Chenilles ravageuses des crucifères cultivées


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 252/625
Date de publication : septembre 1999
Commande no. 99-036
Dernière révision : septembre 1999
Situation : (En remplacement de la fiche no 96-138, qui porte le même titre)
Rédacteur : Jim Chaput - spécialiste en lutte intégrée dans les légumes/MAAO

Table des matières

  1. Description
  2. Biologie
  3. Dommages
  4. Dépistage et lutte

En Ontario, trois genres de chenilles causent des dégâts d'importance chez les crucifères cultivées : la piéride du chou, Artogeia rapae (L.), la fausse-arpenteuse du chou, Trichoplusia ni (Hübner), et la fausse-teigne des crucifères, Plutella xylostella (L.). Seule la piéride hiverne en Ontario, tandis que la fausse-arpenteuse du chou et la fausse-teigne des crucifères ne font leur migration vers l'Ontario qu'au printemps. Toutefois, preuve a été faite que la fausse-teigne des crucifères peut, dans certaines circonstances, hiverner dans le sud de l'Ontario et entraîner ainsi des infestations larvaires plus tôt qu'à l'habitude au printemps. Les rebuts de récoltes laissés en tas durant tout l'hiver constituent une source possible de larves, et l'on sait que la clémence de certains hivers permet une plus grande survie hivernale.

Description

Piéride du chou

L'adulte est un papillon de couleur blanc cassé, aux ailes ornées de deux ou trois taches noires (figure 1). Le jour, on voit souvent voler ce papillon, dont l'envergure des ailes est d'environ 4,4 cm, dans les champs de choux ou aux alentours. Les femelles adultes peuvent pondre plusieurs centaines d'oeufs, qu'elles collent individuellement à la face inférieure des feuilles. Au début, les petits oeufs en forme de balle de fusil sont blancs, mais ils virent graduellement au jaune jusqu'à leur éclosion (figure 2). Les larves sont des chenilles aux mouvements lents, d'un vert velouté, qui peuvent grossir rapidement si la température est favorable. Une mince bande jaune longe le milieu de leur dos, et une autre bande jaune, segmentée, parcourt chacun des côtés (figure 3). Douées d'un excellent camouflage, ces larves mesurent environ 3 cm de long à maturité, moment où elles se transforment en pupe. Fuselée à une extrémité et de couleur vert pâle à brun pâle, la pupe, ou chrysalide, se fixe aux feuilles inférieures, aux bâtiments ou aux poteaux de clôtures à l'aide d'un coussinet de soie (figure 4).

Figure 1. Adulte de la piéride du chou

Figure 1. Adulte de la piéride du chou

Figure 2. Oeuf jaune de la piéri-de du chou

Figure 2. Oeuf de la piéride du chou

Figure 3. Larve de la piéri-de du chou

Figure 3. Larve de la piéride du chou

Figure 4. Pupe (chrysalide) de la piéride du chou

Figure 4. Pupe (chrysalide) de la piéride du chou

Fausse-arpenteuse du chou

Les adultes de cette fausse-arpenteuse sont des papillons nocturnes tachetés d'un brun grisâtre. Leurs ailes antérieures sont ornées d'un motif argenté caractéristique en forme de « 8 », et une petite touffe de poils se dresse à l'arrière de la tête (figure 5). Le papillon, dont les ailes déployées atteignent environ 3,8 cm, est généralement nocturne, mais on le retrouve parfois au repos sous les feuilles de choux pendant la journée. Les femelles adultes pondent plusieurs centaines d'oeufs, qu'elles répartissent en général par petits groupes sur la bordure inférieure des feuilles. Les oeufs sont très petits, ronds et de couleur blanche (figure 6). Les jeunes larves éclosent au bout de quelques jours et commencent aussitôt à se nourrir du revers des feuilles. Vert pâle et marquées d'une bande blanche longeant chaque côté du corps, les larves se déplacent en formant des « boucles », ce qui les distingue des autres chenilles qui ravagent les crucifères (figure 7). Elles mesurent 4 cm à maturité; elles traversent ensuite le stade pupal, à l'intérieur de cocons de soie, souvent tissés sur la plante-hôte (figure 8).

Figure 5. Adulte de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 5. Adulte de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 6. Oeuf de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 6. Oeuf de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 7. Larve de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 7. Larve de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 8. Pupe (chrysalide) de la fausse-arpenteuse du chou

Figure 8. Pupe (chrysalide) de la fausse-arpenteuse du chou

Fausse-teigne des crucifères

Les adultes sont de petits papillons nocturnes brun grisâtre, caractérisés par des motifs jaune ou crème en losanges qui apparaissent sur les ailes repliées (figure 9). De plus, le bout des ailes s'élargit en une frange de longs poils. Ces petits papillons, d'un peu moins de 1 cm de long, volent rapidement d'une plante à l'autre à l'aube et au crépuscule.

La femelle pond de très petits oeufs, ronds et jaunâtres, sur les deux faces des feuilles de la plante-hôte. Les larves sont de petites chenilles vert pâle aux extrémités légèrement fuselées (figure 10). Les larves de la fausse-teigne se distinguent des autres chenilles ravageuses des crucifères par l'habitude qu'elles ont de se tortiller rapidement et de se laisser tomber d'une feuille par un long fil de soie quand elles sont dérangées. À maturité, les larves atteignent une longueur de 8 mm; à la pupaison, elles fixent leur cocon délicat et lâchement tissé aux feuilles et à la tige de la plante-hôte (figure 11).

Figure 9. Adulte de la fausse-teigne des crucifères

Figure 9. Adulte de la fausse-teigne des crucifères

Figure 10. Larve de la fausse-teigne des crucifères

Figure 10. Larve de la fausse-teigne des crucifères

Figure 11. Pupe (chrysalide) de la fausse-teigne des crucifères

Figure 11. Pupe (chrysalide) de la fausse-teigne des crucifères

Biologie

Piéride du chou

La piéride du chou hiverne au stade de pupe dans les champs de choux et aux alentours. Les adultes sortent entre la mi-mai et la fin mai, puis commencent à pondre leurs oeufs. Les papillons sont surtout actifs pendant les journées chaudes, ensoleillées et peu venteuses. Selon la température, les oeufs mettent de trois à sept jours à éclore. Les larves, qui commencent aussitôt à s'alimenter, arrivent à maturité en aussi peu que deux semaines environ.

À maturité, les larves se transforment en pupes, puis en adultes, quelque deux semaines plus tard. En Ontario, les piérides du chou donnent naissance à trois générations par année.

Fausse-arpenteuse du chou

La fausse-arpenteuse du chou n'hiverne pas en Ontario, mais migre plutôt du sud. Les adultes arrivent en Ontario en juillet ou en août, selon la direction des vents et la température. Les oeufs éclosent trois à cinq jours après la ponte, et les larves s'alimentent aussitôt. Elles arrivent à maturité en deux semaines environ. Les papillons adultes sortent au bout de deux à trois semaines. Selon la date d'arrivée des adultes et les températures des mois d'août et de septembre, il peut y avoir une ou deux générations par année dans le sud de l'Ontario.

Fausse-teigne des crucifères

Pendant longtemps la fausse-teigne des crucifères ne pouvait pas hiverner dans le sud de l'Ontario. Cependant, on a maintenant la preuve que dans certains cas, lorsque l'hiver est doux, certaines fausses-teignes peuvent survivre en Ontario. La plupart des papillons adultes arrivent du sud pendant les mois de mai et juin et pondent leurs oeufs sur une grande variété de crucifères. De très petites larves éclosent au bout de cinq à dix jours; celles-ci se nourrissent des tissus des faces supérieure et inférieure des feuilles. Selon les températures, la maturation des larves et la pupaison durent de deux à trois semaines. En Ontario, il peut exister de deux à quatre générations par année.

