Dans cette section

La production du sirop d'erable

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 83
Date de publication : Août 2004
Commande no. 04-066
Dernière révision : Août 2004
Situation : En remplacement de la fiche no 96-036, intitulée Ce qu'il faut savoir sur le sirop d'érable
Rédacteur : Dave Chapeskie.- spécialiste de l'agroforesterie/MAAO; John Henderson - spécialiste de la gestion des risques/MAAO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Histoire
  3. L'Erable
  4. La Seve
  5. Entaillage
  6. Recolte
  7. Evaporation
  8. Filtrage et Emballage
  9. Produits Derives
  10. Classement et Etiquetage

Introduction

Le sirop d'érable est un produit typiquement nord-américain. Environ 83 % de la production mondiale de cette denrée provient du Canada. Le Québec fournit à lui seul près de 92 % de la production nationale, la part de l'Ontario s'élève à 4 % et celle des Maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard) est également de 4 %. Aux États-Unis, on produit du sirop d'érable dans la région du nord-est, soit du Maine jusqu'au Minnesota et, vers le sud, jusqu'à la Virginie occidentale.
En Ontario, le nombre d'entailles est estimé à 1,3 million et la production annuelle de sirop se situe autour d'un million de litres. La production est importante dans le sud, le sud-ouest, l'est, le centre et le centre-nord de la province mais elle est surtout concentrée dans les régions de Waterloo-Wellington au sud de l'Ontario ainsi que dans les régions de Lanark et celles de l'est de la province. Environ 78 % des producteurs de sirop d'érable se servent de tubulures de plastique pour recueillir la sève et les autres ont recours à des méthodes de collecte plus traditionnelles à l'aide de seaux.

| Haut de la page |

Histoire

Bien avant l'arrivée des Européens au Canada, les peuples autochtones fabriquaient un sucre foncé à partir de la sève des éra-bles. Au printemps, ils faisaient une entaille en biais dans le tronc et inséraient au bas de cette incision une bande d'écorce tenant lieu de cha-lumeau.
La sève était recueillie dans des cassots d'écor-ce de bouleau. Puis, on la transvidait dans une section de rondin creux dans lequel on jetait des pierres chaudes pour en faire évaporer l'eau. Graduellement, la sève se trans-formait en sirop puis en sucre.
Les premiers colons, s'inspirant de l'ingéniosité des autoch--tones, commencèrent à produire du sirop d'érable pour diversifier leur régime alimentaire. Ils utilisaient des gou--drelles et des seaux de bois pour récolter la sève, et la fai-saient bouillir dans des chaudrons de fer, en plein air. Trans-mis de génération en génération, cet art de faire les sucres est devenu l'une des grandes richesses de notre patrimoine. Au fil des ans, les méthodes d'exploi-ta-tion et les instruments utilisés se sont grandement amé-liorés. La production de sirop d'érable constitue aujour--d'hui un secteur florissant de l'agriculture au Canada.
La première innovation importante pour la fabrication du sirop d'érable remonte aux années 1880, moment où fut inventé le précurseur des évaporateurs à carneau actuels. Les années 1950 virent la mise en marché des premiers systèmes de collecte par tubulures. Au cours des années 1990, on a commencé à commercialiser des chalumeaux à diamètre réduit qui préservent les érables et sont maintenant utilisés par bon nombre de producteurs. En outre, on accorde de plus en plus d'importance à la qualité des produits de l'érable et de nombreux produc-teurs participent à des programmes d'assurance-qualité. Aujourd'hui, l'osmose inversée permet de concentrer la sève avant son ébullition. De plus, l'effi-cacité de la production s'est améliorée grâce à des nouvelles technologies qui permettent de réutiliser la chaleur de la vapeur d'eau dégagée au cours de la transformation.

| Haut de la page |


L'Erable

Il existe plusieurs espèces d'érable dans l'hémisphère septentrional mais deux espèces surtout sont utilisées pour la production de sirop, soit l'érable à sucre (Acer saccharum) et l'érable noir (Acer nigrum). C'est l'érable à sucre qu'on entaille le plus. Les arbres de cette espèce peuvent atteindre 30 m (100 pi) de hauteur et un diamètre de 100 cm (39 po). Leur longévité est d'environ 250 ans. Le bois de l'érable à sucre est dur et son écorce est grise et plutôt rugueuse à maturité. Les producteurs entaillent parfois l'érable rouge (Acer rubrum) et l'érable argenté (Acer saccharinum).

| Haut de la page |

La Seve

Au printemps, lorsque la sève commence à circuler de nouveau dans les vaisseaux de l'aubier, le moment est venu d'entailler. La sève contient alors environ 97,5 % d'eau, 2,4 % de sucre et 0,1 % de minéraux.

De nombreux facteurs influent sur la vitesse d'écoule-ment, ainsi que sur la quantité de sève et sa teneur en sucre, la-quelle varie entre 0,5 et 10 % : outre l'espèce d'arbre, mentionnons l'abondance du feuillage, les tech-ni-ques utilisées, les conditions climatiques et l'état de santé de l'arbre. En général, la teneur en sucre de la sève est de 2-3 %.

Un été chaud et ensoleillé, entrecoupé de bonnes préci-pitations, est propice à l'accumulation de réserves considérables de sucre. Les années où le sol ne gèle pas trop en profondeur et où il se réchauffe graduel-lement à l'approche du printemps, la coulée de sève se révèle abondante. C'est toutefois au printemps que les condi-tions météorologiques jouent un rôle encore plus déterminant. Pour que la sève s'écoule des érables, il faut que la tempé-rature baisse sous le point de congélation pendant la nuit et qu'elle se situe entre 0 et 8 °C le jour. Si les arbres sont gelés, la sève peut prendre plusieurs jours à s'écouler, même lorsque les températures diurnes sont bien au-dessus du point de congélation.

Une érablière où les arbres sont suffisamment espacés peut produire de très gros érables. Il est donc important d'y faire une coupe d'éclaircie, en ne conservant que les meilleurs arbres de façon à ce que leurs branches aient suffisamment d'espace. La sève de ces arbres est généra-lement plus abondante et plus sucrée, surtout lorsqu'ils sont à l'abri du vent et bien exposés au soleil. Les arbres sains, sans défauts ni blessures, très ramifiés et à feuillage dense donnent le meilleur rendement et doivent être gardés lors des éclaircies.

| Haut de la page |


Entaillage

Les arbres sont entaillés au printemps lorsque la tempé-rature approche le point de congélation, soit habi-tuel-lement entre la fin février et la mi-mars, selon la région et les conditions climatiques. Dans les érablières avec tubu-lures, l'entaillage est souvent pratiqué plus tôt puisqu'en raison de l'étanchéité du système, les entailles sont moins susceptibles de se dessécher.

L'entaillage doit être fait avec soin si l'on veut tirer le plus de sève de chaque érable. Au moyen d'un vilebre-quin, ou d'une perceuse électrique et d'un foret, on perce un trou dans le tronc des arbres à environ 1 m (39 po) du sol. La hauteur de l'entaille ne semble toutefois pas influer beaucoup sur la quantité de sève récoltée. Les entailles ont autour de 3,8 cm (1,5 po) de profon-deur, et soit 11 mm (7/16 po) ou environ 8 mm (5/16 po) de diamè-tre, selon le chalumeau. Il est déconseillé d'entailler les érables dont le diamètre est inférieur à 25 cm (10 po). On peut ajouter une entaille pour chaque accroissement de 12 cm (5 po) dans le diamètre du tronc au-delà des 25 cm (10 po) requis, jusqu'à concurrence de quatre entail-les par arbre, à condition que ce dernier soit en bonne santé. Les arbres stressés ou en mauvais état ne doivent pas comporter plus de deux entailles, quelle que soit leur taille. Les arbres stressés de diamètre inférieur à 30 cm (12 po) ne doivent pas être entaillés.

La propreté du matériel est indispensable pour que la sève reste claire et limpide. Il faut déposer un couvercle sur les seaux pour empêcher les saletés d'altérer la sève.

| Haut de la page |


Recolte

La récolte traditionnelle à la main est un travail ardu qui nécessite beaucoup de temps et de main-d'œuvre. Le producteur doit faire la cueillette une fois par jour, car la sève se détériore rapidement dans les seaux.

L'utilisation de chalumeaux de plastique reliés à un réseau de tubulures est de plus en plus répandue. Les tubu-lu-res, souvent installées en pente, acheminent la sève par gravité jusqu'à la cabane à sucre. Ainsi la sève est toujours fraîche et limpide à son arrivée au réservoir. Un tel système est généralement plus hygiénique et requiert beaucoup moins de main-d'œuvre que la méthode traditionnelle.

On utilise fréquemment une pompe à vide pour aspirer la sève du réseau de tubulures jusqu'à la cabane. Par la pression négative qu'il exerce sur les vaisseaux des érables, le pompage à vide peut augmenter de beaucoup la récolte de sève lorsque les conditions climatiques sont peu propices à la coulée.

| Haut de la page |

Evaporation

Habituellement, la sève renferme environ 97 % d'eau. Puisque le sirop ne doit pas en contenir plus de 34 %, on réduit la teneur en eau de la sève par évaporation.

Il faut un feu uniforme et intense pour garder la sève constamment en ébullition. Le goût du sirop ainsi que sa couleur seront altérés si l'évaporation est trop lente. La teneur en sucre du sirop est atteinte lorsque la température du liquide s'élève à 3,94 oC (7,1 oF) au-dessus du point d'ébullition de l'eau. On obtient alors un sirop dont la densité est de 66 degrés Brix. Les degrés Brix sont une mesure de la teneur en sucres (surtout en sucrose) des produits de l'érable. À cette densité, le sirop risque moins de s'altérer et il peut être vendu en toute légalité. Bon nombre de producteurs tentent cependant d'obtenir une densité supérieure à ce minimum. Selon la teneur en sucre de la sève récoltée, il faudra de 30 à 45 L (8-12 gal) de sève pour obtenir 1 L (1 pinte) de sirop. Le point d'ébullition de l'eau doit être vérifié pério-di-quement puisqu'il varie en fonction de l'altitude et de la pression atmosphérique. Il existe des instruments spé-ciaux, comme l'hydromètre et le réfractomètre, qui permettent de mesurer la teneur en sucre du sirop.

Le bois est encore très employé pour alimenter les évaporateurs, mais de nombreux producteurs utilisent maintenant de l'huile de chauffage et parfois d'autres combustibles pour réduire les frais de main-d'œuvre.

| Haut de la page |

Filtrage et Emballage

Durant l'évaporation, non seulement le sucre mais les minéraux aussi se con-centrent dans le sirop. Ces minéraux, qu'on appelle « râche », forment des sédi-ments au fond de l'évaporateur et doivent être enlevés par filtrage. On fait donc passer le sirop chaud dans des filtres de feutre épais pour obtenir un produit attrayant et clair. Certains producteurs utilisent un filtre-presse qui pousse le sirop chaud à travers une série de filtres très fins.

Le sirop est ensuite mis en bouteilles, dans des conte-nants de verre, de plastique ou des boîtes de métal galvanisé pendant qu'il est encore très chaud (85 °C, soit 185 °F, ou plus). Cette température élevée stérilise les contenants et empêche la formation de moisissures.

| Haut de la page |

Produits Derives

Si son ébullition se prolonge et qu'il est refroidi puis remué selon différents procédés, le sirop peut se trans-former en un certain nombre de produits de l'érable. Le beurre d'érable, un produit à tartiner crémeux, et la tire d'érable molle sont parmi les produits les plus demandés. À l'occasion, on trouve aussi la tire en contenant, le sucre en pain et le sucre d'érable granulé.

| Haut de la page |

Classement et Etiquetage


Pour être vendu en Ontario, le sirop d'érable doit d'abord être classé. La catégorie Canada no 1, qui désigne généralement le sirop destiné au marché du détail, comprend les classes Extra clair, Clair et Médium. Signalons que le sirop le plus clair a une saveur plus douce. La catégorie Canada no 2, Ambré ou Ambré Ontario, désigne un sirop plus foncé, à saveur pronon-cée, qui est tout indiqué pour la cuisson.

La teneur en sucre du sirop d'érable pur doit être égale ou supérieure à 66 % . Il ne doit renfermer aucun additif.

L'emballage doit préciser le nom du produit, le volume de sirop dans le contenant, la catégorie et la classe de couleur, ainsi que le nom et l'adresse du producteur ou du transformateur.

Le sirop d'érable produit et mis en marché en Ontario doit être conforme au Règlement 386 pris en application de la Loi sur le classement et la vente des produits agricoles (voir le site www.e-laws.gov.on.ca). Le sirop d'érable produit en Ontario et mis en marché à l'extérieur de la province doit être conforme au Règlement sur les produits de d'érable pris en application de la Loi sur les produits agricoles du Canada (voir le site http://lois.justice.gc.ca/fr/c-0.4/83376.html).
Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Cette fiche technique a été rédigée à l'origine par John Butler et John Henderson.

| Haut de la page |

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca