Le chancre gommeux du concombre de serre


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 292/635
Date de publication : octobre 2009
Commande no. 09-052w
Dernière révision : Imprimé en mars 2010
Situation : En remplacement de la fiche technique n° 90-174, qui s'intitulait La pourriture noire du concombre de serre
Rédacteur : G. Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures légumières en serre/MAAARO, Harrow, Dr. Ray Cerkauskas - phytopathologiste/chercheur, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Harrow, S. Khosla - Spécialiste des légumes de serre, MAAARO, Harrow

Table des matières

  1. Introduction
  2. Symptômes
  3. Cycle de la maladie
  4. Prévention

Introduction

Le chancre gommeux est une maladie commune que l'on trouve dans les cultures de concombres de serre du monde entier. Il est causé par Didymella bryoniae, un champignon qui a déjà été appelé Mycosphaerella melonis et M. citrullina. En Europe, on le désigne également sous le nom de pourriture noire. Ce champignon pathogène n'infecte que les membres de la famille des cucurbitacées comme le concombre, la courge, le melon, la citrouille, la courge à moelle, le melon amer et le zucchini. Il s'attaque à toutes les parties de la plante et, lorsque les conditions s'y prêtent, il entraîne d'importantes pertes économiques.

Symptômes

Tiges

Les premiers symptômes sont des lésions brun pâle aux blessures laissées par l'enlèvement des feuilles, des fruits et des pousses latérales. Sur ces lésions, il apparaît de petits points, et elles se couvrent presque entièrement de minuscules organes de fructification noirs. Elles peuvent également se fissurer et exsuder une sève gommeuse ambrée (figure 1). Ces lésions apparaissent souvent à la base de la tige principale; si elles entourent complètement celle ci, la plante flétrit et meurt. Lorsque le pathogène contamine les graines, il produit la fonte des semis.

Fruits

Les parties internes et externes des fruits peuvent être atteintes. La pourriture interne n'est pas visible de l'extérieur; elle provoque un amincissement de l'extrémité du fruit (calice) (figure 2) et une décoloration des tissus centraux (figure 3). Cette décoloration interne noir brunâtre s'étend souvent sur un à deux centimètres le long du fruit. Si l'infection est plus grave, l'extrémité du fruit s'amincit encore plus jusqu'à former une pointe, et elle prend une couleur noire sous l'effet de la prolifération externe des organes de fructification du champignon (figure 4). Les lésions externes ont la forme de taches circulaires irrégulières qui sont d'abord jaunes, puis grises ou brunes. Elles sont molles, humides et enfoncées, et des points d'exsudat gommeux sont souvent visibles en leur centre. Ces symptômes apparaissent généralement pendant l'entreposage.

Tige fissurée, gouttelettes ambrées et gommeuses, minuscules organes sporifères à la base de la tige de concombre

Figure 1. Tige fissurée, gouttelettes ambrées et gommeuses, minuscules organes sporifères à la base de la tige de concombre.

Extrémité du fruit (calice) rétrécie à la suite de l'infection par le chancre gommeux

Figure 2. Extrémité du fruit (calice) rétrécie à la suite de l'infection par le chancre gommeux.

Décoloration et pourriture de l'intérieur du fruit produites par le chancre gommeux

Figure 3. Décoloration et pourriture de l'intérieur du fruit produites par le chancre gommeux.

Symptômes externes d'une infection avancée de chancre gommeux

Figure 4. Symptômes externes d'une infection avancée de chancre gommeux.

Feuilles

Sur les feuilles, les symptômes apparaissent généralement à la pointe de celles ci (figure 5) sous la forme de tissus morts jaune pâle ou bruns; ces derniers dessinent souvent un halo jaune qui s'étend vers l'arrière comme un V (figure 6). Il peut arriver que toute la bordure soit atteinte; il apparaît alors sur le pourtour une bande brune, et la feuille prend la forme d'une coupole inversée. Les lésions peuvent aussi prendre la forme de petites taches circulaires sur le feuillage.

Symptômes précoces d'infection par le chancre gommeux apparaissant au sommet de la feuille

Figure 5. Symptômes précoces d'infection par le chancre gommeux apparaissant au sommet de la feuille.

Symptômes avancés de l'infection par le chancre gommeux, dessin en V sur la feuille arrivée à maturité

Figure 6. Symptômes avancés de l'infection par le chancre gommeux, dessin en V sur la feuille arrivée à maturité.

Cycle de la maladie

Didymella bryoniae est un organisme très résistant à la sécheresse qui peut survivre jusqu'à deux ans sous forme de mycélia ou de structures résistantes appelées chlamydospores dans des débris non décomposés. Ce champignon produit essentiellement deux types de spores: les conidies, qui sont dispersées par les éclaboussures d'eau; et les ascospores, qui sont dispersées par les courants d'air. Les deux types de spores peuvent également être propagés par contact avec les doigts, les couteaux, les mains mouillées et les vêtements.

Le chancre gommeux se développe dans les milieux humides et dans l'eau qui se trouve sur la surface des feuilles. Le facteur qui contribue le plus au déclenchement de l'infection est la longueur de la période pendant laquelle les surfaces des plants restent humides. Pour cela, il suffit que de l'eau soit présente sur les feuilles pendant une heure; cependant les lésions ne continuent de s'étendre que si les feuilles demeurent humides plus longtemps. La germination et la production de spores, l'apparition des symptômes sur les tiges et l'infection des feuilles, des pétioles et des fleurs de concombres peuvent se produire dans une grande fourchette de températures (5 à 35 °C), mais la température optimale est de 24 ou 25 °C.

Blessures

La présence de blessures constitue un autre facteur propice à l'infection, notamment sur les parties les plus âgées de la plante. Cependant, sur les tissus jeunes, l'infection peut se produire en l'absence de toute lésion préalable. Les blessures peuvent avoir été causées par les activités culturales (p. ex. effeuillage, récolte des fruits); l'infection peut également être favorisée par la guttation (à l'extrémité des nervures des feuilles, exsudation et évaporation de sève qui produisent une accumulation locale de sels) (figure 7). La guttation se produit souvent tôt le matin dans les serres très humides.

Guttation ou exsudation de gouttelettes à l'extrémité des nervures d'une feuille

Figure 7. Guttation ou exsudation de gouttelettes à l'extrémité des nervures d'une feuille.

Pourriture interne du fruit

La pourriture interne pénètre généralement dans le fruit par l'extrémité apicale (fleur), mais aussi parfois par l'extrémité pédonculaire. Dans le premier cas, le champignon se développe en remontant le stigmate et le style jusqu'au fruit, où il produit une pourriture et une décoloration des tissus centraux. Il passe de la fleur fraîche au fruit en deux jours. Un plus grand nombre de fruits sont infectés à partir des fleurs fraîches qu'à partir de fleurs fanées. Lorsque les concentrations de spores sont élevées, il y a davantage de fruits avortés; lorsqu'elles sont faibles, il y a plus de pourriture interne. L'humidité est également propice à la pourriture interne des fruits; en effet, elle favorise la libération d'ascospores, ce qui accroît le risque d'infection des fleurs et par conséquent de pourriture interne.

D'autres facteurs comme l'éclaircissage des fruits et la durée de leur maturation n'ont pas d'effet significatif sur l'infection. Cependant, le manque d'eau avant et après la floraison provoque un accroissement de la pourriture interne. L'enlèvement des fleurs sur les fruits permet de réduire les chances d'infection, mais il est coûteux en temps. Par conséquent, il serait avantageux de disposer d'un cultivar dont les fleurs tomberaient au début du développement des fruits. De plus, dans des fruits à développement rapide, la pourriture serait plus limitée que dans des fruits à développement lent (moins de 10 cm en 14 jours).

Pourriture externe des fruits

La présence de blessures est le facteur qui contribue le plus à la pourriture externe des fruits. Celle ci prend naissance par infection des blessures superficielles, et elle résulte de la croissance du champignon à l'intérieur des tissus. De façon générale, la sensibilité des fruits à la pourriture externe est accrue par la présence de blessures, même légères, un entreposage inadéquat aussitôt après la récolte et des apports d'azote en quantité excessive.

Prévention

Il est possible de prévenir cette maladie en combinant méthodes culturales, biologiques et chimiques.

Pratiques culturales

Mesures sanitaires

  • Mettre en œuvre de bonnes mesures sanitaires pour réduire les sources de propagation du champignon.
  • Pendant la production et après, enlever tous les débris végétaux au voisinage de la serre et les enterrer ou les composter. Didymella bryoniae survit plus longtemps dans les débris s'ils sont laissés sur le sol que s'ils sont enterrés. Ce pathogène survit au moins 10 mois dans des tiges de concombre ensevelies dans un sol sec non stérile dans une serre, et 18 mois dans des tiges séchées infectées laissées sur le sol. Lorsqu'ils sont de nouveau mouillés, les résidus non décomposés deviennent une source de spores aériennes. Les ascospores peuvent être libérées trois heures après l'humidification des matières végétales infectées.
  • Entre les récoltes, éliminer tous les débris végétaux, y compris les vrilles sur le support, puis laver et désinfecter l'intérieur de la serre et les superstructures.

Manipulation du milieu

  • Éviter ou réduire les périodes pendant lesquelles les feuilles sont mouillées.
  • Maintenir un faible taux d'humidité relative ou un léger déficit de saturation pour réduire la condensation sur les fruits et les feuilles.
  • Avant le lever du soleil, effectuer la transition entre les températures nocturnes et diurnes, pour empêcher la formation de rosée sur les plants, qui sont alors relativement frais. En d'autres mots, quelque trois heures avant le lever du soleil, ramener la serre à la température diurne pour réchauffer les plants. Cette technique est assez efficace pour limiter la pourriture interne des fruits. Plus cette transition est tardive, plus les périodes de forte humidité dans l'air sont longues, et plus l'incidence des infections de la tige et de la pourriture interne des fruits est élevée.
  • Bien ventiler la serre en tout temps pour réduire au minimum la présence d'eau à la surface des plants. Plus l'écart entre les températures de chauffage et de ventilation est grand, plus le risque d'apparition du chancre gommeux est élevé. Par exemple, si la température de ventilation est réglée à 26 °C, l'incidence de la pourriture interne du fruit peut être de deux à trois fois supérieure à ce qu'elle serait à 23 °C.

Méthode de récolte

  • Toujours couper le fruit au ras de la surface de la tige. Si on arrache le fruit, on l'endommage ainsi que la tige et on crée ainsi une voie d'accès pour le champignon.
  • Dans une culture très infestée, désinfecter les serpettes fréquemment.

Besoins nutritifs du plant

  • Les solutions nutritives ayant des conductivités électriques élevées et une teneur suffisante en calcium ont pour effet de renforcer les tissus externes du fruit et de réduire l'incidence de la pourriture interne et externe.
  • La conductivité électrique de la solution a un effet moins prononcé sur l'apparition des symptômes sur la tige.

Entretien de la culture

  • L'excès de croissance végétative gêne la circulation de l'air dans la culture, ce qui favorise le chancre gommeux.
  • Tailler régulièrement les plants. En particulier, enlever les feuilles et les pousses fanées qui, si elles sont laissées en place, constituent une source d'éléments nutritifs pour le champignon, d'où un accroissement de la production de spores et du nombre d'infections.

Revêtement de la serre

  • Les pellicules de plastique absorbant les ultraviolets (UV) permettent parfois de réduire l'incidence du chancre gommeux. Plusieurs champignons pathogènes, dont D. bryoniae, ont besoin de rayons ultraviolets pour produire des spores. Des recherches ont montré que la formation des organes de fructification de D. bryoniae n'était possible qu'en présence d'un rayonnement d'une longueur d'onde inférieure à 365 ou 375 nm. Une étude a montré que chez des pastèques cultivées sous une pellicule absorbant les UV, le nombre de lésions dues à la maladie et le nombre d'organes de fructification étaient réduits respectivement de 90 et 80%.

Plantes hôtes intermédiaires

  • Éviter de cultiver des cucurbitacées près de la serre parce qu'elles peuvent devenir des hôtes intermédiaires du champignon.

Conditions d'entreposage

  • Immédiatement après la récolte, placer les fruits dans une chambre pulsé. La pourriture des fruits est stimulée par l'entreposage durant 8 heures à 20 °C suivi d'une période à 11 °C.
  • Ne pas entreposer les concombres avec d'autres denrées qui libèrent de l'éthylène comme les tomates et les pommes; en effet, ce gaz accélère la maturation et la pourriture des fruits.
  • Éviter d'endommager les fruits pendant la récolte, l'emballage et l'expédition.

Méthodes biologiques et chimiques

Les fongicides microbiens et traditionnels homologués pour la lutte contre le chancre gommeux sont énumérés dans La culture des légumes en serre in Ontario (publication 836F du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, MAAARO).

La présente fiche technique a été rédigée par G. Ferguson, spécialiste de la lutte intégrée, légumes de serre, MAAARO, Harrow; R. Cerkauska, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Harrow; et S. Khosla, spécialiste des légumes de serre, MAAARO, Harrow. C'est une version révisée d'une fiche technique rédigée à l'origine par S. K. Khosla (MAAARO, Harrow), W. R. Jarvis et A. P. Papadopoulos (AAC, Harrow).