Dommages

La piéride et la fausse-arpenteuse causent toutes deux de graves dommages en se nourrissant des feuilles de chou pommé, de chou-fleur, de brocoli, de chou de Bruxelles et d'autres crucifères (figure 12). La fausse-arpenteuse s'attaque aussi à la laitue, au céleri, aux tomates et au rutabaga. Chez la fausse-arpenteuse et la piéride, les petites larves s'alimentent en général des tissus de la face inférieure des feuilles, alors que les larves plus âgées dévorent des portions plus importantes sur toute la plante, laissant des gros trous de forme irrégulière. En outre, de grandes quantités de déjections foncées risquent de tacher les pommes de chou-fleur et de rendre le chou et le brocoli invendables. On peut tolérer davantage de dommages sur le chou pommé destiné à la transformation, car plusieurs feuilles externes lui sont enlevées. Ces chenilles s'attaquent aussi à bon nombre de crucifères d'origine asiatique. Il n'est pas rare que des larves de fausse-teigne causent des dommages importants au chou nappa (siew choy, da bai cai). Il arrive aussi parfois que le bok choy soit endommagé par des larves de la fausse-teigne du chou ou de la piéride du chou.

Figure 12. Dommages causés au chou par la piéride et la fausse-arpenteuse

Figure 12. Dommages causés au chou par la piéride et la fausse-arpenteuse

À moins que la population ne soit élevée, les dommages causés par l'alimentation de la fausse-teigne des crucifères sur les feuilles externes du chou ont peu d'effet sur les rendements. Par contre, les pertes peuvent s'élever davantage si les larves se nourrissent des feuilles du centre avant la pommaison. Les dommages causés par les jeunes larves de la fausse-teigne ressemblent à de petites fenêtres de forme irrégulière sur les feuilles. Les larves plus âgées laissent plutôt un agencement irrégulier de trous ressemblant à des trous de chevrotine (figure 13). Les larves de la fausse-teigne des crucifères creusent aussi des galeries dans les choux de Bruxelles en formation.

Figure 13. Dommages caractéristiques des larves de la fausse-teigne des crucifères

Figure 13. Dommages caractéristiques des larves de la fausse-teigne des crucifères

Dépistage et lutte

Quoiqu'on puisse utiliser les pièges à lumière noire et les pièges à phéromones pour évaluer les populations adultes de la fausse-arpenteuse du chou et de la fausse-teigne des crucifères, le prélèvement des larves sur les plantes donne une image plus exacte des risques de dommages. Il s'agit de compter les larves sur au moins 25 plantes choisies au hasard dans le champ en examinant minutieusement le dessous des feuilles et en écartant les feuilles externes moins serrées. Des dégâts et des excréments récents révèlent la présence de larves plus âgées. Choisir 5 endroits dans chaque bloc, et examiner 5 plantes à chaque endroit. Il faut aussi inclure 2 endroits situés dans le pourtour du champ.

Puisque chaque larve de fausse-arpenteuse peut causer plus de dommages que celle de la piéride ou de la fausse-teigne, un système d'unités larvaires a été élaboré pour mieux représenter les risques potentiels de dommages. Après avoir fait le compte des larves de chacune des trois espèces, il faut multiplier le nombre de larves de la fausse-arpenteuse par 1, celui des larves de piéride par 1/2 et le nombre de larves de fausses-teignes par 1/5. La somme de ces trois nombres correspond alors au nombre total d'unités larvaires (en équivalents de larves de la fausse-arpenteuse). En divisant ce nombre par le nombre de plantes, on obtient le nombre d'unités larvaires par plante. Les seuils d'interventions recommandés sont : pour le chou, 0,3 unité larvaire par plante; pour le chou-fleur et le brocoli, 0,2-0,3 unité larvaire par plante.

Une autre méthode, plus simple, consiste à calculer le pourcentage de plantes infestées par des chenilles : on compte le nombre de plantes qui portent au moins une chenille parmi les 25 plantes choisies, et on multiplie ce nombre par 4 pour obtenir le pourcentage de plantes infestées. Les seuils d'intervention sont les suivants : pour le chou, 20-30 % avant la pommaison, 10-15 % après la pommaison; pour le chou-fleur et le brocoli, 20-30 % avant la pommaison, 5-10 % après la pommaison.

Il existe en Ontario un certain nombre de prédateurs naturels pour réduire les populations de fausses-arpenteuses, de piérides et de fausses-teignes, par exemple les carabes, les araignées, les larves de chrysopes et les oiseaux. La fausse-arpenteuse et la piéride sont toutes deux prédisposées à une maladie virale qui fait virer les chenilles au jaune ou brun laiteux quand elles meurent (figure 14). Les chenilles mortes contribuent à la propagation de la maladie en libérant des particules virales au cours de leur décomposition.

Figure 14. Larve de la fausse-arpenteuse du chou infectée par une maladie virale

Figure 14. Larve de la fausse-arpenteuse du chou infectée par une maladie virale

En Ontario, la piéride du chou est aussi parasitée par plusieurs espèces d'insectes. Cotesia glomerata est une petite guêpe qui s'attaque aux larves de la piéride : à maturité, la larve de la guêpe sort de la larve morte de la piéride du chou pour se transformer en pupe (figure 15). Pteromalus puparum est une autre petite guêpe qui parasite les larves de la piéride et empêche le papillon adulte de se développer. La mouche Phryxe vulgaris parasite aussi les larves de la piéride dont elle finit par causer la mort pendant le stade pupal. Le principal parasite des larves de la fausse-teigne des crucifères est une petite guêpe, Diadegma insularis (figure 16). Diadromus plutellae (pupe) et Microplitis plutellae (larve) sont d'autres parasites de la fausse-teigne des crucifères qu'on trouve en Ontario. Il existe également d'autres mouches tachinaires et guêpes qui parasitent à un degré moindre, les larves de la fausse-arpenteuse, de la piéride et de la fausse-teigne. Le parasitisme chez la fausse-arpenteuse du chou est plus limité en Ontario en raison de son comportement migratoire.

Figure 15. Cocons du para-site Apanteles glomeratus accolés à la larve morte de la piéride du chou

Figure 15. Cocons du parasite Apanteles glomeratus accolés à la larve morte de la piéride du chou

Figure 16. Parasite Diadegma insularis pondant des oeufs dans une larve de la fausse-teigne des crucifères

Figure 16. Parasite Diadegma insularis pondant des oeufs dans une larve de la fausse-teigne des crucifères

La lutte contre les chenilles ravageuses des crucifères comprend aussi l'utilisation de produits utilisés en pulvérisations foliaires. Parmi ces derniers, on retrouve des formulations commerciales d'une solution contenant Bacillus thuringiensis, bactérie inoffensive pour les ennemis naturels de ces ravageurs. Comme il est plus facile de combattre les petites (jeunes) larves que les grosses (plus agées), il faut s'assurer de bien humecter la face inférieure des feuilles pour obtenir de bons résultats. Au cours des dernières années, la fausse-teigne est devenue très difficile à combattre au moyen d'insecticides. On sait que certaines populations de la fausse-teigne des crucifères ont acquis une résistance élevée, de sorte que pendant les étés très chauds il est souvent peine perdue de les combattre. Aussi recommande-t-on fortement d'utiliser en alternance les différents insecticides préconisés. Il est essentiel d'utiliser un pulvérisateur en bon état, de bien régler le volume et la pression de pulvérisation, et de s'assurer du bon état des buses. Il a été prouvé qu'on peut améliorer la lutte contre les chenilles ravageuses dans les cultures de crucifères en circulant à basse vitesse, et en utilisant un volume de pulvérisation d'au moins 50 gal/acre et une pression de 100-300 lb/po2. Pour la liste des produits recommandés, se référer à la publication 363F du MAAO, Recommandations pour les cultures légumières, ou à la publication 701F, Lutte intégrée contre les ennemis des cultures de crucifères en Ontario.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca