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Jaunisse nanifiante des céréales

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 110/632
Date de publication : 12/97
Commande no. 97-080
Dernière révision : 12/97
Situation :
Rédacteur : Y.C. Paliwal - Centre de recherche en phytotechnie; André Comeau - Agriculture Canada

Table des matières

  1. Symptômes et conséquences de la maladie
  2. Vecteurs et souches de virus
  3. Cycle de la maladie
  4. Moyens de lutte

Figure 1. La jaunisse nanifiante causée par un virus transmis par les pucerons dans une plantation expérimentale d'orge.

Figure 1. La jaunisse nanifiante causée par un virus transmis par les pucerons dans une plantation expérimentale d'orge. Remarquer le jaunisse-ment des feuilles à partir de l'extrémité et le rabougrissement de certains plants.


La jaunisse nanifiante de l'orge et du blé ainsi que la feuille rouge de l'avoine connues sous l'appellation commune de la jaunisse nanifiante de l'orge (JNO), sont causées par le virus de la jaunisse nanifiante de l'orge (VJNO). Cet « en-nemi invisible » qu'on ne peut voir qu'à l'aide d'un microsco-pe électronique à haute résolution attaque le blé, l'orge, l'avoine, le seigle, le maïs et plusieurs graminées, y compris plusieurs plantes fourragères de grande importance. C'est en 1951, en Californie, que l'on reconnaît l'origine virale de la JNO. Depuis, on retrouve ce virus dans la plupart des terres agricoles du monde et cette maladie virale est devenue la ma-ladie des céréales la plus importante en Ontario et en Amérique du Nord. En Ontario, la JNO apparaît à chaque année dans les cultures céréalières mais sa fréquence d'appa-rition varie selon la région. Des manifestations localisées de la maladie sont très courantes, mais elles ne se transforment en épidémie qu'à tous les cinq à huit ans. Les quatre der-nières épidémies de JNO dans l'est du Canada se sont déve-loppées en 1976, 1982, 1986 et 1987. Selon la fréquence d'apparition de la maladie, la JNO occasionne des pertes de rendement ainsi qu'une baisse de la qualité des grains. Des souches résistantes du virus peuvent causer une diminution de 100 % de la production de grains des cultivars sensibles

Figure 2. La feuille rouge de l'avoine causée par le virus de la jaunisse nanifiante de l'orge.
Figure 2. La feuille rouge de l'avoine causée par le virus de la jaunisse nanifiante de l'orge.

d'avoine et d'orge qui ont été atteints très tôt par la maladie. Quand un cas grave de la maladie se déclare dans un champ et infecte de 50 % à 60 % des plants, les pertes de rendement pour l'orge et l'avoine peuvent atteindre 50 % alors qu'elles peuvent atteindre 30 % pour le blé.

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Symptômes et conséquences de la maladie

Les symptômes de la JNO diffèrent selon l'espèce, le cultivar, la souche du virus, le stade de croissance du plant au moment de l'infection et les conditions environnementa-les. La décoloration des feuilles, le rabougrissement et la stérilité partielle ou complète des épis ou des épillets sont les symptômes habituels de la maladie chez les céréales. Le pre-mier symptôme de la maladie chez l'orge est un jaunissement diffus ou tacheté du bout de la feuille; la décoloration d'un jaune vif s'étend ensuite vers le bas de la feuille et laisse une bande verte le long de la nervure médiane. Les plants grave-ment atteints risquent de ne jamais fleurir. En général, le blé présente les mêmes symptômes que l'orge, mais les infections tardives du blé se reconnaissent par la couleur jaune de ses feuilles culminaires. Dans des conditions de température fraîche, les feuilles de certains cultivars peuvent brunir ou devenir légèrement rougeâtres. Il arrive souvent que l'orge et le blé infectés par le VJNO ne présentent aucun symptôme et subissent des pertes de rendement. Les symptômes de la JNO peuvent parfois être confondus avec les carences en azote et en phosphore, mais les symptômes de carences mi-nérales sont présents dans le champ entier tandis que les plants infectés par le VJNO sont isolés ou en petits groupes. Les feuilles de l'avoine infectée par le virus tournent au brun jaunâtre ou à l'orange pâle, mais dans des conditions cli-matiques fraîches, les feuilles prennent une coloration carac-téristique rouge vif ou violacée. Le seigle et le triticale ne présentent pas de symptômes, quoique ces céréales subissent parfois des pertes de rendement. Dans des conditions de température fraîche, des taches jaunâtres apparaissent sur les feuilles des jeunes plants. Les feuilles des plants infectés par le VJNO, en particulier l'avoine et l'orge, sont souvent plus rigides, plus courtes et plus dressées que les feuilles de plants sains; des sections du limbe des feuilles peuvent aussi être imbibées d'eau. Quant aux feuilles de maïs, elles prennent une couleur jaunâtre ou violacée qui couvre toute la feuille ou forme des rayures le long de la nervure médiane. Il arrive souvent qu'aucun symptôme n'apparaisse et que certains cul-tivars subissent des pertes de rendement.

Les plants infectés au stade de plantule sont les plus at-teints et risquent de mourir avant même de fleurir. En géné-ral, les plants sont moins sensibles à la maladie si l'infection a lieu à un stade de croissance avancé. La sensibilité des plants au virus et la gravité de la maladie varient beaucoup avec la diversité des cultivars disponibles de nos jours. En outre, les symptômes pour un cultivar en particulier varient beaucoup selon les souches de virus. Les symptômes sont plus graves dans des conditions fraîches (16 à 20 oC) et en-soleillées. Chez l'avoine et l'orge, la JNO risque d'être con-fondue avec la jaunisse de l'aster, une maladie causée par un mycoplasme transmis par une cicadelle. Une infection par le VJNO au cours de l'automne diminue l'aptitude de l'orge et du blé à résister au gel et au verglas de l'hiver. Les plants infectés par le VJNO sont sensibles à certaines maladies fon-giques qui, lorsqu'elles s'attaquent aux feuilles, se dévelop-pent parfois si rapidement qu'elles peuvent masquer les symptômes du VJNO. Le virus se propage dans toutes les parties de la plante, se concentre dans le système vasculaire (cellules du phloème) et entrave son fonctionnement. Puis-que le développement du système radiculaire est retardé, les plants sont plus sensibles à la sécheresse et aux maladies des racines.

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Vecteurs et souches de virus

Ce sont les pucerons qui sont entièrement responsables de la transmission du VJNO et de sa dissémination dans un champ ou sur de longues distances. Quoiqu'il existe jusqu'à quinze espèces de pucerons responsables de la transmission du virus en Amérique du Nord, les principaux vecteurs en Ontario sont le puceron bicolore des céréales, le puceron du maïs et le puceron des céréales. Certaines années, le puceron vert des graminées et le puceron de l'espèce Acythosiphon dirhodum peuvent participer à la dissémination du virus.

Il y a au moins cinq souches du VJNO qui infectent les céréales et les graminées en Ontario. Ces souches sont clas-sées selon l'espèce de puceron qui les transmet le mieux. Les souches « non spécifiques » sont transmises par les princi-paux pucerons des grains, mais surtout par les pucerons de l'avoine et des céréales. Au cours des dernières années, ces souches se sont répandues en Ontario et y ont accru la gra-vité de la maladie. Certaines souches sont transmises de fa-çon spécifique et efficace par chacune des espèces de puce-rons des grains mentionnés ci-haut et par le puceron vert des graminées. L'importance relative de ces souches varie beau-coup d'une année à l'autre.

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Cycle de la maladie

Puisque les pucerons sont les seuls responsables de la transmission de la maladie, ce sont eux qui servent de lien entre les divers éléments du cycle de la maladie. Les puce-rons qui contractent le virus demeurent porteurs de la mala-die durant presque toute leur vie. L'infection initiale des cul-tures céréalières de l'Ontario résulte en majeure partie du transport des pucerons par les vents du sud-sud-ouest prove-nant des États-Unis au printemps, au début de l'été et à l'au-tomne. La présence toute l'année du VJNO et des pucerons dans les céréales des états du sud permet aux virus de se dé-velopper en grand nombre dans les champs de céréales des états du centre et du nord qui sont ensemencés plus tôt qu'en Ontario. Les infections primaires provenant de la retombée de pucerons dans les cultures ontariennes forment des pla-ques circulaires peu apparentes. Dans des conditions favora-bles au développement des pucerons, le virus peut ensuite envahir le champ et les cultures avoisinantes. En Ontario, le VJNO infecte très peu les champs de graminées vivaces. Aucune espèce de pucerons ne passe l'hiver au stade adulte, sauf dans le sud-ouest de l'Ontario où certains adultes peu-vent survivre durant les hivers qui offrent une bonne cou-verture de neige. Par ailleurs, les pucerons porteurs ne trans-mettent pas le virus à leur progéniture. Les adultes issus d'oeufs hivernants du puceron de l'avoine (le seul qui hiverne au stade de l'oeuf) ou de divers pucerons qui migrent tôt, peuvent transmettre le virus des graminées aux céréales, au printemps et au début de l'été. À l'automne, le virus présent dans les champs de blé d'automne peut hiverner, puis infecter les champs avoisinants de céréales de printemps si les puce-rons sont nombreux. On a retrouvé le VJNO dans le maïs à
plusieurs endroits en Ontario. Les pucerons présents sur le tissu encore vert du maïs presque mûr peuvent transférer le virus du maïs au blé d'automne semé tôt. Des recherches épidémiologiques effectuées par Agriculture Canada ont démontré que le cycle de la maladie, qui sous-entend le transfert du virus des céréales de printemps au maïs et aux graminées, de ces hôtes aux céréales d'hiver, et des céréales d'hiver aux céréales de printemps, joue un rôle limité dans la propagation de la maladie en Ontario. Ce sont les pucerons porteurs transportés par les vents du sud-sud-ouest qui sont la principale source du virus. Quoique la plupart des popu-lations de pucerons des grains qui migrent en Ontario con-tiennent une bonne proportion de pucerons porteurs, il arrive parfois qu'une population soit exempte de virus ou contienne une très faible proportion de pucerons affectés. Il y a sou-vent un plus grand nombre de pucerons qui parviennent au Canada quand une sécheresse sévit aux États-Unis. En temps normal, les pucerons quittent les cultures américaines qui sont parvenues à maturité et, durant le printemps et l'au-tomne, ils sont transportés par le vent vers le nord-nord-est.

