le jour <0,25 cm; <10°C
25%
Pluie le jour >0,25 cm; <10°C
50%
Pluie le jour <0,25 cm; >10°C
50%
Pluie le jour >0,25 cm; >10°C
90%

Les ascospores sont libérées quand la pluie humidifie les pseudothèces qui se trouvent sur les feuilles mortes. La plupart des spores à maturité disponibles sont libérées dans les deux heures qui suivent le début d'un épisode de pluie. La libération des ascospores est fortement conditionnée par la lumière; seulement un petit pourcentage des ascospores disponibles est libéré pendant la nuit, entre 19 h et 8 h, heure avancée de l'Est (HAE). Le plus souvent, s'il commence à pleuvoir après la tombée du jour, plus de 95 % des ascospores à maturité ne seront libérées qu'après le lever du soleil. Il est prudent de supposer que dans les vergers où l'inoculum est faible (selon les critères établis plus haut), les périodes d'infections primaires commencent à l'aube quand la pluie a commencé à tomber durant la nuit.

Dans les vergers à faible réserve d'inoculum, les ascospores ne sont pas libérées en quantité appréciable durant la nuit. Dans un verger où l'inoculum est élevé, même si le pourcentage des ascospores libérées est faible, le nombre total d'ascospores libérées sera élevé et pourra causer d'importants foyers d'infections primaires par la tavelure. Les infections secondaires (causées par les conidies) ne sont quant à elles aucunement influencées par la présence ou l'absence de lumière. Il est important de comptabiliser les heures où les tissus restent mouillés (période de mouillage) durant la nuit si des infections par la tavelure ont déjà été observées dans le verger ou que des soupçons pèsent sur l'efficacité véritable des traitements effectués lors des périodes d'infections antérieures.

Dans un verger à faible réserve d'inoculum, calculer la durée de la période de mouillage en utilisant la méthode suivante :

  • Quand la pluie commence pendant la journée, soit entre 8 h et 19 h (HAE), compter le nombre d'heures s'écoulant à partir du début de la pluie jusqu'au moment où les feuilles sont de nouveau sèches.
  • Quand la pluie commence pendant la nuit, soit entre 19 h et 8 h (HAE), compter le nombre d'heures pendant lesquelles les feuilles restent mouillées à partir de 8 h le matin.

Dans un verger où l'inoculum est élevé, calculer la longueur de la période de mouillage à partir du début de la pluie jusqu'à ce que les feuilles soient sèches, quel que soit le moment de la journée.

De la pluie est nécessaire à la libération des ascospores, et les feuilles et les fruits doivent rester mouillés pendant un certain temps pour que l'infection se déclare. La longueur de la période de mouillage requise pour que l'infection se déclare varie en fonction de la température. Le rapport entre la durée de la période de mouillage et la température est indiqué au tableau 4-4, Relation entre la température, l'humidité et l'infection par la tavelure du pommier.

Tableau 4-4. Relation entre la température, l'humidité et l'infection par la tavelure du pommier
Température
moyenne
(°C)
Durée minimale (en heures)
où le feuillage doit être mouillé
Infection primaire (infection par ascospores)
Durée minimale (en heures)
où le feuillage doit être mouillé
Infection secondaire (infection par conidies)
1
40
37
2
34
33
4
27
26
5
21
23
6
18
20
7
15
17
8
13
15
9
12
13
10
11
12
11
9
10
12
8
9
13
8
9
14
7
9
15
7
9
16
6
9
17
6
8
18
6
8
19
6
8
20
6
7
21
6
7
22
6
7
23
6
8
24
6
9
25
8
11
26
11
14

Adaptation d'après Stensvand, A., D. M. Gadoury, T. Amundsen, L. Semb, et R. C. Seem. « Ascospore release and infection of apple leaves by conidia and ascospores of Venturia inaequalis at low temperatures » dans Phytopathology, 87:1046-1053, 1997.

Une fois que l'on a déterminé la durée de la période de mouillage, on calcule la température moyenne durant cette période et on consulte le tableau 4-4 pour vérifier si les feuilles sont restées mouillées assez longtemps pour que l'infection se déclare.

Périodes d'infection secondaire

Les infections secondaires par la tavelure se produisent lorsque des conidies qui proviennent de lésions primaires sur les feuilles sont propagées par les éclaboussures de pluie. Tout comme les infections primaires, les infections secondaires ne se produisent que si l'humidité apportée par la pluie est présente suffisamment longtemps à une température donnée. Comme les infections secondaires peuvent se déclarer le jour et la nuit, calculer tout le temps écoulé depuis le début de la période de pluie, indépendamment des heures où il fait jour. Les infections qui se poursuivent au cours de l'été sont le résultat de lésions causées par des conidies.

