Le Mildiou Du Tabac


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 181/632
Date de publication : 12/97
Commande no. 97-172
Dernière révision : 08/02
Situation : Non disponible
Rédacteur : S. K. Gayed - Agriculture Canada


Table des matières

  1. Historique Du Mildiou Au Canada
  2. Symptômes
  3. Cycle Biologique
  4. Facteurs Qui Concourent À La Gravité Du Mildiou
  5. Lutte

Le mildiou du tabac, communément appelé moisissure bleue, est causé par le champignon Peronospora tabacina Adam. Le mildiou a été signalé pour la première fois vers la fin du XIXe siècle sur le tabac indigène en Australie et en Argentine. Aux États-Unis, la maladie s'est d'abord manifestée dans des planches de semis en Georgie en 1921. En 1957, le mildiou faisait son apparition à Cuba. En 1960, une épidémie de mildiou a sévi dans près de 11 pays d'Europe centrale, entraînant des pertes évaluées à 25 millions de dollars. Deux ans plus tard, la maladie envahissait les zones productrices de tabac des pays méditerranéens et du Proche-Orient, entraînant là aussi de lourdes pertes. Au Mexique, c'est en 1964 qu'on a signalé le mildiou du tabac pour la première fois.

Historique Du Mildiou Au Canada

Le mildiou a été remarqué pour la première fois en Ontario en 1938 dans la vieille ceinture du tabac, dans les comtés d'Essex et de Kent. En 1945 et 1946, le mildiou a frappé durement dans les planches de semis, occasionnant une importante pénurie de plants à repiquer à la fois dans la vieille ceinture du tabac et dans la nouvelle. Entre 1948 et 1950, le mildiou posa moins de problèmes et apparut plutôt de façon sporadique dans les planches de semis, mais il occasionna quand même des pertes dans certains champs de la nouvelle ceinture du tabac. La maladie n'a entraîné que des pertes négligeables au cours de la période allant de 1951 à 1966. On n'a signalé aucune infection par le mildiou en Ontario entre 1967 et 1978.

Au cours de la saison 1979, le mildiou prit des proportions épidémiques dans la principale zone productrice de tabac. Au total, les pertes furent évaluées à 30 % de la production, soit 90 millions de dollars. La maladie a aussi été signalée vers la fin de chacune des saisons 1980, 1981 et 1983, n'occasionnant toutefois que des pertes négligeables. En 1980, le mildiou faisait son apparition pour la première fois dans la région de Port Hope, à l'est de Toronto. Cette maladie n'a à ce jour été signalée ni au Québec ni dans les provinces de l'Atlantique.

Plantules de tabac infectées par le mildiou. Noter les taches jaunes sur la face supérieure des feuilles et la moisissure gris violacé sur le revers des feuilles.

Figure 1. Plantules de tabac infectées par le mildiou. Noter les taches jaunes sur la face supérieure des feuilles et la moisissure gris violacé sur le revers des feuilles.

Symptômes

Dans les planches de semis

On peut soupçonner une infection par le mildiou lorsqu'on trouve dans des zones circonscrites des planches de semis, des plants qui présentent un feuillage dressé. Sur les plantules ayant des feuilles mesurant entre 2 et 4 cm de diamètre, des taches rondes et jaunes, nettement définies apparaissent sur la face supérieure des feuilles. Sur le revers de la feuille, les zones correspondantes sont recouvertes d'une moisissure grise ou bleuâtre (figure 1). À ce stade, quelques feuilles sont habituellement gondolées. Les jeunes plantules, jusqu'à 4 semaines, sont très vulnérables au mildiou et succombent facilement à l'infection par le champignon. Sur les plants plus vieux, les feuilles sont cloquées et déformées et des zones sombres et nécrosées apparaissent. Les plants atteints sont rabougris. Dans les cas graves, la tige et les racines deviennent infectées et brunissent.

La présence d'un mycélium sur le revers des feuilles est le signe le plus sûr du mildiou. Ce feutre mycélien est chargé de milliers d'organes de fructification minuscules appelés conidies. Si suffisamment de conidies se forment en différents endroits du lit de semence, une épidémie peut survenir et toutes les plantules de la serre peuvent devenir infectées en une nuit.

