Millet commun


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 640
Date de publication : 12/96
Commande no. 96-128
Dernière révision : 12/96
Situation : En remplacement de la fiche no. 90-094, qui porte le même titre
Rédacteur : M. Bough - Département de phytotechnie/Université Western Ontario/ P.B. Cavers - Département de phytotechnie/Université Western Ontario

Table des matières

  1. Origine et distribution
  2. Description
  3. Croissance
  4. Lutte contre les mauvaises herbes

Origine et distribution

Le millet commun (Panicum miliaceum L.) est une gra-minée annuelle; chaque année, il croît à partir de nouvelles graines. Son origine remonte à au moins 2000 ans avant notre ère, époque où il était cultivé dans les régions centrales de l'Europe. Cette plante est particulièrement bien adaptée aux climats secs, comme ceux de la Russie centrale, du Moyen-Orient, de l'Inde septentrionale, de l'Afrique, de la Mandchourie et de la région des grandes plaines de l'Amérique du Nord.

Le millet commun constitue une grave menace

Figure 1. Le millet commun constitue une grave menace pour la culture du maïs. L'inefficacité de la lutte chimique qu'on lui mène entraîne des pertes considérables.

Le millet commun fut introduit au Canada au XVII e siè-cle et il a quelque peu servi de culture fourragère au début du XX e siècle. Il semble que sa culture ait été graduellement abandonnée en raison de son faible rendement, à la fois en céréales et en fourrage par rapport à celui des cultures céréalières et fourragères déjà bien établies de l'époque. Ces dernières années, la demande accrue de graines pour les oiseaux a suscité un nouvel intérêt pour le millet com-mun. Certains agriculteurs ontariens le cultivent maintenant pour ce marché. Habituellement, les variétés cultivées, qui ressemblent à celles qu'on cultivait au début du XX e siècle, produisent des graines blanches, ocre ou rougeâtres. Déjà au début des années 1970, on signalait de façon sporadique la résistance aux herbicides d'une graminée indi-gène croissant dans les champs de maïs et de haricots (figu-res 1 et 2). On découvrit qu'il s'agissait du millet commun. Au stade de plantule, on pourrait prendre le millet commun pour du maïs spontané (figure 3). Cependant, son identification formelle est possible : s'il est soigneusement déterré, même le plant mature révélera la présence d'une grosse graine fixée à sa racine (figure 4).

Tirant parti de toutes les occasions, le millet commun peut dominer les haricots blancs en culture.

Figure 2. Tirant parti de toutes les occasions, le millet commun peut dominer les haricots blancs en culture.

Au stade de plantule, on pourrait prendre le millet commun pour du maïs spontané

Figure 3. Au stade de plantule, on pourrait prendre le millet commun pour du maïs spontané.

Déjà en 1978, de nombreux rapports provenant du centre et de l'ouest de l'Ontario signalaient la présence du millet commun. À l'été de 1980, les équipes de dépistage des mauvaises herbes relevèrent plus de 125 emplacements tou-chés.

Le caractère le plus distinctif du millet commun est le tégument de la graine qui demeure long-temps fixé à la racine

Figure 4. Le caractère le plus distinctif du millet commun est le tégument de la graine qui demeure long-temps fixé à la racine.

En 1986, ce nombre avait atteint environ 190 (figu- re 5). De plus, si l'on se fie au relevé champ par champ, que firent McCanny, Bough et Cavers, de l'Université Western Ontario, en 1985, dans les cantons de Hullet (comté de Huron) et de North Norwich (comté d'Oxford), où ils trouvèrent respectivement 47 et 23 sites additionnels, on doit en conclure que les données recueillies par les équipes de dépistage sont modestes par rapport à la situation réelle.

Figure 5. Répartition du millet commun dans le sud de l'Ontario (source : programme Gare aux mauvaises herbes du MAAO, 1986, et le dépistage complémentaire effectué par Bough & Cavers, U.W.O.).

Figure 5. Répartition du millet commun dans le sud de l'Ontario (source : programme Gare aux mauvaises herbes du MAAO, 1986, et le dépistage complémentaire effectué par Bough & Cavers, U.W.O.).

Clé des comtés et des régions : Br.=Brant, Du.=Durham, Ds.=Dundas, El.=Elgin, Gl.=Glengarry, H-N.=Haldimand-Norfolk, Hu.=Huron, H-W.=Hamilton-Wentworth, La.=Lambton, Mi.=Middlesex, Ni.=Niagara, No.=Northumberland, O-C.=Ottawa-Carleton, Ox.=Oxford, Peel=Peel, Per.=Perth, Pr.=Prescott, Re.=Renfrew, Ru.=Russell, Si.=Simcoe, St.=Stormont, Vi.=Victoria, Wa.=Waterloo, We.=Wellington, Yo.=York.

