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Le charançon de la luzerne

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 121/622
Date de publication : 01/94
Commande no. 94-026
Dernière révision : 01/94
Situation : aucune
Rédacteur : G. Peng - MAAO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Dommages
  3. Biologie
  4. Détection de l'infestation
  5. Moyens de lutte

Introduction

Le charançon de la luzerne, Otiorhynchus ligustici, est un insecte qui a été introduit en Amérique du Nord. Signalé pour la première fois dans l'État de New York, il est devenu, dans cette région, un ravageur d'une certaine importance depuis 1933. Au cours des 60 dernières années, le charançon s'est répandu dans cet État principalement en direction du nord-est. En Ontario, on dénombre deux foyers d'infestation situés à 80 km de distance l'un de l'autre. Le premier se trouve dans l'île Wolfe, où il a été découvert en 1967. Le deuxième foyer d'infestation, près de Prescott et de Brockville dans les comtés de Grenville et de Leeds, concerne une aire d'environ 14 km2. Plusieurs exploitations de cette zone ont subi de sérieux dommages.

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Dommages

Le charançon de la luzerne est le seul insecte nuisible capable de ravager entièrement une luzernière en l'espace de seulement un ou deux ans. L'adulte (figure 1), qui se nourrit des feuilles et des tiges de la luzerne, ne cause que des dommages marginaux. Ce sont les larves (figure 2) qui, en dévorant les racines, entraînent souvent la mort des plants à l'automne (figure 3). Ces ravageurs sectionnent les racines secondaires et creusent un sillon tout autour de la racine principale, qu'elles finissent parfois par couper complètement. Dans certains cas, les larves s'attaquent à la surface de la racine principale et y découpent une profonde rainure en spirale (figure 4), ou bien elles pénètrent jusqu'au coeur de la racine qu'elles vident de sa substance, laissant l'écorce intacte. A l'automne, certains plants attaqués par le charançon se reconnaissent à leur jaunissement et souvent à la disparition des feuilles. Lorsqu'un champ est gravement infesté, la luzerne est morte par plaques entières (figure 5). On estime que dans l'exploitation laitière moyenne une infestation de charançons entraîne, au bas mot, une augmentation de 20-30 % des frais d'alimentation du bétail par suite du coût accru de production de la luzerne, de la mauvaise qualité du fourrage et des achats à l'extérieur de foin de grande qualité.

Charançon de la luzerne à l'état adulte.

Figure 1. Charançon de la luzerne à l'état adulte.

Le charançon de la luzerne peut s'en prendre à d'autres hôtes. Ses larves affectionnent particulièrement la luzerne, mais elles peuvent aussi s'attaquer à toutes les espèces de trèfle, de vigne et de fraisier. Elles s'en prennent même parfois à des mauvaises herbes, en particulier à celles qui ont des racines charnues comme la carotte sauvage et le pissenlit.

Larve du charançon de la luzerne.

Figure 2. Larve du charançon de la luzerne.

Dommages des larves du charançon apparaissant sur les parties aériennes de la luzerne à l'arrière-saison.

Figure 3. Dommages des larves du charançon apparaissant sur les parties aériennes de la luzerne à l'arrière-saison.

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Biologie

Le charançon de la luzerne a un cycle vital de deux années dont la majeure partie se passe sous terre. Ce ravageur est donc difficile à repérer et ses larves peuvent commettre leurs méfaits avant même que le producteur ne soupçonne l'infestation. Tous les adultes sont femelles et un seul individu introduit accidentellement dans une zone non infestée suffit pour donner naissance à un nouveau foyer d'infestation. Les adultes, non ailés, ne peuvent migrer qu'en se déplaçant à la surface du sol, à raison de plusieurs centaines de mètres par an; néanmoins, ils peuvent se propager plus loin en empruntant certains moyens de transport, par exemple les cours d'eau. Les adultes peuvent être colportés sur de longues distances lorsqu'ils se trouvent dans du gravillon de carrière ou du foin fraîchement mis en balles, sur des machines agricoles et même dans des ruches.

Racine pivotante d'un plant de luzerne rongé par le charançon.

Figure 4. Racine pivotante d'un plant de luzerne rongé par le charançon.

Zones dévastées par le charançon dans une luzernière.

Figure 5. Zones dévastées par le charançon dans une luzernière.

Le charançon hiberne à l'état adulte dans une coque de pupaison dont il se dépouille tôt au printemps, normalement dans la deuxième moitié d'avril. Il se nourrit des nouvelles pousses qui sortent des collets de la luzerne, puis il migre pour pondre ses oeufs. Lorsque les charançons pullulent, on peut remarquer leur migration le long des chemins et à la lisière des champs. L'insecte enfouit ses oeufs un à un autour des collets de luzerne, dans les cinq premiers centimètres de sol. Par temps humide, les oeufs peuvent être déposés à la surface du sol. En moyenne, chaque insecte pond plus de 300 oeufs qui donnent naissance au bout de deux semaines à de minuscules larves sans pattes qui dévorent d'abord les collets, puis bientôt les racines secondaires et principales des pieds de luzerne. A la fin de l'été, les larves, qui ont presque achevé leur croissance (elles mesurent environ 1,2 cm ou 2 po de long), s'enfoncent profondément dans le sol où elles hibernent. Au printemps suivant, elles remontent à la surface, se nourrissent de nouveau jusqu'au milieu de l'été, se pupifient et deviennent des adultes inactifs qui séjourneront sous terre jusqu'au printemps suivant.

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Détection de l'infestation

On peut déceler une nouvelle infestation en parcourant les luzernières au début du printemps et à la fin de l'été. Dans la deuxième moitié d'avril et au début de mai, les producteurs des parties sud des comtés de Grenville et de Leeds ont intérêt à surveiller leurs luzernières et les chemins qui les longent pour déceler la migration des charançons adultes et les zones dénudées au sein des champs. Celles-ci se voient bien au début du printemps, mais elles sont ensuite rapidement gagnées par les graminées et les mauvaises herbes. Il est fréquent au cours des années sèches que les plants gravement endommagés jaunissent vers la fin d'août, puis dépérissent et virent au brun vers la mi-septembre. Dans une luzernière fortement infestée, on peut découvrir à l'automne de nombreuses zones où la luzerne est morte. Il est conseillé de déterrer tout plant suspect et de l'examiner pour repérer les dommages et la présence des larves du charançon. Les années normales ou pluvieuses, les plants jaunis sont parfois peu nombreux au début de l'automne. Toutefois, au cours de l'hiver et du printemps qui suivent, les plants de luzerne gravement endommagés par le chanrançon sont fréquemment sujets au déchaussement.

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Moyens de lutte

La première ligne de défense consiste à éviter de colporter les charançons vers les zones non infestées. On réduit ce risque en prenant les précautions suivantes :

  1. Nettoyer consciencieusement les machines agricoles avant de quitter un champ infesté.

  2. Éviter de charrier du gravillon de carrière hors de la zone infestée au cours de la période active du charançon adulte, c'est-à-dire approximativement du début d'avril au début de juin.

  3. Pendant cette même période, éviter également d'emporter les ruches hors de la zone infestée.

  4. Entreposer le foin de première coupe d'une luzernière infestée au moins deux mois avant de l'expédier ailleurs. Le risque de propagation de l'insecte n'existe plus au moment des deuxième et troisième coupes.

La rotation de la luzerne avec des cultures inhospitalières à l'égard du charançon interrompt le cycle vital de ce ravageur et en diminue nettement la population. Les cultures inhospitalières sont le maïs, les céréales à paille et le soya. Dans les champs très infestés, il est recommandé de cultiver des cultures de rotation pendant au moins deux ans pour réduire fortement la population du ravageur.

On ne devrait jamais installer une luzernière dans un champ ayant porté une culture de luzerne qui était gravement infestée et qu'on a enfouie car une telle pratique pourrait entraîner la perte totale du nouveau semis. De même, il ne sert à rien d'enfouir au printemps une luzernière infestée qui borde une jeune luzernière puisque la plupart des adultes pourraient envahir ce nouveau champ.

On ne connaît pas en Ontario d'ennemi naturel capable de combattre efficacement le charançon de la luzerne. Au cours de recherches cependant, on a trouvé des larves de charançon qui étaient parasitées par une espèce de nématode. L'introduction de nématodes dans des luzernières infestées a permis de tenir l'insecte en échec et de réduire nettement les dommages. Toutefois, il n'existe pas encore dans le commerce de produit biologique permettant de lutter contre ce ravageur.

Nous tenons à remercier le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

 

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca