Ver de l'épi du maïs


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 253/612
Date de publication : 12/95
Commande no. 95-066
Dernière révision : 12/95
Situation : aucune
Rédacteur : Paul Hagerman - ancien conseiller en lutte antiparasitaire/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Migration
  3. Cycle biologique
  4. Dommages
  5. Surveillance
  6. Lutte

Introduction

Le ver de l'épi du maïs (Helicoverpa zea, auparavant nommé Heliothis zea) cause des dégâts importants en fin de saison dans les cultures de maïs sucré de l'Ontario. Il est responsable du déclassement d'un fort pourcentage d'épis. Les vers de l'épi du maïs se nourrissent presque exclusivement du sommet des épis, ne laissant aucune trace apparente sur les spathes ou les feuilles. La légionnaire d'automne, un autre ravageur de fin de saison, se nourrit copieusement, quant à elle, des feuilles. Elle pénètre souvent jusqu'à l'épi par le côté. La pyrale du maïs, présente pendant toute la saison, se nourrit de toutes les parties de la plante. La plupart des agriculteurs estiment qu'un programme de pulvérisation intensif s'impose pour venir à bout de ces insectes.

Le ver de l'épi du maïs s'attaque à différents hôtes, dont un grand nombre de cultures de labour et de mauvaises herbes. Dans d'autres zones de son aire de distribution, on l'appelle aussi ver de la capsule du coton, noctuelle de la tomate ou noctuelle verdoyante. En Ontario, toutefois, il ne constitue un réel problème que pour le maïs sucré. La plupart du temps, le maïs de semence est récolté avant le gros des dégâts. Cet insecte n'a par ailleurs pas d'incidence économique sur le maïs de grande culture.

Migration

Le ver de l'épi du maïs est l'une de plusieurs espèces qui ne survivent pas aux hivers ontariens. Le froid anéantit en effet la population au grand complet. Chaque printemps, les noctuelles provenant des populations qui hivernent dans le sud des États-Unis et au Mexique viennent s'établir en Ontario. Elles entreprennent leur migration vers le nord autour du mois de mai et atteignent habituellement l'Ontario au cours du mois d'août. Comme les noctuelles ne pourraient parcourir pareille distance au vol, ce sont les vents forts qui les transportent. Les brises chaudes du sud qui soufflent sur l'Ontario en été emportent les noctuelles sur de grandes distances. La pluie, souvent apportée par ces vents, fait retomber les noctuelles au sol.

Leur migration étant étroitement liée aux conditions atmosphériques, les noctuelles arrivent en Ontario à des périodes différentes chaque année, tantôt dès la fin juillet, tantôt en septembre seulement.

L'aire de distribution du ver de l'épi du maïs en Ontario varie également d'une année à l'autre. Bien qu'on observe en général des populations plus importantes dans les comtés qui bordent les lacs Érié et Ontario, il arrive, certaines années, que des parties de la province soient tout à fait épargnées. Ainsi, en 1994, aucune infestation par le ver de l'épi du maïs n'a été signalée dans les régions situées à l'est de Toronto. Il arrive par ailleurs qu'à quelques kilomètres seulement de zones gravement infestées, se trouvent des champs de maïs où le ver de l'épi du maïs brille par son absence.

Cycle biologique

Le cycle biologique du ver de l'épi du maïs comporte quatre stades. Ce ravageur envahit l'Ontario au stade de la noctuelle. Les noctuelles pondent des oeufs d'où sortent des larves (chenilles). Après s'être nourries pendant deux à quatre semaines, les larves se transforment en pupes. En Ontario, les larves sont généralement tuées par le gel avant la pupaison. Dans les régions plus clémentes, des noctuelles adultes sortent des cocons et le cycle recommence.

Noctuelle

Le ver de l'épi du maïs adulte est de couleur ocre ou chamois. L'envergure de ses ailes est de 3,5 à 4 cm (1,3  - 1,5 po; figure 1). Parfois ponctuées de plusieurs taches sombres, les ailes antérieures présentent toujours en plein centre un point brun clairement visible du dessous de l'aile et qu'on devine plutôt du dessus. Très pâles, les ailes postérieures sont bordées de brun plus foncé. Les yeux des noctuelles vivantes sont vert clair, mais cette teinte s'assombrit et tire sur le vert olive ou le brun quelques jours après la mort. Il n'y a pas de moyen facile de distinguer les noctuelles mâles des femelles.