Effet de la pluie intermittente et de la rosée sur les périodes d'infection

Les périodes de rosée ou de forte humidité (plus de 90 %) contribuent aussi à la période effective de mouillage, mais, en règle générale, elles ne sont significatives que si elles ont été précédées de pluies. Il faut cumuler le nombre d'heures de mouillage durant des pluies intermittentes pour déterminer la durée d'une période d'infection, à moins que ces dernières ne soient interrompues par dix heures ou plus de temps sec et ensoleillé.

Infection des fruits

Plus l'état de maturité des fruits est avancé, plus les périodes de mouillage doivent se prolonger pour que les infections par la tavelure soient possibles. Le tableau 4-5, Relation entre la température, la période de mouillage, le nombre de semaines après la pleine floraison et l'infection secondaire des fruits par la tavelure du pommier, illustre cette relation.

Tableau 4-5. Relation entre la température, la période de mouillage, le nombre de semaines après la pleine floraison et l'infection secondaire des fruits par la tavelure du pommier
Température
moyenne (°C)
Heures de mouillage pour une infection de 2 % des fruits
1 semaine après la floraison 5 semaines après la floraison 10 semaines après la floraison 15 semaines après la floraison
10
13,0
26,0
37,0
45,5
12
10,0
21,6
31,0
38,0
14
8,5
18,5
26,5
32,5
16
7,5
16,0
23,0
28,5
18
6,5
14,5
20,5
25,5
20
6,0
13,0
18,5
23,0

Adaptation d'après : Schwabe, W.F.S., A.L. Jones et J.P. Jonker. « Changes in Susceptibility of Developing Apple Fruit to Venturia inaequalis » dans Phytopathology, 74:118-121, 1984. Essais réalisés sur les cultivars Golden Delicious, Starking Delicious, Starkrimson Delicious, White Winter Pearmain.

La période pendant laquelle les fruits doivent rester mouillés pour que le champignon de la tavelure les infecte est plus longue que la période de mouillage requise pour l'infection des feuilles. Dans les vergers dont l'infection primaire des feuilles a été faible, on peut retenir la période plus longue nécessaire à l'apparition de l'infection du fruit là où seule la tavelure du fruit pose un problème. Si on ne traite pas contre la tavelure durant la saison de croissance, l'infection des feuilles est capable d'engendrer de grosses quantités d'inoculum qui libérera des ascospores en abondance l'année suivante.

Lutte contre la tavelure à l'aide de fongicides

Les fongicides sont utilisés pour lutter contre la tavelure du pommier dans la plupart des vergers commerciaux. Voir la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières, pour de l'information sur l'action des différents fongicides employés contre la tavelure du pommier.

Fongicides à action protectrice

Les résidus laissés par ces fongicides inactivent et tuent les spores, ce qui empêche l'infection. Ces produits sont formulés de manière à maintenir leur adhérence au feuillage s'il pleut une fois que la bouillie a eu le temps de sécher. En cas de pluie, une faible proportion des résidus se dissout à nouveau et se trouve redistribuée sur les tissus qui avaient été traités, mais non sur les feuilles ou les fruits qui ne l'avaient pas été. Avec ces produits, il est important de bien couvrir tout le feuillage des deux côtés des feuilles et toute la surface des fruits. On applique ces fongicides sur les feuilles en train de se déployer, au moment où les infections sont imminentes.

  • Entreprendre les pulvérisations juste avant la première période d'infection primaire prévue, soit entre la pointe argent et la pointe verte, et poursuivre les traitements à intervalles de sept à dix jours en optant pour les intervalles les plus rapprochés si les pluies sont fréquentes et abondantes ou que la croissance des pousses est rapide. Protéger les nouvelles pousses et les fruits en croissance, et remplacer les résidus emportés par la pluie.
  • Entre la première pulvérisation de couverture et le début août, faire des traitements fongicides à intervalles variant de dix à quatorze jours, selon la fréquence des précipitations. Les fongicides du groupe des DMI font toutefois exception à la règle; dans leur cas, l'intervalle entre les pulvérisations est de sept jours indépendamment des précipitations.

Pulvérisations pré-symptômes (post-infection)

Un traitement post-infection est un traitement réalisé au cours d'une période donnée suivant le début de l'infection. Le moment où doit se faire le traitement pour que celui-ci soit efficace dépend du produit utilisé et de la température moyenne. Pour déterminer l'action en post-infection, on doit considérer l'intervalle écoulé depuis le début de l'infection. Par exemple, à 6 °C, il faudrait utiliser le captane dans les quarante-huit heures suivant le début de l'infection.

Il ne faut pas compter sur les traitements pré-symptômes (post-infection) pour combattre la tavelure. Pour que ce genre de programme de pulvérisations soit efficace, il est nécessaire de posséder un pulvérisateur bien calibré qui recouvre complètement les feuilles et les fruits sous de mauvaises conditions météorologiques. Il est indispensable de placer dans chaque verger des appareils fiables et précis pour enregistrer la température et l'humidité dans le feuillage.

Utilisation des fongicides inhibiteurs de la déméthylation (DMI)

Le Nova 40 W et le Nustar font partie des inhibiteurs de la déméthylation (DMI), un groupe de fongicides plutôt connus sous le nom d'inhibiteurs de la synthèse des stérols. Ces produits doivent être utilisés différemment des fongicides à action préventive comme le captane ou le mancozèbe.

Le principal intérêt des fongicides du groupe des DMI est leur action post-infection et pré-symptômes relativement prolongée. S'ils sont épandus dans les soixante-douze à quatre-vingt-seize heures suivant l'infection, ces produits peuvent prévenir l'établissement de nouveaux foyers d'infection de la tavelure. Toutefois, l'action préventive des fongicides du groupe des DMI ne dure généralement que trois à cinq jours.

Les fongicides du groupe des DMI ont une action systémique et n'agissent donc que s'ils sont absorbés par les tissus des feuilles et des fruits. Leur absorption prend moins d'une heure et l'efficacité du traitement n'est pas réduite par une pluie survenant au moins une heure après l'application des fongicides.

Après l'application, comme les fongicides du groupe des DMI se redistribuent peu aux tissus non atteints par la bouillie, un recouvrement uniforme est indispensable à une bonne protection contre la maladie.

Ne pas utiliser le Nova 40 W ni le Nustar avant le stade prébouton rose. Appliquer ces fongicides en les combinant avec une demi-dose d'un fongicide à action préventive par séries de deux pulvérisations consécutives séparées par un intervalle de sept à dix jours. Les fongicides DMI étant peu efficaces contre la tavelure sur les fruits, il est déconseillé de commencer à les appliquer après la floraison. Pulvériser le Nova 40 W ou le Nustar en même temps qu'un fongicide à action préventive (p. ex. le captane), au plus soixante-douze heures après le début d'une période d'infection par la tavelure. Ne pas laisser passer plus de dix jours entre deux pulvérisations consécutives. Traiter au moins deux fois par saison de croissance et au maximum quatre fois, de préférence entre le stade prébouton rose et la première pulvérisation d'été.

Après l'application d'un DMI combiné à un fongicide à action préventive, les feuilles et les fruits ne sont protégés que pendant cinq jours. Appliquer un fongicide à action préventive avant la poussée de tavelure suivante. Faire suivre au besoin d'un programme fongicide préventif pendant le reste de la saison de croissance.

Utilisation de fongicides à base de strobilurines

Le Sovran et le Flint 50 WG font partie du groupe de fongicides, appelé strobilurines (ou inhibiteurs du site d'oxydation du coenzyme Q situé sur la face externe du cytochrome). Ces produits ont une bonne action post-infection et protectrice contre la tavelure du pommier et le blanc (oïdium). Ne pas utiliser le Sovran ni le Flint 50 WG avant le stade prébouton rose. Faire des pulvérisations jumelées, à dix jours d'intervalle. En raison du mode d'action de ce groupe de fongicides, il est important de respecter les stratégies visant à prévenir l'apparition de souches résistantes. Avant de revenir au Sovran ou au Flint 50 WG, faire deux traitements avec un fongicide appartenant à un autre groupe chimique. Après un traitement au Sovran ou au Flint 50 WG, la protection des tissus végétaux dure de cinq à huit jours. En cas de croissance rapide des arbres, traiter à intervalles plus courts.

Les fongicides à base de strobilurines sont parfois phytotoxiques pour certaines autres cultures fruitières (c'est notamment le cas du Sovran pour les cerises douces et du Flint pour le raisin Concord). Toujours vérifier les mises en garde indiquées sur l'étiquette.

