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Lutte contre les thrips dans les cultures de serre

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 290/621
Date de publication : Septembre 2003
Commande no. 03-076
Dernière révision : Septembre 2003
Situation : En remplacement de la fiche technique du MAAO intitulée Lutte contre les thrips sur les légumes de serre, commande no 94-024
Rédacteur : Graeme Murphy, spécialiste de la LI dans les cultures florales de serre/MAAO; Gillian Ferguson, spécialiste de la LI dans les cultures légumières de serre/MAAO; Les Shipp, entomologiste spécialiste de la serriculture/Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Table des matières

  1. Introduction
  2. Stratégies de lutte

Introduction

Les thrips sont de redoutables ravageurs des cultures de serre en Ontario. Il en existe plusieurs espèces dont les plus répandues sont le thrips des petits fruits (Frankliniella occidentalis), le thrips des fleurs (Frankliniella tritici), le thrips de l'oignon (Thrips tabaci) et l’Echinothrips. Toutefois, l’espèce la plus présente dans les serres et la plus difficile à combattre est le thrips des petits fruits. Pour une description détaillée de ce prédateur, on peut consulter la fiche technique du MAAO intitulée Biologie des thrips : Ennemis des cultures de serre, commande no 03-078.

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Stratégies de lutte

Surveillance
La réussite de tout programme de lutte contre le thrips des petits fruits repose sur une surveillance continue des densités de populations. Dans les cultures de légumes de serre, la surveillance doit débuter dès la production des plantules et se poursuivre au-delà du repiquage. Dans les cultures de fleurs de serre, les thrips peuvent être présents toute l’année à des niveaux dommageables, quoique, généralement, les populations soient moins fortes pendant l’hiver. On peut surveiller la densité des populations de thrips adultes à l’aide de plaquettes collantes, de couleur bleue ou jaune (figure 1) qui s’achètent dans le commerce. Les plaquettes bleues attirent surtout les thrips des petits fruits, tandis que les plaquettes jaunes attirent surtout d’autres insectes comme les aleurodes et les pucerons. Le choix de la plaquette dépend du nombre d’espèces différentes de ravageurs à surveiller, de la sensibilité de la culture aux thrips et/ou aux tospovirus, et de la nécessité de détecter les thrips dès le début de l’infestation. Pour mettre en œuvre un programme de surveillance, il faut utiliser une plaquette par 100–200 m2 de serre. Le nombre exact de plaquettes variera selon la configuration de la serre. À surface égale, une grande serre non cloisonnée exige une densité totale de plaquettes moins élevée qu’une serre subdivisée en petites sections.

Plaquette collante bleue

Figure 1A. Plaquette collante bleue.

Plaquette collante jaune

Figure 1B. Plaquette collante jaune.

Divisez mentalement la serre en carrés égaux et placez une plaquette au milieu de chacun. Inspectez les plaquettes chaque semaine et notez le nombre moyen de thrips qui sont capturés par plaquette par semaine. Sachez cependant que ce comptage ne donne pas une mesure absolue de la population — il permet de suivre la dynamique de la population, ses augmentations et diminutions, tout au long de l’année. Quand vous commencez à percevoir la relation entre les comptages et la densité de la population présente dans la culture, vous pourrez vous aider de ces données de surveillance pour décider des mesures de lutte à prendre. Des programmes d’échantillonnage ont été mis au point pour déterminer, à des niveaux de précision fixes, les populations de thrips des petits fruits adultes dans les cultures de concombre et de poivron en serre. Le nombre des échantillons à prendre varie en fonction du niveau de population du ravageur. Ces programmes d’échantillonnage permettent de prédire avec exactitude la densité du ravageur avec des niveaux de précision (marges d’erreur) fixes. Avant de mettre en œuvre votre programme de surveillance, adressez-vous à un spécialiste de la lutte antiparasitaire dans les serres du MAAO ou à votre conseiller en lutte intégrée (LI) pour obtenir des renseignements plus détaillés.

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Méthodes de lutte culturale

La propreté générale de la serre est le préalable le plus important de tout programme de lutte antiparasitaire efficace. Des mesures d’hygiène rigoureuses permettent de réduire, voire d'éliminer, les infestations de thrips. Par exemple, dans les cultures de roses à couper, la suppression de tous les boutons floraux (y compris les fleurs invendables) peut réduire sensiblement les populations de thrips dans cette culture. La fiche technique du MAAO intitulée Mesures d'hygiène recommandées pour combattre les insectes et les acariens chez les légumes de serre, commande no 94-030, fournit de plus amples renseignements sur la mise en œuvre d’un programme d’hygiène efficace dans les légumes de serre. Font également partie de la lutte culturale toutes les mesures qui préservent la santé de la culture et qui maintiennent une ambiance optimale pour la culture (par exemple, une humidité relative de 80 %), mais peu favorable à la reproduction rapide des thrips.

Méthodes de lutte physique

En installant des moustiquaires ou des filets sur les ouvertures de la serre, le producteur barre le passage aux insectes nuisibles venant de l’extérieur, dont les thrips, et élimine ainsi une variable majeure de son programme de lutte antiparasitaire. Dans une serre non protégée contre l’arrivée d’insectes de l’extérieur, le programme de LI peut être rapidement dépassé et le producteur devient incapable de planifier ses mesures de lutte. Pour plus d’information sur la protection de la serre contre l’entrée des insectes, consultez la fiche technique du MAAO intitulée, Pose de moustiquaires pour exclure les insectes des serres, commande no 00-022.

Méthodes de lutte biologique
La lutte biologique est d’un usage plus courant et d’une efficacité plus grande dans les cultures de légumes en serre que dans les cultures de fleurs de serre. Néanmoins, les floriculteurs sont de plus en plus nombreux à appliquer également cette stratégie avec réussite. Les acariens prédateurs (Neoseiulus (=Amblyseius) cucumeris, Iphesius (=Amblyseius) degenerans et Hypoaspis spp.) et les punaises anthocorides (Orius insidiosus) sont des auxiliaires efficaces dans la lutte contre les thrips. N.  cucumeris est l’acarien prédateur le plus universellement utilisé (figure 2). Il agit contre les thrips des petits fruits en dévorant les larves à leur premier stade de développement. On doit donc attendre un certain nombre de semaines avant de voir les effets de sa prédation sur la population de thrips dans la serre et on ne peut pas espérer une élimination totale du ravageur. N. cucumeris met environ 10 jours pour accomplir son cycle biologique à la température de 20 oC et environ 6 jours à 25 oC.

Adulte et œuf de Neoseiulus cucumeris

Figure 2. Adulte et œuf de Neoseiulus cucumeris.

Il faut introduire les acariens prédateurs dans la serre dès qu'on y décèle des thrips. L’application de bonnes mesures d’hygiène au début et à la fin de chaque cycle de culture est d’une importance décisive, car elle contribue à retarder le développement d’une infestation jusqu’au moment où les auxiliaires biologiques sont aptes à la contrer. Les introductions de N. cucumeris dans la serre doivent se faire à intervalles réguliers à l’aide d’un mélange de son et d’acariens que l’on saupoudre directement sur les plantes ou le substrat de culture, ou que l’on suspend au-dessus des plantes dans des sachets (figure 3). La méthode des sachets, sortes de mini-élevages d’acariens, permet une libération continue des prédateurs qui vont ensuite s’éparpiller dans la culture. Les sachets d’élevage doivent être renouvelés chaque mois. La fréquence à laquelle il faut apporter des acariens dans la serre dépend de la culture et du niveau d'infestation par les thrips (consultez un spécialiste de la lutte antiparasitaire dans les serres du MAAO ou votre conseiller en LI). L’infestation devrait être circonscrite au bout de cinq à neuf semaines. L’utilisation du prédateur N. cucumeris oblige à prendre deux précautions importantes : maintenir l'humidité relative de la serre à 70 %; ne pas employer de pesticides persistants comme les carbamates ou les pyréthroïdes de synthèse pendant les mois qui précèdent son introduction.

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Saupoudrage d’acariens prédateurs directement sur la plante

Figure 3A. Saupoudrage d’acariens prédateurs directement sur la plante.

Introduction d’acariens prédateurs à l’aide de sachets d’élevage

Figure 3B. Introduction d’acariens prédateurs à l’aide de sachets d’élevage.

Les acariens prédateurs sont saupoudrés sur le substrat de culture d’où ils gagneront le feuillage des jeunes plants

Figure 3C. Les acariens prédateurs sont saupoudrés sur le substrat de culture d’où ils gagneront le feuillage des jeunes plants.

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La punaise anthocoride Orius diminue efficacement les populations de thrips (figure 4). Contrairement à N. cucumeris, cette punaise dévore les thrips à tous leurs stades de développement. On la découvre souvent au cœur des boutons floraux, car le pollen est sa nourriture de rechange. Orius ne semble pas aussi efficace dans les cultures florales que dans les cultures de légumes. Elle met 31 jours pour passer du stade de l’œuf au stade adulte à la température de 20 oC, et 19 jours à 25 oC. Elle entre en diapause reproductive quand la durée d’éclairement tombe à moins de 12 heures par jour. De ce fait, c’est un agent de lutte qui n’est efficace que de mars à septembre. On conseille d’introduire Orius dans les cultures de concombres et de poivrons à raison de 0,5–1 sujet par plant quand la population de thrips est faible. En général, un ou deux lâchers suffisent pour décimer les thrips au bout de 3–5 semaines approximativement. On introduit les adultes d’Orius en plusieurs endroits de la serre et on les laisse s’éparpiller naturellement de leurs propres ailes. L’échantillonnage des fleurs est la meilleure méthode pour contrôler la présence d’Orius. À raison de 2,5 sujets par plant de concombre, Orius est capable d’enrayer efficacement une pullulation (5–9 thrips par fleur) en 3–6 semaines. Iphesius degenerans (figure 5) diffère de N. cucumeris par son aspect et son aptitude à tolérer des ambiances moins humides. Cet insecte de couleur sombre, très agile, se reproduit rapidement sur le pollen. Son action prédatrice est donc maximale dans les cultures qui ont une source de pollen, par exemple, dans les poivrons de serre, et il n’est certainement pas la meilleure option pour les cultures floricoles. On peut faire l’élevage d’I.  degenerans dans la serre sur des plants de ricin (gros producteurs de pollen) à partir desquels il se répandra continuellement dans la serre.

Adulte d’Orius dévorant un thrips des petits fruits

Figure 4. Adulte d’Orius dévorant un thrips des petits fruits.

Iphesius degenerans

Figure 5. Iphesius degenerans.

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Hypoaspis est un acarien prédateur terricole qui se nourrit de toutes sortes d’organismes qu’il trouve dans la terre, dont les pupes de thrips (figure 6). Il s’applique en une seule fois sur le substrat de culture (p. ex. laine de roche, mélanges à base de tourbe) au moment de la mise en culture. Il est difficile de déterminer l’effet exact de l’acarien Hypoaspis sur les populations de thrips; il vaut mieux l’utiliser avec d’autres auxiliaires biologiques, car son efficacité à lutter contre les thrips semble insuffisante.

Acarien prédateur Hypoaspis

Figure 6. Acarien prédateur Hypoaspis.

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Lutte chimique
La lutte contre le thrips des petits fruits par des moyens chimiques peut être difficile, car ce ravageur est résistant à la plupart des pesticides. En outre, ses larves se tiennent au fond des boutons floraux ou sur les très jeunes feuilles pour s’y nourrir. À cause de ces caractéristiques, le thrips des petits fruits est une cible difficile à atteindre par les insecticides. Les pulvérisations doivent couvrir de façon homogène toutes les parties des plantes. Les recommandations générales concernant l’emploi des pesticides dans la lutte contre les thrips sont les suivantes :
  • Quand le nombre de thrips piégés atteint le seuil d’intervention (nombre à partir duquel une pulvérisation s’impose pour stopper l’augmentation de la population et prévenir des dommages économiques), faire trois traitements consécutifs à 4–5 jours d’intervalle.

  • Alterner les groupes chimiques des pesticides utilisés et n’utiliser un groupe chimique que pendant la durée d’un cycle biologique des thrips. Cela veut dire qu’il faut changer de groupe chimique toutes les 2–3 semaines, cet intervalle variant selon l’époque de l’année. Le rythme de succession des générations de thrips ralentit durant les périodes froides.

  • Pulvériser les pesticides tôt le matin ou tard l’après-midi, moments où les thrips sont le plus actif et le plus susceptible d’entrer en contact avec le pesticide.
Pour de plus amples renseignements, consultez la publication 370F du MAAO, Recommandations pour la culture des fleurs et des plantes d’ornement, ou la publication 371F du MAAO, La culture des légumes en serre.

Nous remercions le Secrétariat d’État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca