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La Filtration de L'eau D'Érable

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 383/737
Date de publication : Mai 2005
Commande no. 05-032
Dernière révision : Mai 2005
Situation : Nouveau
Rédacteur : Dave Chapeskie - spécialiste de l’Agroforesterie/ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario

Table des matières

  1. Introduction
  2. Évolution des méthodes d’élimination des microorganismes dans l’eau d’érable
  3. Microorganismes présents dans l’eau d’érable
  4. Types de microorganismes trouvés dans l’eau d’érable
  5. Types de Filtres à Eau D’Érable
  6. Résumé

Introduction

Pour produire un sirop d’érable de haute qualité, tout doit être mis en œuvre pour préserver la qualité de l’eau d’érable en la gardant exempte de microorganismes, de­puis l’entaille jusqu’à l’évaporateur.

L’eau d’érable peut renfermer différentes espèces de bactéries, de levures et de moisissures. Elle est un milieu de croissance idéal pour les microorganismes, car elle contient des sucres (surtout du sucrose), des minéraux et des acides aminés qui favorisent la prolifération et la reproduction des bactéries.

La prolifération des populations microbiennes a deux conséquences sur l’eau d’érable. D’abord, les enzymes sécrétées par les microorganismes décomposent le sucrose en glucose et en fructose, ce qui fait foncer le sirop et lui donne un goût de caramel. Ensuite, les microorganismes peuvent donner un mauvais goût au sirop et augmenter sa viscosité. Ces effets sont intensifiés avec l’adoucissement des températures et l’aggravation de la prolifération mi­crobienne.

Selon certaines études, la réduction et l’arrêt de l’écou­lement de l’eau d’érable dans les entailles en début de coulée sont parfois attribuables à une trop forte charge en microorganismes. Par conséquent, les mesures visant à contrer l’activité microbienne sont doublement avanta­geuses pour les acériculteurs : elles signifient plus d’eau d’érable et une meilleure qualité d’eau et de sirop.

Voici différentes méthodes permettant de contrer l’activité microbienne dans l’eau d’érable : respecter des règles d’hygiène lors de l’entaillage, garder l’eau d’érable fraîche dans l’érablière et les réservoirs d’emmagasinage, faire bouillir l’eau d’érable le plus tôt possible après la coulée, munir de couvercles convenables les seaux ainsi que les réservoirs de récolte et d’emmagasinage pour garder l’eau d’érable exempte d’impuretés, stériliser l’eau d’érable par un traitement aux rayons ultraviolets, utiliser du matériel de nettoyage et d’assainissement et filtrer l’eau d’érable de différentes manières.

Un bon moyen de freiner l’activité microbienne est de veiller à ce que le réseau de collecte de l’eau d’érable soit bien installé et bien entretenu.

05-032 - Les couvercles sur les seaux empêchent les débris de s’accumuler dans l’eau d’érable et d’y introduire des microorganismes.
Figure 1. Les couvercles sur les seaux empêchent les débris de s’accumuler dans l’eau d’érable et d’y introduire des microorganismes.

La filtration consiste à faire passer l’eau d’érable soit par gravité, soit par pompage à travers un ou plusieurs filtres destinés à la débarrasser de certains micro­orga­nis­mes et d’autres matières en suspension, dont les petites particules d’écorce et de bois, de poussière ou de saleté, les insectes et autres débris qui peuvent tomber dans les seaux ou dans les réservoirs d’emmagasinage qui ne sont pas munis de couvercles. Il est important de débarrasser l’eau d’érable de ces matières en la filtrant le plus tôt possible, étant donné que les débris peuvent être une source de contami­nation microbienne. La filtration de l’eau d’érable se fait au moyen de filtres-presses (qui filtrent l’eau d’érable sous pression) ou de filtres par gravité, selon le type qui con­vient le mieux à l’endroit où on les installe dans le système de transfert de l’eau d’érable.

La filtration vise avant tout à maintenir ou à améliorer la qualité de l’eau d’érable et des produits qu’on en tire. À ce jour, aucune étude scientifique n’a évalué le degré
d’amélioration de la qualité de l’eau d’érable apporté par la filtration. Selon les acériculteurs, la filtration augmen­terait la qualité du sirop d’érable au point de hausser de un niveau sa classe de couleur.

L’activité des microorganismes influence la durée d’entre­posage de l’eau d’érable. Pour augmenter la durée d’entre­posage sécuritaire, il faut soit stériliser complètement l’eau d’érable au moyen d’une lampe ultraviolette ou maîtriser les populations microbiennes, afin que les microorga­nismes présents produisent le moins possible de réactions biochimiques avant la transformation. La filtration n’élimine pas les pertes dues à l’activité microbienne qui a cours dans le réseau de collecte de l’eau d’érable. Toutefois, si la filtration est bien réalisée et que les con­ditions d’entreposage ne sont pas propices à la proli­fération bactérienne, elle maintiendra la qualité de l’eau d’érable entreposée pendant plus longtemps.

La taille des microorganismes présents dans l’eau d’érable varie de centaines de microns à moins de un micron. Il faut normalement un microscope pour déceler les orga­nismes de moins de 40 microns, et un microscope élec­tronique pour déceler ceux dont la taille est inférieure à 1 micron. Le micron est l’unité de mesure métrique qui correspond à un millionième de mètre.

Les microorganismes prolifèrent rapidement quand les conditions leur sont favorables. Certains d’entre eux se multiplient même sous le point de congélation. Le fait de lutter contre la prolifération des microorganismes dans l’eau d’érable améliore la qualité de celle-ci, ce qui donne un sirop d’une couleur plus claire.

La filtration destinée à débarrasser l’eau d’érable des microorganismes a bénéficié des progrès réalisés en matière de filtration et de purification de l’eau. On utilise à la fois les filtres à mailles fines et les filtres à diatomées qui servent à filtrer l’eau pour améliorer la qualité de l’eau d’érable avant de la faire bouillir, étant donné que ces filtres éliminent efficacement certains microorga­nismes.

Les microorganismes présents dans l’eau d’érable ne sont pas à craindre étant donné qu’ils sont détruits durant l’ébullition. Toutefois, la filtration de même que d’autres méthodes destinées à contrer la prolifération microbienne sont essentielles à la production de sirop d’érable de haute qualité et doivent être au cœur des préoccupations de tout acériculteur.

Dans un sondage mené en Ontario en 1999, 71 % des acériculteurs disaient filtrer leur eau d’érable. Selon un autre sondage, mené cette fois en 2003 auprès de presque 500 producteurs, ce pourcentage serait passé à 81 %. La méthode de filtration la plus fréquente consiste à utiliser une trame métallique à grosses mailles, puis un filtre à sac. Ces sondages révèlent qu’il y a encore énormément de place pour le développement et l’amélioration des sys­tèmes de filtration de l’eau d’érable au sein de l’industrie, compte tenu que de tels progrès profiteraient à l’ensemble des acériculteurs. Les méthodes de filtration à l’aide d’une trame métallique à grosses mailles les plus couramment utilisées pourraient être améliorées par l’ajout d’un sys­tème de filtration conçu pour éliminer certains microorga­nismes.

La présente fiche technique fournit de l’information destinée à aider les acériculteurs à mettre en place des méthodes de filtration de l’eau d’érable et à améliorer leurs méthodes actuelles.

Évolution des méthodes d’élimination des microorganismes dans l’eau d’érable

Déjà il y a plus d’un siècle, les acériculteurs plaçaient des couvercles sur les seaux pour empêcher la pluie et les débris d’y entrer, et utilisaient des passoires en acier dans les réservoirs de récolte pour en retirer les brindilles, bourgeons, insectes et autres. Afin de se débarrasser des particules plus fines, certains plaçaient de la toile de jute tissée serrée, de la flanelle ou une toile métallique fine au-dessus de la passoire. Il est important de débarrasser l’eau d’érable de ces impuretés, car elles sont des sources de microorganismes qui prolifèrent et se multiplient, au détriment de la qualité de l’eau d’érable.

La pratique qui consiste à filtrer l’eau d’érable au moment où elle est transvidée dans les réservoirs d’emmagasinage s’est répandue il y a 40–50 ans. Les producteurs fabri­quaient leurs propres cadres à filtres et utilisaient un pré-filtre formé d’une pattemouille ou de plusieurs couches de mousseline au-dessus d’un grillage métallique.

C’est en 1959 que les filtres plats synthétiques (feutre et Orlon®) ont servi pour la première fois à la filtration du sirop. Un « filtre en papier » fait de rayonne non tissée a été introduit en même temps. Les filtres et préfiltres syn­thétiques ont gagné en popularité auprès des producteurs et ont graduellement remplacé la plupart des autres produits.

L’avènement de la tubulure, qui a remplacé les seaux, a réduit les risques de contamination de l’eau d’érable par des corps étrangers grossiers, sans toutefois éliminer le problème que posaient les microorganismes qui proli­fèrent dans l’entaille et la tubulure. Des méthodes de nettoyage et d’assainissement rigoureuses sont nécessaires pour freiner la prolifération des microorganismes dans la tubulure.

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L’efficacité à détruire les microorganismes dans l’eau d’érable s’est améliorée vers 1960 lorsqu’on a mis à l’essai des lampes à rayons ultraviolets pour stériliser l’eau d’érable. En 1963, l’utilisation d’une lampe ultraviolette à même la canalisation a donné des résultats probants. Considéré comme étant trop coûteuse, cette technologie ne s’est répandue qu’au début des années 1980.

05-032 - Pour bien maîtriser la prolifération microbienne, il faut apporter beaucoup de soin à l’installation, à l’entretien, au nettoyage et à l’assainissement de la tubulure.
Figure 2. Pour bien maîtriser la prolifération microbienne, il faut apporter beaucoup de soin à l’installation, à l’entretien, au nettoyage et à l’assainissement de la tubulure.

05-032 - Des lampes ultraviolettes à même la canalisation sont un moyen efficace de stériliser l’eau d’érable en détruisant les bactéries et autres microorga­nismes qui s’y trouvent.
Figure 3. Des lampes ultraviolettes à même la canalisation sont un moyen efficace de stériliser l’eau d’érable en détruisant les bactéries et autres microorga­nismes qui s’y trouvent. Des études ont montré que ces lampes détruisent plus efficacement les bactéries que les levures.

On a découvert que l’eau d’érable contaminée par des mi­croorganismes pouvait être entreposée, après irradiation, pendant plusieurs jours à des températures allant jusqu’à 4 °C (39 ºF) sans que se poursuive la détérioration attribuable à la fermentation microbienne. L’utilisation de lampes ultraviolettes s’est répandue au cours des an­nées 1980. À la même époque, on a assisté à une utili­sation accrue des osmoseurs (aussi appelés concen­trateurs par osmose inverse) qui, pour fonctionner effi­cacement, ont besoin d’une eau d’érable claire de grande qualité.

L’efficacité des osmoseurs a été testée pour la première fois en 1966 dans le laboratoire de recherche sur l’érable du USDA. Les tests menés en 1966 et 1967 ont mené à la conclusion que ces appareils pouvaient servir à une concentration partielle de l’eau d’érable. Cette recherche a également fait ressortir que les microorganismes pouvaient endommager les membranes en acétate de cellulose modifiée des osmoseurs ou y former des dépôts visqueux, capables de ralentir de façon marquée l’écoulement ou le débit de l’eau d’érable à travers les membranes. Il fallait donc trouver des moyens de réduire au minimum les populations microbiennes dans l’eau d’érable avant que celle-ci ne parvienne à l’osmoseur. De plus, des méthodes devaient être élaborées pour freiner la prolifération micro­bienne dans l’osmoseur durant les périodes d’inactivité.

05-032 - Les osmoseurs sont dotés d’un ou de plusieurs filtres à eau d’érable installés à même la canalisation et destinés à éliminer les contaminants avant la concentration de l’eau d’érable.
Figure 4. Les osmoseurs sont dotés d’un ou de plusieurs filtres à eau d’érable installés à même la canalisation et destinés à éliminer les contaminants avant la concentration de l’eau d’érable.

Le premier osmoseur commercial destiné à la concen­tration de l’eau d’érable a été installé en 1971. L’adap­tation du procédé de l’osmose inverse à l’industrie de l’érable a toutefois été lente à se faire, six appareils seulement ayant été installés dans les années 1970. La situation a changé rapidement au début de la décennie suivante. Dès 1983, 100 osmoseurs étaient en opération dans des exploitations acéricoles aux États-Unis et au Canada. Les osmoseurs sont dotés d’un système de pré-filtres à mailles fines capables de retenir des microorganismes aussi petits que 5 microns. Certains pro­ducteurs ajoutent une lampe ultraviolette dans la tuyau­terie pour stériliser l’eau d’érable avant et après l’avoir concentrée. D’autres installent des filtres à mailles fines dans le réseau en amont de l’osmoseur. Quelle que soit la méthode utilisée pour détruire les microorganismes, toutes con­tribuent en principe à améliorer le rendement et le fonc­tionnement de l’osmoseur ainsi que la classe de sirop d’érable obtenue.

L’introduction et l’utilisation de filtres à mailles fines au début des années 1980 marquèrent un pas important dans la filtration de l’eau d’érable. En plus de servir à la préfiltration dans les osmoseurs, les filtres à mailles fines sont utilisés en divers points de la tubulure en amont de l’évaporateur. Des boîtiers de filtres à eau peu coûteux en polypropylène renforcé, installés à même la canalisation, se sont révélés bien adaptés à la filtration de l’eau d’érable. Conjugués à des cartouches filtrantes jetables efficaces jusqu’à 5 microns, ces boîtiers ont beaucoup amélioré l’efficacité de la filtration de l’eau d’érable en la débar­rassant de certains microorganismes.

Vers 1988, un préfiltre à eau d’érable peu coûteux, appelé filtre à sac, a été introduit. Il est doté d’un adaptateur en plastique qui le relie à la tubulure. Il peut être installé à la sortie du collecteur, sur le relâcheur extracteur ou sur un tuyau de la station de pompage. Les filtres à sac utilisés varient de 50 à 100 microns et éliminent les débris dans l’eau d’érable avant les réservoirs d’emmagasinage.

Vers 1990, les filtres à eau d’érable à diatomées sont apparus sur le marché. Ces filtres avaient d’abord été conçus pour filtrer l’eau des piscines. Si on les utilise pour filtrer l’eau d’érable, il faut utiliser de la terre de diatomées de qualité alimentaire et veiller à ce que le filtre soit lui aussi d’un matériau de qualité alimentaire approuvé. L’enduit de diatomées sur l’élément filtrant s’appelle gâteau de filtration. Celui-ci élimine les microorganismes ayant une taille de l’ordre de 1 à 3 microns, selon la qualité de la terre de diatomées utilisée. Le filtre éclaircit l’eau d’érable d’aspect laiteux ou trouble, mais seulement après plusieurs passages à travers le filtre. Selon les acériculteurs qui utilisent des filtres à eau d’érable à diatomées, ceux-ci améliorent efficacement la transpa­rence de l’eau d’érable et la qualité du sirop d’érable. À ce jour, aucun projet de recherche n’a été mené sur l’utilisation de ces filtres en acériculture.

Microorganismes présents dans l’eau d’érable

La microbiologie est la science qui étudie les formes de vie microscopiques qu’on appelle généralement, microorga­nismes. De l’entaille à l’évaporateur, on trouve dans l’eau d’érable plusieurs espèces de bactéries, de levures et de moisissures.

Des études ont confirmé que l’eau d’érable est au départ stérile (exempte de microorganismes) lorsqu’elle circule dans les vaisseaux du xylème du bois de l’érable. Une fois l’arbre entaillé, des microorganismes sont présents dans l’eau d’érable récoltée de l’entaille et ce, dès le début de la saison, par suite de la contamination provenant de l’écorce de l’arbre. Les microbes sont introduits dans l’eau d’érable à la faveur de méthodes d’entaillage non hy­giéniques et de pratiques de récolte et d’entreposage qui favorisent la prolifération des microorganismes. Parmi les autres sources de contamination de l’eau d’érable, il y a les seaux, les réservoirs de récolte, la tubulure et les réservoirs d’emmagasinage qui ne sont pas complètement vidés, nettoyés et assainis entre les coulées, surtout pendant les périodes de redoux qui surviennent fréquemment vers la fin de la saison des sucres.

Les microbes apparaissent et se multiplient lentement au début de la saison quand les températures sont encore froides. Leurs populations explosent quand le temps s’adoucit et que les températures de l’eau d’érable dé­passent les 7–10 °C (45–50 °F). Les bactéries sont responsables du gros de la contamination. La prolifération des microorganismes est généralement influencée par trois facteurs : la température, le temps écoulé et la disponi­bilité des éléments nutritifs. L’élévation des températures favorise une division rapide des microorganismes et en fait gonfler les populations. Pour se diviser et se multiplier, les microorganismes utilisent les sucres présents dans l’eau d’érable comme source d’énergie.

Il faut être conscient que même si la contamination mi­crobienne peut parfois être la grande responsable dans la production d’un sirop de piètre qualité, d’autres facteurs liés à la chimie de l’eau d’érable et à sa transformation sont souvent en cause.

L’aspect de l’eau d’érable donne un indice de sa qualité. Une eau d’érable claire et incolore comportant peu de microorganismes donnera un sirop d’érable d’une classe de couleur plus claire. Une eau d’érable trouble et laiteuse fermente sous l’action des microorganismes et donnera un sirop plus foncé. Certaines espèces de bactéries et de levures produisent des pigments qui, une fois libérés dans l’eau d’érable, donnent à celle-ci une teinte verdâtre ou rougeâtre, selon les microorganismes en jeu.

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Types de microorganismes trouvés dans l’eau d’érable

Bactéries

Les bactéries sont des organismes unicellulaires microsco­piques qui se reproduisent par division en cellules identiques. Sous des conditions qui leur sont favorables, elles se multiplient rapidement, une cellule mère donnant deux cellules filles toutes les 20 à 30 minutes, ce qui se traduit par l’apparition de milliers de bactéries en l’espace de quelques heures. Certaines espèces de bactéries se dé­placent dans l’eau d’érable tandis que d’autres fabriquent des spores (c’est notamment le cas des espèces du genre Bacillus). D’autres espèces forment des capsules gom­meuses autour de la cellule ce qui leur permet de s’agglu­tiner en filaments visqueux.

Selon les premiers projets de recherche menés, les bactéries présentes dans l’eau d’érable appartiendraient notamment aux genres Pseudomonas, Achromobacter, Flavobacterium et Bacillus.

Des températures basses (une eau d’érable froide) ralen­tissent la prolifération des bactéries et en maîtrisent les populations. Cependant, il ne faut pas compter unique­ment sur le froid pour maîtriser ces organismes. En effet, certaines espèces continuent à se multiplier, quoique len­tement, sous le point de congélation étant donné que la teneur en sucre de l’eau d’érable empêche celle-ci de geler quand l’eau gèle.

Les premières recherches sur les microorganismes trouvés dans l’eau d’érable ont permis d’établir que certaines bactéries influencent le goût du sirop, que d’autres in­fluencent sa couleur et que d’autres encore sont sans effet sur le goût et la couleur. (Des travaux de recherche sont nécessaires pour déterminer les bactéries présentes et leur influence sur la qualité de l’eau d’érable et du sirop d’érable.)

Levures

Les levures sont des organismes unicellulaires microsco­piques. Elles se reproduisent par voie asexuée, par bourgeonnement, ou par voie sexuée, par l’accouplement de deux cellules mères qui peut mener à la formation de spores. Les levures sont les agents clés de la fermentation. Dans l’eau d’érable, la plupart des levures n’atteignent pas les niveaux de populations qu’atteignent les bactéries, mais étant donné que les cellules de levures sont plus grosses que celles des bactéries, il en faut moins pour que l’eau d’érable devienne trouble. Les levures prolifèrent avec ou sans oxygène.

Les deux genres de levures identifiés le plus souvent dans l’eau d’érable sont Rhodotorula et Trichosporon. Parmi les autres levures qui contaminent les entailles, mentionnons certaines espèces de Candida, Torulopsis et Cryptococcus.

Davantage que les populations de bactéries, ce sont les levures présentes dans l’eau d’érable qui donnent au sirop sa couleur. La couleur du sirop est plus foncée ou plus pâle selon que les populations de levures sont plus ou moins grandes.

Moisissures

Ce sont des organismes microscopiques complexes, uni ou pluricellulaires, qui prolifèrent au point de devenir visibles à l’œil nu. Les moisissures produisent des filaments qu’on appelle hyphes, qui se ramifient comme des racines. Le terme mycélium désigne un amas d’hyphes visibles à l’œil nu.

Les moisissures se reproduisent surtout en formant des spores qui sont transportées par les courants d’air, l’eau ou l’eau d’érable. Elles apparaissent habituellement à la surface de l’eau d’érable où leurs colonies forment des taches veloutées facilement visibles. Elles produisent des acides à partir des sucres contenus dans l’eau d’érable et dégagent une odeur de moisi caractéristique.

Les moisissures identifiées dans l’eau d’érable appar­tiennent à plusieurs genres, les principaux étant Aspergillus et Penicillium. En début de saison, les moisissures se trouvent en petit nombre dans les entailles, comme d’ailleurs les microorganismes en général. Contrairement aux bactéries et à certaines levures, les moisissures ne voient pas leur nombre augmenter en flèche plus tard dans la saison.

Types de Filtres à Eau D’Érable

Les acériculteurs utilisent deux grands types de filtres à eau d’érable : les filtres par gravité et les filtres-presses. On utilise communément les filtres par gravité dans les exploitations où l’on récolte l’eau d’érable dans des seaux que l’on transvide dans des réservoirs de récolte ou dans des réservoirs d’emmagasinage. On utilise les filtres-presses dans les exploitations dotées de tubulures sous vide ainsi que dans d’autres situations où l’eau d’érable est pompée dans des réservoirs d’emmagasinage ou d’un réservoir à l’autre. Ils servent aussi de préfiltres dans les osmoseurs.

Le nombre et le type de filtres à eau d’érable utilisés dans une exploitation acéricole dépendent de la préférence du producteur et de la façon dont l’eau d’érable est acheminée des érables à l’évaporateur. Pour un maximum de résultats, l’eau d’érable doit être filtrée plusieurs fois. Dans certaines situations, les producteurs pompent plus d’une fois l’eau d’érable à travers le même filtre dans le but de détruire les microorganismes. Les filtres par gravité retirent les particules grossières de l’eau d’érable et, ce faisant, réduisent les sources de contamination. En plus de retirer les particules grossières, les filtres-presses débar­rassent l’eau d’érable de certains microorganismes, ce qui les rend plus efficaces à améliorer la qualité de l’eau d’érable. En général, plus le filtre est fin, plus il filtre efficacement. Des filtres installés en série peuvent réussir à éliminer des particules aussi fines que 0,5 micron.

Indépendamment du type de filtre utilisé, l’efficacité des filtres réclame un entretien périodique réalisé suivant un protocole visant à éliminer la contamination par les microorganismes. L’entretien oblige notamment à laver et à sécher les filtres de manière à éviter qu’ils ne s’endom­magent ou qu’ils ne soient soumis à des risques de contamination croisée, et à remplacer ceux qui sont usés.

Filtres par gravité
Passoires dans les réservoirs de récolte

Dans une exploitation de collecte au seau, la première occasion de filtrer l’eau d’érable se présente lorsque celle-ci est transvidée dans le réservoir de récolte. Tous les réservoirs de récolte métalliques commerciaux destinés à la collecte de l’eau d’érable sont pourvus d’une passoire métallique qui retient la glace, l’écorce, les feuilles, les éclats de bois et autres débris grossiers. Pour retirer les débris plus fins, certains producteurs utilisent des tamis en nylon qu’ils placent dans un cadre au-dessus de la passoire du réservoir de récolte. Les passoires des réservoirs de récolte jouent un rôle important car, en débarrassant l’eau d’érable des débris, elles réduisent les sources de conta­mination au tout début du processus menant l’eau d’érable des arbres à l’évaporateur.

05-032 - Les réservoirs de récolte commerciaux sont dotés d’une passoire métallique qui retient la glace, l’écorce, les feuilles, les éclats de bois et autres débris grossiers.
Figure 5. Les réservoirs de récolte commerciaux sont dotés d’une passoire métallique qui retient la glace, l’écorce, les feuilles, les éclats de bois et autres débris grossiers.

Ne jamais laisser l’eau d’érable séjourner dans le fond du réservoir de récolte entre les coulées, par crainte qu’elle ne contamine l’eau d’érable fraîche versée dans le réservoir à la coulée suivante. Il faut laver avec de l’eau potable propre le réservoir de récolte ainsi que la passoire à la fin de chaque coulée.

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Filtres à eau d’érable plats

On trouve sur le marché depuis de nombreuses années des cadres de filtres à eau d’érable qui servent à filtrer l’eau d’érable dans les réservoirs d’emmagasinage. Des tamis en nylon ou en acier inoxydable sont installés dans les cadres pour supporter un filtre plat synthétique qui est habituellement fait de polypropylène. Un préfiltre plat en polyester peut aussi être utilisé dans des cadres plats. Laver souvent à l’eau chaude les tissus synthétiques servant à la filtration afin de les débarrasser des contaminants. Éviter de tordre les filtres, par crainte de les endommager et d’en réduire l’efficacité. Faire sécher les filtres à l’air et, si possible, au soleil.

Depuis peu, de nombreux producteurs ont remplacé leurs filtres plats par des filtres à sac apparus sur le marché vers la fin des années 1980.

Filtres à sac

Les filtres à sac sont des filtres à eau d’érable peu coûteux et efficaces. Ce sont des filtres en forme de sacs en po­lyester ou en polypropylène dotés d’un adaptateur en plastique qui permet d’y attacher des éléments de la tubu­lure de différents diamètres au moyen de raccords réduc­teurs. Le sac est pourvu d’un anneau en acier inoxydable qui s’ajuste à la tête de plastique pour la maintenir en place. Les filtres à sac servent à enlever les débris grossiers avant l’entreposage.

05-032 - Les filtres à sac servent à débarrasser l’eau d’érable des particules grossières avant l’entreposage.
Figure 6. Les filtres à sac servent à débarrasser l’eau d’érable des particules grossières avant l’entreposage.

On les choisit pour qu’ils filtrent des particules de 50 ou de 100 microns. Ils ne filtrent pas les microorganismes en suspension dans l’eau d’érable. Les filtres à sac peuvent être installés à la sortie du collecteur, sur le relâcheur extracteur ou sur un tuyau de la station de pompage. Ils sont lavables et réutilisables plusieurs fois. Il faut les laver tous les jours après la coulée ou plus souvent s’ils de­viennent obstrués. Le fait de les laver chaque jour après la coulée élimine les débris et les microorganismes qui peuvent contaminer la coulée suivante.

Lorsque des filtres à sac sont utilisés à la fin des tuyaux sous pression, s’assurer qu’ils ne se détachent pas s’ils de­viennent obstrués.

Filtres-presses
Filtres-presses économiques à même la tubulure

Les fournisseurs de matériel acéricole offrent des filtres-presses économiques qui s’installent dans la tubulure. Ils sont peu coûteux et faciles à installer et à entretenir. La plupart sont des filtres à eau qui conviennent à la filtra­tion de l’eau d’érable.

05-032 - Les filtres à eau d’érable installés à même la tubulure sont communément appelés filtres à poro­sité fine. Ils enlèvent efficacement les contaminants, y compris certains microorganismes.
Figure 7. Les filtres à eau d’érable installés à même la tubulure sont communément appelés filtres à poro­sité fine. Ils enlèvent efficacement les contaminants, y compris certains microorganismes.

Il existe de nombreux fabricants de boîtiers à filtre et plusieurs types de filtres. Les filtres à cartouche les plus courants sont en polypropylène. Les boîtiers des filtres à eau d’érable économiques installés à même la tubulure sont souvent faits eux aussi de polypropylène renforcé. Ils viennent avec manomètre et soupape de surpression. Il se vend aussi des boîtiers à filtre en acier inoxydable, mais ils sont chers.

Les filtres à eau d’érable installés à même la tubulure peuvent l’être à un point du réseau où l’eau d’érable est sous pression. Ils sont aussi utilisés dans les osmoseurs pour préfiltrer l’eau d’érable en amont des membranes d’osmose inverse. Ces filtres sont tous communément désignés filtres à porosité fine.

Des cartouches filtrantes jetables sont offertes sur le marché pour filtrer les particules allant jusqu’à 0,5 mi­cron. Il se vend aussi sur le marché des sacs filtrants réutilisables, mais les producteurs les utilisent moins. Les filtres à porosité fine sont classés selon la grosseur des alvéoles du matériau filtrant. La grosseur des alvéoles est mesurée en microns; plus le nombre est petit, plus la grosseur des alvéoles est petite et plus l’efficacité du filtre à éliminer les contaminants, dont certains microorganismes, est grande. Certains producteurs installent dans la tubu­lure une série de filtres à eau d’érable à grosseur de porosité décroissante pour finir avec un filtre à 1 micron.

Protéger du gel les boîtiers de ces filtres. Ne pas laisser d’eau d’érable dans les filtres entre les coulées, par crainte de contaminer l’eau d’érable fraîche. Rincer le filtre quo­tidiennement à l’eau froide afin de retirer l’eau d’érable. Le niveau d’entretien dépend de la vitesse d’écoulement de l’eau d’érable, de la nature et de la quantité des contaminants ainsi que du type de filtre et de la grosseur de ses alvéoles. Toujours suivre les recomman­dations du fabricant quant à l’utilisation et à l’entretien.

Comme les filtres sont jetables, remplacer les filtres bouchés par des filtres neufs.

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Filtres à diatomées

Les filtres à eau d’érable à diatomées sont le type de filtres le plus récent qu’emploient les acériculteurs. Conçus pour filtrer l’eau des piscines, ils filtrent efficacement les petites particules et les microorganismes.

05-032 - Les filtres à eau d’érable à diatomées sont les derniers-nés des filtres servant à filtrer l’eau d’érable. Ils peuvent piéger des particules infimes ainsi que certains microorganismes.
Figure 8. Les filtres à eau d’érable à diatomées sont les derniers-nés des filtres servant à filtrer l’eau d’érable. Ils peuvent piéger des particules infimes ainsi que certains microorganismes.

Utiliser de la terre de diatomées de qualité alimentaire of­ferte par les fournisseurs de matériel acéricole. La terre de diatomées est un dépôt siliceux microscopique composé de restes de diatomées qui font penser à de petites éponges quand on les observe au microscope. Ajoutée au filtre, la terre de diatomées enduit l’élément filtrant ou la couche de support et forme ce qu’on appelle un gâteau de filtration. Quand l’eau d’érable passe à travers les ouvertures microscopiques de la terre de diatomées, les particules et microorganismes d’une taille aussi petite que 1 à 3 microns s’y trouvent piégés.

Les filtres à diatomées types utilisés par les acériculteurs sont classés comme étant régénératifs, c.‑à‑d. que l’écoulement de l’eau d’érable à travers le filtre obstrué peut être rétabli presque comme à l’origine sans avoir à démonter le filtre ni à le laver. Le gâteau de filtration obstrué est retiré des éléments filtrants, puis remué et réinstallé. La méthode varie selon le fabricant. Quelle que soit la marque de filtre, après avoir régénéré l’écoulement à plusieurs reprises, il faut désassembler le filtre de diatomées et le laver, remplacer la terre et assembler le filtre à nouveau.

Nombreux sont les producteurs qui préfèrent acheter des filtres plus gros. Plus le filtre est gros, plus il peut s’écouler de temps entre deux nettoyages successifs, opérations qui obligent à arrêter la pompe et à désassembler le filtre. Protéger du gel tous les filtres à diatomées. Si le filtre à diatomées devient obstrué, c’est dire qu’il est efficace et qu’il retient les particules et les contaminants. Dans tous les cas, suivre les directives du fabricant en ce qui a trait à l’installation, au fonctionnement et à l’entretien des filtres.

Certains acériculteurs estiment que les filtres à diatomées nettoient mieux l’eau d’érable trouble ou laiteuse que tout autre filtre. Toutefois, il faut habituellement plus d’un passage par le filtre pour y parvenir. À la fin de la saison, l’eau d’érable doit circuler par le filtre plusieurs fois. Quel que soit le degré de turbidité de l’eau d’érable, il est géné­ralement possible de la rendre claire en la faisant traverser le filtre un nombre suffisant de fois.

Résumé

La technologie de filtration de l’eau d’érable a beaucoup évolué depuis l’avènement des filtres synthétiques, puis des filtres-presses.

Pour bien des producteurs, la filtration de l’eau d’érable est un bon moyen d’accroître la qualité du sirop d’érable au point de hausser de un niveau sa classe de couleur. La filtration n’a pas autant d’influence sur le goût. Il faudrait que des études viennent déterminer dans quelle mesure la filtration de l’eau d’érable a un effet significatif sur le goût du sirop.

Tous les acériculteurs devraient planifier soigneusement les besoins de leur exploitation en système de filtration. Le nombre et le type de filtres utilisés dépendent des préférences du producteur et de la façon dont l’eau d’érable est acheminée des arbres à l’évaporateur.

La filtration ne purifie pas entièrement l’eau d’érable. Elle n’enlève pas tous les microorganismes, mais elle maîtrise efficacement la prolifération microbienne en débarrassant l’eau d’érable des débris. Il existe des types de filtres qui peuvent retenir certains microorganismes. Ceux qui restent dans l’eau d’érable après la filtration ne sont pas dangereux, puisqu’ils sont détruits lors du « bouillage ».

Combiner la filtration de l’eau d’érable à d’autres mesures préventives pour maîtriser ou réduire l’activité micro­bienne dans l’eau d’érable. Par exemple, entailler de ma­nière hygiénique, soigner l’installation et l’entretien de la tubulure, garder l’eau d’érable au frais dans l’érablière et les réservoirs d’emmagasinage, faire bouillir l’eau d’érable tout de suite après la coulée, garder couverts en perma­nence les seaux ainsi que les réservoirs de récolte et d’em­magasinage, utiliser des lampes ultraviolettes pour détruire les bactéries par irradiation et nettoyer et assainir conve­nablement le matériel utilisé dans le système de transfert de l’eau d’érable.

La fabrication de produits de l’érable de la meilleure qualité qui soit se traduit par une amélioration du rendement financier et de la satisfaction de la clientèle, deux objectifs importants pour tout acériculteur.

Remerciements

L’auteur tient à remercier Clarence Coons, consultant en agroforesterie, de son aide dans la préparation de la présente fiche technique. Il remercie également de leur apport, les producteurs acéricoles et autres qui ont révisé le projet de manuscrit ainsi que le North American Maple Council et la Forêt modèle de l’Est de l’Ontario.

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