Utilisation de fongicides à base d'anilinopyrimidines (AP)

Le Vangard et le Scala font partie des anilinopyrimidines. Ces produits préviennent efficacement la tavelure, mais sont inefficaces contre d'autres maladies des feuilles ou des fruits (blanc, rouille du genévrier). Pour lutter contre la tavelure, ne pas dépasser deux applications par saison de croissance, celles-ci devant être faites strictement avant la floraison. Le Scala est homologué comme traitement à faire avant la cueillette pour maîtriser des maladies qui sévissent après la cueillette.

À la fois le Scala et le Vangard sont efficaces surtout quand il fait frais; ils procurent jusqu'à quarante-huit à soixante-douze heures d'action post-infection contre la tavelure. Dans des essais menés dans la vallée de l'Hudson, dans l'État de New York, ces produits ont procuré une maîtrise de la tavelure comparable à celle que procure le mancozèbe employé comme traitement préventif, et une maîtrise supérieure à celle du mancozèbe au cours d'un essai où une action rapide (moins de soixante-douze heures après l'infection) revêtait une importance capitale. Leur efficacité est toutefois réduite dans les vergers où la tavelure affiche une résistance aux fongicides du groupe des DMI.

Lutte contre la tavelure du pommier sous de mauvaises conditions atmosphériques

Il arrive souvent que plusieurs jours de temps doux et pluvieux se suivent au printemps. Ces conditions atmosphériques favorisent l'apparition d'infections par la tavelure du pommier. Il est alors souvent difficile de garder une quantité suffisante de fongicide sur les arbres fruitiers pour assurer la protection du feuillage et des fruits en plein développement.

Si les arbres ne semblent pas bien protégés, il est préférable de pulvériser un fongicide préventif entre deux averses que de ne faire aucun traitement. Dans un tel cas, il faut se servir d'un fongicide ayant de bonnes propriétés de rétention. Par exemple des produits à base de mancozèbe comme le Dithane, le Manzate et le Penncozeb, ont de bonnes propriétés de rétention.

Un traitement post-infection s'impose si le fongicide à action préventive est trop dilué pour empêcher le champignon de la tavelure de s'attaquer au feuillage ou aux fruits.

S'il y a infection, les taches de la tavelure deviendront visibles sur le feuillage et sur les fruits environ neuf jours plus tard à 20 °C, ou de quatorze à vingt et un jours plus tard si la température moyenne est à 12 °C ou moins. Une fois les taches apparues, il faut éviter d'utiliser des fongicides auxquels les pommiers risquent fort de devenir résistants (DMI, strobilurines) et s'employer plutôt à prévenir la propagation des infections aux tissus encore sains.

Des vents forts peuvent nuire aux pulvérisations en faisant dériver les pesticides loin de la cible visée. On peut réduire les risques de dérive en faisant les pulvérisations le soir ou en matinée. Abaisser la trajectoire du jet pulvérisé dans le vent peut faciliter l'application du fongicide, mais il faut veiller au bon recouvrement de la cime des arbres.

Lutte contre la tavelure secondaire

En utilisant le modèle fondé sur la somme des degrés-jours Celsius (DJC), on est en mesure de déterminer la fin de la saison des infections primaires. Quand 418 DJC se sont accumulés, plus de 95 % des ascospores sont mûres et après une pluie d'une certaine abondance, la plupart des ascospores de la saison de croissance sont libérées. Voir figure 4-123, p. 110XX. Passé ce stade, attendre deux semaines avant d'examiner les arbres pour vérifier si la tavelure est encore présente. En effet, les lésions peuvent mettre quatorze jours à apparaître après une période d'infection par le champignon de la tavelure. S'assurer de vérifier de près dans la partie supérieure des arbres de haute tige, dans le centre des arbres au feuillage dense et en tout autre endroit qui risquerait de ne pas avoir été suffisamment recouvert par la bouillie fongicide.

Dans un verger où les infections primaires ont été maîtrisées, on peut réduire les doses de fongicides (en adoptant la dose inférieure de la fourchette indiquée sur l'étiquette) et allonger l'intervalle entre les pulvérisations pendant le reste de la saison de croissance. Certains producteurs réussissent à se passer complètement de fongicides durant les mois d'été quand ils maîtrisent l'éclosion des foyers d'infections primaires. Par contre, si l'on constate des lésions de tavelure, on doit maintenir le programme de pulvérisations fongicides jusqu'à la fin de la saison de croissance.

