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Les maladies bactériennes des crucifères cultivées

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 252/635
Date de publication : Octobre 1990
Commande no. 90-213
Dernière révision : Octobre 1990
Situation :
Rédacteur : R.T. Wukasch - Université de Guelph; B.N. Dhanvantari - Agriculture Canada

Table des matières

  1. Introduction
  2. Nervation noire
  3. Tache bactérienne
  4. Pourriture molle
  5. Répression des maladies des crucifères

Introduction

En Ontario, trois maladies bactériennes affectent les crucifères cultivées telles que le chou, le chou-fleur, le brocoli et le rutabaga. La biologie, la régie et la répression de la nervation noire, de la tache bactérienne et de la pourriture molle sont décrites dans cette fiche technique. Les maladies fongiques de ces cultures font l'objet d'une autre fiche du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO), Les maladies fongiques des crucifères cultivées, commande no 90-255.

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Nervation noire

La nervation noire, causée par la bactérie Xanthomonas campestris, est la maladie des crucifères la plus préjudiciable partout dans le monde. Toutes les crucifères maraîchères sont sensibles à cette maladie, sauf certains cultivars de radis et de chou frisé, qui sont moins facilement infectés. La bactérie contamine les graines de crucifères lors de la production des semences. Les jeunes plants cultivés à partir de graines contaminées sont souvent infectés de façon systémique; par temps chaud, ils tournent au jaune pâle et dépérissent. Sur les plantes plus âgées, l'infection débute à l'extrémité des nervures, en bordure des feuilles, et provoque l'apparition de lésions jaunes en forme de V devenant brunes et nécrosées au fil de leur progression vers la base des feuilles (figures 1 et 2). Les nervures et les faisceaux vasculaires des feuilles, des tiges et des racines infectées noircissent au fur et à mesure que les bactéries, en se multipliant, entravent la circulation normale de l'eau et des éléments nutritifs (figures 3 et 4). L'infection causant la nervation noire est souvent suivie de l'invasion par les micro-organismes responsables de la pourriture molle, ce qui réduit encore davantage la qualité et la durée d'entreposage de ces crucifères (figure 5).

Figure 1. Lésion nécrotique brune et jaune, en forme de V, que cause la nervation noire en bordure d'une feuille de chou. Noter les nervures noircies.

Figure 1. Lésion nécrotique brune et jaune, en forme de V, que cause la nervation noire en bordure d'une feuille de chou. Noter les nervures noircies.

Figure 2. Feuille de chou portant de grandes lésions dues à la nervation noire.

Figure 2. Feuille de chou portant de grandes lésions dues à la nervation noire.

Figure 3. Tout comme dans les nervures, les autres faisceaux vasculaires d'une plante infectée de façon systémique par la nervation noire deviennent brun foncé ou noirs..

Figure 3. Tout comme dans les nervures, les autres faisceaux vasculaires d'une plante infectée de façon systémique par la nervation noire deviennent brun foncé ou noirs.

Figure 4. Système vasculaire noirci d'un rutabaga infecté par la nervation noire.

Figure 4. Système vasculaire noirci d'un rutabaga infecté par la nervation noire.


Les bactéries survivent dans les déchets de cultures infectées jusqu'à ce que ceux-ci soient complètement décomposés, soit jusqu'à deux ans. Elles peuvent aussi survivre librement dans le sol durant 40 à 60 jours. Les mauvaises herbes suivantes de la famille des crucifères sont également susceptibles d'abriter la bactérie : Brassica campestris ou moutarde des oiseaux, Brassica kaber ou moutarde des champs (figure 8), B. nigra ou moutarde noire, Capsella bursa-pastoris ou bourse-à-pasteur, Cardaria pubescens ou cranson velu, Lepidium spp., lépidies ou passerages, Raphanus raphanistrum, radis sauvage ou ravenelle.

