Cochenilles des arbres fruitiers


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 210/624
Date de publication : 10/90
Commande no. 90-225
Dernière révision : 10/90
Situation : aucune
Rédacteur : Kevin W. Ker - conseiller en lutte antiparasitaire/MAAARO;Gerald M. Walker - conseiller en lutte antiparasitaire/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Biologie
  3. Techniques de dépistage
  4. Lutte

Introduction

En Ontario, les cochenilles sont des ennemis redoutables des arbres fruitiers. Il y en existe plusieurs espèces : la cochenille virgule du pommier, Lepidosaphes ulmi (Linn.), la lécanie, Parthenolecanium spp., la cochenille de San José, Quadraspidiotus perniciosus (Comstock), la cochenille ostréiforme, Q. ostreaeformis (Curtis), ainsi que de nombreuses autres espèces de moindre importance. Les plus dommageables sont la cochenille de San José et la cochenille ostréiforme, espèces qu'on trouve partout en Ontario depuis quelques années. Ces deux ennemis peuvent infliger des dégâts directement aux fruits, affaiblir les arbres en suçant leur sève et même causer la mort des branches par épuisement. Déjà au début du siècle, les données révélaient que de fortes infestations de cochenilles pouvaient entraîner la mort des arbres portant des fruits à chair tendre, comme le pêcher, le prunier et le cerisier.

Quoique la cochenille de San José et la cochenille ostréiforme causent des dégâts similaires, leur biologie et leur fécondité diffèrent sensiblement. Par conséquent, il importe de choisir judicieusement les méthodes de lutte.

Biologie

Cochenille de San José

Signalée il y a plus de 90 ans en Ontario, la cochenille de San José s'attaque à plus de 700 espèces végétales. Dans cette province, elle donne deux générations par saison. Elle hiberne au premier stade nymphal, sous un mince bouclier cireux. En raison de sa couleur, on emploie le terme « tête noire » pour désigner ce stade (figure 1). On retrouve surtout les têtes noires sur le bois rugueux ou à proximité du tronc, sous les plaques d'écorce des charpentières, ainsi que sur le jeune bois situé dans le centre supérieur du houppier et n'ayant reçu qu'une pulvérisation partielle. L'insecte proprement dit a le corps mou et se cache sous un bouclier cireux qui le protège de l'eau et du vent. La cochenille ne peut se mouvoir sur la plante hôte tant qu'elle se trouve sous cette exuvie cireuse. Peu avant l'éclatement des bourgeons (fin de mars ou avril), les cochenilles commencent à se nourrir de la sève des arbres et à sécréter des couches additionnelles de cire. À la floraison, il est possible de distinguer les mâles des femelles par la forme de leur corps et celle des exuvies cireuses. Sous leur bouclier cireux, les mâles ont le corps allongé, de couleur jaune pâle, les yeux foncés et un prolongement de la base de l'abdomen, appelé style caudal. Par contre, le corps des femelles, de couleur jaune foncé et de forme ovale, se termine en pointe à une extrémité (figure 2). La surface externe du bouclier de la femelle est plutôt arrondie et prend la forme d'un mamelon en son centre, alors que l'exuvie du mâle est allongée et son mamelon se forme à une extrémité (figure 3).

Nombreuses cochenilles (têtes noires) sur l'écorce.

Figure 1. Nombreuses cochenilles (têtes noires) sur l'écorce.

Cochenilles dépourvues de leur bouclier : mâle (à gauche) et femelle (à droite).

Figure 2. Cochenilles dépourvues de leur bouclier : mâle (à gauche) et femelle (à droite).

Cochenille femelle adulte près d'une écaille de cire circulaire.

Figure 3. Cochenille femelle adulte près d'une écaille de cire circulaire.

La période de sortie et de vol des mâles dure environ quatorze jours et atteint habituellement son activité maximale au moment de la pleine floraison du cultivar de pomme McIntosh. Alors que les femelles restent fixées sur la plante hôte, les mâles doivent partir à leur recherche pour s'accoupler. Environ quatre à six semaines après l'accouplement, les femelles donnent naissance à une multitude de larves dites mobiles. En effet, mis à part les mâles adultes, seules ces larves sont capables de se mouvoir sur la plante hôte ou d'une plante à l'autre. La femelle adulte pond de façon continue depuis la fin de juin jusqu'au début d'août. Durant cette période de quatre à six semaines, elle produit environ 400 larves.

Les larves mobiles se dispersent sur la plante hôte jusqu'à ce qu'elles trouvent un site d'alimentation adéquat (écorce ou fruit). En raison de leur petite taille et de leur faible poids, les larves peuvent être transportées vers d'autres plantes hôtes par le vent, par les insectes et même par les oiseaux. En général, la plupart des larves mobiles ne se déplacent pas à plus d'un mètre du parent femelle pour trouver un site d'alimentation. Entre 48 et 72 heures après la naissance, les larves mobiles ont déjà choisi un tel site. Elles insèrent alors leur tube d'alimentation (rostre) dans les tissus de la plante hôte, commencent à se nourrir et à excréter les filaments cireux qui formeront leur bouclier protecteur. La couche initiale de cire est visible dans les 24 heures suivant le premier repas. Le développement de ces nymphes jusqu'au stade adulte prend six semaines, donnant ainsi une nouvelle génération d'adultes au début d'août. La période d'accouplement et de gestation de cette deuxième génération est beaucoup plus brève : les femelles donnent naissance à des larves mobiles de la mi-août à la fin octobre. Dans la plupart des vergers, c'est cette seconde génération de larves mobiles qui infeste les fruits et cause des pertes économiques directes. Le développement de deux générations par année résulte en une hausse considérable de la population de cochenilles de San José et augmente les risques de dommages aux cultures.

Cochenille ostréiforme

Le cycle vital de la cochenille ostréiforme est semblable à celui de la cochenille de San José, sauf qu'il ne comprend qu'une seule génération par année. La cochenille ostréiforme s'attaque à un nombre plus restreint de plantes hôtes, soit principalement aux genres fruitiers Malus (pommes), Pyrus (poires) et Prunus (fruits à chair tendre).

La période intense de vol des mâles se produit vers la chute des pétales du cultivar McIntosh. La femelle adulte débute sa ponte à la fin juin et la poursuit jusqu'à la fin octobre. À l'exemple de la cochenille de San José, la femelle donne naissance à environ 400 nymphes.

Cochenille virgule du pommier

Contrairement aux deux autres espèces, la cochenille virgule du pommier hiberne au stade d'oeuf sous l'écaille de cire sécrétée la saison précédente par la femelle adulte. L'éclosion des oeufs commence peu avant la floraison du cultivar McIntosh et se poursuit après la chute des pétales, jusqu'au début de l'été. Les larves mobiles sont actives durant 48 à 72 heures avant de se fixer définitivement. À la mi-août, les insectes abrités par les écailles sont parvenus à l'âge adulte; les mâles partent alors s'accoupler avec les femelles, immobiles. Les femelles nouvellement accouplées meurent après avoir pondu les oeufs qui assureront la survie du ravageur au printemps. Il n'y a qu'une seule génération de cochenille virgule du pommier (figure 4) par année. Cette espèce de cochenille constitue un ennemi d'ordre secondaire : il ne cause que des dégâts sporadiques dans les régions fruitières.

Cochenille virgule du pommier sur de l'écorce.

Figure 4. Cochenille virgule du pommier sur de l'écorce.

Techniques de dépistage

Pour la plupart des producteurs, les fruits endommagés par les cochenilles au cours de la récolte précédente constituent le premier indice d'une infestation. Les dégâts infligés aux fruits prennent la forme de petites taches rouges très nombreuses et concentrées dans la région du calice. Ces taches sont très visibles sur des fruits de couleur pâle (figure 5A et figure 5B) telles les pêches Loring, les pommes Mutsu et les prunes Shiro. Puisque les cochenilles se déplacent peu, il est possible de repérer les endroits infestés du verger ou « foyers » d'infestation et d'adopter les mesures correctives avant que le verger entier ne soit affecté. Les cultivars fruitiers à l'écorce rugueuse sont souvent les premiers infestés car les fissures de l'écorce fournissent aux cochenilles un excellent abri contre les pesticides et les prédateurs. Pendant la taille, le producteur peut facilement déceler la présence de cochenilles sur l'écorce. S'il y a une forte infestation, l'écorce aura l'aspect rugueux du papier de verre. Les pêchers gravement infestés peuvent sécréter un miellat qu'on risque de prendre à tort pour une infection causée par un chancre. Une fois dénudé au couteau, le bois sous-jacent révèle une décoloration typique (figure 6). La tache causée par la cochenille de San José est pourpre, alors que celle laissée par la cochenille ostréiforme a plutôt l'apparence d'une tache brun délavé. Les cultivars de pomme Délicieuse et ses lignées (Empire, etc.) sont les meilleurs indicateurs car les cochenilles ont tendance à se fixer sur des hôtes échappant aux pulvérisations routinières d'huile supérieure.

Dégâts et décoloration causés par des cochenilles sur des pêches.

Figure 5a. Dégâts et décoloration causés par des cochenilles sur des pêches.

Infestation de cochenilles et décoloration de la région proximale du calice d'une pomme.

Figure 5b. Infestation de cochenilles et décoloration de la région proximale du calice d'une pomme.

Décoloration du cambium sous l'écorce causée par la cochenille de San José.

Figure 6. Décoloration du cambium sous l'écorce causée par la cochenille de San José.

Pour établir la présence de cochenilles, il faut d'abord prélever des rameaux et des morceaux d'écorce pendant la saison de dormance ou au moment de la taille. Pour les pommiers, on doit prélever dans dix arbres appartenant à un bloc fruitier des échantillons d'écorce mesurant 5 cm2 (1/2 po x 2 po) et provenant des charpentières ou du tronc de l'arbre. Pour les arbres donnant des fruits à chair tendre et pour les pommiers nains, il faut examiner 10 à 20 lambourdes provenant de la partie intérieure de la cime de dix arbres (une ou deux lambourdes par arbre) dans les endroits où l'on soupçonne une infestation de cochenilles.

Le dépistage des larves mobiles est aussi possible, mais il n'est pas recommandé car il ne donne aucun renseignement utile concernant les moyens de lutte à adopter. Quelques articles scientifiques signalent qu'on a réussi à dépister les larves mobiles sur des arbres infestés en entourant leurs charpentières de ruban à épisser noir dont la face adhésive est tournée vers l'extérieur. Il faut placer le ruban avant la mi-juin et le remplacer aux deux ou trois semaines pendant la saison. Il est alors facile d'identifier les larves par leur corps jaune contrastant sur le fond noir.

Lutte

Sur le plan économique, il n'existe pas de seuil d'intervention défini pour les cochenilles s'attaquant aux arbres fruitiers. Dans la plupart des cas, tout dégât infligé aux fruits impose l'application de mesures correctives le printemps suivant.

Il est conseillé d'appliquer de l'huile supérieure aux deux ou trois ans pour empêcher les populations de cochenilles d'atteindre une densité dangereuse. Lorsque les fruits sont endommagés, des traitements à l'huile supérieure, répétés pendant deux ou trois saisons consécutives, permettent de maîtriser les populations. Puisque les cochenilles se fixent sous l'écorce, il est important d'utiliser une abondante quantité d'eau pour assurer une couverture adéquate. L'huile supérieure n'exerce aucun effet chimique : en recouvrant l'insecte complètement et en bloquant le passage de l'air, elle agit par suffocation (tout comme le traitement anti-rouille d'une automobile nécessite une couverture de toute la surface pour être efficace). Recouvertes partiellement d'huile, les cochenilles continuent à respirer et survivent.

Il faut utiliser l'huile supérieure juste avant que les arbres ne sortent de leur dormance, au moment où le bouclier cireux des cochenilles est encore mince. Les pulvérisations faites plus tard, au moment où apparaissent les jeunes tissus, sont souvent inefficaces, car le bouclier cireux des cochenilles, déjà épaissi, est difficile à recouvrir complètement. Il est important de bien régler les buses du pulvérisateur pour assurer une bonne couverture de la partie centrale supérieure de l'arbre, endroit où les populations de cochenilles sont élevées. L'huile supérieure est des plus efficaces si on la pulvérise à des températures dépassant 4 °C. Un temps calme et un déplacement du pulvérisateur à basse vitesse rehaussent l'efficacité du traitement. Bien lire l'étiquette avant d'utiliser le produit et prendre connaissance des mises en garde relatives aux dommages que l'huile peut causer à l'écorce de certains cultivars de pommes.

D'autres produits utilisés à des périodes différentes permettent aussi de contenir les populations de cochenilles sur les pommiers. Consulter la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières pour plus de renseignements sur les produits prescrits.


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