Résistance aux fongicides

Comme l'apparition d'une résistance à plusieurs des groupes de fongicides employés par les pomiculteurs est à craindre chez l'agent de la tavelure, il est primordial de tout mettre en œuvre pour réduire ce risque au minimum. Voici les stratégies à adopter pour éviter ou maîtriser l'apparition de populations d'agents de la tavelure du pommier résistant aux fongicides dans les vergers :

  • Toujours utiliser en alternance des produits de différents groupes chimiques dans le cadre d'un programme de pulvérisations. Voir les produits utilisés sur les pommes dans la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières.
  • Ne jamais dépasser le nombre maximal de traitements indiqué dans la publication 360F du MAAARO.
  • Toujours utiliser la pleine dose d'un inhibiteur de la déméthylation avec une demi-dose d'un fongicide à action préventive.
  • Ne pas sauter les pulvérisations prévues au stade de la pointe verte.
  • Accepter de faire les pulvérisations de Supra Captan, Maestro, Dikar, Manzate, Dithane, Penncozeb et Polyram, sous la pluie s'il le faut, malgré la perte de l'effet rémanent. Ne pas pulvériser Nova, Nustar, Sovran, Flint, Scala ni Vangard sous la pluie.
  • Toujours appliquer les fongicides pour leur action préventive avant l'infection et non une fois l'infection déclarée. Les applications faites à des fins curatives risqueraient d'encourager la sélection de populations résistant aux fongicides.
  • Toujours employer les fongicides aux doses indiquées sur l'étiquette. Les doses réduites de fongicides peuvent augmenter le nombre de sujets résistants à l'intérieur du verger.
  • S'assurer d'obtenir un recouvrement complet en employant le volume d'eau approprié. Ne pas se contenter de pulvériser une rangée sur deux.
  • Ne pas prolonger les intervalles entre les pulvérisations au delà de ceux qui sont inscrits sur l'étiquette. Raccourcir les intervalles s'il a plu.
  • Mettre en place des mesures de protection phytosanitaires afin de réduire l'importance de l'inoculum le printemps suivant.

Ne pas pulvériser de fongicides du groupe des inhibiteurs de la biosynthèse des stérols (DMI) ou strobilurines en présence de lésions de tavelure, sous peine de favoriser l'apparition d'une résistance.

Interventions phytosanitaires dans les vergers où le taux d'inoculum est élevé

Voici des pratiques qui permettent de réduire l'inoculum dans les feuilles qui restent au sol jusqu'au printemps :

  • Pour ramollir les feuilles infectées par la tavelure, appliquer un engrais à base d'urée à raison de 45 kg/ha (dans 1 000 L d'eau/ha) après la fonte des neiges, mais avant le débourrement. Cette application stimulera la dégradation des feuilles par les bactéries présentes dans le sol et facilitera le travail des vers de terre qui s'en nourrissent. L'urée empêche par ailleurs momentanément la formation d'ascospores. Traiter tout le verger, y compris la végétation qui couvre le sol dans les allées entre les rangées d'arbres. Appliquer l'urée à l'aide soit d'un pulvérisateur à jet porté après avoir pris soin de fermer les buses supérieures, soit d'un pulvérisateur à rampe réglé de manière à diriger la bouillie sous le pommier et dans l'allée. Réduire les doses d'engrais azoté subséquentes de la quantité d'azote appliquée sous le feuillage. Toutefois, ne pas tenir compte de la quantité d'azote appliquée dans le milieu de l'allée, car cet azote est utilisé par le couvre-sol.
  • Au printemps, déchiqueter les vieilles feuilles tombées l'automne précédent à l'aide d'une débroussailleuse, afin de stimuler leur décomposition et de renverser de nombreux morceaux de feuilles, de sorte que les ascospores soient libérées vers le sol plutôt que vers le feuillage. Régler la débroussailleuse suffisamment bas pour qu'il y ait un contact avec les feuilles au sol, puis râteler ou souffler les feuilles vers le milieu de l'allée pour les éloigner des arbres, ou incliner l'appareil de manière à atteindre les feuilles. Déchiqueter en même temps les résidus d'émondage de l'hiver. La faible hauteur de réglage nécessaire pour déchiqueter convenablement les feuilles peut dénuder le centre des allées qui seront boueuses et glissantes quand viendra le temps des premières pulvérisations de fongicides. Épandre de la chaux, à raison de 5,6 tonnes/ha au début de l'hiver, après la chute des feuilles, de manière à hausser le pH des feuilles mortes et à accroître la dégradation par les bactéries.

Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juilllet 2011
Dernière révision : 21 juillet 2011

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