Méthodes de greffage pour le verger


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 210/24
Date de publication : 01/98
Commande no. 98-006
Dernière révision : 01/98
Situation : En remplacement de la fiche 90-135, qui porte le même titre
Rédacteur : Ken Wilson - spécialiste des fruits à pépins/MAAO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Le greffage dans le bois


Introduction

Il existe de nombreuses méthodes de greffage, différant par des détails dans les techniques. Une méthode particulière peut s'avérer supérieure en certaines circonstances. D'autres fois, un choix de méthodes s'offre à l'arboriculteur. Quelle que soit la méthode adoptée, les principes de base demeurent les mêmes.

Pour réussir le greffage, l'arboriculteur doit connaître les notions d'anatomie de base des arbres. Le cambium est une mince couche de cellules comprises entre l'écorce et le bois. Sa surface apparaît glissante lorsqu'on détache l'écorce de l'arbre au printemps. C'est l'assise génératrice de l'arbre, ou porte-greffe, et elle doit entrer en contact étroit avec la même assise du greffon ou partie implantée. Lorsque les cambiums sont mis en contact sur la plus grande surface possible, la plaie cicatrise rapidement, formant un cal et la greffe est généralement réussie. Tous les types de greffes sont le plus facilement pratiqués et réussis lorsque le cambium est humide et actif.

La couche de cambium et le jeune cal sont facilement détruits par le dessèchement. Pour l'éviter, utilisez du mastic à greffer, pour le greffage, et des bandelettes élastiques en caoutchouc, pour l'écussonnage. Vérifiez l'état du mastic deux fois, à deux ou trois jours d'intervalle, pour vous assurer qu'il ne rétrécisse, ni ne fendille, ce qui compromettrait la reprise de la greffe.

Le greffage dans le bois

Pour ce type de greffage, on fend ou coupe l'aubier du porte-greffe et on insère le greffon taillé en biseau de façon que les cambiums viennent en contact l'un avec l'autre. La tension exercée de part et d'autre de la fente suffit à maintenir le greffon en place, sans ligature ni clouage.

La greffe en fente

Pour cette méthode (figure 1 et figure 2), le porte-greffe est une branche ou un tronc de 2 à 7 cm de diamètre. Un porte-greffe de diamètre supérieur ou inférieur exercerait une tension ou trop forte ou trop faible sur le greffon. On scie d'abord le porte-greffe à angle droit de sa direction de pousse en un endroit rectiligne et exempt de noeuds et de branches. Ensuite, on fend le moignon en son centre à l'aide d'un couteau robuste (ou un outil spécial à greffer) et d'un maillet. La fente devrait descendre à 7 cm, environ.

On taille en biseau à bout tronqué (figure 1) des greffons portant de trois à cinq bourgeons (appelés aussi des « yeux ») de façon à ce qu'une arête soit légèrement plus épaisse que l'autre. Le bourgeon, ou l'oeil, inférieur de chaque greffon doit se situer immédiatement au-dessus de l'arête la plus épaisse du biseau. La croissance de la feuille à partir de cet oeil accélérera la formation du cal à l'extrémité supérieure du point de greffe et favorisera une cicatrisation rapide. On utilise fréquemment des greffons portant trois yeux et sectionnés à proximité de l'oeil supérieur.

On élargit la fente au moyen d'un outil à greffer ou d'un tournevis et on intercale chaque greffon de sorte que son cambium et celui du porte-greffe établissent le contact le plus étroit possible sur toute la longueur du biseau. On doit préparer les greffons et les insérer avec soin pour les ajuster à la différence d'épaisseur entre l'écorce du greffon et celle du porte-greffe. On doit également s'assurer que le biseau de deux greffons insérés dans un même moignon soient d'épaisseur uniforme. Si l'un était plus épais que l'autre, la pression exercée sur le greffon le plus mince ne pourrait assurer un bon contact. On retire ensuite l'outil à greffer (ou tournevis) et on recouvre entièrement les blessures de mastic à greffer. Pour renforcer le point de greffe, certains arboriculteurs recouvrent le moignon sectionné de deux tours de ruban à épisser (ruban d'électricien, en CPV) avant de l'enrober de mastic à greffer.

On peut utiliser la greffe en fente pour greffer en tête d'un arbre une branche d'un autre cultivar ou pour remplacer la partie supérieure d'un arbre dont le tronc aurait été dépourvu de son écorce.

Greffe en fente: deux greffons sont insérés dans une fente pratiquée dans un moignon de 3 à 7 cm.

Figure 1. Greffe en fente: deux greffons sont insérés dans une fente pratiquée dans un moignon de 3 à 7 cm.

Greffe en fente montrant: à gauche, les deux greffons en place, et à droite, l'opération complétée où toutes les blessures sont bien enrobées de mastic à greffer.

Figure 2. Greffe en fente montrant: à gauche, les deux greffons en place, et à droite, l'opération complétée où toutes les blessures sont bien enrobées de mastic à greffer.

La greffe sur moignon

Dans le greffage sur moignon (figure 3), on conserve la charpente de l'arbre. On utilise tous les rameaux bien disposés, de 1 ou 2 cm de diamètre à leur base et dont la fourche forme un grand angle pour y faire des greffes. On enlève les autres branches pendant ou avant le greffage. On raccourcit tous les rameaux terminaux de façon que leurs extrémités s'élèvent à peine plus haut que la greffe sur moignon la plus haute. Plus on utilise de greffons, plus vite la fructification reprendra. Dans chaque secteur de l'arbre, on effectuera le greffage et l'enrobage des blessures de la cime vers la base, afin de ne pas déloger accidentellement les greffons déjà en place.

On peut utiliser des greffons portant six à huit bourgeons. Des greffons plus longs permettent une meilleure feuillaison et une fructification hâtive. On obtiendrait aussi des angles de fourche plus appropriés entre le futur rameau et ses ramifications.

On taille la base des greffons en un biseau court, asymétrique, une face étant légèrement plus longue que l'autre. À environ un centimètre du point d'attache du rameau porte-greffe, on fait une entaille sur ce rameau, vers le bas, sur une profondeur n'excédant pas la moitié de son diamètre. Pour faire cette entaille, on a besoin d'un couteau robuste doté d'une lame droite ou légèrement concave. On applique une légère pression vers le bas sur le rameau pour élargir l'entaille et faciliter l'insertion du greffon, dont la face biseautée la plus longue est placée vers le bas, et on aligne le cambium d'un côté de l'entaille avec celui du porte-greffe. Une fois relâché, le rameau latéral exerce suffisamment de tension sur le greffon pour le maintenir en place sans aucune ligature. À l'aide d'un couteau ou d'un sécateur bien affûté, on coupe le rameau latéral aussi près que possible du greffon et on recouvre de mastic à greffer toutes les surfaces exposées. Pour obtenir des fourches robustes, on doit s'assurer que l'angle formé par le greffon et le rameau parental est d'au moins 35°.

La greffe sur moignon facilite la formation de la charpente.

Figure 3. La greffe sur moignon facilite la formation de la charpente. L'illustration montre un greffon de six à huit bourgeons (A) et les trois étapes de l'opération (B, C et D).


La greffe de côté (ou greffe en oblique)

Grâce à cette méthode (figure 4), on peut ajouter un certain nombre de greffons sur les grosses branches dépourvues de rameaux. Elle permet de remplacer rapidement la surface foliaire perdue à l'élagage, d'éviter les brûlures par le soleil, de rapprocher du tronc les rameaux fructifères et de combler avec des branches latérales les vides existant sur les charpentières.

Pour le greffage de côté, on taille les greffons de six à huit bourgeons en un biseau acéré, long de
2-3 cm environ, et en lui donnant une arête plus épaisse et plus longue que l'autre. À l'aide d'un couteau robuste, on entaille, en diagonale, le côté d'une branche du porte-greffe, sur moins du quart de son diamètre.

En pliant légèrement la branche ou en élargissant l'entaille à l'aide du couteau, on insère le greffon, côté épais du biseau vers le haut, et on le met en place de façon que son cambium entre en contact avec celui du porte-greffe. On place les greffons de façon à éviter la création de fourches à angle trop fermé. Ni ligature ni clouage ne sont requis, mais il faut bien enrober toutes les blessures de mastic à greffer.

La greffe de côté est une méthode simple et rapide pour

Figure 4. La greffe de côté est une méthode simple et rapide pour insérer des greffons n'importe où sur les branches du porte-greffe.