Description

Le millet commun (Panicum miliaceum L.), également connu sous le nom de panic millet, appartient à la tribu des Paniceae, sous-famille des Panicoideae, famille des Grami-nées. Il est étroitement apparenté aux mauvaises herbes suivantes, que l'on rencontre fréquemment en Ontario : le panic capillaire (Panicum capillare L.), le panic d'automne (Panicum dichotomiflorum (L.) Michx.), le panic pied-de-coq (Echinochloa crus-galli (L.) Beauv.) et la digitaire (Digitaria spp.). On cultive la plupart des plantes de cette tribu de graminées, qui est originaire des tropiques, dans les régions chaudes du globe caractérisées par un climat semi-aride. Le millet commun est une graminée annuelle de saison chaude. Sa plantule croît rapidement en une plante dressée (figure 2) qui, à faible densité de peuplement, peut former des talles. Ses feuilles, plus ou moins pubescentes sur les deux faces et en bordure, mesurent 1-2 cm de largeur et jusqu'à 30 cm de longueur. Leurs gaines foliaires, qui se recouvrent partiellement (figure 6), sont pourvues de poils denses. La ligule, située au sommet de la gaine et embras-sant la tige, consiste en une ligne de poils denses. La base des feuilles ne comporte aucune oreillette (lobe). La pani-cule très ramifiée, qui surmonte la tige et s'allonge entre 15 et 30 cm, peut être de type ouvert ou compact. Chaque rachis ne porte qu'un épillet, long de 5 mm, que composent une fleur fertile et une fleur stérile enveloppées par deux glumes. La « graine », de forme grossièrement ovée, est en fait la fleur fertile encapsulée dans le tégument rigide et brillant que composent le lemma et le paléa. La graine, longue de 3 mm et large de 2 mm, peut prendre diverses couleurs : noir brunâtre, brun olive, rouge orange, or et crème (figure 7).

Caractères distinctifs de la base des feuilles du millet commun

Figure 6. Caractères distinctifs de la base des feuilles du millet commun.

L'examen des plantes prélevées à presque tous les endroits signalés en Ontario révèle qu'il existe au moins six formes distinctes ou biotypes de millet commun indigène. Bien que la couleur des graines soit le meilleur critère de différenciation, on peut également distinguer les divers biotypes entre eux par d'autres caractères, tels que la forme de

La couleur des graines de millet commun varie de claire à très foncée

Figure 7. La couleur des graines de millet commun varie de claire à très foncée.

l'inflorescence, la dispersion éventuelle depuis l'apex, le degré de tallage, le moment de la floraison, la hauteur des graines et leur viabilité comme semence à long terme (pour une description complète, se référer à Bough, Colosi et Cavers. Can. J. Bot., 1986, 64:1188-1198). La plupart des biotypes ressemblent aux variétés qui ont été cultivées, cependant, les infestations seraient dues, dans une très grande part, au millet commun à graines brun foncé ou noires, type qui, semble-t-il, a toujours été considéré comme une mauvaise herbe et que les textes de botanique européens nomment parfois Panicum spontaneum ou P. miliaceum var. ruderale. Ce biotype sem-ble très résistant; ses graines, pour la plupart dormantes lorsque fraîches, éclatent à maturité. Jusqu'à 85 % de ces graines sont encore viables après leur premier hiver dans le sol, quelques-unes le sont encore après quatre ans. Le millet commun est très résistant à l'atrazine et à la plupart des herbicides utilisés contre les graminées annuelles. Ce millet commun à graines noires, qui est très répandu dans les comtés de Huron, de Waterloo et de Glengarry, existe également dans ceux de Perth, de Stormont et d'Ottawa-Carleton (figure 5).

En Ontario, deux autres biotypes sont également répan-dus. Le premier, qui produit des graines gris vert portant des stries de couleur crème, ressemble à l'ancienne variété cultivée dite en « couronne ». Sa panicule diffuse retient la plus grande partie des graines à maturité. Bien que très variable, la survie des graines peut atteindre 40 % dans le sol. On trouve des populations de ce biotype dans les comtés d'Oxford, de Brant, de Dundas, de Prescott et d'Ottawa-Carleton. Au Manitoba, la grave infestation qui sévit sur de vastes étendues de champs de maïs est presque exclusivement due à ce biotype qu'on rencontre aussi au Québec. Le troisième, également un biotype sauvage répandu en Ontario, produit des graines or. Il existe actuellement un certain nom-bre de variétés cultivées portant des graines de couleur or. La variabilité existant parmi les diverses populations indi-gènes semble indiquer qu'elles sont issues de variétés distinctes. Elles ont toutes une inflorescence compacte et retiennent les graines mûres sur la panicule. La survie à l'hiver varie grandement; parfois nulle, elle peut atteindre 30-40 % danscertaines populations. Quelques-unes possèdent d’autres caractéristiques des mauvaises herbes, telle une plus grande résistance aux herbicides, qui les rendent particulièrement redoutables. Le biotype or existe dans les comtés de Middlesex, d'Oxford, de Waterloo, de Perth, de York, de Durham, de Simcoe, de Northumberland et de Russell (figure 5). On le trouve également au Québec, près de la frontière onta-rienne. En Ontario, les quelques populations existantes qui por-tent des graines de couleur crème ou rouge orange ne sem-blent pas se propager. Au Québec, à proximité de la fron-tière ontarienne, il existe un biotype aux graines marron foncé dont l'état de dormance initial est prononcé mais qui n’a pas encore gagné l’Ontario.

La distribution de tous ces biotypes apparaît à la figure 5.

Le millet commun ressemble aussi à deux mauvaises herbes fréquemment rencontrées. Malgré une inflorescence semblable, le panic d'automne se distingue par ses tiges et ses feuilles presque glabres et lisses, son port plutôt étalé dû à ses tiges en zigzag, et ses graines plus petites. Le panic capillaire est une plante velue et dressée comme le millet commun, mais sa panicule est beaucoup plus délicate et la grosseur de ses graines ne fait pas la moitié de celle du millet.

Croissance

Le millet commun se développe à partir d'une graine relativement grosse, dont le tégument se décompose lente-ment et peut demeurer fixé à l'une des racines principales même après que la plante a atteint la maturité. Habituellement, la levée débute vers la troisième semaine de mai, à peu près au même moment que la sétaire jaune. La germination et la levée du millet commun se poursuivent durant toute la saison. Certains plants peuvent émerger après la récolte des céréales et produire des graines avant la gelée d'automne. De nouveaux plants peuvent également lever dans les champs de haricots blancs, de maïs et de soya pendant la maturation de la culture, au moment où le couvert végétal est clairsemé, mais habituellement, ces plants ne produisent pas de graines de semences viables. La germination est plus sporadique pour le millet commun à graines foncées que pour celui à graines claires.

Bien que de nombreuses graines germent à la surface du sol, ou près de celle-ci, la germination a lieu à une profon-deur moyenne d’environ 2,5 cm. Selon le type et le degré d'ameublissement du sol, les plantules peuvent lever depuis 7,5 à 13,5 cm de profondeur. Au début de la saison, ne souffrant d'aucune concurrence des plantes cultivées, la croissance du millet commun est extrêmement rapide. Cette mauvaise herbe atteindra 150 cm dans les champs de maïs et habituellement, 100 cm dans ceux de haricots blancs. La grande densité de peuplement de l'orge suffit à restreindre fortement l'établissement et la croissance du millet commun, et les plantules qui survivent ne s'élèvent qu'à 25 cm environ.

Dans les champs de maïs et de céréales, le millet commence à porter des graines dès la mi-juillet environ, et leur développement est complété dès le début d'août. Dans les champs semés plus tard, tels ceux de soya et de haricots blancs, les graines de millet viennent à maturité vers les deux dernières semaines d'août.

En ce qui concerne le millet commun du type foncé, comme les graines de chaque plant ne viennent pas toutes à maturité en même temps et qu'elles éclatent aussitôt que leur développement est complet, la dispersion des graines se poursuit durant les mois d'août et de septembre, et une partie d'octobre. Bien que les biotypes produisant des graines clai-res en laissent tomber quelques-unes dès leur maturité, la plupart sont portés à les retenir plus longtemps sur le plant. Les tiges et les rachis sont encore verts durant la maturation des graines.

Les infestations modérées par le millet commun produisent entre 2000 et 3000 graines au mètre carré. Les infestations graves en génèrent au moins 40 000 à 45 000 au mètre carré. La machinerie agricole, telle que les moissonneuses-batteuses et les récolteuses-hacheuses, peut répandre facilement les graines dans les champs de culture. Quelques talles de millet commun peuvent, en l’espace de quelques années, envahir toute l'étendue de culture.

Lutte contre les mauvaises herbes

L'herbicide de postlevée séthoxydime (Poast) est maintenant homologué pour la lutte contre le millet commun dans certaines cultures de dicotylédones. On peut l'utiliser dans les champs de colza, de lin, de soya, de haricots secs, de pois, d'oignons, de tomates et de pommes de terre. On re-commande de l'épandre à des doses de 0,8 à 4,4 L/ha, en conjugaison avec le concentré d’huile ASSIST (2 L/ha) – consulter la publication 75F du MAAO, Guide de lutte contre les mauvaises herbes. Pour un maximum de résultats, on doit faire le traitement au stade de 1-6 feuilles. La culture dans laquelle le millet commun est plus difficile à combattre est le maïs : l'atrazine, ainsi que les autres herbicides à base de triazine, semblent n'avoir aucun effet sur lui. En fait, dans les cultures de millet, on utilise même ces herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes. Dans la majorité des cas, l'EPTC utilisé avec son adjuvant offre une protection adéquate contre le millet commun en début de saison. Cepen-dant, plus tard dans la saison, son efficacité contre le millet commun diminue. Il faut alors adopter l'une des mesures suivantes, ou les deux, pour continuer à maîtriser la mauvaise herbe. On peut sarcler le sol en surface, entre les rangs de maïs, jusqu'à ce que les plantes cultivées soient trop hautes pour que la machinerie puisse pénétrer dans la parcelle. En postlevée, on peut aussi épandre du linuron en pulvérisation dirigée au moyen de buses fixées sur les patins. Il est im-portant de traiter sous une pression faible et de régler la hauteur de la buse de façon à éviter autant que possible les

plants de maïs. Lorsqu'on recourt à ce traitement, il faut s'assurer que l'opérateur est conscient des risques pour la culture. La plus haute feuille libre du maïs doit s'élever à plus de 38 cm. Ne pas pulvériser au-dessus du maïs. Pour les plantules de millet commun d'au plus 5 cm de hauteur, on peut utiliser la dose minimale recommandée. La dose maximale s'impose dans le cas de plantules plus hautes. Ne pas pulvériser de linuron sur les plants de millet commun dépas-sant 20 cm de hauteur. Un minimum de 60 jours est néces-saire entre le traitement et la récolte.

La meilleure méthode de lutte contre le millet commun demeure la rotation des cultures, substituant au maïs, de la luzerne, des petites céréales ou peut-être du soya. La luzerne et les petites céréales, particulièrement l'orge, font une bonne concurrence au millet commun, mais ce dernier risque de s'établir après la récolte. Puisqu'il est possible de pulvériser du séthoxydime sur le soya, l'assolement comportant cette culture est également efficace. Tel qu'il est mentionné plus haut, certaines populations de millet commun appartenant à un biotype autre que le noir résistent mal aux rigueurs de l'hiver. Dans les essais effectués par les auteurs de la pré-sente fiche, aucune graine de ces biotypes n'a survécu deux hivers dans le sol, contrairement aux graines noires qui vivent plus de quatre ans. Pourvu qu'aucune nouvelle graine ne pénètre dans le sol, on devrait pouvoir éliminer totalement les biotypes autres que noirs en moins de deux ans. Comme la plupart de ces populations retiennent les graines sur l'inflorescence après leur maturité, on pourrait facilement empêcher les graines de s'établir dans le sol en arrachant manuellement les plants croissant en petits groupes. Enfin, un autre excellent moyen d'éviter l'envahissement des cultures par le millet commun, consiste à adopter des mesures de salubrité en production végétale. On peut éviter certains problèmes par la lutte précoce contre l'infestation, par l'emploi de semences exemptes de mauvaises herbes et par le retrait des graines logées sur l'équipement agricole avant de passer d'un champ à l'autre. Il faut tirer une bonne leçon de ce qui est survenu au Wisconsin et au Minnesota, où le millet commun y fut décelé pour la première fois en 1970 et où, dès 1980, 400 000 hectares de terres de première qualité étaient déjà infestés par le millet commun. La propa-gation fut causée principalement par les moissonneuses-batteuses des conserveries qui disséminèrent les graines d'un champ de maïs sucré à l'autre. Ce qu'il ne faut surtout pas oublier, c'est que le millet commun se propage rapidement, qu'il a envahi d'immenses étendues de culture au Wisconsin, au Minnesota et dans les États avoisinants, et qu'il est en voie de devenir un problème majeur en Ontario.


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