Noctuelle du ver de l'épi du maïs.

Figure 1. Noctuelle du ver de l'épi du maïs.

Oeuf

Bien qu'on puisse trouver des oeufs sur toutes les parties du plant de maïs, les vers de l'épi du maïs pondent presque tous leurs oeufs sur des soies fraîches, si celles-ci sont disponibles. La femelle pond ses oeufs un à un, mais peut, en une nuit, en pondre plus d'une centaine. Chaque femelle peut pondre plus d'un millier d'oeufs au cours de sa vie. L'oeuf est presque sphérique et pratiquement de même couleur et de même diamètre qu'une soie (figure 2 et figure 3). La plupart des oeufs sont déposés dans le tiers extérieur de la longueur des soies. Ils mettent entre 2 et 10 jours pour éclore, selon la température.

Oeuf du ver de l'épi du maïs sur une soie fraîche (taille réelle).

Figure 2. Oeuf du ver de l'épi du maïs sur une soie fraîche (taille réelle).

Oeuf grossi 10 fois.

Figure 3. Oeuf grossi 10 fois.

Larve

Une fois écloses, les larves (figure 4) se déplacent sur les soies en direction de l'épi. Après s'être nourries des soies à l'intérieur des spathes pendant quelques jours, elles s'attaquent aux grains de maïs au sommet de l'épi. Les vers sont d'une longueur pouvant atteindre jusqu'à 3,7 cm (1,5 po) et présentent sur le corps des bandes longitudinales (figure 5). C'est à sa taille et à la présence de ses rayures qu'on distingue le ver de l'épi du maïs de la pyrale du maïs, et c'est à la couleur chamois de sa tête qu'on le distingue de la légionnaire d'automne. Voir le tableau 1 pour une description plus détaillée de ces trois ravageurs.

Larve du ver de l'épi du maïs peu après l'éclosion. Noter les bandes longitudinales sur le corps.

Figure 4. Larve du ver de l'épi du maïs peu après l'éclosion. Noter les bandes longitudinales sur le corps.

Larve entièrement développée; sa longueur peut atteindre 3,7 cm (12 po). Noter la tête de couleur ocre et les bandes sur son corps.

Figure 5. Larve entièrement développée; sa longueur peut atteindre 3,7 cm (1,5 po). Noter la tête de couleur ocre et les bandes sur son corps.

Tableau 1. Comparaison des vers qui ravagent le maïs sucré
Pyrale du maïs Légionnaire d'automne Ver de l'épi du maïs
Corps

Tacheté

Blanchâtre tirant sur le rose avec des taches foncées; des bandes claires sont parfois visibles.

Rayé

Grisâtre ou brunâtre, à bandes caractéristiques.

Rayé

Jaunâtre, verdâtre ou brunâtre, à bandes caractéristiques.

Tête De brun moyen à brun foncé. De brun foncé à noir, avec un * Y + inversé blanc bien apparent. Ocre; un * Y + peu prononcé est parfois visible.
Longueur de la larve entièrement développée 2,5 cm (1 po). 3,7 cm (1,5 po). 3,7 cm (1,5 po).
Bande longitudinale sur le dos Aucune. Bande large unique. Deux lignes fines.
Crochets* des fausses pattes que porte l'abdomen (observables avec une loupe grossissant 10 X) Crochets formant un cercle complet ou presque. Crochets formant une ligne droite, un arc ou un demi-cercle. Crochets formant une ligne droite, un arc ou un demi-cercle.
Nourriture Se nourrit de toutes les parties de la plante. Se nourrit copieusement des feuilles; pénètre habituellement dans l'épi par les côtés. Se nourrit presque exclusivement du sommet de l'épi, en s'y rendant par les soies.

* L'examen des crochets sous une loupe est le moyen le plus sûr de distinguer la pyrale du maïs des deux autres espèces.

Dommages

S'il y a infestation par les vers de l'épi du maïs, tous les épis de maïs sucré ayant des soies fraîches exposées sont susceptibles d'être endommagés. Au moment où se développent les panicules, le maïs n'a pas besoin d'être protégé des vers de l'épi du maïs, bien qu'il puisse être attaqué par d'autres ravageurs. Lorsque des champs où les semis ont été échelonnés sont situés à proximité les uns des autres, le gros de la ponte se fera vraisemblablement dans le champ où les plants de maïs présentent le plus de soies fraîches exposées; les autres champs ne sont pas protégés pour autant.

En général, les vers de l'épi du maïs se nourrissent uniquement des grains de maïs sucré. Ils partent du sommet de l'épi et descendent au fur et à mesure qu'ils grandissent. Les dégâts se limitent presque toujours au tiers supérieur de l'épi. Les excréments laissés par les vers prennent la forme de gros grains humides parmi les soies et au sommet de l'épi. Les vers de l'épi du maïs ne creusent pas de galeries à l'intérieur de la rafle de maïs comme le font parfois les pyrales du maïs et les légionnaires d'automne.

Bien que les vers de l'épi du maïs n'endommagent qu'une petite partie seulement des grains de maïs, leur présence sur les épis et la sciure qu=ils produisent sont répugnants pour la plupart des consommateurs. À moins que la lutte contre le ver de l'épi du maïs ait parfaitement réussi, les producteurs sont contraints de vérifier les épis au moment de la récolte et de rejeter ceux qui sont endommagés. Les épis infestés peuvent parfois être mis en marché, pourvu que le sommet de l'épi soit enlevé, mais cette pratique réduit considérablement la durée de conservation du maïs. Les épis de maïs sucré dont le sommet présente des signes d'infestation peuvent quand même servir à la transformation, étant donné que le sommet de l'épi n'entre pas dans le produit fini.

En plus des dommages directs qu'ils causent, les vers de l'épi du maïs rendent par ailleurs la culture plus vulnérable aux attaques d'autres ravageurs, dont les nitidules, qui sont attirées par l'odeur des sucres de fermentation une fois que les vers de l'épi du maïs ont commencé à se nourrir des grains de maïs sucré. Dans le maïs de grande culture, les moisissures qui se développent dans les grains endommagés peuvent engendrer des problèmes de toxicité pour le bétail.

Surveillance

En raison de sa biologie, le ver de l'épi du maïs se prête très bien à un programme de surveillance des insectes à la ferme. L'insecte n'est présent qu'à certaines périodes de l'année, et sa distribution est sporadique, de sorte que le producteur peut en faire la surveillance sans trop de dépenses et avoir suffisamment de temps pour mettre sur pied un programme de lutte une fois qu'une infestation a été décelée.

Le MAAARO surveille le ver de l'épi du maïs ainsi que d'autres ravageurs du maïs sucré en plusieurs points de la province. Pour s'informer sur l'activité des insectes nuisibles dans une région en particulier, appeler l'agriphone régional. Bien que les données régionales soient utiles, rien ne vaut pour un producteur la numération des insectes qu'il effectue à l'aide de pièges installés dans ses champs.

La surveillance des vers de l'épi du maïs se fait à l'aide du piège à Heliothis fabriqué par Scentry Inc. (figure 6). Un attractif sexuel (le ruban Luretape pour les vers de l'épi du maïs fabriqué par Hercon), constitué d'une phéromone imitant la substance sécrétée par la femelle, est placé dans le piège. Les noctuelles mâles du ver de l'épi du maïs sont attirées par la phéromone et sont prises au piège. Comme ce piège ne prend que des mâles, il ne peut servir à maîtriser une infestation. Il n'en est pas moins utile pour déceler la présence des insectes et évaluer l'importance de la population. (Pour de l'information sur les pièges et la façon de les commander, consulter un spécialiste régional local de la lutte contre les ennemis des cultures).

Le piège à Heliothis appâté avec une phéromone est un moyen simple de surveiller les populations de vers de l'épi du maïs.

Figure 6. Le piège à Heliothis appâté avec une phéromone est un moyen simple de surveiller les populations de vers de l'épi du maïs.

On recommande au producteur de maïs sucré d'utiliser au moins deux pièges à Heliothis pour surveiller les populations de vers de l'épi du maïs. Il doit placer un piège dans chacun des deux champs de maïs qui sont les plus éloignés l'un de l'autre. S'il utilise deux pièges dans un même champ, il devrait les placer aux deux extrémités opposées du champ. Déplacer les pièges aussi souvent qu'il le faut afin qu'ils soient toujours adjacents à un champ où les soies sont fraîchement sorties. Installer les pièges au début de juillet et les vérifier deux fois par semaine. Remplacer toutes les deux semaines la phéromone utilisée comme attractif. (La phéromone se conserve au réfrigérateur ou au congélateur.)

Ce n'est en général qu'en août que l'on prend au piège les premiers vers de l'épi du maïs. Comparer les noctuelles à la figure 1 pour s'assurer qu'il s'agit bien de vers de l'épi du maïs et non d'une espèce semblable. À compter de l'arrivée des premiers vers de l'épi du maïs, commencer à vérifier les pièges trois fois par semaine. Continuer la surveillance tant qu'il y a encore des soies fraîches dans le champ qui a été ensemencé le dernier.

Lutte

Lutte non chimique C

Avant l'avènement des insecticides modernes, les producteurs de maïs appliquaient de l'huile minérale sur les soies de chaque épi pour empêcher les invasions de vers de l'épi du maïs. Certains producteurs pratiquant l'agriculture biologique et certains jardiniers amateurs recourent encore occasionnellement à cette méthode, qui maîtrise efficacement le ravageur, mais qui est laborieuse et qui laisse au sommet de l'épi une trace d'huile susceptible de rendre le produit moins attrayant pour le consommateur.

Plusieurs prédateurs et parasites, dont les coccinelles, les chrysopes, les punaises prédatrices et les mouches et guêpes parasites, s'attaquent aux oeufs et aux larves du ver de l'épi du maïs. Ces insectes utiles, naturellement présents dans le champ, exercent une influence constante sur les populations de vers de l'épi du maïs. Ils ne suffisent pas toutefois à prévenir les pertes économiques. À ce jour, le marché n'offre aucun agent de lutte biologique qui parvienne à maîtriser efficacement cet insecte nuisible.

Ceux qui veulent éviter les dégâts causés par le ver de l'épi du maïs sans recourir aux insecticides sont forcés de semer tôt. Le maïs sucré récolté avant la mi-août est habituellement exempt de vers de l'épi du maïs. Plus tard, les insecticides sont nécessaires pour protéger la culture.

Lutte chimique C

Des pulvérisations d'insecticides tous les 3 à 7 jours pendant qu'il y a des soies fraîches permettent de maîtriser les populations de vers de l'épi du maïs. Les pulvérisations donnent un maximum de résultats lorsqu'elles tiennent compte des numérations d'insectes et de la température (voir le tableau 2 pour les intervalles entre les pulvérisations). Comme les risques de dommages augmentent avec l'accroissement des populations de vers de l'épi du maïs, plus les populations sont importantes, plus l'intervalle entre les pulvérisations se resserre. L'intervalle nécessaire diminue également par temps chaud, car plus la température est élevée, plus les soies croissent rapidement et plus les insecticides se dégradent rapidement.

Le choix de l'insecticide est très important dans la lutte contre le ver de l'épi du maïs. Une résistance à certains produits appartenant au groupe des carbamates (p. ex. Sevin, Furadan) rend ces produits inefficaces. Il reste les pyréthrinoïdes de synthèse; la publication 363F du MAAO, Recommandations pour les cultures légumières, dresse la liste des produits actuellement offerts sur le marché.

Étant donné que les activités de ponte surviennent au crépuscule et que les pyréthrinoïdes agissent mieux par temps frais, il est préférable de pulvériser le soir. Diriger les buses vers les épis et prendre soin de bien mouiller les soies.

Tableau 2. Intervalles entre les pulvérisations contre le ver de l'épi du maïs (source: Cooperative Extension, Univ. du Massachusetts)
  Noctuelles/piège/semaine  Température diurne maximale
Moins de 27 °C
 Température diurne maximale
Plus de 27 °C
 1 - 6
 5 - 7 jours
 5 - 7 jours
 7 - 90
 5 jours
 4 jours
 plus de 90
 4 jours
 3 jours

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca