Méthodes
de greffage pour le verger
Table des matières
- Introduction
- Le greffage dans le bois
Introduction
Il existe de nombreuses méthodes de greffage, différant
par des détails dans les techniques. Une méthode particulière
peut s'avérer supérieure en certaines circonstances. D'autres
fois, un choix de méthodes s'offre à l'arboriculteur.
Quelle que soit la méthode adoptée, les principes de base
demeurent les mêmes.
Pour réussir le greffage, l'arboriculteur doit connaître
les notions d'anatomie de base des arbres. Le cambium est une mince
couche de cellules comprises entre l'écorce et le bois. Sa surface
apparaît glissante lorsqu'on détache l'écorce de
l'arbre au printemps. C'est l'assise génératrice de l'arbre,
ou porte-greffe, et elle doit entrer en contact étroit avec la
même assise du greffon ou partie implantée. Lorsque les
cambiums sont mis en contact sur la plus grande surface possible, la
plaie cicatrise rapidement, formant un cal et la greffe est généralement
réussie. Tous les types de greffes sont le plus facilement pratiqués
et réussis lorsque le cambium est humide et actif.
La couche de cambium et le jeune cal sont facilement détruits
par le dessèchement. Pour l'éviter, utilisez du mastic
à greffer, pour le greffage, et des bandelettes élastiques
en caoutchouc, pour l'écussonnage. Vérifiez l'état
du mastic deux fois, à deux ou trois jours d'intervalle, pour
vous assurer qu'il ne rétrécisse, ni ne fendille, ce qui
compromettrait la reprise de la greffe.
Le greffage dans le bois
Pour ce type de greffage, on fend ou coupe l'aubier du porte-greffe
et on insère le greffon taillé en biseau de façon
que les cambiums viennent en contact l'un avec l'autre. La tension exercée
de part et d'autre de la fente suffit à maintenir le greffon
en place, sans ligature ni clouage.
La greffe en fente
Pour cette méthode (figure 1 et figure
2), le porte-greffe est une branche ou un tronc de 2 à 7 cm
de diamètre. Un porte-greffe de diamètre supérieur
ou inférieur exercerait une tension ou trop forte ou trop faible
sur le greffon. On scie d'abord le porte-greffe à angle droit
de sa direction de pousse en un endroit rectiligne et exempt de noeuds
et de branches. Ensuite, on fend le moignon en son centre à l'aide
d'un couteau robuste (ou un outil spécial à greffer) et
d'un maillet. La fente devrait descendre à 7 cm, environ.
On taille en biseau à bout tronqué (figure
1) des greffons portant de trois à cinq bourgeons (appelés
aussi des « yeux ») de façon à ce qu'une arête
soit légèrement plus épaisse que l'autre. Le bourgeon,
ou l'oeil, inférieur de chaque greffon doit se situer immédiatement
au-dessus de l'arête la plus épaisse du biseau. La croissance
de la feuille à partir de cet oeil accélérera la
formation du cal à l'extrémité supérieure
du point de greffe et favorisera une cicatrisation rapide. On utilise
fréquemment des greffons portant trois yeux et sectionnés
à proximité de l'oeil supérieur.
On élargit la fente au moyen d'un outil à greffer
ou d'un tournevis et on intercale chaque greffon de sorte que son cambium
et celui du porte-greffe établissent le contact le plus étroit
possible sur toute la longueur du biseau. On doit préparer les
greffons et les insérer avec soin pour les ajuster à la
différence d'épaisseur entre l'écorce du greffon
et celle du porte-greffe. On doit également s'assurer que le
biseau de deux greffons insérés dans un même moignon
soient d'épaisseur uniforme. Si l'un était plus épais
que l'autre, la pression exercée sur le greffon le plus mince
ne pourrait assurer un bon contact. On retire ensuite l'outil à
greffer (ou tournevis) et on recouvre entièrement les blessures
de mastic à greffer. Pour renforcer le point de greffe, certains
arboriculteurs recouvrent le moignon sectionné de deux tours
de ruban à épisser (ruban d'électricien, en CPV)
avant de l'enrober de mastic à greffer.
On peut utiliser la greffe en fente pour greffer en tête
d'un arbre une branche d'un autre cultivar ou pour remplacer la partie
supérieure d'un arbre dont le tronc aurait été
dépourvu de son écorce.
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Figure 1. Greffe en fente: deux greffons sont insérés
dans une fente pratiquée dans un moignon de 3 à 7 cm.

Figure 2. Greffe en fente montrant: à gauche, les
deux greffons en place, et à droite, l'opération complétée
où toutes les blessures sont bien enrobées de mastic à
greffer.
La greffe sur moignon
Dans le greffage sur moignon (figure 3), on conserve
la charpente de l'arbre. On utilise tous les rameaux bien disposés,
de 1 ou 2 cm de diamètre à leur base et dont la fourche
forme un grand angle pour y faire des greffes. On enlève les
autres branches pendant ou avant le greffage. On raccourcit tous les
rameaux terminaux de façon que leurs extrémités
s'élèvent à peine plus haut que la greffe sur moignon
la plus haute. Plus on utilise de greffons, plus vite la fructification
reprendra. Dans chaque secteur de l'arbre, on effectuera le greffage
et l'enrobage des blessures de la cime vers la base, afin de ne pas
déloger accidentellement les greffons déjà en place.
On peut utiliser des greffons portant six à huit bourgeons.
Des greffons plus longs permettent une meilleure feuillaison et une
fructification hâtive. On obtiendrait aussi des angles de fourche
plus appropriés entre le futur rameau et ses ramifications.
On taille la base des greffons en un biseau court, asymétrique,
une face étant légèrement plus longue que l'autre.
À environ un centimètre du point d'attache du rameau porte-greffe,
on fait une entaille sur ce rameau, vers le bas, sur une profondeur
n'excédant pas la moitié de son diamètre. Pour
faire cette entaille, on a besoin d'un couteau robuste doté d'une
lame droite ou légèrement concave. On applique une légère
pression vers le bas sur le rameau pour élargir l'entaille et
faciliter l'insertion du greffon, dont la face biseautée la plus
longue est placée vers le bas, et on aligne le cambium d'un côté
de l'entaille avec celui du porte-greffe. Une fois relâché,
le rameau latéral exerce suffisamment de tension sur le greffon
pour le maintenir en place sans aucune ligature. À l'aide d'un
couteau ou d'un sécateur bien affûté, on coupe le
rameau latéral aussi près que possible du greffon et on
recouvre de mastic à greffer toutes les surfaces exposées.
Pour obtenir des fourches robustes, on doit s'assurer que l'angle formé
par le greffon et le rameau parental est d'au moins 35°.
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Figure 3. La greffe sur moignon facilite la
formation de la charpente. L'illustration montre un greffon de six à
huit bourgeons (A) et les trois étapes de l'opération
(B, C et D).
La greffe de côté (ou greffe en oblique)
Grâce à cette méthode (figure
4), on peut ajouter un certain nombre de greffons sur les grosses
branches dépourvues de rameaux. Elle permet de remplacer rapidement
la surface foliaire perdue à l'élagage, d'éviter
les brûlures par le soleil, de rapprocher du tronc les rameaux
fructifères et de combler avec des branches latérales
les vides existant sur les charpentières.
Pour le greffage de côté, on taille les greffons de
six à huit bourgeons en un biseau acéré, long de
2-3 cm environ, et en lui donnant une arête plus épaisse
et plus longue que l'autre. À l'aide d'un couteau robuste, on
entaille, en diagonale, le côté d'une branche du porte-greffe,
sur moins du quart de son diamètre.
En pliant légèrement la branche ou en élargissant
l'entaille à l'aide du couteau, on insère le greffon,
côté épais du biseau vers le haut, et on le met
en place de façon que son cambium entre en contact avec celui
du porte-greffe. On place les greffons de façon à éviter
la création de fourches à angle trop fermé. Ni
ligature ni clouage ne sont requis, mais il faut bien enrober toutes
les blessures de mastic à greffer.
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Figure 4. La greffe de côté est
une méthode simple et rapide pour insérer des greffons
n'importe où sur les branches du porte-greffe.
Le greffage sous écorce
Ce type de greffage ne comporte ni l'entaille, ni la fente du bois
du porte-greffe. On ne fait que soulever l'écorce pour permettre
aux cambiums du greffon et du porte-greffe d'établir un bon contact.
Le greffage sous écorce ne réussira que s'il est
effectué après la reprise de l'activité des cambiums
du porte-greffe et du greffon, soit au moment où l'écorce
se détache facilement de l'arbre. Habituellement, ce moment ne
se présente pas avant la mi-mai en Ontario.
Le «L» inversé
Comme la greffe de côté, il s'agit d'une méthode
très utile à la formation de la charpente (figure
5). On peut insérer des greffons n'importe où sur
les grosses branches. Faites dans l'écorce une incision en L
inversé et à angle obtus. Soulevez l'écorce et
glissez sous elle l'extrémité biseautée d'un greffon
portant de six à huit bourgeons. Fixez le greffon au moyen de
broquettes (petits clous de boîtes à cigares ou de paniers
à petits fruits) et recouvrez toutes les blessures de mastic
à greffer.
La greffe en «alène»
Cette greffe (figure 5) est encore plus simple
et plus rapide à effectuer que celle en « L » inversé.
C'est probablement la méthode de greffage la plus simple. Elle
permet d'insérer les greffons n'importe où sur les grosses
branches.
Incisez l'écorce à l'aide d'un outil tel un tournevis
recourbé. Insérez dans la fente l'extrémité
biseautée du greffon et recouvrez de mastic à greffer.
Ni ruban à épisser ni broquettes ne sont nécessaires.
Il faut toutefois s'assurer de ne pas former de fourches à angle
aigu en insérant les greffons.
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Figure 5. Deux types de greffe sous écorce. à
gauche, la greffe en « L » inversé, et à droite,
la greffe en « alène ». Dans chaque cas, on incise
l'écorce du porte-greffe et on glisse le greffon entre l'écorce
et le bois.
La greffe en couronne
La greffe en couronne est une méthode de greffage en tête
de gros arbres portant des moignons dont le diamètre supérieur
à 3 cm rend difficile ou irréalisable le greffage
en fente et sur lesquels on désire amorcer la feuillaison des
grosses branches dénudées. Les greffons d'un calibre légèrement
supérieur à celui d'un crayon à mine sont les meilleurs.
Ils peuvent mesurer de 5 à 15 cm de longueur et porter un
oeil ou plus. On taille la base du greffon en un biseau long de 2 à
5 cm jusqu'à la moelle, et il peut comporter un épaulement
(figure 6). On prépare le porte-greffe en sectionnant
son extrémité et en pratiquant une seule entaille (si
l'écorce est mince), ou deux entailles parallèles de la
largeur du greffon, si le porte-greffe est gros et l'écorce épaisse.
On glisse ensuite, l'extrémité biseautée du greffon
sous l'écorce et on cloue. Pour renforcer le point de greffe,
on peut recouvrir le moignon de deux tours de ruban à épisser,
près des greffons. On dispose les greffons à intervalles
de 5 cm tout autour du porte-greffe, puis on enrobe de mastic à
greffer. Des dards apparaîtront la deuxième année
et des inflorescences, la troisième. La récolte devrait
être partielle la troisième année et complète
à la cinquième ou sixième année. En répartissant
le travail sur quatre à six ans, on peut surgreffer tous les
arbres d'un petit verger.
On devrait installer les greffons à moins d'un mètre
de la fourche principale et les insérer sur des branches charpentières
formant un angle d'environ 45°, celles presque verticales ne convenant
pas au greffage. Pour de meilleurs résultats, on doit poser les
greffons sur le côté des charpentières plutôt
que sur le dessus.
Après les avoir laissé croître durant deux
ou trois ans, on sélectionnera les greffons les plus aptes à
servir de charpentières permanentes. Au cours des quatre à
six années suivantes, ou plus, on éclaircira graduellement
le faîte de l'arbre, afin d'admettre plus de lumière vers
les nouveaux rameaux et de leur permettre de s'étendre. En même
temps, on pourra tailler progressivement les rameaux indésirables
et, finalement, les éliminer.
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Figure 6. Greffe en couronne. Porte-greffe entaillé
et prêt au greffage (A), greffon à biseau droit (B), greffon
biseauté avec épaulement (C) et greffons biseautés
avec épaulement, cloués en place (D).
