Démarrage d'une exploitation de type biologique
Format PDF (285 KB) Table des matièresIntroductionL'agriculture biologique ne se caractérise pas uniquement par l'élimination du recours aux produits chimiques. Elle exige en effet qu'on modifie de nombreuses méthodes de culture et d'élevage en optimisant par exemple les techniques de gestion des éléments nutritifs et de lutte intégrée contre les ennemis des cultures. Ces méthodes incluent des mesures préventives comme la rotation des cultures, les cultures de couverture, l'amélioration génétique, la recherche des densités de peuplement ou de population optimales, la gestion des facteurs de stress et l'assainissement. La mise en uvre de ces mesures est indispensable au renforcement de la vitalité des végétaux et des troupeaux puisque la production biologique implique le renoncement à de nombreux moyens de lutte chimique contre les maladies et les organismes nuisibles, l'approche biologique excluant le recours aux engrais, aux antibiotiques et aux pesticides synthétiques. La transition vers l'agriculture biologique doit être planifiée
avec soin, un changement trop brusque pouvant entraîner des problèmes
financiers. Au cours des premières années de la transition,
l'exploitant peut en effet s'attendre à ce que ses rendements diminuent,
car il a peu de chances de voir le prix de ses produits augmenter tant
qu'ils ne seront pas considérés comme biologiques. Avec
le temps et grâce à une saine gestion, les profits devraient
s'accroître. Les bénéfices en agriculture biologique
dépendent en partie de l'excédent de prix - ou bonification
- que le marché est prêt à payer pour des produits
biologiques. Comment Évaluer Ses Chances De Succès?Une conversion réussie à l'agriculture biologique exige de son auteur qu'il possède un certain nombre d'atouts. Avant de faire le saut vers l'agriculture biologique, l'exploitant devrait donc considérer chacun des points suivants et les évaluer à la lumière de sa situation propre:
Mode d'occupation du terrain La conversion à l'agriculture biologique est un choix à
long terme, l'exploitant pouvant difficilement changer d'emplacement à
brève échéance. Voici donc quelques questions à
se poser concernant la propriété proprement dite. Quelles
sont les obligations financières de l'exploitant à l'égard
de la propriété? Quelle participation détient-il
dans la terre? De quelle superficie dispose-t-il pour son exploitation?
Si l'exploitant n'est pas propriétaire du bien-fonds, quelles en
sont les conditions de location à long terme? La viabilité financière d'une ferme biologique dépend des moyens dont dispose l'exploitant pour commercialiser des volumes de produits lui permettant d'assurer sa rentabilité. Un terrain de faible superficie peut se révéler insuffisant pour permettre à l'exploitant de se lancer dans les grandes cultures, comme les céréales ou le soya, en raison des économies d'échelle requises pour utiliser avec profit le matériel agricole ou les structures de commercialisation en place. Les éleveurs ont besoin de superficies suffisantes pour respecter les exigences du plan de gestion des éléments nutritifs applicable à leur troupeau. Le maintien d'une stabilité financière tout au long du processus de transition permettra à l'exploitant de mettre le bien-fonds et autres éléments d'actif agricoles à l'abri des répercussions d'éventuels problèmes de trésorerie. Caractéristiques et limites inhérentes au solLe type de sol (sableux, loameux ou argileux), son niveau de fertilité,
sa pierrosité plus ou moins grande, l'inclinaison du terrain et
sa capacité de drainage sont autant de facteurs qui pourront influencer
le succès d'une culture à un endroit donné. Certaines
cultures légumières s'adaptent bien à des sols sableux
ou à haute teneur en matière organique, mais moins bien
à des sols argileux plus lourds. Les sols sableux qui ont tendance
à s'assécher en été peuvent ne pas convenir
à certaines grandes cultures. La présence de pierres des
champs ou de la roche en place près de la surface peut limiter
les possibilités d'utilisation de certains outils de préparation
du sol ou de plantation du matériel végétal. Les
terrains pierreux sont impropres à bien des cultures, mais peuvent
être utilisés comme pâturages. Les pentes de plus de
2 % (soit 2 m de dénivellation pour 100 m de distance horizontale)
favorisent l'érosion et doivent être protégées
par diverses mesures de conservation des sols. Les pentes de plus de 6
% compliquent considérablement la mise en culture des champs. La
composition des sols n'étant pas toujours uniforme, il arrive qu'un
champ impropre à la culture sur la plus grande partie de sa superficie
comporte des parcelles de taille réduite - comme des baissières
- qui se prêtent bien à des cultures à fort rapport
économique. Stratégies d'amélioration du sol
Dans une exploitation de type biologique, il importe d'instaurer des
pratiques de gestion des sols et de culture saines, de manière
à revitaliser la flore et la faune du terrain. La rotation des
cultures doit inclure des graminées et des dicotylédones,
en particulier des légumineuses, qui augmentent les teneurs en
azote. Au moment d'établir l'ordre des cultures, on déterminera
comment les besoins et les résidus d'une culture vont affecter
la prochaine. On s'intéressera aussi à la gestion des éléments
nutritifs et à la lutte contre les ennemis des cultures. Pour atténuer
les effets de l'érosion, on utilisera des plantes de couverture
qui contribuent également à augmenter la proportion de matière
organique dans le sol et à favoriser l'émergence d'une large
gamme de bactéries, de champignons, de vers de terre et d'autres
organismes de la faune et de la flore indispensables au recyclage des
éléments nutritifs et à la formation de sols présentant
une structure saine. Climat localEn général, les zones les plus chaudes de l'Ontario se
situent dans le sud-ouest de la province, soit dans le comté Prince
Edward et les comtés longeant le lac Érié. Le climat
est ordinairement plus froid dès qu'on s'éloigne des Grands
Lacs inférieurs. Dans ces dernières régions, le nombre
d'unités thermiques dont bénéficie la végétation
est moindre et certaines cultures de saison chaude, comme les tomates
et les fruits à chair tendre, ne comptent peut-être pas de
variétés adaptées à ces conditions. Les cultures
de saison froide, comme les céréales de printemps et les
plantes crucifères, savent tirer profit du climat des parties plus
fraîches du sud ontarien. Les grands froids de l'hiver influencent
le taux de survie des cultures fruitières vivaces, de même
que des céréales d'automne et des cultures fourragères.
La durée de la saison sans gel - soit la période comprise
entre le dernier gel printanier et le premier gel automnal - est surtout
fonction de la latitude de la ferme, bien que le type de sol, l'inclinaison
du terrain et les pratiques culturales puissent créer, à
l'échelle locale, des microclimats favorisant certaines cultures.
Pour un complément d'information sur le climat de l'Ontario, consulter
le site Web du MAAARO, à l'adresse www.ontario.ca/cultures. Ressources disponibles pour financer la conversionL'exploitant doit avoir les fonds nécessaires pour entreprendre et développer son projet. Il lui faudra en effet des capitaux pour louer ou acquérir le terrain et le matériel de base, de même que les installations de manutention et de stockage des produits, surtout s'il se lance dans des systèmes nouveaux ou à grande échelle d'élevage ou de production agricole. La valeur courante de ses éléments d'actif pourra servir de garantie pour les emprunts. Pour des exploitations de taille modeste, il est souvent plus économique de louer les services d'entrepreneurs et/ou le matériel requis pour effectuer les travaux des champs. Le troc ou l'échange de services avec des voisins est une autre possibilité. Il faudra s'en tenir à une gestion serrée des flux de trésorerie pendant la période de transition, généralement marquée par une baisse des rendements agricoles. La qualité des produits peut aussi s'en ressentir, notamment dans le cas des fruits et des légumes frais, dont la proportion des invendables risque de s'accroître. Une partie de la production de qualité inférieure pourra être écoulée sur d'autres marchés à valeur ajoutée (comme les produits alimentaires de transformation), à condition qu'on arrive à intéresser des acheteurs éventuels. Les chances de toucher un meilleur prix pour ses produits pendant la période de transition sont minces. En définitive, la baisse des rendements, combinée à l'impossibilité d'augmenter les prix, pourra se traduire par une baisse des produits d'exploitation pouvant atteindre 50%. Une transition par étapes peut être envisagée; une
partie seulement de l'exploitation passe alors au biologique. Le processus
de certification et la tenue de livres s'en trouveront éventuellement
compliqués, mais cette démarche peut se révéler
intéressante au plan économique. Connaissances et expériencePour bien comprendre le cycle de croissance des plantes et des animaux, mais aussi des ennemis des cultures, l'exploitant doit pouvoir compter sur un bagage minimal de connaissances et d'expériences dans le domaine agricole. Il lui faudra aussi avoir des notions de commercialisation, surtout s'il doit faire sa place sur les marchés. Il doit posséder une connaissance approfondie de chacune des cultures ou des espèces animales produites sur sa ferme, de façon à reconnaître rapidement les problèmes qui peuvent survenir, et il doit enfin savoir où trouver l'information dont il aura besoin pour affronter les nombreux défis que lui posera la production. Le passage à une production biologique implique par ailleurs un changement d'attitude et de mentalité. L'exploitant proactif qui perçoit et règle les problèmes de production avant qu'ils ne surviennent réalisera d'importantes économies en temps et en argent. Dans tous les cas, il aura avantage à faire une recherche préalable sur les espèces animales ou végétales qu'il prévoit élever ou cultiver, afin de mieux cerner les exigences de la production biologique. Pour compléter ses connaissances, l'exploitant lira des ouvrages spécialisés, fera des recherches sur Internet, assistera à des réunions d'experts ou consultera d'autres sources d'information. La lutte contre les ennemis des cultures et la gestion des éléments nutritifs sans recours aux produits chimiques exigent des connaissances considérables. On consultera avec profit le site Internet du MAAARO qui aborde divers aspects de la production et de la commercialisation des produits dans une optique biologique. C'est l'addition des expériences qui donne à l'exploitant la confiance dont il a besoin pour prendre les bonnes décisions au moment opportun. Pour mener à bien son projet, l'exploitant doit avoir développé un sens aigu de l'observation et acquis une solide base de connaissances qui lui permettront, par exemple, de gérer un troupeau avec succès ou de reconnaître les premiers signes d'une maladie ou d'une prolifération d'insectes ou de mauvaises herbes. Le succès d'un élevage reposant avant tout sur la prévention des maladies, il est très important de posséder une certaine compétence en matière de soin des animaux. La culture de nouvelles plantes ou l'élevage d'une nouvelle espèce animale exige la maîtrise de techniques nouvelles. L'expérience acquise avec un type de plantes pourra bien sûr être utile pour d'autres végétaux, mais il faut savoir que chaque espèce présente un défi particulier. L'art de manuvrer et de régler le matériel agricole pour en obtenir un rendement optimal s'acquiert avec l'expérience et en suivant les conseils de concessionnaires et de producteurs expérimentés. Le défi le plus important d'une conversion au biologique peut être de se tailler une place sur le marché. La mise en marché de produits biologiques exige beaucoup plus d'efforts que n'en requièrent les produits ordinaires parce que les débouchés sont souvent plus restreints. D'autre part, le soutien offert par les offices de commercialisation et les regroupements de producteurs n'est pas toujours aussi vigoureux. L'apprentissage des exigences et des nuances qui caractérisent le marché du bio peut constituer un défi, surtout pour un producteur sans expérience préalable de la commercialisation. La vente de fruits et de légumes, d'animaux et de produits d'origine animale comme la viande, le lait ou les ufs, est étroitement réglementée, d'où l'importance d'étudier et de bien comprendre la structure du marché visé, ainsi que les règlements relatifs à chaque produit. Une commercialisation réussie repose sur une bonne étude de marché. Il est en effet important de prévoir la réaction des marchés à l'arrivée d'un nouveau produit. Comme on peut s'y attendre, les produits déjà en vente seront difficiles à déloger. Il y a lieu de mener une étude de marché avant:
L'exploitant devra, au besoin, procéder à une auto-évaluation en répondant aux questions fondamentales suivantes:
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