Directives d'assainissement visant à contrer les ravageurs et les maladies des légumes de serre


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 290/621
Date de publication : juillet 2014
Commande no. 14-034
Dernière révision : 07/14
Situation : Remplace la fiche technique 94-030, Mesures d'hygiène recommandées pour combattre les insectes et les acariens chez les légumes de serre
Rédacteur : Gillian Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures légumières en serre/ MAAARO; , Shalin Khosla - spécialiste de la culture des légumes en serre/MAAARO; Les Shipp - entomologiste des cultures de serre/ Agriculture et Agroalimentaire Canada

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Table des matières

  1. Introduction
  2. Mesures à prendre au départ de la culture
  3. Mesures à prendre en cours de culture
  4. Nettoyage de fin d'année

Introduction

L'assainissement est une stratégie culturale importante pour réduire les répercussions des ravageurs et des maladies sur les cultures légumières de serre. En règle générale, l'assainissement comporte l'enlèvement du matériel végétal atteint et des sources possibles d'infestations et d'infections, suivi de la désinfection des surfaces.

Des mesures d'assainissement d'ampleur variable devraient être mises en place à l'intérieur de la serre. Pendant la phase de culture, l'assainissement se résume à des précautions de base visant à ralentir la propagation des ennemis des cultures. Toutefois, à la fin de chaque année, avant le départ des cultures le printemps suivant, l'exercice se corse. On assainit alors la serre en la débarrassant de tout matériel végétal, puis en lavant et en assainissant la structure et tout le matériel qui s'y trouve. On réduit ainsi au minimum la survie des organismes susceptibles de nuire aux nouvelles cultures, ce qui contribue à donner un bon départ à ces cultures. L'assainissement offre les avantages suivants :

  • freiner plus efficacement les ennemis des cultures;
  • lutter contre l'apparition de résistances aux pesticides;
  • donner plus de mordant aux programmes de lutte biologique;
  • augmenter la vigueur et le rendement des cultures.

Pour un maximum d'efficacité, les mesures d'assainissement doivent être prises à toutes les étapes de la production, depuis la propagation jusqu'à la fin.

Mesures à prendre au départ de la culture

Utiliser du matériel végétal sain

Dans la mesure du possible, acheter des semences qui ont été traitées de manière à exclure les organismes pathogènes. Les semences peuvent abriter plusieurs de ces organismes, notamment ceux qui sont responsables de maladies bactériennes et virales. Garder les semis sains en évitant de les poser directement sur des planchers souillés (figure 1). Une telle pratique endommage les racines et facilite leur contamination par des organismes terricoles qui les font pourrir, comme Pythium et Fusarium. Il est primordial d'examiner tous les plants à repiquer reçus d'un fournisseur, afin d'éliminer ou de traiter sans tarder les plants infectés ou infestés (figure 2).

Figure 1. Photo de plants de poivrons à repiquer posés sur un plancher propre dans une serre de propagation.

Figure 1. Plants de poivrons à repiquer posés sur un plancher propre dans une serre de propagation.

Figure 2. Photo d'un travailleur en train d'examiner des plants sur le point d'être repiqués dans une serre de culture.

Figure 2. Plants sur le point d'être repiqués dans une serre de culture.

Inspecter les plants de semis et plants à repiquer

Qu'il s'agisse de plants de semis ou de plants à repiquer, les inspecter au moins une fois par semaine pour déceler les premiers signes d'infestations ou les premiers symptômes de maladies. Employer des plaquettes jaunes encollées (figure 3) pour faire un dépistage précoce des arthropodes nuisibles, tels qu'aleurodes, mouches des terreaux, thrips et pucerons. Placer des pièges le long des allées et près des portes et des prises d'air, car c'est par là que les ravageurs risquent de pénétrer dans la serre. Inspecter les pièges au moins chaque semaine.

Figure 3. Photo d'une plaquette jaune encollée servant au dépistage des ennemis des semis de concombres.

Figure 3. Plaquette jaune encollée servant au dépistage des ennemis des semis de concombres.