La greffe en écusson (écussonnage)
On pratique l'écussonnage en été, au moment
où les bourgeons de la saison sont bien formés et où
l'écorce se détache facilement. On peut l'effectuer en
juillet ou au début août, selon l'emplacement géographique
et la sorte de fruit cultivé. Les bourgeons peuvent être
trop jeunes pour l'écussonnage, mais ils sont rarement trop développés.
Prélevez, sur des arbres produisant des fruits de qualité
connue, des rameaux de l'année avec leurs yeux nouvellement formés
(figure 7). Défeuillez aussitôt ces rameaux,
en prenant soin d'y laisser un petit bout de pétiole pour tenir
les écussons. Enveloppez les rameaux dans une étoffe humide,
dans des sacs de plastique ou bien plongez leur extrémité
inférieure dans un contenant d'eau. On peut ainsi les conserver,
en milieu frais, durant plusieurs jours, quoiqu'il soit préférable
de les utiliser tôt après le prélèvement.
Les bourgeons bien développés, gonflés et durs,
provenant de la partie centrale des rameaux conviennent le mieux à
l'écussonnage.
Préparez le franc de pépinière en le dépouillant,
tôt en été, de ses rameaux latéraux poussant
sur les 15 cm inférieurs de la tige. Enlevez tout débris
de terre se trouvant près du point de greffe.
Au moment de l'écussonnage, faites une incision en T dans
l'écorce du porte-greffe, jusqu'au cambium, mais sans entailler
le bois. Faites pivoter la lame du couteau de part et d'autre pour soulever
les lèvres de l'incision, sans déchirer l'écorce,
de façon à faciliter l'insertion de l'écusson.
Coupez le bourgeon entouré d'un écusson d'écorce
en conservant une mince esquille de bois attachée à l'endos.
En le tenant par le pétiole, insérez l'écusson
dans l'incision en T. Pour être bien placé, le bourgeon
doit se trouver au moins 2 cm sous l'entaille transversale. Évitez
les manipulations et le soulèvement excessifs des lèvres
de l'incision et assurez-vous que le bourgeon pointe vers le haut.
Le long d'un rang, on greffe habituellement les écussons
sur le même côté des arbres, afin de les repérer
facilement la saison suivante. Pour éviter que la future branche
ne se détache, il est préférable d'insérer
l'écusson du côté faisant face aux vents dominants.
Après son insertion, ligaturez fermement le greffon au moyen
de bandelettes en caoutchouc pour l'écussonnage, disponibles
sur le marché. Assurez-vous que le bourgeon soit bien dégagé
de la ligature.
La tombée du pétiole est le premier indice de reprise
de la greffe. Habituellement, les tissus de l'écusson et ceux
du porte-greffe se sont soudés en deux ou trois semaines. L'adhésion
persistante du pétiole flétri est souvent un signe d'échec.
Si l'écorce se détache toujours facilement du bois, on
peut insérer un nouvel écusson ailleurs sur le porte-greffe.
Les écussons greffés à la fin de juillet,
ou plus tard, demeurent dormants jusqu'au printemps suivant. Les écussons
bien soudés au porte-greffe n'ont besoin d'aucune protection
hivernale. Tôt le printemps suivant, avant que ne reprenne la
croissance, rabattez (coupez) le porte-greffe juste au-dessus de l'écusson.
Enlevez à mesure, tous les gourmands qui apparaissent au
printemps et au début de l'été sur le porte-greffe.
Deux ou trois repousses peuvent se produire avant que l'écusson
ne soit assez vigoureux pour dominer. Gardez le feuillage en santé
et favorisez la croissance par le désherbage, la lutte contre
les parasites, la fertilisation et, au besoin, l'irrigation.
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Figure 7. Greffe en écusson (écussonnage).
Rameau de l'année, en végétation, (A), source d'écussons.
Rameau à bourgeons préparé, montrant la technique
de prélèvement des écussons (B).
Écusson avec son bourgeon (C). Incision en T dans le porte-greffe
(D). Écusson en place (E).
Ligature de l'écusson sur le porte-greffe (F).
Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution
financière à la réalisation de la présente
fiche technique.
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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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