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Moyens de lutte

Il est impossible de guérir des plants infectés par un virus en appliquant des pesticides comme c'est le cas pour les plants atteints de maladie fongique ou bactérienne. Par con-séquent, il n'y a aucun moyen de sauver les plants déjà in-fectés par le virus. Il y a trois façons d'appliquer des mesures préventives : 1) éviter ou réduire au minimum l'infection pri-maire; 2) enrayer la maladie dans un champ ou à l'extérieur de celui-ci et 3) tolérer l'infection des plants, mais ne subir aucune ou peu de perte de rendement.

Les céréales semées plus tôt sont moins sensibles à l'in-fection du VJNO et subissent moins de dommages, car elles ont atteint un stade de croissance assez avancé. Les cultures
semées plus tard ont une incidence de la maladie plus élevée puisque les pucerons, très nombreux et très actifs au début de l'été, préfèrent les jeunes plants. Le semis tardif des céréales d'automne permet d'éviter l'infection. Toutefois, un semis hâtif au printemps ou un semis tardif à l'automne n'est pas toujours possible et peut en outre diminuer le rendement ou l'aptitude des plants à passer l'hiver dans certaines régions. L'efficacité des mesures visant à réduire l'incidence de la JNO ainsi que l'efficacité relative aux coûts d'application des insecticides pour éliminer les pucerons, varient considérable-ment avec les circonstances. L'application d'insecticides doit se faire au printemps ou au début de l'automne, tout de suite après l'arrivée massive des pucerons transportés par le vent, pour éviter ou réduire au minimum les infections primaires du VJNO. Cependant, ceci nécessite l'implantation d'un sys-tème élaboré d'avertissement phytosanitaire qui, malheureu-sement, n'existe pas encore en Amérique du Nord, faute de recherches suffisantes du Canada conjointement avec les États-Unis. Les pulvérisations d'insecticides sont très effi-caces pour enrayer les infections secondaires dans une cultu-re ou dans les champs avoisinants. La mesure préventive la plus sûre et la moins coûteuse consiste à semer des cultivars résistants au VJNO. Aucune céréale n'est immunisée contre le VJNO. Toutefois, contrairement aux cultivars sensibles, les cultivars résistants peuvent être infectés par le virus et subir une perte de rendement beaucoup moins élevée ou mê-me négligeable. Les cultivars sont classés résistants, moyen-nement résistants, intermédiaires ou sensibles selon leur niveau de résistance au VJNO, déterminé par leur rendement après l'infection. Les cultivars de céréales qui sont au moins moyennement résistants à la maladie sont déjà disponibles ou le seront bientôt. Le tableau 1 donne une classification des cultivars de céréales selon leur niveau de résistance au VJNO. Consulter les spécialistes en grandes cultures de la région pour obtenir de plus amples informations.

Tableau 1. Résistance de divers cultivars au VJNO

Avoine
Baldwin
4
Cardinal
1
Donald
1
Dumont
2
Elgin
4
Laurent
3
Manic
2
Marion
3
Nova
1
Ogle
R
Oxford
2
Scott
3
Sentinel
2
Terra
4
Tibor
4
Woodstock
3
Orge
Abee
4
Bedford
4
Birka
4
Bonanza
2
Bruce
3
Diamond
4
Helena
4
Herta
4
Laurier
3
Léger
3
Loyola
1
Massey
3
Micmac
4
Mingo
2
Perth
3
Rodeo
4
Sophie
1

 

Blé de printemps
Ankra
1
Casavant

1
Columbus
3
Concorde
3
Dundas
1
Glenlea
4
Laval 19
2
Sinton
2
Opal
2
Triticale de printemps
OAC Carman
2
OAC Triwell
2
Triticale d'automne
Lasko
1
OAC Decade
1
OAC Trillium
R
OAC Wintri
R

Orge d'automne

OAC Acton
2
OAC Elmira
1
OAC Halton
4
OAC Huron
3

 

Blé d'automne  
Augusta
1
Borden
3
Elmo
1
Favor
2
Frankenmuth
2
Fredrick
3
Fundulea
2
Gordon
2
Harus
2
Houser
1
Lennox
3
Monopol
2
Norstar
3
Valor
2
Vuka
2
Yorkstar
3

Échelle d'évaluation :
R = Résistant
1 = Moyennement résistant
2 = Intermédiaire
3 = Sensible
4 = Très sensible

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.


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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca