Mouches des terreaux et mouches des rivages dans les cultures de serre


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 290-621
Date de publication : 01/14
Commande no. 14-004
Dernière révision : 01/14
Situation : Remplace la fiche technique 06-080 du MAAO, qui porte le même titre
Rédacteur : Graeme Murphy - spécialiste de la lutte intégrée, Floriculture de serre/MAAO; Gillian Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée, Légumes de serre/MAAO; Les Shipp - chercheur scientifique/Agriculture et Agroalimentaire Canada.

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Table des matières

  1. Introduction
  2. Description et cycle biologique
  3. Dommages
  4. Stratégies de lutte

Introduction

Les mouches des terreaux et les mouches des rivages sont de petites mouches noires qu'on aperçoit souvent près du substrat dans les cultures de serre. Ces mouches sont non seulement incommodantes pour les producteurs, mais elles peuvent aussi faciliter la propagation et la transmission de maladies des racines chez tous les légumes et toutes les cultures ornementales de serre, en plus de nuire à l'apparence des cultures ornementales.

Description et cycle biologique

La mouche des terreaux adulte, de couleur gris noir, mesure environ 3-4 mm de long. Elle possède de longues pattes, des antennes filiformes et de grands yeux composés qui se rejoignent à la base des antennes. L'adulte fait penser à un petit maringouin (figure 1) et vole peu. On le voit souvent au repos, à la surface du substrat. La femelle vit une dizaine de jours et pond quelque 150 œufs blancs et ovales dans la matière organique du milieu de culture. Ces derniers éclosent en 2-7 jours, selon la température, pour faire place à des larves blanches de 4-6 mm de long. Les larves ont 12 segments abdominaux et une tête noire luisante caractéristique (figure 2). Elles se nourrissent pendant 5-14 jours avant d'amorcer leur pupaison. Les adultes émergent des pupes 4-6 jours plus tard. Comme les autres insectes, les mouches des terreaux sont plus actives et se développent plus rapidement quand il fait chaud. Le cycle biologique complet se déroule sur 21 jours à 24 °C et 38 jours à 16 °C.

Figure 1. Mouche des terreaux adulte sur une plaquette collante. Avec ses longues pattes, ses antennes filiformes et ses grands yeux composés, cette mouche fait penser à un petit maringouin.

Figure 1. Mouche des terreaux adulte sur une plaquette collante. Noter la longueur des pattes et des antennes.

Figure 2. Larve blanche à tête noire luisante de la mouche des terreaux.

Figure 2. Larve de mouche des terreaux.

Les mouches des rivages adultes ont à peu près la même taille que les mouches des terreaux, mais ressemblent plutôt à de petites mouches domestiques. Elles ont un corps trapu et foncé, des antennes courtes qui semblent cassantes et des pattes courtes (figure 3). Elles volent mieux que les mouches des terreaux et possèdent cinq taches claires sur les ailes. Les mouches des rivages adultes préfèrent des conditions plus humides que les mouches des terreaux, de sorte qu'on les trouve souvent sous les banquettes et dans les endroits où l'eau stagne. Les femelles pondent leurs œufs sur des algues ou sur des substrats humides. Les larves, qui éclosent en 2-3 jours, vont du crème au brun (figure 4) et sont dépourvues de capsule céphalique. Elles se nourrissent d'algues et de micro-organismes présents dans le substrat pendant les 3-6 jours qui précèdent la pupaison. Les adultes émergent des pupes au bout de 4-5 jours. Aux températures qui règnent dans les serres, une génération complète de mouches des rivages s'échelonne sur 9-14 jours.

Figure 3. Adulte de la mouche des rivages avec ses antennes très courtes, son corps trapu et la présence de taches claires sur ses ailes.

Figure 3. Adulte de la mouche des rivages. Noter ses antennes très courtes, son corps trapu et la présence de taches claires sur ses ailes.

Figure 4. Larve de mouche des rivages. Les larves de cette espèce vont du crème au brun.

Figure 4. Larve de mouche des rivages.

Dommages

Aux stades immatures, les mouches des terreaux se nourrissent généralement de matière organique en décomposition, de champignons terricoles et d'algues. Cependant, elles peuvent aussi endommager directement les cultures en se nourrissant des radicelles, des poils absorbants et de la base des tiges tendres. Elles peuvent nuire à toutes les cultures de serre. De plus, les mouches des terreaux peuvent propager des organismes pathogènes. Elles sont en fait attirées par les plants infectés. Des études montrent que les adultes peuvent disséminer des spores de champignons pathogènes, comme Rhizoctonia (figure 5), en volant vers des végétaux non infectés et en y excrétant les spores. Les mouches adultes peuvent aussi disséminer des champignons, notamment Fusarium et Verticillium, dont les spores sont accrochées à leurs pattes et à leur corps. Les substrats organiques, comme la mousse de tourbe et la fibre de coco, favorisent la reproduction des mouches des terreaux.

Figure 5.	Poinsettia infecté par le rhizoctone, l'une des maladies que peuvent transmettre les mouches des terreaux.

Figure 5. Poinsettia infecté par le rhizoctone, l'une des maladies que peuvent transmettre les mouches des terreaux.

Par comparaison, les mouches des rivages aux stades immatures sont semi-aquatiques. Elles se nourrissent principa-lement d'algues. Même si elles ne se nourrissent normalement pas des cultures, il leur arrive de se nourrir de racines infectées par des cham-pignons. Elles peuvent ainsi propager des maladies si les spores qu'elles ingèrent restent viables dans leur tube digestif jus-qu'à ce qu'elles parviennent au stade adulte. Les mouches des rivages peuvent également nuire à l'apparence des cultures ornementales par la présence des excréments qu'elles laissent sur les feuilles et les fleurs.

Stratégies de lutte

La lutte contre ces mouches peut être difficile en raison du stade passé hors du sol, des générations qui se chevauchent constamment et de la brièveté des cycles biologiques. Pour éviter les problèmes associés à ces mouches, mettre des mesures de lutte en place sans tarder. Les stratégies employées reposent sur la surveillance et des méthodes culturales.

Surveillance

Des plaquettes jaunes collantes placées à l'endroit habituel dans la partie supérieure du feuillage permettent de déceler la présence des mouches. Toutefois, pour un dépistage précoce et une plus grande efficacité des pièges, il vaut mieux disposer les plaquettes à l'horizontale à la base des plants. Afin d'évaluer la gravité de l'infestation par les larves de la mouche des terreaux, placer des tranches de pommes de terre crues à la surface du substrat et les examiner à la loupe après 24 heures (figure 6).

Figure 6. Tranches de pommes de terre crues à la surface d'un substrat.

Figure 6. Tranches de pommes de terre très utiles à la surveillance des larves de mouches des terreaux et des staphylins prédateurs.

Stratégies de lutte générales

La meilleure stratégie de lutte consiste à empêcher ces mouches de s'établir dans la serre. Mettre en œuvre de bonnes pratiques d'hygiène et soigner le drainage, de manière à éviter la formation de flaques d'eau et d'algues (figure 7). Pour contribuer à prévenir la formation d'algues, empêcher le plus possible la lumière d'atteindre la surface du substrat.

Figure 7. Algues proliférant à la surface d'un substrat à base de laine de roche et sous les banquettes.

Figure 7. La maîtrise des algues sur la laine de roche (photo du haut) et sous les banquettes (photo du bas) est importante dans la lutte contre les mouches des terreaux et les mouches des rivages.

Lutte biologique

Plusieurs agents de lutte biologique vendus sur le marché peuvent servir à combattre les populations de mouches des terreaux et/ou de mouches des rivages. Ils comprennent :

  • l'insecticide bactérien Bacillus thuringiensis subsp. israelensis,
  • le nématode parasite Steinernema feltiae,
  • les acariens prédateurs Gaeolaelaps gillespiei et Stratiolaelaps scimitus (= Hypoaspis miles), et
  • le coléoptère prédateur Dalotia (= Atheta) coriaria, de la famille des staphylins.

Voici des points à garder à l'esprit au moment d'utiliser des agents de lutte biologique :

Bacillus thuringiensis subsp. israelensis (Bti) : Bti produit deux sortes de spores, l'une qui est active, l'autre qui produit des protéines de réserve, plus précisément des protéines cristallisées ou cristaux de protéines toxiques. Une fois que ces spores sont ingérées par la larve, le pH alcalin du tube digestif facilite la libération des cristaux toxiques. Ceux-ci détruisent les parois du tube digestif de l'insecte, laissant les spores actives s'introduire dans le courant sanguin. L'insecte meurt d'un empoisonnement du sang. Dans les 24 heures qui suivent l'ingestion de Bti, les larves de mouches des terreaux cessent de s'alimenter et deviennent léthargiques. La mort survient 1-7 jours après l'ingestion. Cette bactérie ne tue pas au contact et n'est efficace que contre les individus des stades larvaires, les seuls à ingérer les Bti. Comme des études montrent que ce sont les jeunes stades larvaires de la mouche des terreaux qui sont plus sensibles, de multiples traitements sont nécessaires pour obtenir de bons résultats. Les adultes ne se nourrissent pas de ces spores et sont par conséquent épargnés par les traitements. Lorsqu'on utilise cette bactérie, on doit s'assurer que le pH de l'eau servant au mélange est neutre ou légèrement acide. Si le pH est supérieur à 7,0, l'organisme sera inefficace.

Steinernema feltiae : Ce nématode peut assurer une maîtrise plus rapide des larves de la mouche des terreaux que les autres agents de lutte biologique. Les pupes ne sont pas aussi sensibles aux attaques du nématode que les stades larvaires. Les nématodes recherchent un insecte pouvant leur servir d'hôte et l'envahissent en pénétrant par ses orifices (bouche, anus et pores respiratoires appelés spiracles). Une fois à l'intérieur de l'insecte, ils libèrent une bactérie (Xenorhabdus spp.) présente dans leur tube digestif. Les bactéries se multiplient à l'intérieur de l'insecte, entraînant sa mort dans les 48 heures. Les nématodes peuvent alors théoriquement se développer en se nourrissant de l'intérieur de la larve (figure 8). Toutefois, la mouche des terreaux est peut-être trop petite pour permettre aux nématodes de s'y reproduire. Pour de meilleurs résultats, appliquer les nématodes en fin de journée, afin d'éviter leur assèchement et leur exposition aux rayons du soleil et afin de réduire les risques que les nématodes soient entraînés hors du substrat par les arrosages effectués durant la journée, surtout dans la laine de roche. Des études montrent que ces nématodes se déplacent très facilement à travers la laine de roche. En moins de deux semaines après le traitement, la majorité se retrouve dans le bas du substrat. Les nématodes sont surtout efficaces quand la température et le pH de l'eau utilisée pour le mélange sont les mêmes que ceux qui sont nécessaires pour assurer une croissance optimale de la culture. Faire les applications chaque semaine pendant plusieurs semaines, selon l'intensité de l'infestation.

Figure 8. Larve de mouche des terreaux entourée de nématodes.

Figure 8. Le nématode Steinernema feltiae peut se révéler un allié efficace contre les mouches des terreaux.

Stratiolaelaps scimitus et Gaeolaelaps gillespiei : Ces prédateurs sont des acariens vivant dans le sol (figure 9) qui se nourrissent surtout des jeunes larves de la mouche des terreaux, très peu de ses œufs et probablement pas du tout de ses pupes. Ils n'entrent pas en diapause mais deviennent inactifs si le substrat est froid. Si le premier lâcher de ces prédateurs a lieu quand la culture est au stade de plantule, faire un second lâcher après le repiquage dans la serre principale quand ils risquent d'y trouver suffisamment de nourriture pour survivre. Il vaut mieux faire les lâchers de ce prédateur avant que les populations de mouches des terreaux soient établies. Ces prédateurs sont doublement avantageux; ils sont efficaces pendant toute la saison et ils se nourrissent également d'autres petits insectes vivant dans le substrat, notamment de collemboles et de thrips au stade de pupes.

Figure 9. Acarien prédateur du genre Stratiolaelaps se nourrissant d'organismes terricoles.

Figure 9. Les acariens prédateurs du genre Stratiolaelaps se nourrissent d'organismes terricoles, comme les larves de mouches des terreaux et les pupes de thrips.

Dalotia coriaria (staphylin) : Ce coléoptère est un auxiliaire de lutte relativement nouveau dans l'arsenal des agents de lutte biologique destinés à combattre les mouches des terreaux. Des études de laboratoire indiquent qu'il est très prometteur dans la lutte contre les mouches des terreaux et les mouches des rivages. L'adulte est un petit coléoptère noir de 3-4 mm de long (figure 10). Les larves passent par trois stades larvaires; elles vont du blanc au tout début au jaune brun à la toute fin. Au stade adulte et à tous les stades larvaires, ce coléoptère est prédateur. Le staphylin est très actif. Il s'établit facilement et se propage rapidement à toute la serre. Il n'est pas rare qu'il s'établisse naturellement et que les populations résidentes maintiennent une présence permanente. Les tranches de pommes de terre servant à surveiller les larves de mouches des terreaux sont également très efficaces dans le dépistage de ce staphylin adulte et de ses larves.

Figure 10. Staphylin Dalotia coriaria se nourrissant d'œufs et de larves de mouches des terreaux et de mouches des rivages.

Figure 10. Le staphylin Dalotia coriaria est un prédateur terricole qui se nourrit des œufs et des larves des mouches des terreaux et des mouches des rivages.

Coenosia attenuata : Mouche prédatrice grisâtre de la même famille que la mouche domestique (figure 11). Cette mouche est plus grosse que la mouche des rivages. Au stade adulte, elle se nourrit d'insectes volants qu'elle capture en plein vol, notamment de mouches des terreaux et de mouches des rivages, mais également de mineuses et, dans une moindre mesure, d'aleurodes. Les larves de Coenosia vivent dans le sol, où elles se nourrissent d'autres organismes terricoles, tels que les larves de mouches des terreaux et de mouches des rivages.

Figure 11. Photo permettant de comparer la petite taille d'une mouche des rivages, la proie, à celle, beaucoup plus grande, de Coesnosia attenuata, une mouche prédatrice.

Figure 11. Coenosia attenuata est une mouche prédatrice. L'adulte se nourrit d'insectes volants, comme les mouches des terreaux et les mouches des rivages, tandis que la larve se nourrit d'organismes terricoles. La photo permet de comparer la taille d'une mouche des rivages, à gauche, à celle de Coesnosia, à droite.

Synacra : Guêpe parasite qui pond ses œufs dans les larves de la mouche des terreaux. Les guêpes se développent et émergent des pupes de mouches de terreaux. La guêpe adulte a à peu près la même taille que la mouche des terreaux, mais possède la taille fine et l'abdomen long et effilé des guêpes (figure 12). Même si son efficacité à combattre les populations de mouches des terreaux n'a pas été documentée, on observe souvent de grands nombres de cet agent de lutte biologique sur les plaquettes collantes dans les serres.

Figure 12. Photo de la guêpe parasite Synacra, qui possède la taille fine et l'abdomen long et effilé des guêpes.

Figure 12. Synacra est une guêpe parasite qui pond ses œufs dans les larves de la mouche des terreaux.

Hexacola neoscatellae : Guêpe parasite qui se nourrit de mouches des rivages (figure 13). Elle est plus petite que la mouche des rivages. On peut la voir en grand nombre sur les plaquettes jaunes collantes dans les serres où l'on trouve des populations résidentes de la mouche des rivages. Elle est noire et a l'abdomen presque sphérique, ce qui contraste avec l'abdomen plus allongé de Synacra (figure 14).

Figure 13. La guêpe Hexacola neoscatellae est noire et possède un abdomen presque sphérique.

Figure 13. Hexacola neoscatellae est une guêpe parasite qui pond ses œufs dans les larves de la mouche des rivages.

Figure 14. Comparaison de Synacra et de Hexacola. Synacra est noire et a un abdomen plutôt allongé, tandis que Hexacola est plus petite et possède un abdomen plus arrondi.

Figure 14. Comparaison entre Synacra (à gauche) et Hexacola, cette dernière étant plus petite et ayant l'abdomen plus arrondi.

Lutte chimique

Les pesticides employés pour lutter contre les mouches des terreaux ciblent les individus des stades larvaires vivant dans le substrat. Pour un maximum d'efficacité, on effectue les traitements au début du cycle de production de la culture, soit au moment où les populations de mouches des terreaux sont souvent les plus grandes. Plus la culture avance, plus le substrat s'assèche rapidement et moins le système racinaire est vulnérable aux dommages causés par l'alimentation des larves. Il existe plusieurs pesticides qui sont homologués pour lutter contre les mouches des terreaux et les mouches des rivages, dont certains sont compatibles avec des programmes de lutte biologique. Voir la publication 370F du MAAO, Guide de la culture des fleurs et des plantes d'ornement en serre, et la publication 835F, Guide de protection des légumes de serre.

La version anglaise de la présente fiche technique a été rédigée par Graeme Murphy, spécialiste de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures floricoles en serre, Division du développement économique, MAAO, Vineland, Gillian Ferguson, spécialiste de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures légumières en serre, Division du développement économique, MAAO, Harrow, et Les Shipp, entomologiste des cultures de serre, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Harrow.

 

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