Insectes foreurs

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier.
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Table des matières

  1. Introduction
  2. Sésies
  3. Saperde du pommier

Introduction

La sésie du cornouiller, Synanthedon scitula (Harris), la sésie du pommier, Synanthedon pyri (Harris) et Synathedon myopaeformis (Borkhausen), une autre sésie d'introduction récente qui s'attaque aux pommiers, sont des papillons à ailes transparentes de la famille des sésiidés. Ces insectes s'attaquent aux troncs des porte-greffes nanifiants aux endroits où des bourrelets de greffage (aussi appelés broussins) se sont formés. Ils provoquent un lent déclin de l'arbre qui se traduit par une réduction des rendements sur une période de plusieurs années après l'infestation.

La saperde du pommier, Saperda candida (Fabr.), est un coléoptère à longues antennes de la famille des cérambycidés. L'insecte s'attaque aux jeunes arbres en santé, dont il perce le tronc de trous et qu'il finit souvent par tuer. Autrefois considérée comme un ravageur important des pommiers (avant 1950), la saperde représente rarement de nos jours une menace pour les vergers commerciaux, bien qu'elle cause quelquefois des dommages dans les vergers de l'est ontarien. Elle colonise une large gamme de feuillus, dont le sorbier des oiseaux, l'aubépine, le pommetier à fleurs, le cognassier, le prunier, le cerisier et le pommier.

Sésies

Ces papillons à ailes transparentes sont les insectes foreurs qu'on rencontre le plus souvent dans les vergers commerciaux de l'Ontario.

Description

Les œufs, pondus individuellement sur le tronc de l'arbre, sont difficiles à repérer. Les larves des trois espèces sont de couleur blanc sale. Elles possèdent une tête et un bouclier thoracique de couleur brun rougeâtre (figure 4-38). Les pupes sont petites, de couleur jaune-brun, et apparaissent parfois enfermées dans une logette de nymphose émergeant partiellement des orifices de sortie percés par les insectes adultes dans le tronc de l'arbre ou les broussins qu'ils ont infestés. Les adultes, des papillons aux ailes transparentes comportant une élégante nervation noire, volent le jour et sont souvent confondus avec des guêpes. Les mâles de nombreuses espèces de sésies se laissent souvent prendre dans les pièges à phéromones. Avec un peu de pratique, on arrive heureusement à distinguer sans peine les différentes espèces.

Figure 4-38. Larve de Synathedon myopaeformis.

Figure 4-38. Larve de Synathedon myopaeformis.

La sésie du cornouiller est l'insecte foreur le plus répandu dans les vergers commerciaux de pommiers. Les adultes sont semblables au perceur et au petit perceur du pêcher, mais en plus petit. Les mâles adultes ont une envergure de 12 à 18 mm, un corps noir rehaussé de minces bandes abdominales jaunes et des pattes jaunes (figure 4-39). Le pointe de l'abdomen ressemble à une touffe arrondie. Les femelles de l'espèce - qu'on observe parfois en train d'« appeler » le mâle pour l'accouplement - ressemblent aux mâles, mais ont des bandes abdominales plus marquées (figure 4-40). La sésie du pommier est très semblable à la sésie du cornouiller, mais elle possède une touffe anale cunéiforme et une marque orangée distincte sur les ailes.

Figure 4-39. Mâle de la sésie du cornouiller dans un piège à phéromones.

Figure 4-39. Mâle de la sésie du cornouiller dans un piège à phéromones.

Figure 4-40. Femelle de la sésie du cornouiller.

Figure 4-40. Femelle de la sésie du cornouiller.

La sésie Synathedon myopaeformis (des deux sexes) a un corps noir élancé et une bande orangée brillante en travers de l'abdomen (figure 4-41). Les ailes, transparentes avec un bordure noire, peuvent avoir une envergure de 20 à 25 mm.

Figure 4-41. Adulte de Synathedon myopaeformis.

Figure 4-41. Adulte de Synathedon myopaeformis.

Cycle biologique

Les insectes foreurs hivernent à l'état de larves dans des gites d'hiver (hibernacula) aménagés dans les galeries d'alimentation que les larves creusent sous l'écorce. La pupaison survient au printemps. Pour les trois espèces, l'émergence (ou envol) s'étale souvent sur plusieurs mois.

La sésie du cornouiller et la sésie du pommier commencent leurs envols en juin, les départs se succédant tout au long du mois d'août jusqu'au début septembre. Le pic des envols survient généralement en juillet. Les deux espèces accomplissent une seule génération par année en Ontario. On sait peu de choses sur le cycle biologique de Synathedon myopaeformis en Amérique du Nord. En Europe, le cheminement vers l'âge adulte peut prendre de un à deux ans, selon les conditions ambiantes. Les données recueillies en Ontario en 2007 et 2008 indiquent que l'insecte adulte connaît une seule période d'envol, qui commence à la fin mai ou au début juin, les départs atteignant un sommet entre le milieu et la fin de juillet et cessant brutalement ensuite. Son introduction en Ontario est récente et sa dispersion très limitée.

