Virus de la Mosaïque du Navet (TuMV) sur le Rutabaga


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 258/635
Date de publication : 07/90
Commande no. 90-143
Dernière révision : 07/90
Situation :
Rédacteur : T. Lowery - spécialiste de la lutte antiparasitaire, Direction des productions végétales/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Symptômes de la maladie
  3. Source d'infection
  4. Infection du colza d'automne
  5. Transmission du TuMV au rutabaga
  6. Effet de la date de semis sur le rendement
  7. Méthodes culturales de lutte contre le TuMV
  8. Lutte contre le TuMV avec des pulvérisations hebdomadaires d'huile
  9. Sommaire

Introduction

En Ontario, on consacre environ 1 500 hectares à la culture du rutabaga, principalement dans les comtés de Huron et Middlesex, au sud-ouest de la province. La production se base presqu'entièrement sur un seul cultivar, le Laurentian; nous n'avons présentement aucun cultivar de qualité, à collet violet, qui soit résistant au virus de la mosaïque du navet.

Le virus de la mosaïque du navet cause chaque année des pertes de récolte en Ontario. Cette maladie est devenue un problème au début des années 1950, et la propagation du TuMV a été particulièrement importante dans les régions de Guelph et de Bradford au cours des années 1960. En 1971, l'infection atteint des niveaux élevés dans les principales régions de production au sud-ouest de la province. Depuis quelques années, cette maladie cause des pertes de récolte majeures dans tout l'Ontario, les plus importantes dans les comtés de Huron et Middlesex.

Symptômes de la maladie

Le premier signe de l'infection est souvent le jaunissement prématuré et la chute des plus vieilles feuilles d'un plant individuel ou d'une parcelle dans le champ. Dans les cas plus sérieux, le champ entier est infecté et jaunit tout d'un coup. Les jeunes feuilles qui poussent suite à l'infection sont rabougries, plissées et elles présentent des plages jaunes distinctes entourées de vert normal. Ces symptômes sur les feuilles du rutabaga apparaissent environ trois semaines après le début de l'infection. La chute et le remplacement accélérés des feuilles résultent en l'apparence étirée et étroite du collet (col d'oie) du légumeracine. Les rutabagas infectés se rabougrissent, et la chute des feuilles rend la récolte mécanique plus difficile. Les racines des plants atteints de cette maladie en début de saison n'atteignent pas une grosseur normale.

Parcelle infectée du TuMV dans un champ de rutabagas démontrant le jaunissement prématuré des vieilles feuilles

Figure 1. Parcelle infectée du TuMV dans un champ de rutabagas démontrant le jaunissement prématuré des vieilles feuilles.

Plant de rutabaga atteint du TuMV depuis plusieurs semaines. Remarquez les plus vieilles feuilles jaunies et les plus nouvelles qui sont déformées et caractérisées par les plages de jaune et de vert de la mosaïque

Figure 2. Plant de rutabaga atteint du TuMV depuis plusieurs semaines. Remarquez les plus vieilles feuilles jaunies et les plus nouvelles qui sont déformées et caractérisées par les plages de jaune et de vert de la mosaïque.

Le rutabaga atteint de la virose à droite a moins de feuilles qui sont aussi plus petites, et une racine plus petite que le plant sain à gauche

Figure 3. Le rutabaga atteint de la virose à droite a moins de feuilles qui sont aussi plus petites, et une racine plus petite que le plant sain à gauche.

Source d'infection

Le virus hiverne seulement dans les tissus végétaux vivants. En Ontario, les espèces suivantes constituent d'importantes sources d'infection en début de saison : les rutabagas spontanés atteints de la virose et les rutabagas infectés qu'on jette hors de l'entrepôt au printemps, les champs de colza d'automne et le colza spontané, ainsi que quelques espèces d'hôtes sauvages. Même une petite quantité du virus non détruit par l'hiver peut être dommageable, et des pullulations graves de la virose se produisent souvent à cause des rutabagas spontanés qui poussent dans des champs de blé, d'orge ou d'autres cultures à proximité d'un champ de rutabagas. On a isolé au printemps, des lignées de TuMV provenant de plusieurs hôtes sauvages, en particulier la julienne des dames, la barbarée vulgaire, l'alliaire officinale et le cresson de fontaine, bien que ces lignées n'infectent généralement pas les rutabagas.

Durant l'été, le virus infecte plusieurs cultures de crucifères et certaines mauvaises herbes annuelles. En plus du rutabaga et du colza d'automne, le TuMV peut détruire les choux chinois ainsi que d'autres légumes chinois, le raifort et la moutarde cultivée.