Dans les champs

Dans les champs, une infection par le mildiou se manifeste normalement en premier sur les feuilles inférieures. On trouve alors des taches rondes et jaunâtres sur la face supérieure des feuilles. Aux endroits correspondants sur le revers des feuilles, une moisissure de couleur violacée à grisâtre apparaît. Dans les cas graves, les taches s'élargissent et forment des zones sombres (figure 2). Souvent, le champignon pénètre la nervure principale et/ou les nervures secondaires de la feuille et atteint le tissu vasculaire de la tige, provoquant ainsi le flétrissement ou la verse. Quand l'infection gagne le tissu vasculaire, on dit qu'elle est systémique. L'infection systémique des jeunes plants entraîne un rabougrissement et un flétrissement prononcés des plants. Les feuilles deviennent étroites et courtes et sont nettement tachetées de jaune. Le tissu vasculaire de ces plants brunit. Par la suite, l'affaiblissement de la tige peut provoquer la verse du plant.

Les racines du tabac peuvent aussi être infectées par le mildiou.

Cycle Biologique

L'infection est normalement causée par de minuscules conidies à parois minces, portées par l'air qui germent à la faveur d'une pellicule d'eau à la surface des feuilles. Elles forment alors des filaments germinatifs qui pénètrent dans la feuille et qui se ramifient entre les cellules du parenchyme. Certaines de ces ramifications pénètrent dans les cellules pour y puiser leur nourriture.

Infection grave par le mildiou dans un champ au cours de l’épidémie de 1979.

Figure 2. Infection grave par le mildiou dans un champ au cours de l'épidémie de 1979.

Sous des conditions fraîches et humides, les ramifications du champignon émergent sur le revers des feuilles et produisent un grand nombre de conidies. Sous des conditions favorables, le champignon produit jusqu'à un million de conidies par centimètre carré de surface de feuille infectée. Les conidies sont normalement produites la nuit, parviennent à maturité à l'aurore et sont disséminées au cours de la matinée. Elles sont portées par le vent vers les plants avoisinants ou sont dispersées sur des centaines de kilomètres, puis précipitées par la pluie sur des plants où elles provoquent de nouvelles infections. Ce cycle de reproduction asexuée (production de spores, infection, puis nouvelle production de spores) prend une dizaine de jours et peut se répéter plusieurs fois au cours de la saison de croissance.

À un stade plus avancé, la reproduction sexuée est possible et produit des spores de réserve, qui représentent la forme hivernante du champignon.

Facteurs Qui Concourent À La Gravité Du Mildiou

Voici les trois principaux facteurs qui concourent à la gravité du mildiou:

  1. Présence du champignon actif

    De fortes populations de conidies dans l'air augmentent les risques d'une infection grave par le mildiou. Différentes souches du champignon responsable du mildiou ont été signalées en Australie et en Europe. Les cultivars de tabac résistants à une souche peuvent être sensibles à une autre souche. Durant l'épidémie de 1979, tous les cultivars de tabac cultivés en Ontario étaient sensibles au mildiou.

  2. Présence de cultivars sensibles

    Les plants de tabac les plus jeunes sont plus sensibles au mildiou que les plants plus vieux. De même, les feuilles issues des bourgeons axillaires (gourmands) y sont plus sensibles que les feuilles commercialisables. Les plants de tabac à maturité sont plus tolérants à cette maladie que les plants plus jeunes.

  3. Conditions météorologiques

    Des conditions saturées sont essentielles à la germination des conidies et à la sporulation du champignon. De longues périodes nuageuses prolongent l'activité des conidies.

On peut s'attendre à une épidémie lorsque tous les facteurs sont combinés. Si certains de ces facteurs sont absents, les infections sont légères, modérées ou sporadiques.

Lutte

Suivre scrupuleusement les recommandations de lutte chimique relatives aux doses et au moment des applications de fongicide dans les planches de semis et les champs. Ces recommandations visent à protéger les plants de tabac d'une infection par le mildiou. Une fois la maladie apparue, les traitements chimiques risquent de ne pas permettre d'en freiner la propagation.

Se tenir à l'affût des symptômes du mildiou dans les planches de semis et dans les champs, surtout si un avertissement de l'incidence du mildiou a été donné. Dès qu'on observe des symptômes de la maladie, il faut demander conseil à un spécialiste du tabac. Veiller à bien ventiler la serre et éviter d'arroser l'après-midi afin de ne pas créer des conditions trop humides dans la serre, surtout si le temps est frais et nuageux.

Éviter d'irriguer le champ lorsqu'un avertissement relatif au mildiou a été émis.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

 

 

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