Les papillons de la sésie sont surtout actifs à l'aube et à la tombée de la nuit. Les femelles pondent leurs œufs à la surface des broussins, des cicatrices d'émondage et des blessures de l'écorce. Une fois sorties de leur coquille, les minuscules larves percent des trous dans les tissus voisins et creusent des galeries peu profondes, irrégulières et sinueuses. À mesure qu'elles progressent, elles rejettent derrière elles des excréments brun rougeâtre retenus par des fils de soie, qui s'accumulent à l'entrée de la galerie. Les sésies qui s'attaquent aux pommiers s'attaquent également à bien d'autres cibles, dont le poirier, le chêne, le cornouiller, le prunier, l'abricotier, le pêcher, le cerisier, le cognassier, l'aubépine, le saule, le bouleau et d'autres feuillus.

Dommages

Les trois espèces susmentionnées percent des trous dans les broussins ou les racines adventives de l'arbre, juste sous le point de greffe. Les broussins sont le résultat d'excroissances partielles qui se forment juste sous le point de greffe, sur certains porte-greffes nanifiants ou semi-nanifiants. Les porte-greffes particulièrement susceptibles de développer des broussins - et de voir ceux-ci attaqués par des insectes foreurs - sont les cultivars M.9, M.26 et Mark. Les ravageurs visent d'abord la surface extérieure du broussin (composée de tissus morts), avant de s'enfoncer dans le cambium. Les larves de Synathedon myopaeformis creusent des galeries sous l'écorce partout où elles trouvent des tissus endommagés, y compris dans les branches. Les infestations sont localisées sous le point de greffe et les broussins, ou autour des chancres, au-dessus des points de greffe.

Les larves des insectes foreurs minent lentement la santé de l'arbre et entraînent une baisse des rendements par les anneaux qu'ils creusent dans le cambium de l'arbre et qui étranglent celui-ci. Les arbres deviennent plus vulnérables à d'autres insectes et peuvent mourir prématurément. Dans un arbre d'un certain âge, le détachement de plaques d'écorce, le dessèchement des branches du houppier et un déclin général sont autant de symptômes d'infestation.

La présence d'excréments brun rougeâtre et de logettes de nymphose à la surface des broussins est un signe certain de l'activité d'insectes foreurs sous l'écorce (figure 4-42). On pourra s'en assurer en coupant les couches supérieures de l'écorce : la couleur du cambium sera altérée aux endroits où les larves se sont nourries.

Figure 4-42. Excréments et logettes de nymphose, signes évidents de la présence de larves d'insectes foreurs.

Figure 4-42. Excréments et logettes de nymphose, signes évidents de la présence de larves d'insectes foreurs.

Surveillance et seuil d'intervention

On peut voir les papillons des sésies se reposer sur les feuilles les belles journées d'été. Les signes d'une infestation larvaire sont la présence d'orifices de 2 à 3 mm de diamètre à la base des arbres et de galeries sous l'écorce ou dans les broussins, de même que d'excréments brun rougeâtre et de logettes de nymphose aux points de sortie de ces galeries.

Il est recommandé de poser des pièges à phéromones dans les vergers ayant connu des infestations d'insectes foreurs dans les années passées. Il existe plusieurs fabricants de ces pièges. Les pièges commerciaux sont conçus pour attirer les mâles d'une espèce donnée, mais ils attirent aussi souvent d'autres espèces de papillons à ailes transparentes, d'où l'importance de pouvoir identifier les différentes espèces pour une gestion efficace des infestations.

Utiliser des pièges à phéromones pour surveiller l'activité des adultes. Les pièges doivent être suspendus dans le verger avant le début du premier envol. Pour la sésie du cornouiller et la sésie du pommier, poser les pièges à la mi-juin; pour Synathedon myopaeformis, les pièges doivent être installés dès la mi-mai. Il est recommandé d'utiliser quatre pièges dans chaque parcelle surveillée et de les fixer sur des branches charpentières basses. Laisser au moins 50 m entre les pièges et vérifier deux fois par semaine. Noter le nombre d'adultes capturés et le porter sur un graphique, de manière à faire ressortir les pics d'envols. Cette information sera importante pour établir le calendrier des pulvérisations d'insecticides.

Lutte

La meilleure façon de réduire les ravages des insectes foreurs dans les pommiers est de restreindre la formation de broussins. Autant que possible, choisir des porte-greffes peu enclins à produire des broussins et qui attireront donc moins la sésie du cornouiller et la sésie du pommier. Certains produits agricoles, comme l'acide alpha-naphtalène acétique (utilisé comme éclaircissant) favorisent le développement des broussins. On peut entraver la ponte d'œufs par Synathedon myopaeformis et la saperde du pommier au moyen de diverses pratiques culturales.

Si le point de greffe des arbres est près du sol et que la sésie du cornouiller menace, butter la terre autour des troncs de manière à couvrir la greffe et à gêner ainsi l'activité des insectes. Il faut toutefois éviter de remonter la terre trop haut sur le tronc, ce qui pourrait provoquer le phénomène d'affranchissement du greffon. Il faut aussi s'assurer que la butte de terre est assez large pour prévenir les blessures par gel du porte-greffe enterré. Garder la base des arbres exempte de mauvaises herbes et éviter d'installer du paillis autour du tronc, l'ombre et une humidité élevée favorisant la formation de broussins.

Utiliser des treillis métalliques plutôt qu'un matériau plein pour protéger les arbres des souris. Les insectes foreurs aiment bien s'abriter dans des zones ombragées. Les gaines de matériau plein gênent la circulation de l'air et empêchent l'écorce de s'endurcir, ce qui rend l'arbre plus vulnérable aux blessures par l'hiver et procure aux insectes des sites de choix pour la ponte de leurs œufs.

Appliquer - au pinceau et non au pistolet pulvérisateur - une couche de latex blanc non dilué (pour l'extérieur) sur le tronc, de manière à repousser les femelles prêtes à pondre. Reprendre l'exercice annuellement. La peinture, si elle est assez épaisse, pourra étouffer les insectes déjà présents dans le bois.

Il pourra être nécessaire d'enlever les hôtes sauvages à proximité de vergers établis si les insectes foreurs s'y sont installés en masse. Couper et brûler les arbres sérieusement affaiblis ou tués par des infestations d'insectes foreurs, de manière à éliminer les populations nuisibles encore présentes dans ces arbres.

Une autre façon de lutter contre les insectes foreurs consiste à introduire un petit fil métallique dans les orifices de sortie des larves pour les détruire. C'est toutefois un processus fastidieux qu'il faudra répéter d'année en année dans les parcelles infestées.

Les ennemis naturels des insectes foreurs du pommier comprennent le pic-bois et la sitelle torchepot. On peut faciliter le travail des oiseaux en coupant les mauvaises herbes autour des troncs d'arbre. Les oiseaux ne procurent toutefois pas une maîtrise suffisante sur le plan économique.

Les larves d'insectes foreurs colonisent des zones bien protégées des arbres et sont donc difficiles à déloger au moyen d'insecticides. Le recours à des pièges à phéromones pourra permettre de mieux programmer les pulvérisations d'insecticides contre les papillons à ailes transparentes. On consultera la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières, pour obtenir toute l'information utile sur les produits, les concentrations et les périodes de pulvérisation préconisés.

Saperde du pommier

Cet insecte foreur à tête ronde est surtout présent dans les vergers mal entretenus et sur les pommiers cultivés à l'arrière des propriétés privées.

Description

La saperde à tête ronde (Saperda candida) est de couleur brun olive pâle et porte sur le dos deux bandes blanches bien marquées qui font toute la longueur du corps (figure 4-43). L'insecte adulte mesure plus de 2 cm de longueur, avec des antennes qui sont presque aussi longues que le corps. Les larves sont de couleur blanc jaunâtre, elles ont environ 2,5 cm de longueur et possèdent une tête brun foncé et des mandibules noires.

Figure 4-43. Saperde du pommier adulte.

Figure 4-43. Saperde du pommier adulte.

Cycle biologique

Les hôtes de la saperde comprennent de nombreuses essences de feuillus, dont le sorbier, l'aubépine, le pommetier à fleurs poussant à l'état sauvage, le cognassier, le prunier, le cerisier et le pommier. Les adultes ont des mœurs nocturnes et se nourrissent de feuilles et quelquefois de fruits, mais ne présentent pas une menace importante sur le plan économique. L'insecte est actif du début mai jusqu'en septembre. Les femelles déposent leurs œufs sous l'écorce et dans de petites cavités du tronc de l'arbre, près du sol. La ponte connaît un sommet en juin.

Lorsqu'elles sortent de leur coquille, les larves forent un trou dans l'arbre et commencent à se nourrir du cambium. En grandissant, elles peuvent également s'attaquer au bois du cœur. Une seule larve peut tuer un jeune arbre. Il faut de deux à trois ans pour que la larve se transforme en pupe, puis émerge de son cocon pour devenir adulte.

Dommages

Contrairement à d'autres coléoptères longicornes (cérambyx), la saperde à tête ronde s'attaque à des arbres sains, bien en vie. Les larves (asticots) se nourrissent du cambium et du bois de cœur près de la base de l'arbre en forant des trous dans les branches et le tronc. La présence de larves est attestée par les déjections rejetées hors de la galerie et qui s'accumulent sur le sol, sous l'entrée de la galerie. Les larves dénudent d'écorce des anneaux ceinturant le tronc des arbres, ce qui affaiblit sérieusement les arbres quand ils sont jeunes et peut même les faire mourir. Les parcelles d'arbres jeunes non productifs sont particulièrement vulnérables.

Surveillance et seuils d'intervention

Examiner soigneusement le pied des arbres à la recherche de sciure de bois et d'autres signes indiquant qu'un insecte se nourrit du bois de cœur. Aucun seuil d'intervention n'a été fixé pour la saperde du pommier.

Lutte

Aucun produit chimique n'a été homologué spécifiquement pour la saperde du pommier, mais diverses pratiques culturales utilisées contre les sésies permettront de réduire les infestations par la saperde.


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juillet 2011
Dernière révision : 21 juillet 2011

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