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Dégâts causés aux cultures horticoles par le froid

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 736/202
Date de publication : 06/98
Commande no. 98-022
Dernière révision : 06/98
Situation :
Rédacteur : Lisa J. Skog - l’Institut de recherches horticoles de l’Ontario/Université de Guelph

Table des matières

  1. Introduction
  2. Atténuation des dégâts causés par le froid

Introduction

Ce sont essentiellement les cultures d’origine tropicale et sous-tropicale qui sont sujettes aux dégâts causés par le froid, même si certains désordres physiologiques peuvent aussi apparaître chez des cultures des climats tempérés uniquement lorsque celles-ci sont entreposées à basses températures. Il ne faut pas confondre les dégâts causés par le froid avec les dégâts causés par le gel. Ces derniers résultent de la formation de cristaux dans les tissus entreposés en deçà du point de congélation. Or, la température la plus froide que tolèrent les denrées sensibles au froid se situe bien au-dessus du point de congélation. Même si la température critique varie suivant la denrée, les dégâts causés par le froid se produisent généralement lorsque les produits sont entreposés à moins de 10-13 °C. Comme on ne peut compter sur le froid pour ralentir la détérioration du produit et la prolifération des pathogènes, les denrées sensibles au froid ont souvent une courte durée de conservation. Les dégâts causés par le froid peuvent se produire dans le champ, pendant le transport ou la distribution, chez le détaillant ou dans un réfrigérateur domestique. Pour certaines denrées, de brèves périodes de froid peuvent avoir des effets cumulatifs.

On pense que les dégâts causés par le froid sont avant tout attribuables à la détérioration des membranes cellulaires des végétaux. Cette détérioration déclenche une série de réactions secondaires, qui peuvent comprendre la production d’éthylène, une respiration accrue, un ralentissement de l’activité photosynthétique, l’interférence avec la production d’énergie, l’accumulation de composés toxiques comme l’éthanol et l’acétaldéhyde et une altération de la structure cellulaire. Comme les structures des végétaux diffèrent tant au niveau de leur vulnérabilité au froid qu’au niveau de leur aptitude à réparer leurs membranes, les symptômes varient énormément d’un produit à l’autre. Les dégâts causés par le froid sont influencés à la fois par la durée de l’exposition au froid et par la température. Si le produit est entreposé en deçà de la température critique pendant de brèves périodes, la plante peut se remettre du stress. Si l’exposition se prolonge, les dommages deviennent irréversibles et, souvent, apparents. Plus l’écart est grand entre la température dans l’entrepôt et la température critique, plus les dommages se manifestent tôt et plus graves ils sont. Souvent, il est difficile de détecter et de diagnostiquer les dégâts causés par le froid, car l’apparence du produit peut ne pas encore être altérée au moment où on soustrait le produit à la température froide. Ce n’est qu’une fois que le produit s’est réchauffé qu’on constate les dégâts. Ceux-ci peuvent se manifester presque tout de suite ou après plusieurs jours. Il arrive aussi que l’extérieur du produit ne présente aucun symptôme.

Les conditions climatiques pendant la saison de croissance influencent la sensibilité des cultures aux dégâts causés par le froid. Ces dégâts peuvent être plus fréquents quand la saison de croissance est plus fraîche. Les cultures produites en Ontario peuvent donc être plus vulnérables que les mêmes cultivars produits sous des climats plus chauds.

Figure 1. Picoture, ridage et jaunissement du concombre conservé à 0 °C pendant 4 jours.
Figure 1. Picoture, ridage et jaunissement du concombre conservé à 0 °C pendant 4 jours.

Symptômes possibles de dégâts causés par le froid
  • lésions superficielles
    • picoture, zones enfoncées et altération de la couleur
    • surtout le fait des produits à peau ferme et épaisse comme les agrumes et les concombres (figure 1)
  • tissus gorgés d’eau
    • surtout le fait des fruits et légumes à peau mince ou lisse tels que poivrons, asperges et raisins (figure 2)
  • déshydratation, dessèchement ou ridage (figure 3)
  • décoloration interne (figures 4 et 5)
  • détérioration des tissus
  • fruit qui ne mûrit pas ou qui présente un mûrissement inégal ou lent (figure  6)
  • production d’éthylène ou sénescence accélérée
  • raccourcissement de la durée de conservation
  • changements de composition, p. ex. saveur et texture
  • perte de potentiel de croissance ou de germination
  • flétrissure (figure 7)
  • détérioration aggravée par la fuite des métabolites de la plante, qui stimulent la prolifération des micro-organismes, surtout des champignons (figure 8)

Figure 2. Pointes d’asperge aqueuses après un entreposage à 0 °C. Symptômes de ridage et de pourriture secondaire également présents.
Figure 2. Pointes d’asperge aqueuses après un entreposage à 0 °C. Symptômes de ridage et de pourriture secondaire également présents.

Figure 3. Ridage et picoture d’un poivron causés par le froid. Remarquer la moins grande sensibilité du cultivar de poivron rouge.
Figure 3. Ridage et picoture d’un poivron causés par le froid. Remarquer la moins grande sensibilité du cultivar de poivron rouge.

Figure 4. Brunissement interne attribuable à l’exposition au froid d’une pomme ‘Newton’ entreposée à 0 °C.
Figure 4. Brunissement interne attribuable à l’exposition au froid d’une pomme ‘Newton’ entreposée à 0 °C.

Figure 5. Rougissement de la chair et texture " laineuse " de nectarines entreposées à 2 °C pendant 3 semaines.
Figure 5. Rougissement de la chair et texture " laineuse " de nectarines entreposées à 2 °C pendant 3 semaines.

Figure 6. Mûrissement anormal ou inégal de tomates vertes entreposées à 3 °C puis mises à mûrir à la température ambiante.
Figure 6. Mûrissement anormal ou inégal de tomates vertes entreposées à 3 °C puis mises à mûrir à la température ambiante.

Figure 7. Flétrissure d’un poinsettia après entreposage à 0 °C pendant 12 heures.
Figure 7. Flétrissure d’un poinsettia après entreposage à 0 °C pendant 12 heures.

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Atténuation des dégâts causés par le froid

Même si la meilleure façon de prévenir les dégâts causés par le froid est d’entreposer les cultures sensibles au froid au-dessus de leur température critique, il n’est pas toujours possible de le faire, notamment quand le même entrepôt doit servir à plusieurs cultures. Il y a alors des moyens d’atténuer les dégâts; ces moyens ne conviennent par contre pas à toutes les cultures.

  • Réduction de la durée d’exposition au froid : Une durée d’exposition minimale peut empêcher les dégâts de devenir irréversibles et de se manifester.
  • Préconditionnement : Un refroidissement progressif peut permettre au produit de s’adapter au froid et de réagir moins violemment au froid.
  • Réchauffement intermittent : L’exposition du produit à la température de la pièce à différents intervalles pendant l’entreposage, avant que les dégâts ne se manifestent, peut donner la chance au produit de se remettre et empêcher l’apparition des dégâts causés par le froid. Ce traitement, par contre, peut provoquer un ramollissement indésirable du produit et donner prise à la pourriture. Il peut aussi entraîner la formation de condensation sur le produit.
  • Choix du cultivar : Certains cultivars sont plus résistants que d’autres au froid.
  • Fertilisation avant la récolte : Des plantes bien nourries sont parfois moins sensibles au froid. Un apport de calcium peut stabiliser les membranes cellulaires et réduire les dommages que subissent certains produits.

Figure 8. Détérioration et pourriture subséquente des cantaloups entreposés à 0 °C pendant 4 jours.
Figure 8. Détérioration et pourriture subséquente des cantaloups entreposés à 0 °C pendant 4 jours.

  • Choix de l’état de maturité et de mûrissement : En général, plus un fruit est mûr, moins il est vulnérable aux dégâts causés par le froid. Une fois mûrs, tomates, bananes et avocats tolèrent mieux des températures plus basses. Les pêches et nectarines qu’on a laissé mûrir pendant 1-2 jours avant de les mettre en entrepôt sont moins sensibles aux basses températures.
  • Entrepôts spécialisés : Une forte humidité peut minimiser le dessèchement provoqué par le refroidissement. Une atmosphère contrôlée ou modifiée (où généralement O2 <5%, CO2 >2%) peut ralentir le métabolisme de la plante et freiner l’apparition de dégâts causés par le froid chez certaines cultures (telles que pêche, nectarine, okra, avocat). Une atmosphère contrôlée peut aussi prolonger la durée d’entreposage des cultures sensibles au froid, pourvu qu’on les maintienne au delà de la température critique. Par contre, l’atmosphère contrôlée peut dans certains cas imposer un stress supplémentaire aux cultures et augmenter leur vulnérabilité aux dégâts causés par le froid (c’est notamment le cas de certains cultivars de pomme, des concombres, des tomates, des asperges et des agrumes).
  • Autres traitements : Les autres méthodes, encore au stade expérimental, comprennent les traitements à l’aide d’hormones ou d’autres produits chimiques qui visent à stabiliser les membranes des plantes et à induire une résistance au froid par une exposition à d’autres facteurs de stress comme des températures élevées ou une faible concentration d’oxygène
Tableau 1. Exemples de fruits, de légumes et de produits de la floriculture sensibles aux dégâts causés par le froid
Produit Température minimale recommandée en entrepôt (°C) Symptômes possibles de dégâts causés par le froid
Anthurium > 13 – noircissement et apparence aqueuse
Pomme 0–7 – brunissement du cœur ou de la chair, goût fermenté, texture spongieuse; sensibilité et symptômes varient suivant le cultivar
Asperge 2–4 – noircissement et apparence aqueuse surtout des extrémités, puis envahissement par une pourriture molle bactérienne
Avocat 7–13 – noircissement des tissus vasculaires, altération de la couleur de la chair et de la peau, mauvais goût et mauvaise odeur, mûrissement anormal
Banane > 13 – fruit vert : brunissement sous la pelure; fruit mûr : brunissement ou noircissement de la pelure, mauvais goût, mûrissement anormal
Basilic 7–10 – flétrissure, apparence aqueuse, noircissement
Haricot (mange-tout) 7–10 – roussissement, picoture
Cantaloup 2–5 – picoture, pourriture superficielle
Concombre 7–10 – picoture superficielle, symptômes apparaissant d’abord dans la région des lenticelles, puis envahissement par Fusarium et d’autres pourritures
Aubergine 7–13 – brunissement semblable à l’échaudure, picoture, brunissement de la chair, pourriture et relâchement du pédoncule, pourriture alternarienne
Pamplemousse 10–15 – picoture brune de l’écorce, détérioration aqueuse des tissus internes et externes, odeur de fermentation
Melon de miel 7–13 – écorce gorgée d’eau, ramollissement, teinte grisâtre ou brune, surface qui devient molle et collante, donnant ainsi prise à la pourriture
Citron 10–14 – comme pour le pamplemousse, plus apparition de taches rouges
Lime 9–12 – comme pour le pamplemousse
Mangue > 13 – décoloration grisâtre de la peau, picoture, mûrissement inégal, manque de saveur, sensibilité accrue à la pourriture alternarienne
Okra 7–10 – picoture
Orange 2–5 – comme pour le pamplemousse
Orchidée, cattleya 7–10 – altération de la couleur de la tige d’abord, puis des sépales et des pétales
Papaye 7–13 – picoture, teinte olive ou brune, mûrissement inégal
Pêche ou nectarine -0.5–1 (température critique : 2–8) – détérioration interne, texture farineuse, mûrissement anormal, brunissement ou rougissement de la chair
Poivron 7–13 – apparence aqueuse, picoture des membranes, noircissement, prédisposition aux infections par Alternaria et Botrytis
Ananas 7–13 – apparence aqueuse puis brunissement ou noircissement de la chair
Poinsettia > 13 – chute des feuilles, flétrissure
Pomme de terre 3–10 – teinte brun acajou, augmentation de la teneur en sucre
Citrouille ou courge d’hiver 10–15 – pourriture, essentiellement par Alternaria
Patate douce > 13 – altération de la couleur de la chair, détérioration interne, pourriture accrue, mauvais goût, cœur dur après la cuisson

Tomate – mûre

– verte

7–13 > 13 – texture caoutchouteuse, chair aqueuse, mûrissement inégal, brunissement des pépins
Melon d’eau 10–15 – picoture, perte de goût, perte d’éclat du rouge
Zucchini ou courge d’été 5–10 – picoture superficielle, détérioration rapide

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