Le mildiou des cucurbitacées


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 256/635
Date de publication : août 2010
Commande no. 10-066
Dernière révision :
Situation :
Rédacteur : Michael Celetti - phytopathologiste et chargé de programme, cultures horticoles/MAAARO; E. Roddy - spécialiste de la culture des légumes/MAAARO

Table des matières

Introduction

Le mildiou est une maladie grave des cucurbitacées cultivées en Ontario (figure 1), causé par un champignon aquatique, Pseudoperonospora cubensis. Une fois établie dans une région, la maladie peut se propager rapidement et causer de lourdes pertes en raison d'atteintes à la qualité des fruits et de réductions de rendements.

Symptômes du mildiou sur des feuilles de plant de concombres.

Figure 1. Symptômes du mildiou sur des feuilles de plant de concombres.


Tableau 1. Interaction entre les cucurbitacées hôtes et les différents pathotypes (souches) du mildiou

 

Hôte

Pathotype (souche)
1
2
3
4
5
6*
Concombre
+
+
+
+
+
Cantaloup
-
+
+
+
+
+
Melon doux
-
+
+
+
+
Melon amer
-
-
+
+
+
-
Melon d'eau
-
-
-
+
+
-
Citrouille et courge
-
-
-
-
+
+

* 6e pathotype identifié en Israël en 2003
+ indique la présence d'infection et de maladie
- indique l'absence de maladie ou très peu de maladie
(adapté du Compendium of Cucurbit Diseases, APS Press, St. Paul, MN)


Les feuilles des plants de concombre gravement atteints par le mildiou finissent par brunir et s'enrouler sur elles-mêmes et le plant brunâtre semble recroquevillé. Les fruits non protégés présentent souvent des marques d'échaudure et perdent leur valeur marchande.

Figure 2. Les feuilles des plants de concombre gravement atteints par le mildiou finissent par brunir et s'enrouler sur elles-mêmes et le plant brunâtre semble recroquevillé. Les fruits non protégés présentent souvent des marques d'échaudure et perdent leur valeur marchande.

Le mildiou s'attaque aux gourdes, aux courges, aux citrouilles, aux melons et aux concombres. Ces derniers sont le plus à risque. Plusieurs souches (pathotypes) différentes de cet organisme ont été identifiées (tableau 1). L'agent pathogène responsable du mildiou est habituellement spécifique aux plantes d'une même famille. Ainsi, l'organisme qui cause le mildiou chez les cucurbitacées n'infectera pas les légumineuses ou les épinards et réciproquement.

L'agent pathogène responsable du mildiou infecte surtout les feuilles, ce qui diminue la photosynthèse. Lorsque les conditions du milieu sont favorables (voir la rubrique Biologie), l'agent pathogène peut défolier les plants et détruire des champs entiers en moins d'une semaine.

Les fruits des plants infectés sont généralement plus petits que la normale et déformés. Ils sont sensibles à l'échaudure, ce qui réduit leur qualité marchande (figure 2).

Symptômes

Le mildiou se manifeste d'abord par la formation de petites taches jaunes ou de lésions aqueuses sur la face supérieure des plus vieilles feuilles (figure 3, à gauche). Le centre de la lésion devient peu à peu chamois ou brunit et la feuille meurt (figure 3, à droite). Les taches jaunes prennent parfois une apparence « graisseuse » sans délimitation précise. En périodes d'humidité prolongée, la maladie peut se propager vers le haut du feuillage.

Les premiers symptômes du mildiou prennent souvent la forme de petites taches jaunes d'apparence graisseuse sur le dessus des feuilles infectées (à gauche). Le centre des taches jaunes devient peu à peu nécrosé et d'un brun chamois à mesure que la lésion s'agrandit (à droite).

Figure 3. Les premiers symptômes du mildiou prennent souvent la forme de petites taches jaunes d'apparence graisseuse sur le dessus des feuilles infectées (à gauche). Le centre des taches jaunes devient peu à peu nécrosé et d'un brun chamois à mesure que la lésion s'agrandit (à droite).

Chez les concombres, les lésions sont souvent délimitées par les nervures des feuilles et prennent une forme angulaire (figure 4). Dans le cas des cantaloups, les lésions ont une forme irrégulière (figure 5), alors que chez le melon d'eau, elles sont plus petites et plus rondes (figure 6). Au fur et à mesure que la maladie progresse, les lésions grossissent et se propagent, le champ entier brunit et les feuilles se recroquevillent vers le haut.

Sous des conditions humides, une excroissance duveteuse chamois, apparaît sur les lésions à l'envers des feuilles, immédiatement vis-à-vis des taches jaune clair du dessus. Cette excroissance est particulièrement visible le matin après une période d'humidité ou lorsque les conditions sont propices à la rosée. L'excroissance duveteuse sous les lésions est souvent tachetée de sporanges pourpres foncés à noirs (sacs de spores), visibles à l'aide d'une loupe (figure 7). La présence de l'excroissance duveteuse sur le dessous des lésions est déterminante dans l'identification de la maladie. Les lésions sont parfois envahies par des agents pathogènes secondaires comme les bactéries responsables de la pourriture molle et d'autres champignons.

L'expansion des lésions est souvent limitée par les nervures des feuilles, ce qui donne des taches angulaires ou de forme carrée.

Figure 4. L'expansion des lésions est souvent limitée par les nervures des feuilles, ce qui donne des taches angulaires ou de forme carrée.

Les lésions causées par le mildiou sur la face supérieure des feuilles de melon sont de forme irrégulière.

Figure 5. Les lésions causées par le mildiou sur la face supérieure des feuilles de melon sont de forme irrégulière.

Les lésions attribuables au mildiou sur les feuilles de melon d'eau paraissent plus petites et plus circulaires que celles qu'on observe sur les feuilles de concombres et de cantaloups.

Figure 6. Les lésions attribuables au mildiou sur les feuilles de melon d'eau paraissent plus petites et plus circulaires que celles qu'on observe sur les feuilles de concombres et de cantaloups.

Les sporanges (sacs de pores) sur les lésions à l'envers des feuilles apparaissent sous forme de points noirs.

Figure 7. Les sporanges (sacs de pores) sur les lésions à l'envers des feuilles apparaissent sous forme de points noirs.

En raison de la propagation rapide de la maladie, et aussi parce que souvent les symptômes ne se manifestent que de 4 à 12 jours après l'infection, un programme de lutte doit être mis en place avant l'apparition des symptômes.

Biologie

Des conditions fraîches et humides sont propices au mildiou. L'agent pathogène produit des structures microscopiques en forme de sac, appelées sporanges, sous un vaste intervalle de températures (5 à 30 °C). La production de sporanges est optimale entre 15° et 20 °C et elle exige au moins six heures d'humidité. Les sporanges se comportent comme des spores. Elles se propagent facilement aux plants sains par les courants d'air ou les éclaboussures. Lorsqu'elles entrent en contact avec une plante-hôte sensible, elles germent et peuvent directement infecter les feuilles en moins d'une heure. Durant les périodes fraîches et humides qui se prolongent, les sporanges peuvent aussi éclater et libérer un grand nombre de zoospores. Les zoospores nagent ensuite à travers la pellicule d'eau le long des surfaces des feuilles vers les stomates. Ces orifices naturels sont le principal point d'entrée de l'agent pathogène qui infecte alors les feuilles à plusieurs endroits.

Le développement de la maladie peut se faire lentement ou être interrompu temporairement lorsque les températures s'élèvent au-dessus de 30 °C durant le jour. Des températures nocturnes de 12 à 23 °C sont propices au développement de la maladie, surtout en présence de fortes rosées, de brouillard ou de précipitation. Lorsque les températures se situent autour de 15 °C la nuit et que les températures diurnes oscillent autour de 25 °C, le mildiou sur les cucurbitacées produit de plus grandes quantités de sporanges dans les quatre jours qui suivent.

Survie et propagation de liagent pathogéne

L'agent pathogène du mildiou est un parasite obligatoire et a donc besoin de tissus végétaux vivants pour survivre. Les gelées meurtrières et les hivers froids empêchent effectivement les spores de survivre à l'hiver dans les champs, en Ontario. Le mildiou peut toutefois survivre à l'hiver sur les tissus végétaux vivants des cucurbitacées cultivées en serre. De plus, les cultures de concombres en serre et les plants repiqués risquent d'être infectés par les courants aériens au début du printemps, avant que les plants soient repiqués dans les champs.

L'hiver, on trouve du mildiou dans le Sud des États-Unis et au Mexique où les cucurbitacées sont produites durant toute l'année. Dans ces régions, l'inoculum se multiplie sur les hôtes sensibles au début du printemps. Les sporanges sont transportés sur de longues distances au cours des tempêtes et peuvent survivre pendant plusieurs jours. Lorsque la maladie atteint l'Ontario et s'établit dans une région, les sporanges se disséminent par les courants aériens, les éclaboussures, l'irrigation par aspersion, les insectes, les outils, le matériel agricole, les vêtements des travailleurs et par la manipulation des plants infectés.

Le Cucurbit Downy Mildew Forecast est un système en ligne de prévision du mildiou qui surveille le mouvement de la maladie du Sud au Nord, au cours de la saison de croissance, et qui permet d'alerter les producteurs de l'arrivée éventuelle de la maladie dans leur région. En suivant le mouvement de la maladie durant la saison de croissance et en s'abonnant aux alertes régionales, les producteurs sont en mesure d'appliquer des fongicides au bon moment.

Stratégies de lutte

Combattre le mildiou en ayant recours à des méthodes culturales de lutte intégrée ainsi qu'à des traitements fongicides :

  • Si possible, produire les plants de légumes à repiquer dans des serres utilisées uniquement à cette fin. Ne pas produire de plants repiqués dans la même serre que les plants de concombres de serre matures.
  • Au moment de repiquer les plants de cucurbitacées, s'assurer que les plants repiqués sont exempts de maladie.
  • Appliquer un fongicide sur les plants repiqués dans le champ avant de poser des minitunnels ou des tunnels et immédiatement après avoir retiré ces derniers.
  • Choisir des champs propices à la circulation de l'air et employer des pratiques culturales qui réduisent l'humidité à l'intérieur du couvert végétal.
  • Éviter l'irrigation excessive par aspersion. Privilégier l'irrigation en fin de matinée afin de faciliter l'assèchement rapide des feuilles. Appliquer un fongicide en prévention avant d'irriguer par aspersion. Utiliser si possible l'irrigation goutte à goutte.
  • Inspecter les champs chaque semaine, et plus souvent si possible, pour vérifier la présence de symptômes.
  • Bien désherber le champ. Éliminer particulièrement les plantes hôtes (concombre grimpant, thladianthe douteuse et repousses spontanées de concombres) dans les fossés et les extrémités du champ.
  • Suivre un programme de pulvérisation préventive. Consulter la publication 363F du MAAARO, Recommandations pour les cultures légumières, pour la liste des fongicides homologués qui peuvent être utilisés contre le mildiou. Par temps humide, appliquer un fongicide tous les 5 à 7 jours. Par temps sec, l'intervalle entre les traitements peut être de 7 à 10 jours. Toujours appliquer les fongicides avec au moins 250-300 L d'eau par hectare (25-30 gallons/acre). Voir à ce que la couverture de pulvérisation soit adéquate et que le produit pénètre bien dans le couvert végétal. Utiliser en alternance des fongicides de différentes familles chimiques. Utiliser des produits ayant des modes d'action multiple et des produits à modes d'action unique.
  • Laver le matériel et les outils avant de se déplacer d'un champ à l'autre.
  • Voir à ce que les travailleurs se lavent les mains avant de passer d'un champ à l'autre et, si possible, portent des vêtements fraîchement lavés chaque jour.
  • Si possible, travailler en fin de journée seulement dans les champs contenant des plants malades.
  • Surveiller le site Web du Cucurbit Downy Mildew Forecast afin de suivre le mouvement de la maladie au cours de la saison de croissance et faire des applications de fongicides au moment opportun.

Références

Agrios, George N. Plant Pathology, 5e édition, 2005, p. 427-433.

Babadoost, Mohammad, Richard A. Weinzierl et John B. Masiunas. Identifying and Managing Cucurbit Pests, University of Illinois Extension, 2004, p. 7.

Blancard, D., H. Lecoq, et M. Pitrat. A Colour Atlas of Cucurbit Diseases: Observations, Identification and Control, 3e édition, 2005.

Zitter, Thomas A., Donald L. Hopkins et Claude E. Thomas. Compendium of Cucurbit Diseases, APS Press, 1996.

La présente fiche technique a été rédigée par Michael Celetti, phytopathologiste et chargé de programme, cultures horticoles, MAAARO, Guelph, et par Elaine Roddy, spécialiste de la culture des légumes, MAAARO, Ridgetown. Les auteurs souhaitent remercier Ron Pitblado (Ph. D.) pour sa contribution à cette fiche technique.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424 1300
Courriel :ag.info.omafra@ontario.ca