Infection du colza d'automne

À l'automne, les pucerons quittent les champs de rutabagas pour le colza d'automne. Ainsi, les champs de colza d'automne cultivés à deux ou trois kilomètres des rutabagas sont souvent gravement atteints du TuMV (80 à 100 %). Les feuilles du colza atteintes de la virose, démontrent les marbrures jaunes et vertes distinctives (mosaïque); les plants infectés se rabougrissent et jaunissent prématurément; et les siliques se ratatinent et se tordent. L'infection du TuMV fait diminuer le rendement du colza d'automne et peut réduire sa résistance à l'hiver.

Le colza d'automne est un hôte hivernant important du TuMV dans le sud de l'Ontario. Il faut donc, autant que possible, isoler les rutabagas de cette culture. Les semis hâtifs de rutabagas seront souvent infectés plus tôt et plus sérieusement s'ils se trouvent à moins de deux kilomètres du colza d'automne. De même, ceux qui sont plantés plus tard, à cinq ou dix kilomètres du colza d'automne, courent aussi des risques d'infection à cause de la propagation du TuMV provenant directement du colza d'automne, ou de rutabagas hâtifs infectés auparavant, ou encore d'autres hôtes durant l'été. Le TuMV infecte rarement le canola de printemps, et celui-ci ne joue pas un rôle important dans la transmission du virus.

Colza d'automne spontané infecté du virus de la mosaïque du navet

Figure 4. Colza d'automne spontané infecté du virus de la mosaïque du navet.

Transmission du TuMV au rutabaga

Le virus n'est transmis que par les pucerons. L'eau, le sol, les graines, les machines agricoles et les autres insectes ne propagent pas la maladie. Bien des espèces de pucerons (vecteurs) peuvent transmettre le virus, et les pucerons qui ne vivent pas sur le rutabaga sont aussi importants pour la transmission du virus que ceux qui colonisent les plants de rutabagas. En Ontario, les plus importants vecteurs du TuMV sont le puceron du maïs et le puceron vert du pêcher. Moins d'une minute d'alimenta-tion des pucerons suffit pour que ceux-ci transmettent le virus de la plante infectée à une plante saine. Puisque l'infection se propage si rapidement, les insecticides ne sont pas efficaces pour la lutte contre le TuMV. Un grand nombre de pucerons ailés envahissent les cultures de rutabaga quotidiennement et plusieurs heures s'écoulent avant qu'ils ne soient détruits par les insecticides.

Effet de la date de semis sur le rendement

Un accroissement rapide de l'infection se produit habituellement au début de juillet lorsqu'un grand nombre de pucerons ailés s'affairent. À partir de cette période, l'envol des pucerons se poursuit jusqu'à la fin de la saison de végétation. Idéalement, on sème les rutabagas au cours des deux dernières semaines de juin. Ils grossiront alors durant les temps froids d'automne, ce qui améliore la qualité des racines, peut prévenir l'éclatement dû à une croissance accélérée, et empêche que les rutabagas deviennent trop gros. Toutefois, pour réduire grandement les pertes dues au TuMV on devrait semer de préférence avant la mi-juin et pas plus tard que la troisième semaine de juin. Les rutabagas semés après ces dates sont infectés à un jeune âge et les pertes à la récolte seront souvent lourdes.

Pucerons verts du pêcher sur la face inférieure d'une feuille de rutabaga. Ce puceron est com-mun et compte parmi les nombreuses espèces à pouvoir transmettre la maladie. Les pucerons sont les seuls à transmettre le virus.

Figure 5. Pucerons verts du pêcher sur la face inférieure d'une feuille de rutabaga. Ce puceron est commun et compte parmi les nombreuses espèces à pouvoir transmettre la maladie. Les pucerons sont les seuls à transmettre le virus.

Une fertilisation additionnelle, surtout azotée, n'améliorera pas la résistance du rutabaga à cette maladie, et peut accélérer la détérioration des racines lors de l'entreposage.

Méthodes culturales de lutte contre le TuMV

  1. N'enfouissez pas les rutabagas par labour à l'automne puisque ceci permet aux racines de survivre tout l'hiver. Laissez les rutabagas avariés sur le champ, coupez-les à la herse à disques et laissez-les geler à la surface du sol. Tôt au printemps détruisez les plantes spontanées qui survivent à l'hiver, par des pulvérisations d'herbicides, l'arrachage manuel ou le travail du sol.
  2. Au début de l'hiver, sortez les rutabagas de l'entrepôt pour les laisser geler dehors. On peut accélérer leur destruction en les arrosant de kérosène ou de mazout. Pour ne pas propager d'autres maladies du rutabaga, n'épandez pas de rutabagas sur un champ où vous pourriez en produire d'autres dans les trois années qui suivent.
  3. Les champs à récolte tardive situés près d'un autre à récolte plus précoce sont souvent gravement infectés. Ils doivent donc être isolés autant que possible des rutabagas hâtifs. Quand c'est possible, cultivez les rutabagas à l'écart des autres cultures de crucifères, surtout du colza d'automne.
  4. Dans la mesure du possible, semez les rutabagas avant la mi-juin ou, au plus tard, avant la fin de la troisième semaine de juin. L'ensemencement plus tôt peut protéger les jeunes plants grandement susceptibles d'être exposés au virus durant la période d'infection, soit le début de juillet.
  5. Mettez tôt sur le marché les rutabagas infectés du virus. Les légumes atteints se conservent mal et les racines saines conviennent mieux à l'entreposage à long terme.
  6. Pour la production du rutabaga, suivez les recommandations indiquées dans la fiche technique du MAAO intitulée Le rutabaga (navet de table), AGDEX 258/20, commande no 89-034. La maladie atteint plus gravement les rutabagas soumis à des stress ou à une méthode de culture inappropriée.

Lutte contre le TuMV avec des pulvérisations hebdomadaires d'huile

L'usage adéquat des applications hebdomadaires d'huile (Huile supérieure 70) est efficace pour la lutte contre l'infection des rutabagas. L'huile est un protectant qui empêche les pucerons de propager le virus en interférant avec les particules de virus se trouvant sur leurs appareils buccaux. L'application adéquate de l'huile requiert l'utilisation d'un grand volume de pulvérisation, jusqu'à 1 100 litres par hectare (100 gal./acre) d'une solution huileuse 1 ou 2 % (une solution 1 % égale 1 litre d'huile plus 99 litres d'eau par acre). On doit pulvériser l'huile en utilisant des buses à jet en T, préférablement plus d'une par rang. L'utilisation de buses montées sur tuyaux de descente améliore aussi la couverture.

Débutez les applications hebdomadaires d'huile vers la fin juin et poursuivez-les jusqu'à la fin juillet, préférablement jusqu'à la fin août. Quand les plantes croissent rapidement, un intervalle de cinq jours entre les traitements permet une meilleure protection de la nouvelle végétation. Il est important que les plantes soient recouvertes d'huile et ce, dès leur émergence du sol. Lorsque les plants sont jeunes, on peut réduire les doses de pulvérisation pourvu que les feuilles soient bien recouvertes, mais assurez-vous que les quantités réduites de bouillie contiennent une concentration d'huile adéquate. Si les concentrations d'huile dépassent les doses recommandées, cela peut endommager la culture. L'huile endommagera les rutabagas si elle est appliquée en plein soleil à des températures supérieures à 25°C ou si les ruta-bagas sont en condition de stress. Ne combinez pas l'huile à d'autres produits de pulvérisation. Si un insecticide est nécessaire appliquez-le 24 heures précédant ou suivant un traitement d'huile. Suivez les recommandations sur l'étiquet-te du produit. Pour connaître les insecticides recommandés, référez-vous à la publication 363F, Recommandations pour les cultures légumières.

Champ de rutabagas sains pulvérisé hebdomadairement avec une solution d'huile 1 % pour les protéger de l'infection du virus de la mosaïque du navet

Figure 6. Champ de rutabagas sains pulvérisé hebdomadairement avec une solution d'huile 1 % pour les protéger de l'infection du virus de la mosaïque du navet.

Gros plan d'une feuille d'un rutabaga atteint du TuMV. Remarquez la mosaïque caractérisée par les plages vertes entourées de jaune et le plissement de la feuille.

Figure 7. Gros plan d'une feuille d'un rutabaga atteint du TuMV. Remarquez la mosaïque caractérisée par les plages vertes entourées de jaune et le plissement de la feuille.

Petite racine déformée (col d'oie) d'un plant de rutabaga de quatorze semaines infecté au début de juillet

Figure 8. Petite racine déformée (col d'oie) d'un plant de rutabaga de quatorze semaines infecté au début de juillet.

Sommaire

En Ontario, on consacre environ 1 500 hectares à la culture du rutabaga, principalement dans les comtés de Huron et Middlesex, au sud-ouest de la province. La production se base presqu'entièrement sur un seul cultivar, le Laurentian; nous n'avons présentement aucun cultivar de qualité, à collet violet, qui soit résistant au virus de la mosaïque du navet.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca