La lutte contre les mauvaises herbes dans les carottes


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 258/642
Date de publication : août 2009
Commande no. 09-046w
Dernière révision : Imprimé en mars 2010
Situation : Elle a été révisée par Jennifer Allen - Spécialiste de la culture des légumes/MAAARO, Kristen Callow - chargée de programme, lutte contre les mauvaises herbes - cultures horticoles/MAAARO et Leslie Huffman - Spécialiste en pomiculture/MAAARO
Rédacteur : Clarence Swanton, Kevin Chandler, John O'Sullivan, Darren Robinson - University of Guelph; Diane-Lyse Benoit - Agriculture and Agri-Food Canada

Table des matières

  1. Introduction
  2. Périodes de lutte contre les mauvaises herbes
  3. Période critique d'Absence de mauvaises herbes
  4. Méthodes de lutte contre les mauvaises herbes
  5. Période de lutte contre les mauvaises herbes avant la récolte

Les informations présentées ici sont tirées d'une recherche réalisée à l'Université de Guelph, qui a été financée dans le cadre du Programme de réduction des risques liés aux pesticides, d'Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Introduction

Au Canada, la carotte représente une importante culture légumière pour les marchés du frais et de la transformation. Elle est cultivée, surtout en Ontario et au Québec, sur une grande variété de sols (sables légers, loams argileux ou terres noires riches en matière organique).

La lutte contre les mauvaises herbes est indispensable dans les cultures de carottes, puisque ce légume ne réussit pas à les combattre adéquatement. En l'absence d'efforts de lutte, les rendements sont souvent réduits de plus de 90%. Les mauvaises herbes peuvent en outre servir d'hôtes à d'importants ennemis des carottes et contribuer à réduire la qualité des légumes et l'efficacité de la récolte.

Les mauvaises herbes sont également des hôtes facultatifs des ennemis de la carotte. On a ainsi observé que 21 des 32 espèces de mauvaises herbes couramment retrouvées dans les sols organiques du sud-ouest du Québec étaient des hôtes du nématode cécidogène, un redoutable ennemi de la carotte. Bon nombre de mauvaises herbes communes comme le chiendent, le plantain, la chicorée, la renouée, le chou gras, l'aster sauvage, le laiteron, l'herbe à poux, le tabouret des champs, la carotte sauvage, la matricaire odorante et le pâturin des prés peuvent aussi être des hôtes de la jaunisse de l'aster, qui est responsable de graves dommages aux cultures de carottes.

Une bonne connaissance de la « période critique d'absence de mauvaises herbes » ainsi que des solutions de rechange en matière de lutte contre les mauvaises herbes permet aux producteurs de carottes d'optimiser leurs rendements et leurs profits, tout en réduisant les risques associés à l'utilisation d'herbicides.

Périodes de lutte contre les mauvaises herbes

Deux périodes du cycle biologique de la carotte sont particulièrement cruciales en ce qui a trait à la lutte contre les mauvaises herbes, soit: 1) en début de saison, c'est-à-dire la période critique d'absence de mauvaises herbes, et 2) en fin de saison, c'est-à-dire au moment de la récolte (figure 1). Durant la période critique d'absence de mauvaises herbes, la lutte a pour but de prévenir les baisses de rendement; pendant la période de récolte, l'objectif est de faciliter la récolte et d'empêcher les infestations futures.

Périodes de lutte contre les mauvaises herbes dans les carottes

Figure 1. Périodes de lutte contre les mauvaises herbes dans les carottes

Période critique d'absence de mauvaises herbes

  • Cette période suit la levée, et correspond au moment où il faut réduire le nombre de mauvaises herbes afin de prévenir les baisses de rendements. Les producteurs conscients de l'importance de cette période critique ont recours à des méthodes judicieuses pour combattre les mauvaises herbes susceptibles d'abaisser les rendements, tout en éliminant les coûts associés à l'utilisation inutile d'herbicides et les risques de dommages à l'environnement.
  • Cette période peut, dans le cas des carottes, s'étendre jusqu'au stade 12 feuilles. Les efforts de lutte durant cette période permettent d'abaisser les pertes de rendement à moins de 5%.

La durée de la période critique d'absence de mauvaises herbes peut varier en fonction des facteurs suivants:

  • La date de semis des carottes;
  • Les espèces de mauvaises herbes;
  • Le moment et la durée de la levée des mauvaises herbes comparativement à la culture;
  • La gravité de l'infestation.

La période critique d'absence de mauvaises herbes peut être courte pour les carottes semées relativement tard en saison (à la mi-mai) et modérément infestées de mauvaises herbes, et durer uniquement jusqu'au stade 4 feuilles. Cette période s'étale sur environ cinq semaines, à compter des semis. Par contre, la période critique peut être plus longue pour les carottes semées relativement tôt (fin avril) dans un champ infesté de mauvaises herbes, et se prolonger jusqu'à ce que les carottes atteignent le stade 12 feuilles, ce qui peut représenter jusqu'à 13 semaines.

Peu de mauvaises herbes lèvent après la période critique d'absence de mauvaises herbes (en raison de la concurrence de la culture elle-même et du couvert végétal formé par les feuilles de carotte) et celles qui sont présentes à ce moment ne constituent pas une source importante de semences. Il peut être nécessaire de désherber à nouveau afin d'empêcher les espèces plus tenaces de se propager, notamment les populations résistantes aux herbicides.

Méthodes de lutte contre les mauvaises herbes

Les producteurs de carottes peuvent utiliser des herbicides ou avoir recours à des moyens mécaniques pour combattre les mauvaises herbes. Des sondages sur les méthodes de lutte utilisées par les producteurs montrent que si ces dernières sont employées seules, elles ne sont pas suffisamment efficaces sur une exploitation commerciale, et sont habituellement complétées par un désherbage manuel.

Herbicides

Le choix d'herbicides est limité pour les carottes. Une bonne rotation contribue à réduire les populations de mauvaises herbes récalcitrantes. Dans les sols minéraux et les terres noires, les programmes courants de lutte chimique prévoient l'utilisation de Gesagard (prométrine) ou de Lorox (linuron) en prélevée, suivie d'une application en postlevée de Lorox (linuron) et d'un herbicide contre les graminées, au besoin.

Lire les étiquettes des produits et consulter les guides provinciaux sur la lutte contre les mauvaises herbes pour vérifier les utilisations homologuées du produit et les mises en garde correspondantes.

Nota: Risques de problèmes avec les mauvaises herbes résistantes aux herbicides.

Des populations de mauvaises herbes résistantes aux herbicides sont apparues dans beaucoup de terres noires et de sols minéraux des régions productrices de carottes de l'Ontario et du Québec. On a observé de la résistance aux herbicides chez l'herbe à poux et chez plusieurs espèces d'amarantes (amarante réfléchie, amarante de Powell et amarante paniculée). Ces mauvaises herbes sont résistantes à certains herbicides, comme Gesagard (prométrine) et Lorox (linuron).

Lutte mécanique

Les jeunes pousses de carottes ne peuvent pas supporter les dommages aux racines ni un déplacement du sol jusqu'à 20 jours après la levée. Le travail du sol au stade du cotylédon risque de réduire la densité de peuplement des parcelles ainsi que les rendements. Les sarcleurs mécaniques qui laissent moins de 12 cm de superficie non travaillée de part et d'autre des rangs de carottes endommagent aussi les cultures. En terres noires comme en sols minéraux, appliquer Lorox en prélevée, en bandes de 30 cm sur les rangs de carottes, et passer le sarcleur mécanique entre les rangs.

Pour que la lutte mécanique soit efficace, il faut tenir compte d'un bon nombre de facteurs, y compris le type de sol et la hauteur des mauvaises herbes, qui peuvent influer sur le fonctionnement des sarcleurs mécaniques (figure 2). En sol minéral, par exemple, le sarcleur à cages roulantes ou le sarcleur à tiges vibrantes sont tous deux efficaces lorsqu'ils sont utilisés avec des disques dentés mais ils diffèrent, notamment en ce qui concerne les caractéristiques suivantes:

  • La vitesse de fonctionnement (sarcleur à cages roulantes > sarcleur à tiges vibrantes);
  • L'agressivité de fonctionnement (sarcleur à tiges vibrantes > sarcleur à cages roulantes);
  • Le nombre de passages durant la saison (sarcleur à cages roulantes ? sarcleur à tiges vibrantes);
  • La sensibilité des mauvaises herbes selon leur stade de croissance:
    • Ainsi, le sarcleur à cages roulantes est efficace contre les mauvaises herbes au stade 2 feuilles ou moins, et le sarcleur à tiges vibrantes l'est contre les mauvaises herbes de 4 feuilles ou moins. Par contre, le sarcleur à cages roulantes est plus efficace en terre noire, celle-ci étant plus facile à travailler et aussi parce que les racines des mauvaises herbes y sont moins solidement ancrées.

Période de lutte contre les mauvaises herbes avant la récolte

Cette période de lutte tardive commence après la période critique d'absence de mauvaises herbes et se prolonge jusqu'à la récolte. Les efforts de lutte durant cette période visent surtout à réduire les pertes à la récolte et les risques d'infestation future.

Les mauvaises herbes diminuent la valeur marchande de la récolte en causant la déformation des carottes et l'inégalité de leur calibre. La présence de mauvaises herbes de grandes dimensions ou l'affaiblissement des racines de carottes en raison de la concurrence compliquent aussi les travaux de récolte.

Les choix en matière de lutte chimique ou mécanique sont limités plus tard en saison d'où la nécessité d'avoir habituellement recours au désherbage manuel.

Deux types de sarcleurs mécaniques : sarcleur à tiges vibrantes (2a); sarcleur à cages roulantes (2b).Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada

Figure 2. Deux types de sarcleurs mécaniques : sarcleur à tiges vibrantes (2a); sarcleur à cages roulantes (2b). (Source: Agriculture et Agroalimentaire Canada)

Cette fiche technique a été rédigée par Clarence Swanton, Kevin Chandler, John O'Sullivan, Darren Robinson, de l'Université de Guelph et Diane-Lyse Benoit, d'Agriculture et Agroalimentaire Canada. Elle a été révisée par Jennifer Allen, Kristen Callow et Leslie Huffman, du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario.


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