Le chalcis granivore du lotier
Table des matièresBiologieLe chalcis granivore du lotier est un important ravageur du lotier qu'on cultive pour ses graines. D'autres espèces de chalcis s'attaquent aux graines de trèfle et de luzerne. Les petites guêpes femelles (figure 1B) pondent leurs oeufs dans les jeunes graines vertes, à l'intérieur des gousses de lo-tier en développement. Dès leur éclosion, les larves blanches apodes creusent l'intérieur des graines pour se nour-rir. Parvenues à maturité elles auront mué quatre fois et évi-dé les graines. Les larves hivernent à l'intérieur des graines disper-sées sur le sol. Toutefois, une partie des guêpes émer-gent après la mi-août (la figure 1A illustre les trous caracté-risti-ques percés dans les gousses) et pondent des oeufs qui don-neront naissance à une deuxième génération partielle. Les chalcis émergent plus tard dans le nord de l'Ontario que
dans le sud. Dans les deux régions, ils commencent à émerger
juste avant la floraison du lotier; les insectes qui ont hiverné
dans les graines continuent d'émerger pendant un mois encore.
La longue période d'émergence et la longévité
de l'adulte (un mois ou plus) font que les populations de chalcis s'accroissent
progressivement durant l'été pour attein-dre leur maximum
à la mi-août, dans le sud de l'Ontario com-me dans le nord
(figure 2).
Figure 2. Le nombre de chalcis granivores augmente, dans le sud et dans le nord de l'Ontario, à mesure que la saison avance DommagesLe chalcis granivore du lotier est présent en Ontario par-tout où le lotier est cultivé pour ses graines. Le pourcentage d'infestation des champs commerciaux varie de 1 à 45 %. Toutefois, le taux d'infestation moyen dans les vieux champs est de 20 % en Ontario. L'infestation des lotiers qui poussent en bordure des routes et dans les champs en friche (figu-re 1C) peut atteindre, à certains moments, jusqu'à 50 % des graines. Généralement, les infestations sont plus importantes dans les vieux champs. Ce phénomène, qui a aussi été observé dans d'autres pays, est attribuable au fait que dans les nou-veaux champs, les infestations commencent seulement à la suite d'invasions de chalcis provenant de régions avoisinan-tes. Toutefois, durant la saison de croissance, quelques grai-nes infestées sont laissées dans le champ au moment où les gousses s'égrènent prématurément. Les chalcis qui en émer-gent l'année suivante contribuent à alimenter le cycle d'infes-tation. L'examen d'échantillons de graines prélevées après le net-toyage porte à sous-estimer la gravité de l'infestation. Sou-vent, les graines évidées par les chalcis se brisent et se perdent durant le nettoyage et, comme elles sont un peu plus légères que les autres, bon nombre d'entre elles sont enlevées à ce moment-là. Les chalcis émergent souvent des graines entreposées. Ce phénomène préoccupe beaucoup de gens qui craignent que les guêpes pondent leurs oeufs et infestent un nombre encore plus grand de graines. Cependant, les chalcis ne peu-vent infester les graines entreposées, car les femelles ne pon-dent que dans les graines tendres qui se développent dans les champs. Les graines entreposées doivent être nettoyées de nouveau pour éliminer les chalcis et les graines endomma-gées. Il n'est cependant pas nécessaire de faire un traitement chimique. Moyens de lutteEn Ontario, deux espèces de parasites s'attaquent aux chalcis et en éliminent environ 20 %. Malgré cela, les popu-lations de chalcis demeurent élevées. Par ailleurs, le para-sitage du chalcis n'empêche pas la destruction de la graine infestée. Comme le lotier fleurit pendant longtemps, ses fleurs, qui attendent la pollinisation, sont présentes en même temps que les jeunes gousses qui, elles, subissent l'attaque des chalcis. Aucun insecticide n'est homologué contre ce ravageur au Canada ni même en Amérique du Nord. Les tentatives qui visent à empêcher les infestations en décimant les popula-tions de chalcis par un traitement appliqué juste avant la floraison se sont révélées infructueuses. La seule façon de lutter contre ce ravageur est d'utiliser des méthodes culturales. La lutte culturale est employée par-tout dans le monde où l'on cultive le lotier. Les méthodes suivantes contribueront à réduire l'infestation des graines. 1. Récolter les graines de la première fauche plutôt que celles de la repousse, car les populations de chalcis sont plus importantes en fin de saison (figure 2). Une expé-rience me-née dans quatre champs du sud de l'Ontario a révélé qu'envi-ron 3,8 % des graines de la première récolte étaient infestées alors que les graines de la repousse étaient cinq fois plus infestées (19,1 %). Cependant, il se pour-rait qu'il y ait moins de pollinisateurs au printemps, ce qui contribuerait à réduire la formation de graines. Il pourrait alors être nécessaire d'améliorer la pollinisation en ins-tallant des ruches ou en se-mant des peuplements purs de lotier pour faciliter le travail des pollinisateurs. 2. Séparer les lotiers cultivés pour les graines des autres lotiers. Les lotiers sauvages, qui poussent en bordure des routes ou dans les terrains inutilisables (figure 1C), sont grave-ment infestés. Nombre de chalcis vont partir de ces zones pour aller infester les champs cultivés (figure 3). Comme les chalcis vont d'un champ à un autre, il est pré-férable de séparer les nouveaux champs des vieux. 3. Couper ou détruire les lotiers sauvages poussant à proxi-mité des champs cultivés. Il pourra être difficile d'éliminer les lotiers sauvages, car ils abondent dans les régions où l'on cultive le lotier pour la production de graines. D'autre part, les gousses de lotier se forment à la base de la plante, près du sol, et nombre d'entre elles échappent au broutage, même intensif. On pourra tondre les champs pour empêcher les gousses de parvenir à maturité. Les nouveaux champs de l'Ontario où les infestations de chalcis
sont les plus graves sont adjacents à de vieux champs de lotiers
infestés (figure 3) ou encore à des bords de routes ou
à des pâturages non gérés où poussent
des lotiers. Toute 4. Savoir que les infestations s'aggravent avec les années de production de graines. Les chalcis sont généralement en plus grand nombre dans les vieux champs que dans les nouveaux. Ce phénomène est attribuable à l'égrenage prématuré des gousses dans les champs chaque année; il y a, parmi ces grai-nes non récoltées, des graines infestées. La saison suivante, après avoir émergé des graines, les chalcis n'ont qu'une cour-te distance à franchir pour aller en infester d'autres. Le cycle des chalcis à l'intérieur d'un bon champ peut être brisé si l'on ne récolte durant une année que le fourrage au lieu de ré-colter, comme c'est l'habitude, les graines et le fourrage. Le fauchage, s'il est fait avant la maturation des gousses, empê-chera la formation des graines indispensables au développe-ment du ravageur. Le cycle des chalcis sera ainsi brisé dans un champ donné. 5. Ne jamais laisser sur place une récolte de graines. Il peut arriver, certaines années, que le mauvais temps réduise la production de graines ou en empêche la récolte. Le potentiel de production de graines est alors si faible que certains champs pourront être laissés à l'abandon. Par conséquent, l'infestation de chalcis sera encore plus grave l'année suivan-te. En effet, toutes les graines, saines ou infestées, tombent au sol, ce qui permet aux guêpes d'être prêtes à infester le champ l'année suivante. Si, pour une raison quelconque (par exemple, le mauvais temps), les graines ne sont pas récol-tées, il faut envisager de faucher et de détruire la récolte afin d'éviter des infestations massives la saison suivante. Lorsque la destruction est impossible, il faut, l'année suivante, utiliser le champ pour le fourrage. 6. Récolter les graines dans les meilleures conditions. En effet, plus l'égrenage prématuré des gousses est important au moment de la récolte, plus il reste de graines infestées dans les champs où elles accroissent les problèmes à la récolte sui-vante. Par ailleurs, une récolte hâtive se traduit par une proportion élevée de graines immatures qui ne germeront pas, tandis qu'une récolte tardive ne permet pas de ramasser les premières graines mûres tombées sur le sol. Toutes ces difficultés proviennent du fait que le lotier a une croissance indéterminée qui s'exprime par la présence simultanée de gousses parvenues à des stades différents de maturation. Il est donc difficile de déterminer le moment idéal de la récolte, même sans tenir compte des conditions météorologiques. Ailleurs dans le monde, on a fait des expériences avec des dessicants pour favoriser un dessèchement uniforme des gousses et réduire l'égrenage prématuré. Cela permettrait non seulement d'accroître la production de graines, mais en-core de réduire la quantité de graines infestées, laissées sur place, qui poseront des problèmes la saison suivante.
8. Détruire les restes de plantes et les résidus du criblage. Comme ils contiennent toujours des chalcis, il faut les brûler ou les enterrer. Le fait d'entasser les résidus dans un dépo-toir pour qu'ils s'y décomposent ne permet pas d'éliminer les chalcis qui se trouvent près de la surface. Ces insectes con-tribueront à aggraver le problème dans les zones voisines du dépotoir. 9. Utiliser des semences saines. Les problèmes pourront se manifester dès les semis si les graines sont infestées. Même les échantillons de semences saines obtenues auprès des net-toyeurs de semence du sud de l'Ontario contenaient des chal-cis. Il faut donc utiliser des semences saines et bien net-toyées pour éviter de réintroduire les chalcis. 10. Uniformiser les dates de récolte. Le fauchage des pâtu-rages de lotier oblige les chalcis à partir ou à mourir. Ils ris-quent moins de trouver des fleurs et de survivre si la plupart des pâturages d'une région donnée sont fauchés à peu près en même temps. La gestion efficace du problème des chalcis n'est possible que si la production de graines de lotier est considérée com-me une récolte importante et non seulement comme une ré-colte d'appoint au fourrage. La gestion de la production de graines nécessite d'une part la séparation des champs qui y sont consacrés des autres champs de lotier gravement infes-tés et, d'autre part, le recours à des méthodes culturales (con-seillées plus haut) afin d'empêcher l'accroissement des popu-lations de chalcis dans les champs de lotier cultivés pour les graines. Les recherches effectuées ailleurs dans le monde ont révélé que brûler les champs au printemps n'est pas ef-ficace pour lutter contre les chalcis.
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