Réduire au minimum le transfert des organismes nuisibles

  • Afin d'empêcher les organismes nuisibles de se propager de l'ancienne culture aux jeunes semis, éviter que les travailleurs affectés aux serres de propagation travaillent également dans les serres de culture. Si cela est impossible, s'assurer que les travailleurs œuvrent d'abord dans les serres de propagation avant de se rendre dans les serres de culture.
  • Veiller à ce que tous les travailleurs et visiteurs qui pénètrent dans les aires de propagation portent une tenue adéquate, c.-à-d. :
    • des vêtements propres;
    • un sarrau de laboratoire (figure 4) ou un survêtement de protection neuf ou désinfecté;
    • des couvre-chaussures (figure 5) ou des bottes (figure 6) neuves ou désinfectées;
    • des gants.
  • Installer un pédiluve à l'entrée des serres de propagation et insister pour que tous l'utilisent (figure 7).
  • Installer un tapis de désinfection pour tous les petits véhicules (figure 8).
  • Veiller en tout temps à la fraîcheur du désinfectant dans les pédiluves et les tapis de désinfection.

Éliminer les sources potentielles de ravageurs et de maladies

  • Arracher toutes les mauvaises herbes qui se trouvent dans la serre et à ses abords immédiats, car elles peuvent constituer une source considérable d'insectes et d'acariens tout au long de l'année.
  • Ne jamais suspendre de jardinières de plantes ornementales au-dessus de plants de semis ou de repiquage de légumes, car elles peuvent constituer une source de ravageurs et d'agents pathogènes. L'eau qui s'égoutte des jardinières suspendues peut créer des conditions propices aux infections.

Figure 4. Photo d'un portemanteau garni de sarraus de laboratoire propres destinés aux visiteurs.

Figure 4. Portemanteau garni de sarraus de laboratoire propres destinés aux visiteurs.

Figure 5. Photo d'un visiteur portant dans la serre un sarrau de laboratoire et des couvre-chaussures en plastique.

Figure 5. Visiteur portant dans la serre un sarrau de laboratoire et des couvre-chaussures en plastique.

Figure 6. Photo d'un visiteur portant dans la serre un survêtement de protection et des bottes désinfectées.

Figure 6. Visiteur portant dans la serre un survêtement de protection et des bottes désinfectées.

Figure 7. Photo d'un pédiluve en bordure d'une aire de propagation.

Figure 7. Pédiluve en bordure d'une aire de propagation.

Figure 8. Photo d'un tapis de désinfection destiné aux petits véhicules à l'entrée d'une serre.

Figure 8. Tapis de désinfection destiné aux petits véhicules à l'entrée d'une serre.

Mesures à prendre en cours de culture

Surveillance des cultures

Pour lutter efficacement et à peu de frais contre les ennemis des cultures, faire un dépistage périodique des ravageurs à l'aide de pièges encollés (figures 9 et 10) et inspecter la culture afin de déceler précocement les ravageurs et les maladies.

Figure 9. Photo montrant des plaquettes jaunes encollées servant à la surveillance de jeunes cultures.

Figure 9. Plaquettes jaunes encollées servant à la surveillance de jeunes cultures.

Figure 10. Photo d'une plaquette jaune encollée au-dessus du feuillage dans une culture plus avancée.

Figure 10. Plaquettes jaune encollée au-dessus du feuillage dans une culture plus avancée.

Réduire au minimum la propagation des maladies infectieuses (causées notamment par l'agent responsable du chancre bactérien, le virus de la mosaïque du tabac et le virus de la mosaïque du pépino)

Matériel végétal infecté
  • Marquer toute rangée renfermant du matériel végétal infecté et en bloquer l'accès.
  • Avant d'y entrer, revêtir des survêtements de protection, des bottes et des gants. Éviter d'entrer en contact avec les plants en parcourant la rangée.
  • Enlever les plants qui présentent des symptômes en veillant à ce qu'ils n'entrent pas en contact avec les plants adjacents. Placer les plants infectés dans des sacs à ordures robustes.
  • Par mesure de protection, enlever de 3 à 6 plants de part et d'autre des plants présentant des symptômes. Les placer délicatement dans des sacs à ordures.
  • Sortir de la rangée en prenant soin de ne pas toucher à d'autres plants.
  • Garder les plants infectés dans les sacs à ordures en veillant à ne pas les percer.
  • Placer ces sacs à ordures dans des bacs couverts (figure 11) jusqu'au moment de leur élimination.
  • Brûler ou enfouir profondément le matériel végétal infecté ou l'apporter immédiatement à une décharge. Ne jamais jeter de matériel végétal infecté en plein champ ni l'y empiler dans le but de l'incorporer au sol par la suite.
  • Idéalement, remplacer le substrat et la ficelle là où les plants infectés ont été enlevés. Remplacer ou désinfecter les piquets d'irrigation goutte-à-goutte.

Figure 11. Photo d'un bac couvert destiné à recevoir les sacs à ordures contenant le matériel végétal éliminé.

Figure 11. Bac couvert destiné à recevoir les sacs à ordures contenant le matériel végétal éliminé.

Visiteurs
  • Pour désinfecter les chaussures, placer un système de désinfection pour chaussures à l'entrée principale et à chaque entrée de la serre (figures 12 et 13).
  • Positionner stratégiquement des distributrices de désinfectant pour les mains à toutes les entrées (figures 14 et 15).
  • Exiger des visiteurs qu'ils enfilent des survêtements de protection ou des sarraus de laboratoire propres (figure 4), des bottes jetables ou des couvre-chaussures, et des gants.
  • Demander aux visiteurs de rester dans les allées et de ne pas pénétrer dans la culture.
  • Au départ des visiteurs, déposer leurs bottes et leurs gants dans un bac spécialement prévu à cette fin.
  • S'assurer que les survêtements qui ont été portés sont lavés après chaque utilisation.
  • Quand une maladie se déclare dans la culture, prévenir tous les visiteurs de sa présence et de la facilité avec laquelle elle se transmet, afin d'éviter qu'elle ne soit propagée par inadvertance.
  • Empêcher les animaux de compagnie de circuler dans les aires de culture.

Figure 12. Photo d'un pédiluve constitué d'un tapis humidifié avec un désinfectant.

Figure 12. Pédiluve constitué d'un tapis humidifié avec un désinfectant.

Figure 13. Photo d'un pédiluve automatique avec brosses mécaniques et pulvérisation d'un désinfectant.

Figure 13. Pédiluve automatique avec brosses mécaniques et pulvérisation d'un désinfectant.

Figure 14. Photo montrant une distributrice de désinfectant placée à l'entrée d'une

Figure 14. Distributrice de désinfectant placée à l'entrée d'une serre.

Figure 15. Photo d'une distributrice automatique de désinfectant.

Figure 15. Distributrice automatique de désinfectant.

Travailleurs et matériel
  • Afin de réduire au minimum la transmission de maladies d'une section à l'autre de la serre, affecter travailleurs, survêtements (figure 16), outils, chariots et autre matériel à des sections précises de la serre.
  • Si la maladie ne s'est pas généralisée, toujours travailler dans les zones infectées à la fin de la journée de travail. Une autre solution consiste à prendre une douche et à changer entièrement de vêtements avant de pénétrer dans les zones saines.
  • Après avoir manipulé un plant ou à tout le moins avant de passer à une autre rangée, tremper les outils et les mains gantées dans un désinfectant approuvé.
  • Si le travail nécessite l'utilisation de couteaux ou de sécateurs, les désinfecter entre chaque plant et en utiliser de nouveaux pour chaque rangée.
  • Après avoir quitté la serre, éliminer convenablement gants et bottes jetables, apporter chaussures ou bottes à l'endroit indiqué pour la désinfection et mettre à l'endroit désigné les survêtements de protection destinés à être lavés et désinfectés.
  • Enseigner à tous les travailleurs comment identifier les symptômes de maladies.
  • Décourager les travailleurs d'apporter des légumes d'autres sources sur les lieux de travail, afin d'éviter qu'ils ne manipulent par inadvertance ou qu'ils ne jettent négligemment des produits contaminés.

Figure 16. Photo d'un travailleur vêtu d'un uniforme lavé périodiquement.

Figure 16. Travailleur vêtu d'un uniforme lavé périodiquement.

Caisses, chariots et matériel de conditionnement
  • Installer des tapis de désinfection aux entrées afin de désinfecter les roues des chariots et des lève-palette.
  • Ne jamais déplacer les chariots et les caisses des zones infectées aux zones saines.
  • Laver à haute pression, nettoyer et désinfecter tous les chariots (figure 17) et les caisses à la fin de chaque journée.
  • S'abstenir de partager chariots, caisses, boîtes, etc. avec d'autres serres.
  • S'abstenir de manipuler des fruits et légumes frais reçus de sources externes pour leur reconditionnement sur un site de production.
  • Éliminer tous les légumes de rebut en les enfouissant ou en les apportant à la décharge immédiatement.
  • Ne pas laisser d'employés affectés à l'aire de conditionnement travailler dans les aires de production. Si cela est impossible, demander aux travailleurs de toujours se désinfecter les mains, d'enfiler des gants et des survêtements de protection propres et de désinfecter leurs chaussures avant de se rendre dans les aires de production.

Figure 17. Photo d'un chariot utilisé par les travailleurs, qu'on a lavé et désinfecté pour le garder propre.

Figure 17. Chariot utilisé par les travailleurs, qu'on lave et désinfecte à la fin de chaque journée pour le garder propre.

Pratiques culturales
  • Afin de réduire l'incidence et la propagation de maladies dans la serre, débarrasser rapidement les allées (figure 18) et les avaloirs de sol des débris végétaux.
  • Éliminer convenablement tous les débris végétaux en les enfouissant ou en les apportant à une décharge.
  • Désinfecter l'eau d'irrigation et l'eau de recirculation.
  • Ne pas laisser de tas de débris dans la serre ni à proximité de celle-ci, car le matériel végétal infecté risquerait d'être ramené dans la serre, poussé par le vent ou emporté sur des chaussures ou des pneus.
  • Ne jamais placer d'autres cultures (p. ex., plantes ornementales, vignes et figuiers) à l'intérieur de la serre, car ces cultures peuvent servir d'hôtes intermédiaires à des ravageurs et à des agents pathogènes.
  • Maintenir un bon drainage, afin de priver les ravageurs, tels que mouches des terreaux et mouches des rivages, des flaques et surfaces mouillées leur servant de milieux de reproduction.
  • Bien niveler le plancher de la serre, afin d'éviter que de l'eau stagnante ne s'accumule dans des flaques.
  • Conserver autour de la serre une bande de pelouse bien tondue d'au moins 10 m de large (figure 19). Une autre solution consiste à aménager autour de la serre, une bande de 10 m de large dépourvue de végétation (p. ex., revêtue d'asphalte ou d'une barrière contre les mauvaises herbes recouverte de gravier). Si des herbicides sont utilisés à l'extérieur, se méfier des embruns qui risquent de pénétrer dans la serre par les ventilateurs et les prises d'air. Comme les plantes à massifs et les jardins potagers privés constituent des habitats de choix pour les insectes et acariens nuisibles, veiller à ce qu'ils soient suffisamment éloignés de la serre pour éviter qu'ils ne deviennent d'éventuelles sources d'infestations.
  • Là où il est possible de le faire, installer des moustiquaires permettant d'empêcher les insectes de pénétrer dans la serre. La pose de moustiquaires est une méthode efficace et simple d'exclure de la serre les espèces nuisibles de bonne taille, tels que papillons de nuit, coléoptères, abeilles et autres insectes (voir la fiche technique du MAAARO, Pose de moustiquaires pour exclure les insectes des serres).

 Figure 18. Photo d'une allée en train d'être nettoyée mécaniquement.

Figure 18. Allée nettoyée mécaniquement.

Figure 19. Photo montrant une large bande de pelouse aménagée autour d'une serre pour freiner la croissance des mauvaises herbes.

Figure 19. Large bande de pelouse bien entretenue autour de la serre pour lutter contre les mauvaises herbes.

Nettoyage de fin d'année

Éviter le chevauchement des cultures

Pour réduire au minimum la survie des ravageurs et des agents pathogènes entre deux cultures, il est bon de prévoir une période où la serre reste sans cultures. Cela signifie qu'à la grandeur d'une serre multichapelles, il ne doit pas y avoir de chevauchement entre la nouvelle culture et la précédente. Il y a chevauchement quand, dans une culture d'automne, on intercale des plants de repiquage destinés à la culture du printemps suivant ou quand, au printemps, des plants sont repiqués alors qu'une culture est toujours sur pied dans une autre chapelle. Il est particulièrement important d'éviter les chevauchements pour briser le cycle biologique d'organismes ou de ravageurs persistants qui peuvent nuire au programme de lutte biologique dans la nouvelle culture.

Traiter les cultures avant leur arrachage

Afin de réduire la propagation des arthropodes nuisibles, traiter les cultures avant leur arrachage et peu après la dernière récolte. Cette mesure réduit au minimum leurs chances de se disperser et de s'abriter dans le sol sous des bâches de plastique ou dans les fissures et crevasses de la structure de la serre. Elle empêche également les ennemis des cultures de sortir à l'extérieur de la serre pour y passer l'hiver dans les mauvaises herbes ou de pénétrer dans des serres voisines. Pendant le traitement, maintenir des températures chaudes (25-30 °C) pour garder les ennemis actifs et les rendre ainsi plus sensibles aux pesticides. Ces traitements peuvent être chimiques ou non chimiques, comme il est indiqué ci-dessous.

Traitement chimique

L'application de pesticides efficaces avant et après l'enlèvement des cultures a ordinairement pour effet de décimer les populations de la plupart des insectes et des acariens. Comme pour tout pesticide, il importe d'observer le mode d'emploi et de bien ventiler la serre avant d'y retourner.

Traitement non chimique

Maintenir la température ambiante à environ 40 °C et l'humidité relative sous les 50 % pendant au moins 3-4 jours afin de réduire efficacement les populations d'insectes et d'acariens. Ce traitement peut être répété après l'enlèvement de la culture. L'idéal est de mener cette opération durant les mois d'été quand les grandes chaleurs à l'extérieur favorisent l'élévation des températures dans les serres.

Élimination des cultures

Après le traitement et l'élimination des cultures, placer des plaquettes jaunes encollées au ras du sol pour surveiller l'activité des insectes volants, tels que thrips, aleurodes et pucerons, qui pourraient avoir survécu. Inspecter souvent ces plaquettes. Si l'on y décèle des ennemis des cultures, prendre d'autres mesures pour les combattre.

Élimination des résidus de culture

Afin de réduire au minimum la survie et la dispersion des ennemis des cultures et des tissus atteints de maladies, enlever et éliminer correctement et sans tarder les débris végétaux (figure 20). Le passage des disques pour enfouir superficiellement les résidus de culture dans le sol des champs adjacents ne suffit pas. Les bactéries responsables du chancre bactérien, par exemple, peuvent survivre pendant au moins 24 mois dans les résidus qui jonchent le sol. Si, par contre, les mêmes résidus sont enfouis profondément dans le sol, leur survie est réduite à environ sept mois. S'il est impossible dans l'immédiat de se débarrasser des débris ou de les enfouir, les placer dans des bacs couverts qui serviront à les apporter à la décharge.

Figure 20. Photo de résidus de cultures laissés dans la serre.

Figure 20. Résidus de cultures à éliminer.

