Production et commercialisation de l'avoine de meunerie en Ontario


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 113/82
Date de publication : 03/98
Commande no. 98-018
Dernière révision : 03/98
Situation : Non disponible
Rédacteur : J. Kyle - conseiller en sols et en cultures/MAAO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Production
  3. Choix du cultivar
  4. Semis
  5. Fertilité
  6. Maladie
  7. Lutte contre les mauvaises herbes
  8. Récolte
  9. Réglage de la moissonneuse-batteuse
  10. Entreposage
  11. Commercialisation
  12. Prix
  13. Demande
  14. Ventes
  15. Conclusion

Introduction

Depuis quelques dizaines d'années, la production d'avoine a beaucoup diminué en Ontario. De 1 220 000 tonnes qu'elle était dans les années 1950, la production annuelle moyenne est tombée à 280 000 tonnes dans les années 1980. En 1989, la production de l'Ontario est passée à 339 000 tonnes, mais a poursuivi, dans les années 1990, sa tendance à la baisse.

Même si l'essentiel de l'avoine cultivée en Ontario est destiné au fourrage ou à l'alimentation animale, une bonne part de cette avoine pourrait accéder au marché de l'alimentation humaine. L'avoine destinée à l'alimentation humaine (avoine de meunerie) est une avoine de haute qualité qui respecte ou dépasse les normes de meunerie. Il faut en général que l'avoine soit sèche et qu'elle ait une amande blanc crème, exempte de décoloration, de mauvais goût et de corps étrangers (graines d'autres cultures ou de mauvaises herbes, insectes ou excréments de rongeurs ou d'insectes). Ces normes visent à ce que le produit fini soit uniforme, nutritif, salubre et acceptable pour le consommateur. L'avoine qui respecte ces normes peut être commercialisée pour la meunerie et rapporter des rendements potentiellement plus élevés.

Production

La décision de produire de l'avoine de meunerie s'assortit d'exigences accrues au niveau du choix des semences, de la fertilisation, de la gestion des cultures et de la récolte. Ces facteurs n'ont en effet pas la même importance quand l'avoine est destinée au marché de l'alimentation animale.

Choix du cultivar

Les meuniers enlèvent l'écale et utilisent l'amande, ou gruau, pour fabriquer des produits alimentaires. Une amande bien gonflée présentant un rapport gruau-écale élevé est ce que recherchent les meuniers. Il faut donc choisir les cultivars qui offrent un bon poids d'amandes et un faible pourcentage d'écale. Il existe des cultivars d'avoine nue (sans écale), mais on ne les achète généralement pas pour la meunerie. En général, les meuniers ne jugent pas acceptables les cultivars d'avoine à écale beige provenant de l'Est.

En cas de doute sur le choix d'un cultivar, mieux vaut communiquer directement avec le meunier client.

La maladie peut réduire la taille des amandes et décolorer le grain. La verse complique la récolte et empêche d'obtenir un mûrissement uniforme en retardant la maturité dans les zones atteintes. Les cultivars n'offrent pas tous la même résistance à la maladie et à la verse. Il faut choisir parmi les cultivars d'avoine de meunerie recommandés, un cultivar qui résiste à la verse ainsi qu'aux maladies de la tige, des feuilles et du panicule. L'utilisation de semences certifiées procure l'assurance que la culture présentera les caractéristiques du cultivar indiquées sur l'étiquette.

Semis

Faire les semis le plus tôt possible dans la saison. Les céréales préfèrent un climat frais et une humidité adéquate. Ces conditions favorisent le tallage et l'obtention d'un panicule de bonne grosseur comportant beaucoup de gros grains à la récolte. L'avoine est sensible aux températures élevées, de telle sorte que celle qu'on plante tardivement peut avoir de plus petits grains. L'avoine semée tôt a aussi l'avantage de pouvoir être soustraite à certaines maladies qui se propagent plus tard dans la saison. Utiliser des semences traitées afin de réduire les risques de maladies des plantules. Semer à des taux normaux de 75-90 kg/ha, à des profondeurs de 2-3 cm.

Fertilité

La fertilité du sol influence le rendement et la qualité de l'avoine. Le phosphore est nécessaire au bon établissement des plantules. Les plants ont par ailleurs besoin de potasse pour développer les qualités qui les font résister à la verse et pour que les grains viennent à maturité. Ce second facteur est important pour la valeur meunière. Régler les apports d'éléments nutritifs recommandés en fonction de l'analyse de sol afin d'assurer à la culture des niveaux suffisants de phosphore et de potasse. L'avoine de meunerie a besoin d'au moins 35 kg d'azote/ha. Une carence en azote donne des amandes petites, tandis qu'un surcroît d'azote augmente les risques de verse et peut retarder la récolte.

Maladie

La présence de maladie dans une culture abaisse le rendement et nuit à la qualité du grain. Les maladies qui affectent les plantules ne sont normalement pas un problème si l'on emploie de la semence traitée et certifiée. Les semis hâtifs contribuent à éviter le « rouge » (causé par le virus du nanisme jaune de l'orge que propagent les pucerons). La rouille des feuilles et la rouille de la tige sont causées par des champignons qui passent l'hiver à l'abri dans le nerprun et l'épine-vinette, respectivement, et qui infectent les plants d'avoine au début de l'été. Choisir des cultivars résistant à la rouille et débarrasser si possible les alentours du nerprun et de l'épine-vinette. Consulter les Recommandations pour les grandes cultures afin de connaître les cotes attribuées aux différents cultivars pour ce qui est de la résistance à la maladie ou à la verse. Le nématode à kyste de l'avoine est présent dans les sols de certaines parties de l'Ontario. Sa présence se remarque à peine, mais les dommages qu'il cause sont importants et prennent la forme de plaques mortes à l'intérieur de la culture. La rotation réduit les populations du nématode et de ce fait les dommages qu'il cause.

Lutte contre les mauvaises herbes

Une bonne maîtrise des mauvaises herbes permet à la culture de produire un rendement maximal en plus de faciliter la récolte. Pour tenir les mauvaises herbes en échec pendant toute la saison, on doit recourir à la fois à la rotation des cultures, au désherbage mécanique et à la lutte chimique. Il faut s'attaquer au chiendent l'année qui précède les semis. La lutte contre les mauvaises herbes est importante lorsque l'avoine est jeune, car la culture est alors moins à même de faire face à la concurrence exercée par les plantes adventices. Les mauvaises herbes vertes à la récolte ralentissent ou retardent le moissonnage-battage et doivent parfois être séparées du grain pour empêcher l'échauffement de la récolte.

Récolte

Si on laisse l'avoine sécher dans le champ, elle peut s'altérer. La surface de l'amande peut être attaquée par des champignons et se décolorer ou noircir. Il faut éviter ce défaut à tout prix, puisqu'il fait perdre aux grains leur valeur meunière. Pour obtenir la meilleure qualité qui soit, on doit battre l'avoine le plus tôt possible une fois qu'elle est parvenue à maturité. À ce stade, on doit la faire sécher pour abaisser sa teneur en eau à 14 % ou moins (12,5-13,5 % de préférence).

Réglage de la moissonneuse-batteuse

Avant de récolter l'avoine de meunerie, on doit nettoyer la moissonneuse-batteuse pour la débarrasser des graines de mauvaises herbes ou d'autres végétaux et réduire les risques qu'il s'y trouve des insectes. Régler la soufflerie de la moissonneuse-batteuse de façon à faire sortir l'avoine légère. Si le grain comporte encore de l'avoine légère et des graines de mauvaises herbes après le battage, il faudra songer à nettoyer l'avoine pour augmenter son poids en boisseaux et abaisser sa teneur en impuretés.

Entreposage

Au moins deux semaines avant la récolte, nettoyer toutes les cellules de stockage à fond à l'aide d'un aspirateur d'atelier et les traiter au besoin avec un insecticide approuvé. Assurer une certaine aération à l'intérieur de la cellule de stockage pour maintenir les grains en bon état. Les cellules de stockage doivent être étanches pour empêcher rongeurs, oiseaux et chats d'y pénétrer. Les transformateurs ne peuvent accepter d'avoine contaminée par des excréments étant donné qu'elle doit servir à fabriquer des produits destinés à la consommation humaine et qu'une telle contamination contreviendrait aux normes fixées par Santé Canada. Les meuniers n'acceptent aucune cargaison infestée d'insectes, que ceux-ci soient vivants ou morts.

Commercialisation

Seule l'avoine de haute qualité peut être vendue au secteur de la meunerie pour être transformée en des produits destinés à la consommation humaine. Avant de tenter de produire de l'avoine de qualité meunière, il faut absolument savoir où et comment commercialiser la récolte. Le producteur a normalement le choix entre vendre directement aux meuneries ou traiter avec l'exploitant d'un silo-élévateur qui négocie l'avoine de meunerie.

Prix

En règle générale, l'avoine de qualité meunière commande un prix plus élevé que l'avoine de moins bonne qualité qu'on destine aux animaux, et parfois un prix supérieur à celui de l'avoine de haute qualité destinée à l'alimentation des chevaux de course. Le poids spécifique est un facteur clé pour la mesure de la qualité de l'avoine. Les meuniers préfèrent une avoine qui pèse 38-39 lb/boisseau (48,6-49,9 kg/hL) ou plus, et sont disposés à payer davantage pour de l'avoine ayant un poids spécifique plus élevé. Inversement, ils sont parfois prêts à accepter l'avoine d'un poids légèrement plus faible pour peu qu'on en réduise le prix.

Comme avec la plupart des céréales, les producteurs doivent composer avec un degré d'incertitude élevé en ce qui concerne les prix. D'abord, le prix de l'avoine de qualité meunière peut fluctuer considérablement entre le moment des semis au printemps et celui de la récolte, en fonction des variations de l'offre et de la demande. Les prix peuvent aussi être influencés par la situation du marché aux États-Unis. Par ailleurs, l'avoine qui ne satisfait pas aux critères de l'avoine de qualité meunière peut devoir être écoulée sur le marché de l'alimentation animale.

Demande

Le gros de l'avoine produite en Ontario est consommé à l'intérieur de la province, même si chaque année, une partie de la production est exportée, essentiellement vers les États-Unis.

On a assisté vers la fin des années 1980 à une augmentation significative de la demande pour des produits fabriqués à partir d'avoine de meunerie. Cette hausse s'explique par les bienfaits pour la santé qu'on attribuait alors à la consommation de son d'avoine. Même si, comme tout le monde le sait, l'engouement pour le son d'avoine s'est éteint sur la foi du rapport d'un chercheur, la consommation d'avoine est à nouveau à la hausse suite à l'appui accordé récemment par la U.S. Food and Drug Administration à une allégation voulant que l'avoine soit bonne pour la santé du cœur.

La capacité de transformation de l'avoine de meunerie produite en Ontario s'est accrue ces dernières années. Quaker Oats, à Peterborough, a pendant longtemps été la seule meunerie de la province. Or, Robin Hood Multifoods, Incorporated vient de construire une meunerie près de Port Colborne et ADM a ouvert une nouvelle usine de transformation à Midland. Avec ces nouvelles installations, la capacité de transformation de l'avoine de meunerie en Ontario est évaluée à environ 100 000 tonnes par an.

Ventes

Le producteur qui veut commercialiser de l'avoine de haute qualité peut faire affaire directement avec une meunerie ou traiter avec l'exploitant d'un silo-élévateur qui accepte l'avoine de haute qualité. Une meunerie qui accepte les livraisons provenant directement des producteurs affiche normalement le prix offert juste avant les récoltes. La première étape de la commercialisation consiste à faire parvenir un échantillon représentatif à la meunerie pour voir si l'avoine respecte les normes de qualité exigées. En plus des caractéristiques physiques énumérées plus haut, certains meuniers peuvent exiger une composition et des teneurs en protéines particulières. Il est difficile d'obtenir un échantillon représentatif à partir uniquement de la partie supérieure d'une cellule de stockage. Les meilleurs échantillons sont prélevés pendant que le grain est en mouvement ou sont des échantillons composites prélevés au fur et à mesure du remplissage de la cellule. Si l'échantillon respecte les critères du meunier, une date de livraison sera fixée. Au moment de la livraison, on évaluera à nouveau l'avoine en utilisant des sondes de façon à constituer un échantillon représentatif. L'avoine qui ne respecte pas les critères est alors refusée, d'où l'importance de veiller à ce que l'échantillon original soit représentatif. On s'évite ainsi les coûts et les désagréments engendrés par le transport inutile à la meunerie d'une avoine de qualité insuffisante.

Seuls certains silos-élévateurs sont à même d'accepter l'avoine de meunerie, car celle-ci exige de l'équipement spécialisé et une manutention délicate. Quand on fait affaire avec l'un de ces silos-élévateurs, une classe est attribuée à l'avoine. Cette classe reflète la qualité et la prime accordée. À ce point, le silo-élévateur prend possession de l'avoine et peut la trier ou la mélanger pour augmenter les chances que le produit soit accepté par les meuneries.

Les pratiques d'achat des transformateurs varient d'une meunerie à l'autre. Certains préfèrent acheter directement des silos-élévateurs, d'autres préfèrent traiter directement avec les agriculteurs. Les pratiques d'achat d'une même meunerie peuvent aussi varier d'une année à l'autre. Rien ne garantit par ailleurs que les meuniers de l'Ontario vont s'approvisionner exclusivement sur le marché local. L'avoine de l'Ontario est en effet en concurrence directe avec l'avoine produite dans l'Ouest canadien et au Québec.

Conclusion

Compte tenu de l'augmentation de la demande et de la capacité de production de la province, les possibilités de commercialisation de l'avoine de meunerie seront plus nombreuses en Ontario. Dans la mesure où le producteur soigne ses pratiques de production, de récolte et de manutention, et qu'il sait où et comment commercialiser sa récolte, il peut améliorer de beaucoup ses chances de toucher un prix supérieur pour son avoine.

L'auteur remercie Stephen Clare et Duane Falk, Univeristé de Guelph, ainsi que Quaker Oats de leur apport à l'élaboration.


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