Le greffage sous écorce

Ce type de greffage ne comporte ni l'entaille, ni la fente du bois du porte-greffe. On ne fait que soulever l'écorce pour permettre aux cambiums du greffon et du porte-greffe d'établir un bon contact.

Le greffage sous écorce ne réussira que s'il est effectué après la reprise de l'activité des cambiums du porte-greffe et du greffon, soit au moment où l'écorce se détache facilement de l'arbre. Habituellement, ce moment ne se présente pas avant la mi-mai en Ontario.

Le «L» inversé

Comme la greffe de côté, il s'agit d'une méthode très utile à la formation de la charpente (figure 5). On peut insérer des greffons n'importe où sur les grosses branches. Faites dans l'écorce une incision en L inversé et à angle obtus. Soulevez l'écorce et glissez sous elle l'extrémité biseautée d'un greffon portant de six à huit bourgeons. Fixez le greffon au moyen de broquettes (petits clous de boîtes à cigares ou de paniers à petits fruits) et recouvrez toutes les blessures de mastic à greffer.


La greffe en «alène»

Cette greffe (figure 5) est encore plus simple et plus rapide à effectuer que celle en « L » inversé. C'est probablement la méthode de greffage la plus simple. Elle permet d'insérer les greffons n'importe où sur les grosses branches.

Incisez l'écorce à l'aide d'un outil tel un tournevis recourbé. Insérez dans la fente l'extrémité biseautée du greffon et recouvrez de mastic à greffer. Ni ruban à épisser ni broquettes ne sont nécessaires. Il faut toutefois s'assurer de ne pas former de fourches à angle aigu en insérant les greffons.

Deux types de greffe sous écorce. à gauche, la greffe en « L » inversé, et à droite, la greffe en « alène ». Dans chaque cas, on incise l'écorce du porte-greffe et on glisse le greffon entre l'écorce et le bois.

Figure 5. Deux types de greffe sous écorce. à gauche, la greffe en « L » inversé, et à droite, la greffe en « alène ». Dans chaque cas, on incise l'écorce du porte-greffe et on glisse le greffon entre l'écorce et le bois.


La greffe en couronne

La greffe en couronne est une méthode de greffage en tête de gros arbres portant des moignons dont le diamètre supérieur à 3 cm rend difficile ou irréalisable le greffage en fente et sur lesquels on désire amorcer la feuillaison des grosses branches dénudées. Les greffons d'un calibre légèrement supérieur à celui d'un crayon à mine sont les meilleurs. Ils peuvent mesurer de 5 à 15 cm de longueur et porter un oeil ou plus. On taille la base du greffon en un biseau long de 2 à 5 cm jusqu'à la moelle, et il peut comporter un épaulement (figure 6). On prépare le porte-greffe en sectionnant son extrémité et en pratiquant une seule entaille (si l'écorce est mince), ou deux entailles parallèles de la largeur du greffon, si le porte-greffe est gros et l'écorce épaisse. On glisse ensuite, l'extrémité biseautée du greffon sous l'écorce et on cloue. Pour renforcer le point de greffe, on peut recouvrir le moignon de deux tours de ruban à épisser, près des greffons. On dispose les greffons à intervalles de 5 cm tout autour du porte-greffe, puis on enrobe de mastic à greffer. Des dards apparaîtront la deuxième année et des inflorescences, la troisième. La récolte devrait être partielle la troisième année et complète à la cinquième ou sixième année. En répartissant le travail sur quatre à six ans, on peut surgreffer tous les arbres d'un petit verger.

On devrait installer les greffons à moins d'un mètre de la fourche principale et les insérer sur des branches charpentières formant un angle d'environ 45°, celles presque verticales ne convenant pas au greffage. Pour de meilleurs résultats, on doit poser les greffons sur le côté des charpentières plutôt que sur le dessus.

Après les avoir laissé croître durant deux ou trois ans, on sélectionnera les greffons les plus aptes à servir de charpentières permanentes. Au cours des quatre à six années suivantes, ou plus, on éclaircira graduellement le faîte de l'arbre, afin d'admettre plus de lumière vers les nouveaux rameaux et de leur permettre de s'étendre. En même temps, on pourra tailler progressivement les rameaux indésirables et, finalement, les éliminer.

Greffe en couronne. Porte-greffe entaillé et prêt au greffage (A),

Figure 6. Greffe en couronne. Porte-greffe entaillé et prêt au greffage (A), greffon à biseau droit (B), greffon biseauté avec épaulement (C) et greffons biseautés avec épaulement, cloués en place (D).


La greffe en écusson (écussonnage)

On pratique l'écussonnage en été, au moment où les bourgeons de la saison sont bien formés et où l'écorce se détache facilement. On peut l'effectuer en juillet ou au début août, selon l'emplacement géographique et la sorte de fruit cultivé. Les bourgeons peuvent être trop jeunes pour l'écussonnage, mais ils sont rarement trop développés.

Prélevez, sur des arbres produisant des fruits de qualité connue, des rameaux de l'année avec leurs yeux nouvellement formés (figure 7). Défeuillez aussitôt ces rameaux, en prenant soin d'y laisser un petit bout de pétiole pour tenir les écussons. Enveloppez les rameaux dans une étoffe humide, dans des sacs de plastique ou bien plongez leur extrémité inférieure dans un contenant d'eau. On peut ainsi les conserver, en milieu frais, durant plusieurs jours, quoiqu'il soit préférable de les utiliser tôt après le prélèvement. Les bourgeons bien développés, gonflés et durs, provenant de la partie centrale des rameaux conviennent le mieux à l'écussonnage.

Préparez le franc de pépinière en le dépouillant, tôt en été, de ses rameaux latéraux poussant sur les 15 cm inférieurs de la tige. Enlevez tout débris de terre se trouvant près du point de greffe.

Au moment de l'écussonnage, faites une incision en T dans l'écorce du porte-greffe, jusqu'au cambium, mais sans entailler le bois. Faites pivoter la lame du couteau de part et d'autre pour soulever les lèvres de l'incision, sans déchirer l'écorce, de façon à faciliter l'insertion de l'écusson.

Coupez le bourgeon entouré d'un écusson d'écorce en conservant une mince esquille de bois attachée à l'endos.

En le tenant par le pétiole, insérez l'écusson dans l'incision en T. Pour être bien placé, le bourgeon doit se trouver au moins 2 cm sous l'entaille transversale. Évitez les manipulations et le soulèvement excessifs des lèvres de l'incision et assurez-vous que le bourgeon pointe vers le haut.

Le long d'un rang, on greffe habituellement les écussons sur le même côté des arbres, afin de les repérer facilement la saison suivante. Pour éviter que la future branche ne se détache, il est préférable d'insérer l'écusson du côté faisant face aux vents dominants.

Après son insertion, ligaturez fermement le greffon au moyen de bandelettes en caoutchouc pour l'écussonnage, disponibles sur le marché. Assurez-vous que le bourgeon soit bien dégagé de la ligature.

La tombée du pétiole est le premier indice de reprise de la greffe. Habituellement, les tissus de l'écusson et ceux du porte-greffe se sont soudés en deux ou trois semaines. L'adhésion persistante du pétiole flétri est souvent un signe d'échec. Si l'écorce se détache toujours facilement du bois, on peut insérer un nouvel écusson ailleurs sur le porte-greffe.

Les écussons greffés à la fin de juillet, ou plus tard, demeurent dormants jusqu'au printemps suivant. Les écussons bien soudés au porte-greffe n'ont besoin d'aucune protection hivernale. Tôt le printemps suivant, avant que ne reprenne la croissance, rabattez (coupez) le porte-greffe juste au-dessus de l'écusson.

Enlevez à mesure, tous les gourmands qui apparaissent au printemps et au début de l'été sur le porte-greffe. Deux ou trois repousses peuvent se produire avant que l'écusson ne soit assez vigoureux pour dominer. Gardez le feuillage en santé et favorisez la croissance par le désherbage, la lutte contre les parasites, la fertilisation et, au besoin, l'irrigation.

Greffe en écusson (écussonnage). Rameau de l'année, en végétation, (A), source d'écussons. Rameau à bourgeons préparé, montrant la technique de prélèvement des écussons (B).

Figure 7. Greffe en écusson (écussonnage). Rameau de l'année, en végétation, (A), source d'écussons. Rameau à bourgeons préparé, montrant la technique de prélèvement des écussons (B).
Écusson avec son bourgeon (C). Incision en T dans le porte-greffe (D). Écusson en place (E).
Ligature de l'écusson sur le porte-greffe (F).


Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.



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