La tipule des prairies


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 273/626
Date de publication : mars 2013
Commande no. 13-024
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Rédacteur : Pam Charbonneau

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Introduction

La tipule des prairies, Tipula paludosa Meigen, est une espèce indigène de l’Eurasie. Depuis longtemps, elle est un ravageur des gazons dans les régions d’Amérique du Nord ayant un climat maritime.

Au Canada, cet insecte a été signalé pour la première fois en 1955, à l’île du Cap-Breton. Dans l’Ouest du pays, les premiers signalements venaient de Vancouver, en Colombie-Britannique, en 1965.

En Amérique du Nord, la distribution de la tipule des prairies se limitait à la région des Maritimes et aux provinces de l’Ouest du Canada (Nouvelle-Écosse et Colombie-Britannique), et à la côte ouest des États- Unis (États de Washington et d’Oregon); cependant, en 1996 et 1997, il y a eu plusieurs signalements de gazons endommagés par les larves de tipule des prairies dans les régions du Grand Toronto et de Hamilton.

En Ontario, le premier signalement officiel de la présence de larves date de 1998, date à laquelle on les a identifiées comme étant des larves de tipule des prairies (Tipula paludosa Meigen). Elles sont maintenant présentes dans tout le Sud-Ouest et le Centre ainsi que dans une partie de l’Est de la province; on les trouve aussi dans certaines régions frontalières de l’Ontario, dans l’État de New York depuis 2004, et au Michigan depuis 2005.

Photo d'une tipule des prairies adulte, d'une longueur d'environ 2 cm, montrant deux ailes transparentes et six longues pattes fines.
Figure 1. Tipule des prairies adulte (Source : Archive du Service canadien des forêts, Service canadien des forêts, Bugwood.org).

Les larves de tipules endommagent les graminées des gazons et des pâturages, et elles produisent aussi quelques dégâts dans les fruits, les légumes et les grandes cultures.

Description

Les tipules des prairies adultes ressemblent à de gros moustiques (Figure 1). Leur longueur va de 1,5 à 2,5 cm, et leur corps est brun-grisâtre. Elles ont deux ailes étroites et des pattes très longues et minces de couleur brune. Contrairement aux moustiques, elles ne piquent pas et volent relativement mal.

Elles pondent près de la surface du sol, jusqu’à une profondeur de 1 cm; les oeufs sont noirs, brillants et ovales, d’une longueur d’environ 1 mm.

Les larves de tipules des prairies sont de couleur gris clair à brun-verdâtre, avec des mouchetures noires irrégulières. Elles sont cylindriques, un peu amincies à chaque extrémité et dépourvues de pattes. Les larves passent par quatre instars ou stades de développement. Leur longueur va de 0,5 cm pour le premier instar à 3 ou 4 cm à maturité (Figure 2).

Gros plan d'une larve de tipule des prairies sur le feutre d'un gazon. La larve est gris-verdâtre, dépourvue de pattes et longue d'environ 1,5 cm.
Figure 2. Larves de tipules des prairies.

Gros plan de deux pupes de tipules des prairies, brunes, d'une longueur de 3 à 4 cm, photographiées sur le le couvercle d'un objectif d'appareil photo.
Figure 3. Pupes de tipules des prairies.

La pupe se forme à l’intérieur de la cuticule du dernier instar, qu’on appelle puparium. Elle est brune et pourvue d’épines, d’une longueur de 3 à 4 cm (Figure 3). En émergeant, l’adulte laisse derrière lui le puparium, qui est visible sur le gazon tondu ras.

Biologie

En Ontario, la tipule des prairies complète une génération par an (Figure 5). L’émergence des adultes se produit pendant tout le mois de septembre, selon les régions de la province. Les femelles adultes s’accouplent et pondent dans les 24 heures qui suivent leur émergence. Les oeufs peuvent se trouver dans le sol du début septembre à la mi-octobre; ils peuvent être posés sur la surface ou enfoncés jusqu’à une profondeur de 1 cm. Une même femelle peut pondre de 200 à 300 oeufs. Ceux-ci sont très sensibles à l’assèchement et ont besoin d’humidité pour éclore. L’éclosion se produit au bout de 10 à 14 jours.

Larves de tipules des prairies mortes en grand nombre, qu'un orage printanier a entraînées de la pelouse sur la route et qui se sont accumulées au bord du trottoir.
Figure 4. Larves de tipules ayant envahi la surface du gazon et les surfaces en dur comme les entrées de garage et les trottoirs.

Les larves sont présentes du début octobre à la fin du mois d’août de l’année suivante. En automne, elles subissent trois ou quatre mues (instars) et passent généralement l’hiver sous forme de troisième ou de quatrième instar. En automne et au début du printemps, elles se nourrissent du sommet du feutre racinaire et des limbes foliaires. Plus tard au printemps, les plus gros instars passent la journée dans le sol (à une profondeur de 1 à 3 cm) et se nourrissent des brins d’herbe pendant la nuit.

Ce sont les larves de quatrième instar qui, en se nourrissant, causent la plus grande partie des dommages au printemps. Les fortes pluies forcent souvent les larves à rejoindre la surface du gazon et les surfaces en dur telles que les entrées de garage et les trottoirs (Figure 4).

Illustration du cycle vital de la tipule des prairies montrant la succession des étapes au cours de l'année.
Figure 5. Les tipules des prairies complètent une génération par an.

Vers la mi-juin, les larves arrêtent de se nourrir; elles s’enfoncent dans le sol (3 à 5 cm) et jeûnent jusqu’à la pupaison. La pupaison se produit entre la fin août et le début ou la mi-septembre; les pupes rejoignent la surface du sol en se tortillant à la fin de la nuit ou au petit matin, et les adultes émergent. Les coques de nymphose vides ressemblent à de petits rameaux qui dépassent du gazon tondu ras (Figure 6).

Dommages

Les larves de tipules se nourrissent principalement du gazon sur les pelouses résidentielles, les terrains de golf et les gazonnières, ainsi que les herbacées des pâturages. Elles consomment les poils racinaires, les racines et les couronnes pendant la journée, à la surface ou à faible profondeur. Pendant les nuits chaudes et humides, elles rejoignent la surface du gazon et dévorent les tiges et les limbes des herbacées. Les dommages qu’elles infligent au gazon apparaissent sous la forme de taches jaunes qui forment des parties dénudées. En Ontario, les dommages se produisent surtout en mai (Figure 7). Les gazons peuvent également être endommagés par les ravageurs secondaires comme les moufettes et les étourneaux : pendant les mois de mai et juin, les moufettes soulèvent de petites plaques de gazon à la recherche des larves, et les oiseaux extraient celles-ci avec leur bec (Figure 8).

Surveillance

Adultes

Les adultes se rassemblent le long des bâtiments, des portes coulissantes, des moustiquaires et des clôtures, où on peut les compter. Les infestations de larves ont de bonnes chances de se produire là où il y a des populations d’adultes.

Pupes

Le matin, la présence de coques de nymphose vides sur le gazon tondu ras est un signe de l’existence des pupes. Pour trouver les secteurs abritant de fortes populations de pupes, repérer les endroits où les corneilles se nourrissent.

Larves

Si des signes de prédation ou de dommages infligés au gazon par les oiseaux font soupçonner la présence de larves de tipules, la meilleure méthode de détection consiste à prélever un échantillon de gazon du diamètre d’une tarière et à le déchirer en cherchant les larves entre les limbes foliaires et dans le feutre racinaire et le sol. Aucun seuil n’a été déterminé pour le nombre de larves en Ontario.

Photo prise près de la surface d'un gazon, montrant de nombreuses coques de nymphose sur l'herbe tondue ras.
Figure 6. Coques de nymphose sur un gazon tondu ras.

Zone de gazon basse et mal drainée présentant des plaques d'herbe raréfiée ou morte où les larves de tipules qui se sont nourries au printemps.
Figure 7. Dommages typiques infligés par des larves de tipules sur un gazon.

Gros plan d'un vert de golf montrant les petits trous laissés par les étourneaux à la recherche de larves de tipules.
Figure 8. Dommages infligés à un terrain de golf par des oiseaux qui recherchaient des larves.

Lutte

Plusieurs méthodes de culture permettent de limiter les dommages causés par les larves de tipules.

Premièrement, on peut maintenir un peuplement sain par de bonnes pratiques de tonte et de fertilisation.

Deuxièmement, les tipules adultes préfèrent pondre dans un sol humide. Un bon drainage assèche le sol, ce qui dissuade les femelles de pondre. De plus, les larves fraîchement écloses survivent mal dans les sols secs.

Les fortes pluies printanières forcent les larves de tipules des prairies à sortir du gazon et à gagner des surfaces en dur, où elles s’assèchent et meurent en grand nombre.

Au printemps également, la prédation exercée par les oiseaux provoque une forte mortalité chez les larves.

Il existe des insecticides pour les utilisations faisant l’objet d’une exception sur les terrains de golf et dans les gazonnières; le traitement doit viser le stade des larves. Effectuer des traitements préventifs en automne, après la période de ponte de pointe. En octobre, avant que le sol ne gèle, effectuer des traitements curatifs visant les larves lorsque celles-ci se nourrissent près de la surface, sont de petite taille et n’ont pas encore causé de dommages significatifs. Effectuer des traitements curatifs au printemps, selon les résultats du dépistage ou après avoir constaté directement des dommages.

Si des traitements préventifs ont été effectués en automne, il ne sera peut-être pas nécessaire de traiter de nouveau au printemps suivant. Cependant on pourra effectuer un traitement au printemps, dès que les dommages causés par les larves deviendront visibles. Comme les adultes ne s’alimentent pas, les traitements avec des insecticides sont généralement inefficaces.

Pour plus d’information sur les produits phytosanitaires et les doses, voir la publication 384 du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (MAAO) et du ministère des Affaires rurales (MAR) intitulée Recommandations pour la gestion des gazons.

Pour les pelouses résidentielles et les autres utilisations ne faisant pas l’objet d’une exception en Ontario, on peut réduire les populations de larves, en se servant de nématodes entomopathogènes, soit Steinernema carpocapsae au printemps, ou un mélange à parts égales de Steinerenema feltieae et de Heterorhabditis bacteriophora en automne.