Bien nettoyer et désinfecter

Avant la désinfection, nettoyer et laver la structure de la serre ainsi que tout le matériel horticole, comme les piquets du système d'irrigation, les outils, les caisses, le matériel d'irrigation et les véhicules. Les débris ou la matière organique qui restent sur les surfaces peuvent réagir avec le désinfectant et neutraliser sa matière active.

Les surfaces grenues (p. ex., ciment et bois) peuvent contenir de la matière organique et des spores ou des bactéries qui risquent d'infecter les plants qui peupleront la serre. Nettoyer ces surfaces à la brosse ou les laver avec un détergent ou un nettoyeur commercial et une laveuse à pression. Garder à l'esprit que bien des organismes pathogènes se logent sur les surfaces horizontales, comme les membrures des fermes de toit, les rebords de fenêtres et le dessus des canalisations en hauteur.

L'idéal est de mélanger le désinfectant à de l'eau tiède (à environ 20 °C) et d'appliquer la solution sur les surfaces sèches le soir dans la serre encore chaude. Pour une efficacité optimale, s'assurer d'une durée de contact entre le désinfectant et la surface d'au moins 15-30 minutes. En règle générale, des températures plus basses exigent une durée de contact plus longue, tandis que des températures plus élevées augmentent l'efficacité des désinfectants.

Structure
  • Débarrasser la serre des résidus de culture, des ficelles, etc.
  • Ensacher et éliminer immédiatement les plants infectés. Se méfier des sacs percés qui peuvent laisser s'écouler des liquides contribuant à la transmission de maladies à la nouvelle culture.
  • Enfouir profondément le matériel infecté ou confier le matériel à une entreprise d'élimination des déchets. Ne jamais jeter de matériel végétal infecté en plein champ, car l'agent pathogène risquerait d'être disséminé par le vent.
  • Laver à haute pression toute la structure (figure 21) avec ou sans détergent (les détergents aident à déloger les pellicules graisseuses et à détacher les débris incrustés). Prêter une attention particulière aux canalisations en hauteur.
  • Éviter d'éclabousser la structure d'eau sale.
  • Travailler de l'arrière à l'avant de la serre.
  • Désinfecter la structure en mouillant les surfaces sèches avec un désinfectant à large spectre.

Figure 21. Photo du lavage de la structure d'une serre après l'enlèvement de la culture.

Figure 21. Lavage de la structure d'une serre après l'enlèvement de la culture.

Réseau d'irrigation
  • Remplacer ou nettoyer et désinfecter les canalisations des réseaux d'irrigation goutte-à-goutte.
  • Pour nettoyer les conduites, prendre connaissance des recommandations du fabricant, afin de déterminer le pH toléré par les goutteurs avant de remplir le réseau d'irrigation avec un acide (pH de 1,5 à 2,0). Laisser le produit agir pendant 24 heures pour former un précipité. Rincer ensuite avec de l'eau claire. Rincer les conduites et les réservoirs avec un désinfectant plusieurs fois sur une période de 24 heures, puis rincer à l'eau claire.
  • Remplacer les piquets d'irrigation goutte-à-goutte (figure 22) ou les désinfecter en les faisant tremper dans un désinfectant. Les rincer ensuite avec de l'eau. Il n'est pas suffisant de vaporiser le désinfectant sur les piquets.

Figure 22. Photo d'un piquet d'irrigation goutte-à-goutte pendant le processus de lavage et de désinfection.

Figure 22. Piquet d'irrigation goutte-à-goutte pendant le processus de lavage et de désinfection.

Outils et matériel
  • Laver à haute pression et désinfecter tous les outils et le matériel (figures 23 et 24) utilisés dans la serre, y compris les lève-palette et les tracteurs.
  • Empêcher la poussière de contaminer les racines des semis ou l'eau d'irrigation. La poussière est une source incommensurable d'agents pathogènes, dont Pythium, Fusarium, l'agent responsable de la maladie des racines liégeuses et Clavibacter michiganensis (organisme responsable du chancre bactérien).
  • Utiliser des pédiluves pour désinfecter les chaussures.
  • Utiliser de larges tapis imbibés de désinfectant pour nettoyer les roues des tracteurs et des petits véhicules utilisés dans les serres multichapelles.

Figure 23. Photo de bobines lavées et désinfectées prêtes à y enrouler la ficelle destinée à la nouvelle culture.

Figure 23. Bobines lavées et désinfectées prêtes à y enrouler la ficelle destinée à la nouvelle culture.

Figure 24. Photo de matériel serricole ayant été lavé, désinfecté et entassé en prévision de la prochaine saison de culture.

Figure 24. Matériel serricole lavé, désinfecté et entassé.

Désinfection du substrat

Il est possible de désinfecter les substrats à l'aide de vapeur ou par fumigation. Il peut toutefois être plus facile de remplacer simplement le vieux substrat par du nouveau substrat. La stérilisation du substrat réduit la transmission des infections et des infestations, particulièrement d'acariens et de thrips. Entre les mois d'août et de septembre, les acariens qui entrent en diapause se déplacent vers la partie inférieure de la culture et peuvent se cacher dans les matelas de laine de roche, sous les bâches de plastique au sol, dans les débris de culture, etc., où ils restent à l'abri jusqu'au retour de conditions favorables. Les thrips effectuent leur pupaison au sol et peuvent survivre dans des refuges semblables. Les substrats ayant passablement servi abritent souvent de nombreux agents pathogènes qui s'attaquent aux racines.

Désinfection du sol à la vapeur

Pour faire pénétrer efficacement la vapeur dans le substrat, comme le sol ou tout mélange de composantes organiques, le substrat devrait être bien meuble et n'être ni trop mouillé ni trop sec. Utiliser un thermomètre pour le sol afin de s'assurer que le substrat est chauffé à plus de 80 °C pendant 30 minutes. Au-delà de cette température ou de ce délai, on risque de faire face à des problèmes d'engorgement d'eau, de fortes teneurs en sel et de brûlure par l'ammoniac.

Désinfection à la vapeur de la laine de roche

Le temps nécessaire à la désinfection à la vapeur dépend de la teneur en eau et de la température de la laine de roche. L'application de vapeur à 90 °C pendant 30 minutes devrait suffire. En général, plus la teneur en eau est élevée, plus la vapeur doit être appliquée longtemps. Pour cette raison, le substrat devrait être le plus sec possible avant le traitement à la vapeur. La laine de roche qui est empilée sur des palettes et qui n'est pas emballée dans des sacs de polyéthylène peut être stérilisée à la vapeur en 2 heures. Si elle est emballée dans du polyéthylène, compter 5 heures. Ne pas empiler la laine de roche sur une hauteur supérieure à 1,5 m (5 pi). Pour stabiliser les matelas empilés, placer chaque rangée à angle droit par rapport à la rangée sous-jacente. De plus, laisser un espace de 2,5 cm (1 po) entre les matelas afin de permettre une meilleure pénétration de la vapeur.

Pratiques culturales

Arracher toutes les mauvaises herbes dans la serre et à ses abords en entretenant un périmètre le plus large possible. Non seulement les mauvaises herbes abritent-elles des insectes et des acariens nuisibles, mais elles constituent aussi une source importante de nombreux virus et d'autres agents pathogènes.

Une fois que la structure de la serre est propre (figure 25), il faut maintenir des pratiques de biosécurité ou d'assainissement. Utiliser des tapis de désinfection et des pédiluves à toutes les entrées, afin de veiller à ce que les chaussures, les roues des véhicules, etc. soient propres et désinfectées avant leur entrée dans les salles des chaudières et la serre. Mettre des survêtements de protection et du désinfectant pour les mains à la portée de tous les visiteurs. Dans la mesure du possible, restreindre la circulation des visiteurs aux allées centrales, afin qu'ils entrent le moins possible en contact avec la culture.

Figure 25. Photo d'une chapelle propre prête à la mise en place de la nouvelle culture.

Figure 25. Chapelle propre prête à la mise en place de la nouvelle culture.


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