La teigne du poireau, ravageur des cultures alliacées
Table des matièresIntroduction
La teigne du poireau est considérée comme un ravageur d'importance dans certaines régions d'Europe où l'on constate des taux d'infestation allant jusqu'à 40 %, notamment là où l'insecte connaît plusieurs générations par année. Par contre, aux endroits où la teigne du poireau n'en a qu'une ou deux par année, sa présence est sporadique et cause des dommages de moindre importance économique. La teigne du poireau est un ravageur connu des alliacées, dont l'oignon, l'ail, le poireau, la ciboulette, l'oignon vert, l'échalote, l'ail géant et l'ail des bois. Il existe plus de 500 espèces d'alliacées dans le monde, dont une soixantaine (sauvages et cultivées) en Amérique du Nord. La majorité de la documentation sur cet insecte signale que le poireau est son hôte de prédilection. Toutefois, d'autres cultures alliacées, comme l'ail et la ciboulette, l'attirent aussi beaucoup. Les larves de la teigne du poireau peuvent causer d'importants dommages en creusant des galeries et en s'alimentant de tissus foliaires et même parfois de bulbes (figures 1, 2, 3 et 4).
Figure 1. Dommages sur une feuille d'ail.
Figure 2. Dommages sur un plant d'oignon.
Figure 3. Dommages sur un plant d'ail et larve de la teigne du poireau.
Figure 4."Fenêtres" créées par la teigne du poireau sur une feuille d'oignon. Chez l'ail, les larves s'attaquent aussi à la hampe (figures 5 et 6).
Figure 5. Orifice d'entrée avec galerie sous-jacente sur une hampe florale d'ail.
Figure 6. Excréments laissés par la teigne du poireau et dommages sur une feuille d'ail. Chez les alliacées qui possèdent des feuilles
plates, dont le poireau et l'ail, les larves s'attaquent à la surface
des feuilles et à l'intérieur de celles-ci. Elles minent
les feuilles enroulées, vers le centre du plant, créant
de nombreux petits trous sur les feuilles internes. Sur le plant adulte,
les galeries larvaires prennent l'allure de rainures longitudinales dans
les feuilles centrales. Chez le poireau, les larves préfèrent
se nourrir des plus jeunes feuilles, mais elles peuvent aussi s'attaquer
aux feuilles de plus de deux mois. Les larves de la teigne du poireau
pénètrent dans les feuilles creuses, comme celles de l'oignon
et de la ciboulette, pour se nourrir de tissus foliaires depuis l'intérieur,
laissant en plusieurs endroits une mince couche de tissu translucide qui
fait penser à une fenêtre. Il arrive que les larves s'attaquent
aux organes reproducteurs de la plante hôte, mais elles évitent
habituellement les fleurs en raison de leur teneur en saponine qui inhibe
la croissance des insectes. Les plants atteints peuvent sembler déformés
et ils sont plus vulnérables à différents agents
pathogènes. Les dommages sont généralement plus importants
en bordure des champs. Identification
Figure 7. Adulte de la
teigne du poireau, au repos (vue latérale). Ses ufs sont d'un blanc iridescent; ils mesurent 0,4 mm de diamètre et sont donc difficiles à percevoir (figures 8 et 9).
Figure 8. ufs de
la teigne du poireau grossis à la loupe.
Figure 9. ufs de la teigne du poireau à la base d'une ombelle d'ail. De couleur vert jaunâtre, les larves sont dotées d'une capsule céphalique brun pâle et l'on distingue huit petites taches grises (figure 10) sur chaque segment abdominal
Figure 10. Larve de la
teigne du poireau. À maturité, les larves atteignent 13 à 14 mm de longueur. Les pupes, brun rougeâtre, sont enveloppées dans un cocon à mailles lâches (figures 11 et 12).
Figure 11. Gros plan d'une pupe dans son cocon à mailles. Source : Andrea Brauner, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Figure 12. Pupe sur une feuille d'ail. La plupart du temps, les cocons sont situés sur les plantes hôtes, mais on peut aussi en trouver dans les débris végétaux (matière organique en décomposition) et sur la végétation avoisinante. Cycle biologique
Figure 13. Cycle biologique de la teigne du poireau. Dépistage et lutte antiparasitaire
Figure 14. Piège à phéromones permettant de capturer la teigne du poireau. En Ontario, la teigne du poireau (A. assectella, figure 16) peut être facilement confondue avec une espèce indigène apparentée, non nuisible (A. incertella, figure 15), présente dans le sud de la province et qui se nourrit de smilax herbacé.
Figure 15. Acrolepiopsis incertella au stade adulte.
Figure 16. Adulte de la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella). Source : Jean-Francois Landry, Agriculture et Agroalimentaire Canada On ignore si A. incertella est attirée par les appâts de
phéromones mis en place pour dépister la teigne du poireau,
ce qui confondrait les données recueillies dans le cadre du dépistage.
L'aire de distribution actuelle de la teigne du poireau ne chevauche pas
pour le moment celle d' A. incertella, mais le cas échéant
il deviendra important de distinguer les deux espèces. Malheureusement,
pour identifier les insectes, il faut que leurs organes reproducteurs
soient examinés au microscope par un entomologiste spécialisé
en taxonomie. Au Québec, on recommande d'utiliser un modèle décisionnel en vue d'établir les dates de traitement appropriées. Selon ce modèle, les producteurs examinent 25 plants provenant d'un peu partout dans le champ et prennent note du nombre de plants qui présentent des dommages. Le seuil d'intervention est de 5 %. Par conséquent, si plus de un plant a des dommages, on recommande de traiter. En Ontario, les recherches ont démontré de façon
constante que les pièges à phéromones suffisent pour
établir la période idéale des pulvérisations
insecticides. Les pulvérisations effectuées de 7 à
10 jours après des envolées de pointe des teignes du poireau
adultes Certaines pratiques culturales peuvent aussi ramener les populations à des niveaux non dommageables, notamment :
Selon la documentation sur le sujet, la plupart des teignes ne se déplacent pas au-delà de 100 à 200 m des sites d'hivernation. Il faut toutefois se rappeler que les courants aériens peuvent transporter ces ravageurs sur de longues distances. Le travail du sol et l'enfouissement de débris contribuent aussi à éliminer les larves et les pupes qui restent dans les champs après la récolte. Selon des publications allemandes, on peut réduire les dommages causés aux poireaux en recouvrant ces derniers d'un filet avant le début de l'activité des femelles ainsi qu'en enlevant toutes les feuilles extérieures avant l'apparition des feuilles d'hiver en fin de saison. Les recherches effectuées en Ontario ont toutes démontré que l'utilisation de minitunnels légers contribue à protéger les plants en croissance des dommages causés par la teigne du poireau (figure 17).
Figure 17. Minitunnels dans une plantation d'ail. Il est facile de retirer ces couvre-cultures durant la journée pour permettre le désherbage et l'enlèvement des hampes, et si on les remet en place avant la tombée du jour, il y a peu de risques que les teignes n'endommagent la culture. On connaît, en Europe, un certain nombre de prédateurs, de parasites et d'agents pathogènes qui s'attaquent aux larves et aux pupes de la teigne du poireau. Des chercheurs d'Agriculture et Agroalimentaire Canada évaluent actuellement si certaines espèces indigènes d'Amérique du Nord peuvent être utiles contre la teigne du poireau. Ils vérifient également la possibilité d'effectuer au Canada des lâchers de certains organismes utilisés en Europe en lutte biologique. La présente fiche technique a été rédigée
par :
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