Ainsi, la nervation noire peut être propagée au champ à partir des résidus de culture, de crucifères adventices ou du sol contaminés. La propagation est également réalisée, par l'action du vent, des éclaboussures de la pluie et de l'eau d'irrigation et par les insectes, la machinerie et les travailleurs agricoles. On signale que 3 graines infectées sur 10 000 (0,03 %) suffisent à causer une épidémie de nervation noire au champ. Comme les bactéries de la nervation noire se développent de façon optimale par temps chaud et humide, les symptômes se manifestent clairement entre 20 et 30 C. Toutefois, les symptômes ne sont pas toujours apparents chez les crucifères infectées, à des températures de 15 à 20 C. Les plants destinés au repiquage étant souvent cultivés à des températures plus fraîches, il importe de détecter la nervation noire tôt avant la transplantation au champ.

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Tache bactérienne

Cette maladie bactérienne des crucifères cause parfois de sérieux problèmes dans les cultures de chou-fleur. L'agent pathogène, Pseudomonas maculicola, s'attaque surtout au chou-fleur mais peut aussi infecter le brocoli, le chou de Bruxelles et d'autres crucifères. Habituellement en juillet, les feuilles se couvrent de petites taches brunes (1 mm) de forme irrégulière et entourées d'un halo jaune. À ce stade, les symptômes sont difficiles à déceler sur la face supérieure des feuilles tandis que la face inférieure est distinctement " criblée " de taches brunes d'aspect huileux (figures 6 et 7). À la longue, ces nombreuses petites taches se fusionnent en larges plages brunes à bordure jaune et à texture de papier; en se déchirant, elles donnent à la plante un aspect déchiqueté (figure 9). La bactérie responsable de la tache bactérienne, tout comme celle de la nervation noire, subsiste dans les résidus de cultures durant au moins deux ans; elle se transmet par la semence et jouit de moyens de dissémination similaires. Par contre, la croissance de P. maculicola est favorisée par des températures légèrement plus fraîches; elle est optimale à 22 - 23 C. Les moyens de lutte contre la nervation noire sont également efficaces contre la tache bactérienne.

Figure 5. Les bactéries de la nervation noire présentes sur les feuilles attachées d'un chou-fleur en ont infecté la pomme, en diverses zones subséquemment atteintes de pourriture molle.

Figure 5. Les bactéries de la nervation noire présentes sur les feuilles attachées d'un chou-fleur en ont infecté la pomme, en diverses zones subséquemment atteintes de pourriture molle.

Figure 6. La tache bactérienne du chou-fleur causée par Pseudomonas maculicola n'est pas très apparente durant les premiers stades, surtout sur la face supérieure des feuilles.

Figure 6. La tache bactérienne du chou-fleur causée par Pseudomonas maculicola n'est pas très apparente durant les premiers stades, surtout sur la face supérieure des feuilles.

Figure 7. La même feuille qu'à la figure 6, une fois retournée, révèle les taches brunes d'aspect huileux sur sa face inférieure.

Figure 7. La même feuille qu'à la figure 6, une fois retournée, révèle les taches brunes d'aspect huileux sur sa face inférieure.

Figure 8. Une feuille de moutarde des champs, Brassica Kaber, montrant des symptômes de nervation noire. Noter les nervures noircies.

Figure 8. Une feuille de moutarde des champs, Brassica Kaber, montrant des symptômes de nervation noire. Noter les nervures noircies.

Figure 9. Stade avancé de tache bactérienne du chou-fleur caractérisé par des plages brunes entourées de jaune, semblables à du papier. Noter les trous dans le limbe de la feuille qui donnent à la plante un aspect déchiqueté.

Figure 9. Stade avancé de tache bactérienne du chou-fleur caractérisé par des plages brunes entourées de jaune, semblables à du papier. Noter les trous dans le limbe de la feuille qui donnent à la plante un aspect déchiqueté.

Pourriture molle

La pourriture molle est causée par Erwinia carotovora et d'autres bactéries secondaires. Celles-ci envahissent les tissus végétaux par les blessures dues aux insectes, aux opérations culturales, à la machinerie, aux températures froides, à la terre emportée par le vent, à la grêle ou à d'autres maladies; par temps chaud, elles décomposent rapidement ces tissus, en une masse molle, visqueuse et nauséabonde (figure 10). La pomme du chou-fleur peut être envahie à la fois par la mouche des légumineuses et par la pourriture molle; on n'a pas établi lequel des deux est l'agent primaire (figure 11). Les jets ou bouquets de brocoli ayant de petites dépressions dans lesquelles l'eau s'accumule deviennent souvent infectés par des bactéries responsables de la pourriture molle au champ. La brûlure interne (" Tip-burn ") des pommes de chou peut favoriser leur détérioration ultérieure par les bactéries responsables de la pourriture molle. Cette maladie constitue un problème aussi sérieux en entrepôt et durant le transport que dans les champs. Il est donc primordial de réduire au minimum les meurtrissures à la récolte, et de n'utiliser que de l'eau propre pour le rinçage et le refroidissement des crucifères.

Figure 10. Les tissus en décomposition, bruns et visqueux, de cette pomme de chou sont le résultat de l'action des micro-organismes responsables de la pourriture molle.

Figure 10. Les tissus en décomposition, bruns et visqueux, de cette pomme de chou sont le résultat de l'action des micro-organismes responsables de la pourriture molle.

Figure 11. Le chou-fleur de droite, atteint de pourriture molle, est aussi infesté par des larves de la mouche des légumineuses dans les zones brunes en décomposition.

Figure 11. Le chou-fleur de droite, atteint de pourriture molle, est aussi infesté par des larves de la mouche des légumineuses dans les zones brunes en décomposition.

 

Répression des maladies des crucifères

Le programme de lutte suivant permettra de réprimer les maladies aussi bien bactériennes que fongiques affectant les crucifères :

A) Production de plants ou semis direct :

  1. Utiliser autant que possible des cultivars résistants. L'amélioration génétique du chou pour la résistance à la nervation noire progresse, grâce à l'introduction de lignées asiatiques telles que l'Early Fugi. Les grainiers peuvent maintenant obtenir des lignées autofécondées résistantes de l'université du Wisconsin, et de nombreux cultivars de chou tolérants sont vendus dans le commerce. Consulter les catalogues, les représentants de producteurs de semences ainsi que les conseillers agricoles pour plus de renseignements sur les cultivars résistants.

  2. Utiliser seulement des semences nouvelles et saines ayant un pourcentage élevé de germination. De vieilles semences mal entreposées germent plus lentement et produisent des plants chétifs plus sensibles aux maladies.

  3. Utiliser des semences certifiées exemptes de la bactérie de la nervation noire et de Phoma; elles doivent avoir subi un traitement à l'eau chaude ou à la streptomycine et un aux fongicides, afin qu'elles ne perpétuent pas le cycle. Autrefois, on traitait les semences au chlorure de mercure et à l'eau chaude pour éliminer la bactérie de la nervation noire. Cependant, comme les produits mercuriels sont interdits et que les traitements à l'eau chaude peuvent abaisser le taux de germination, surtout pour les vieux lots de semences, la recherche s'est tournée vers l'utilisation d'antibiotiques.

    L'homologation du traitement à la streptomycine des semences de chou de Bruxelles, de brocoli, de chou-fleur, de chou et de rutabaga est un événement récent. Les semences sont placées dans des sacs de coton à fromage et trempées dans une solution de streptomycine (500 ppm) durant une heure, rincées deux minutes à l'eau courante, retrempées dans une solution fraîche d'hypochlorure de sodium à 0,5 % (eau de javel domestique) durant trente minutes et enfin rincées de nouveau à l'eau courante durant deux minutes. Les graines sont ensuite séchées. À la suite de ce traitement, les jeunes plants peuvent prendre une teinte jaune ou violacée, mais ils s'en remettent peu après.

    Le traitement à l'eau chaude, s'il est bien fait, demeure toujours une méthode efficace de répression non seulement des Xanthomonas, mais aussi de la jambe noire, de la tache bactérienne, d'espèces d'Alternaria et du mildiou, tous transmissibles par la semence. Consulter à ce sujet la fiche technique du MAAARO, AGDEX 250/23, Le traitement des graines de plantes potagères. Étant donné que le traitement des graines à l'eau chaude peut parfois réduire le taux de germination, il faut toujours procéder à un test de germination. D'après le pourcentage de germination qu'on aura calculé, semer plus de graines pour obtenir le nombre requis de plants. (Les traitements des semences de canola sont décrits dans la publication 296F du MAAARO, Recommandations pour les grandes cultures.

  4. Semer les graines dans un sol qui a été fumigué (planches de semis) ou stérilisé (en serre). Si la fumigation n'est pas rentable, semer dans des sols n'ayant pas servi à la culture des crucifères depuis au moins deux ans.

  5. N'employer que des caissettes neuves ou stérilisées pour le démarrage des plants; désinfecter l'équipement de serre.

  6. S'assurer d'un semis suffisamment espacé et des conditions optimales de ventilation, d'arrosage, de fertilité, de température et de lumière.

  7. Pour éviter l'introduction de maladies, établir les planches de semis loin des champs de crucifères et empêcher le ruissellement en provenance de ces champs ou d'autres ayant servi récemment à leur culture.

  8. Garder les planches de semis, les couches froides et les serres exemptes de mauvaises herbes.

  9. Effectuer les traitements insecticides et fongicides aux moments opportuns, selon les recommandations des publications 363F et 296F du MAAARO.

  10. Inspecter les plantules régulièrement, pour enlever et détruire suffisamment tôt les plantules des zones d'infection (points chauds).

  11. Éviter de tremper les plants dans l'eau ou de les tailler avant la transplantation car ceci est un moyen privilégié de propagation des bactéries et des champignons.

B) De plus, transplanter ou semer dans des champs :

  1. 1) Dont le sol est suffisamment réchauffé, bien drainé, de pH supérieur à 7,2 si la hernie du chou a déjà été un problème;

    2) Dont la fertilité est suffisante et bien équilibrée;

    3) Où la répression des mauvaises herbes est adéquate dans les tournières, surtout en ce qui concerne les crucifères spontanées et les mauvaises herbes de cette famille, comme la moutarde des champs, la bourse-à-pasteur, les lépidies et le radis sauvage (voir la publication 505F du MAAARO, Les mauvaises herbes de l'Ontario, pour l'identification des crucifères adventices);

    4) Qui n'ont pas reçu de crucifères durant les trois dernières campagnes et qui ne semblent pas comporter de résidus de cette culture sur ou dans le sol;

    5) Qui sont traités régulièrement et selon les besoins contre les insectes et les maladies; et

    6) Dont l'hygiène est soutenue, par l'élimination des plantes infectées lorsque c'est faisable, l'enfouissement rapide des déchets de culture, l'enterrement des amoncellements de rejets de rutabagas ou d'autres crucifères loin des zones de culture, la réalisation des travaux au champ seulement quand le feuillage est sec, et en évitant d'irriguer par aspersion les champs infestés.

C) Lors de l'achat des plants, exiger les clauses suivantes dans le contrat :

  1. 1) Mention écrite du numéro et de la provenance du lot de semences et des dates de récolte, d'envoi et de réception; calendrier des traitements phytosanitaires effectués et conditions de transports;

    2) Certification que les plants sont sains et qu'ils proviennent d'une région assujettie à l'inspection par le personnel reconnu, avant et au moment de la récolte; par exemple, les plants provenant du sud des États-Unis doivent être accompagnés d'un certificat;

    3) Déclaration écrite que les plants n'ont pas été écimés par une faucheuse qui aurait pu répandre les maladies et que seuls des matériaux neufs ont servi à l'emballage.

En faisant bonne utilisation des moyens de lutte mentionnés ci-dessus, il est possible de réduire au minimum les problèmes de maladie dans les cultures de crucifères.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

 

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca