Phylloxera de la Vigne


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 231/612
Date de publication : 12/97
Commande no. 97-156
Dernière révision : 12/97
Situation :
Rédacteur : Todd Leuty - Direction des productions végétales/MAAARO ; Kevin Ker - Direction des productions végétales/MAAARO

Tables des matières

  1. Introduction
  2. Biologie
  3. Cycle biologique
  4. Dommages

Introduction

Le phylloxera de la vigne, Daktulosphaira vitifoliae (Fitch) est un insecte nuisible qui s'attaque à de nombreuses espèces de vigne, à la fois sauvages et cultivées. Il est responsable de l'apparition de galles à l'endroit où il s'alimente. Ces galles se forment à la suite de la sécrétion par l'insecte, pendant qu'il s'alimente, d'un produit chimique qui cause la prolifération des tissus. Le phylloxera est un ravageur indirect qui endommage les vignes en s'alimentant de la sève qui circule dans les racines, les feuilles et les vrilles. Il ne cause toutefois pas de dommages véritables aux fruits. On le décrit souvent comme un insecte suceur qui fait penser au puceron ou au pou.

Sur les parties aériennes, le phylloxera se nourrit essentiellement du feuillage (figure 1), mais il se nourrit aussi des tiges et des vrilles si les populations sont denses. Les hybrides français et quelques cultivars nord-américains sont très sensibles à la formation de galles sur les feuilles. L'importance des galles foliaires peut être de légère à modérée sur Vitis vinifera. La feuille fournit à l'insecte à la fois de la nourriture (la sève) et une protection (à l'intérieur des galles). Les galles sont des renflements creux de la grosseur d'un pois, habituellement rouges ou verts qui se forment sur la face inférieure de la feuille. Contrairement à ce qu'il fait quand il se nourrit des racines, le phylloxera dévore la feuille depuis l'intérieur de la galle. Les galles foliaires, creuses et à parois épaisses, offrent à la fois une chambre d'incubation parfaite pour les œufs et une barrière contre les insecticides, la sécheresse, les prédateurs et la maladie.

Sur les cultivars sensibles à une infestation des racines, surtout les Vitis vinifera plantés sur leurs propres racines, les infestations par le phylloxera peuvent faire mourir la vigne. Les racines infestées gonflent pour former des galles, tandis que le phylloxera continue de s'alimenter de la surface externe des zones renflées. Sur les racines plus vieilles, les grosses galles sont souvent infectées par des maladies des racines qui, habituellement, entraînent dans un premier temps le dépérissement du plant, puis la mort de la vigne dans les trois ou quatre années qui suivent l'infestation par le phylloxera. Dans les grandes régions viticoles, on utilise des porte-greffes américains de Vitis vinifera qui tolèrent le phylloxera. Dans les vignobles de l'Ontario, le phylloxera de la vigne est présent dans la plupart des racines de vigne, mais il ne parvient pas à faire mourir les plants du fait des basses températures hivernales qui préviennent l'explosion des populations. En Ontario, on classe le phylloxera qui s'attaque aux racines parmi les ennemis secondaires de la vigne.

Galles foliaires attribuables au phylloxera sur des vignes De Chaunac.

Figure 1. Galles foliaires attribuables au phylloxera sur des vignes De Chaunac.

Biologie

Description

Les femelles adultes du phylloxera de la vigne - qu'il s'agisse du ravageur des racines ou de celui du feuillage - sont aptères et ovales, mesurent 0,7-1,0 mm de long et en-viron 0,5 mm de large. Sur les feuilles, les jeunes adultes vont du jaune clair à l'orangé et brunissent avec l'âge. Sur les racines, ils sont vert pâle, brun clair ou orangés. Les œufs nouvellement pondus sont ovales, jaune vif et mesurent environ 0,4 mm de long et 0,2 mm de large. Juste avant d'éclore, les œufs deviennent jaune foncé et présentent deux points rouges à une extrémité. Les nymphes qui émergent des œufs sont à peu près de la même grosseur que les œufs. Elles passent par quatre stades de croissance avant de parvenir à maturité. La femelle adulte ailée, qui sort du sol vers la fin de l'été et le début de l'automne, est orangée, a la tête et le thorax gris-noir et deux paires d'ailes légèrement nervurées.

Cycle biologique

A. Cycle du phylloxera envahissant les racines

Sur les racines, le phylloxera passe l'hiver à l'abri à l'état de nymphe du premier stade nymphal (figure 2). Au printemps, au fur et à mesure que les températures s'adoucissent, les nymphes commencent à se nourrir de la sève qui circule dans les racines. Elles mettent 15-20 jours pour parvenir au stade adulte. Les adultes qui se nourrissent le printemps et l'été sont strictement des femelles qui se repro-duisent sans être fécondées par des mâles. Une femelle peut produire 100-150 œufs sur une période d'environ 45 jours. De nouvelles nymphes se déplacent ensuite vers d'autres parties des racines, commencent à leur tour à se nourrir et à provoquer la formation de galles. Une fois à maturité, elles commencent à pondre la prochaine génération d'œufs. De cinq à neuf générations peuvent se chevaucher au cours d'une même saison de croissance. En septembre et octobre, les nymphes du premier stade nymphal nouvellement écloses commencent à hiverner.

Diagramme illustrant le cycle biologique du phylloxera de la vigne selon qu'il envahit les racines ou les rameaux des vignes. Cliquez ici pour l'équivalent text

Figure 2. Diagramme illustrant le cycle biologique du phylloxera de la vigne selon qu'il envahit les racines ou les rameaux des vignes. Cliquez ici pour l'équivalent text.

B. Cycle du phylloxera envahissant les feuilles

Le cycle biologique du phylloxera qui envahit les feuilles commence plus tard dans la saison de croissance. De la fin juillet jusqu'en octobre, certaines des nymphes présentes sur les racines produisent des ailes et sortent du sol une fois à maturité (figure 2). Les femelles adultes ailées pondent des œufs dans la partie aérienne des vignes. Les œufs éclosent pour donner naissance à des individus mâles et femelles aptères. Ces derniers s'accouplent et chaque femelle fécondée produit ensuite un oeuf qu'elle dépose sous l'écorce de la vigne. Cet oeuf est l'oeuf d'hiver qui produira le cycle d'infestation foliaire du phylloxera.

Galle sectionnée sur la face inférieure d'une feuille, montrant la femelle adulte et ses œufs.

Figure 3. Galle sectionnée sur la face inférieure d'une feuille, montrant la femelle adulte et ses œufs.

Nymphes de phylloxera émergeant d'une galle par un trou de sortie sur la face supérieure de la feuille.

Figure 4. Nymphes de phylloxera émergeant d'une galle par un trou de sortie sur la face supérieure de la feuille.

Les œufs d'hiver qui se trouvent sous l'écorce éclosent au début du printemps au moment où les bourgeons de la vigne sortent de la période de dormance et amorcent le stade du débourrement. Les nymphes femelles aptères rampent jusqu'à une nouvelle pousse et se rendent jusqu'au point végétatif. À partir de la face supérieure d'une jeune feuille non déployée, la nymphe commence à s'alimenter de la sève en insérant son stylet dans le tissu cellulaire de la feuille. Au fur et à mesure que la feuille se déploie, la galle se forme autour du phylloxera, formant ainsi une excroissance creuse de la grosseur d'un pois sur la face inférieure de la feuille. L'insecte reste enfermé dans la galle et continue de s'alimenter. Si la nymphe commence à se nourrir d'une feuille à maturité, il arrive que la galle formée soit incomplète. Cette première génération d'adultes femelles est responsable des premières galles qui apparaissent sur les feuilles vers le milieu de mai.

Extrémité d'un rameau envahie par des nym-phes de phylloxera. De nouvelles galles foliai-res com-mencent à être perceptibles sur la face inférieure des feuilles

Figure 5a. Extrémité d'un rameau envahie par des nymphes de phylloxera. De nouvelles galles foliaires commencent à être perceptibles sur la face inférieure des feuilles.

Des nymphes de phylloxera sur la face supé-rieure d'une jeune feuille non déployée, com-mençant à se nourrir et à former des galles.

Figure 5b. Des nymphes de phylloxera sur la face supérieure d'une jeune feuille non déployée, commençant à se nourrir et à former des galles.

De dix à quinze jours après avoir commencé à se nourrir, la femelle parvenue à maturité pond ses œufs à l'intérieur de la galle, une fois celle-ci complètement formée. Une même femelle peut pondre jusqu'à 200 ou 300 œufs sur une période de 30 à 40 jours (figure 3). Au fur et à mesure que les œufs éclosent, les nouvelles nymphes émergent immédiatement de la galle par un petit trou de sortie sur la face supérieure de la feuille (figure 4). Elles rampent de la galle jusqu'à la tige. Bon nombre des nymphes se déplacent vers le haut, le long de la tige, pour, à leur tour, se nourrir des feuilles non déployées situées au bout des rameaux, provoquant ainsi la formation de nouvelles galles (figures 5a et 5b). D'autres nymphes rampent ou sont portées par le vent vers d'autres vignes où elles provoquent la formation de galles. Ces galles nouvellement formées sur les feuilles sont attribuables à la deuxième génération de phylloxera. Elles abriteront la troisième génération d'œufs. Le cycle biologique se répète ainsi à mesure que les rameaux grossissent et que la saison progresse. Compte tenu de ce qui précède, l'emplacement des galles le long des rameaux constitue un bon indice de la génération de phylloxera à laquelle on a affaire, les dernières générations étant celles qui sont les plus près du point végétatif. Il peut y avoir de cinq à sept générations au cours d'une saison. Comme ces générations se chevauchent à partir de la troisième génération, il devient plus difficile de les distinguer à partir de la mi-été. On peut trouver jusqu'à 200 galles de phylloxera sur une feuille lorsque les infestations sont fortes. Certaines nymphes qui éclosent à l'automne migrent, sont portées par le vent ou tombent au sol et gagnent le système racinaire pour hiverner.

Dommages

Le phylloxera de la vigne cause des dommages indirects aux vignes sensibles. Dans le cas des infestations foliaires, les feuilles portant de nombreuses galles sont déformées et enroulées et ont une surface réduite (figure 6). Le tissu de la galle foliaire peut contenir jusqu'à 90 % moins de chlorophylle que le tissu sain, ce qui laisse croire à une réduction de la photosynthèse. La perte d'hydrates de carbone attribuable à des infestations graves peut entraîner une diminution de la teneur en sucre des fruits à la récolte. La vigne peut aussi être incapable de stocker adéquatement les hydrates de carbone sous forme de réserves alimentaires. Ce stockage favorise normalement la résistance à l'hiver et fournit l'énergie nécessaire à la reprise de la croissance le printemps suivant. Des lésions phylloxériques graves sur le feuillage amènent aussi la défoliation et retardent la croissance des rameaux.

Des rameaux sains (gauche), comparés à des rameaux présentant des lésions phylloxériques importantes.

Figure 6. Des rameaux sains (gauche), comparés à des rameaux présentant des lésions phylloxériques importantes.

Sensibilité des cultivars aux galles foliaires
Forte De moyenne à faible
De Chaunac Aurore
Foch Seyval Blanc
Ventura Dutchess
Baco Noir Delaware
Villard Noir Agawam
Le Commandant Catawba
Chelois  

* Le phylloxera peut causer la formation de galles en nombres variables sur certains Vitis vinifera.

Surveillance et maîtrise du phylloxera des feuilles

La surveillance du phylloxera de la vigne s'attaquant au feuillage repose sur des observations faites au moment opportun. Les galles formées sur les feuilles par les individus de première génération apparaissent généralement vers la mi-mai. Il s'agit habituellement d'une ou deux galles sur les première à troisième feuilles nouvellement déployées. Pour déterminer si les œufs de deuxième génération ont commencé à éclore, il suffit de sectionner des galles et de les examiner à l'aide d'une loupe, ou mieux, sous un microscope de faible grossissement. Le moment idéal pour faire le traitement insecticide tombe 2-3 jours après le début de l'éclosion des œufs; les jeunes nymphes sont alors en train d'émerger des galles et de ramper vers les nouvelles feuilles non déployées. Le stade pendant lequel le phylloxera est rampant et commence à former des galles est celui où il est le plus vulnérable aux insecticides. Par la suite, une fois les nouvelles galles complètement formées, la lutte chimique devient plus difficile en raison de la protection offerte par la structure de la galle sur la feuille. Les insecticides systémiques peuvent être efficaces contre les femelles qui se nourrissent à l'intérieur des galles, mais ils sont souvent inutiles pour lutter contre les œufs déjà pondus. Pour fixer le moment du traitement chimique dirigé contre les individus de deuxième génération, on procède de la même façon, soit en échantillonnant les galles afin de déterminer le moment où les œufs commencent à éclore et où les nymphes commencent à se déplacer.

Dans les vignobles infestés, les mesures de lutte chimique entreprises tôt sont plus efficaces que celles en mi-saison ou en fin de saison. L'apparition d'individus d'âges différents au sein de la population de phylloxera au fur et à mesure que la saison avance complique le choix du moment où effectuer les pulvérisations. Les recherches révèlent que les vignes peuvent supporter des niveaux de légers à modérés de galles sur les feuilles sans subir de détérioration de la qualité de leurs fruits et sans voir leur santé décliner. Par conséquent, il n'est recommandé de recourir à la lutte chimique que dans les blocs des vignobles ayant déjà souffert d'infestations graves des feuilles par le phylloxera.

Les nymphes de la chrysope sont des préda-teurs courants du phylloxera de la vigne.

Figure 7. Les nymphes de la chrysope sont des prédateurs courants du phylloxera de la vigne.

Larves d'une mouche prédatrice se nourrissant d'un adulte de phylloxera et des œufs qui se trouvent à l'intérieur d'une galle foliaire.

Figure 8. Larves d'une mouche prédatrice se nourrissant d'un adulte de phylloxera et des œufs qui se trouvent à l'intérieur d'une galle foliaire.

Les prédateurs habituels du phylloxera, notamment les nymphes de la chrysope (figure 7) et les larves d'une mouche prédatrice (figure 8), contribuent à réduire les populations de ce ravageur.

Matériel de lutte recommandé

Consulter la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières, pour connaître les produits à utiliser et les précautions à prendre.

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