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Lutte contre les aleurodes dans les cultures de serre

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 290/621
Date de publication : Septembre 2003
Commande no. 03-068
Dernière révision : Septembre 2003
Situation : INSERT
Rédacteur : Gillian Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée dans les légumes de serre/MAAO; Graeme Murphy - spécialiste de la lutte intégrée en floriculture de serre/MAAO; et Les Shipp - entomologiste de serre/Agriculture et Agroalimentaire Canada

Table of Contents

  1. Introduction
  2. Méthodes De Lutte
  3. Lutte Biologique
  4. Lutte Physique
  5. Lutte Chimique

Introduction

L'aleurode est un ennemi important des cultures de serre, dont les tomates, les concombres et de nombreuses plantes ornementales comme le poinsettia, le gerbera et plusieurs cultures printanières. Pour une description de l'aleurode, voir la fiche technique n° 03-066 du MAAO, Biologie de l'aleurode : Ennemi des cultures de serre. Bon nombre de mauvaises herbes sont également attaquées par l'aleurode et deviennent souvent une source d'infestation. L'aleurode cause des dommages aux cultures car elle atténue leur vigueur, favorise la croissance de fumagine sur les feuilles et les fruits, contribue à transmettre des maladies virales et réduit la qualité des cultures en raison de sa présence visible.

Méthodes De Lutte

Recommandations générales
  • Mettre sur pied un programme de dépistage prévoyant l'utilisation de plaquettes jaunes encollées ainsi qu'une inspection périodique des plantes. Les plantes hôtes qui attirent davantage les aleurodes que la culture principale représentent un outil efficace de dépistage précoce et peuvent même servir de culture-appât. L'aubergine et la tomate en sont de bons exemples. Étiqueter les plants infestés afin qu'ils puissent servir d'indicateurs pour évaluer l'efficacité des méthodes de lutte.
  • Identifier l'espèce d'aleurode en cause.
  • Intervenir rapidement dès qu'on observe des aleurodes adultes sur les plaquettes ou sur les feuilles supérieures.
  • Désherber.
  • Mettre en quarantaine les nouveaux semis, les jeunes plants repiqués ou les boutures jusqu'à ce qu'on soit certain qu'ils sont exempts de virus.

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Lutte Biologique

On trouve actuellement sur le marché quatre agents de lutte biologique contre les aleurodes : deux guêpes parasites, Encarsia formosa et Eretmocerus eremicus, une petite coccinelle noire, Delphastus pusillus, et un insecte prédateur, Dicyphus hesperus. Encarsia formosa est plus efficace contre l'aleurode des serres, mais elle permet de lutter dans une certaine mesure contre l'aleurode du poinsettia. Eretmocerus eremicus est efficace contre les deux espèces et donne de meilleurs résultats par temps plus chaud. L'efficacité de la lutte biologique contre les aleurodes est étroitement liée à la qualité de l'assainissement de la serre et du désherbage. Il est recommandé de commencer à introduire les agents de lutte biologique lorsque les populations d'aleurodes sont faibles.
Encarsia formosa

L'adulte d'Encarsia formosa mesure environ 0,6 mm de long; sa cage thoracique est noire et son abdomen jaune (figure 1a). Cette guêpe s'attaque aux aleurodes principalement en pondant ses œufs dans les formes immatures ou larves de ces dernières (surtout aux troisième et quatrième stades larvaires). L'adulte de l'espèce Encarsia peut vivre de quelques jours à un mois selon la température; les femelles pondent de 50 à 350 œufs au cours de leur vie. Une aleurode immature vire au noir de 10 à 14 jours après avoir été parasitée (figure 1b). Il s'écoule en moyenne deux autres semaines avant que la guêpe adulte n'apparaisse. Lorsque celle-ci atteint la maturité, elle pratique une ouverture dans la partie supérieure de la larve noire de l'aleurode avant de sortir. Le parasitisme d'Encarsia n'est pas aussi efficace contre l'aleurode du poinsettia que contre l'aleurode des serres. Dans le cas de l'aleurode du poinsettia, il est plus difficile de dire si la larve est parasitée, car elle devient, non pas noire, mais plutôt havane ou brune (figure 1c). La lutte biologique contre l'aleurode du poinsettia avec Encarsia demande des taux d'introduction plus élevés du parasite.

Figure 1A. Encarsia formosa sous sa forme adulte.

Figure 1A. Encarsia formosa sous sa forme adulte.

Figure 1B. Nymphe d’aleurode des serres parasitée par Encarsia formosa.

Figure 1B. Nymphe d'aleurode des serres parasitée par Encarsia formosa.

Figure 1C. Nymphe d’aleurode du poinsettia parasitée par Encarsia formosa.

Figure 1C. Nymphe d'aleurode du poinsettia parasitée par Encarsia formosa.

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Voici des moyens d'améliorer l'efficacité d'Encarsia :

  • Pendant au moins les trois mois qui précèdent les lâchers initiaux, éviter d'utiliser des pesticides à grande rémanence (pour plus d'information concernant les effets des pesticides sur les agents de lutte biologique, consulter la publication 370F du MAAO, Recommandations pour la culture des fleurs et des plantes d'ornement en serre, ou la publication 371F du MAAO, La culture des légumes en serre, ou communiquer avec un fournisseur d'agents de lutte biologique).
  • Vérifier la présence d'aleurodes à toutes les étapes de la production et suivre l'évolution des populations. Cette précaution permet de mieux planifier le moment et l'endroit où introduire les parasitoïdes.
  • Introduire Encarsia au premier signe révélant la présence des aleurodes, ou même avant qu'elles soient dépistées. Si les aleurodes sont présentes avant l'introduction d'Encarsia, il peut être nécessaire de réduire les populations avec un pesticide de faible rémanence.

  • Éviter d'avoir recours à Encarsia entre les mois de décembre et de février à moins de régler l'éclairage et la température de manière à tenir compte des besoins du parasitoïde.
  • Répartir les sujets d'Encarsia dans les parties ombragées des plantes afin de les protéger de la lumière directe du soleil.
  • Répartir les plaquettes de manière assez uniforme, en en plaçant toutefois davantage aux endroits où l'on a observé des aleurodes. Se procurer des plaquettes ayant moins de larves parasitées par plaquette de manière à obtenir une meilleure répartition des parasites dans la serre.
  • Au moment de la taille ou de l'élagage, éviter d'enlever les feuilles où logent des larves immatures parasitées. L'élimination de ces feuilles ralentit la prolifération d'Encarsia et abaisse le taux de parasitisme.
  • Poursuivre l'introduction d'Encarsia jusqu'à ce qu'au moins 80 % des nymphes sur les feuilles plus vieilles soient noires. Pendant les mois plus chauds lorsque les aleurodes envahissent les serres, les lâchers de parasites devront probablement être poursuivis et même augmentés.
Eretmocerus eremicus

L'adulte d'Eretmocerus eremicus a une forme et une taille similaires à celles d'Encarsia mais il est entièrement jaune (figure 2). Bien que la guêpe de cette espèce puisse parasiter les quatre stades larvaires de l'aleurode, elle a une prédilection pour les deuxième et troisième stades. Les adultes vivent 1-2 semaines et pondent une centaine d'œufs au cours de leur vie. La plupart de ces œufs sont pondus au cours des 6 premiers jours après la sortie de la coque de nymphose. Puisque cette guêpe se développe à des températures plus élevées qu'Encarsia, il est préférable de la relâcher plus tard dans l'année, aux environs du mois de mars. Les aleurodes parasitées sont d'une teinte légèrement différente, mais cette différence est à peine perceptible (figures 2b et 2c). Les moyens d'améliorer l'efficacité de ce parasite sont semblables à ceux qui ont été énumérés pour Encarsia. Eretmocerus est très attirée par les plaquettes et les rubans jaunes encollés. Il peut devenir nécessaire de réduire l'utilisation de ces outils lorsqu'on tente d'établir une population d'Eretmocerus.

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Figure 2A. Adulte d’Eretmocerus eremicus.

Figure 2A. Adulte d'Eretmocerus eremicus.

Figure 2B. Nymphe de l’aleurode des serres parasitée par Eretmocerus eremicus.

Figure 2B. Nymphe de l'aleurode des serres parasitée par Eretmocerus eremicus.

Figure 2C. Nymphe de l’aleurode du poinsettia parasitée par Eretmocerus eremicus

Figure 2C. Nymphe de l'aleurode du poinsettia parasitée par Eretmocerus eremicus.

Delphastus pusillus

Les formes adulte (figure 3a) et larvaire (figure 3b) de Delphastus pusillus se nourrissent d'aleurodes, particulière- ment d'œufs et de nymphes, en évitant apparemment les larves parasitées. Ce comportement rend son utilisation compatible avec l'utilisation des guêpes parasitoïdes. On recommande d'utiliser ces coccinelles pour compléter l'activité d'Encarsia. L'adulte de Delphastus vit 6-9 semaines et doit apparemment consommer au moins 10 œufs d'aleurodes par jour pour réussir à se reproduire.

Figure 3A. Adulte de Delphastus pusillus se nourrissant d’une larve d’aleurode.

Figure 3A. Adulte de Delphastus pusillus se nourrissant d'une larve d'aleurode.

Figure 3B. Larve de Delphastus pusillus.

Figure 3B. Larve de Delphastus pusillus.

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Dicyphus hesperus

Dicyphus hesperus (figures 4a et 4b) est un insecte prédateur doté de pièces buccales de type piqueur-suceur. Cet insecte se nourrit d'un peu de tout, mais il semble préférer les aleurodes, particulièrement les œufs et les formes larvaires. Il se nourrit aussi, dans une moindre mesure, de pucerons, de tétranyques, de thrips, de larves de mineuses des feuilles et d'œufs de noctuelles. En l'absence de proies, une population élevée de Dicyphus peut causer des dommages aux tomates. Dans la lutte contre les aleurodes, il est préférable d'utiliser Dicyphus conjointement avec les guêpes parasitoïdes Encarsia formosa et Eretmocerus eremicus. L'utilisation d'une plante banque comme la molène (Verbascum thapsus) (figure 4c) peut faciliter l'établissement de ce prédateur lorsque les populations d'aleurodes sont faibles.

Figure 4A. Dicyphus Hesperus adulte.

Figure 4A. Dicyphus Hesperus adulte.

Figure 4B. Adulte vert pâle de Dicyphus hesperus peu après son apparition.

Figure 4B. Adulte vert pâle de Dicyphus hesperus peu après son apparition.

Figure 4C. Plant de molène utilisé comme plante banque dans une culture de tomate.

Figure 4C. Plant de molène utilisé comme plante banque dans une culture de tomate.

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Lutte physique

  • Pièges encollés : des pièges jaunes encollés de formes variées peuvent être utilisés pour capturer un grand nombre d'aleurodes adultes. De larges plaques jaunes ou des rubans jaunes encollés de 30 cm sont utilisés dans les secteurs critiques à une densité d'environ un par plant. On peut aussi utiliser des longueurs de ruban jaune encollé que l'on relie aux piquets dans les allées (figure 5). Ces rubans servent aussi à capturer les thrips, les mouches des terreaux (mycétophiles et sciarides), les éphydridés et les guêpes parasitoïdes (surtout lorsque les populations d'aleurodes sont faibles).
  • Figure 5. Utilisation de rubans jaunes encollés pour le piégeage en masse.

Figure 5. Utilisation de rubans jaunes encollés pour le piégeage en masse.

  • Capture par aspiration : l'aspiration manuelle des adultes dans les zones fortement infestées est très efficace pour éliminer rapidement les aleurodes adultes (figure 6).

Figure 6A. Aspiration manuelle des aleurodes adultes dans une culture de tomate.

Figure 6A. Aspiration manuelle des aleurodes adultes dans une culture de tomate.

Figure 6B. Aspiration manuelle des aleurodes adultes dans des plants de gerbera.

Figure 6B. Aspiration manuelle des aleurodes adultes dans des plants de gerbera.
  • Barrières contre les insectes : la mise en place de fines moustiquaires sur les ouvertures et les portes réduit considérablement l'entrée des insectes dans les serres. À certaines périodes de l'année (pendant les récoltes par exemple), lorsque les aleurodes arrivent en grand nombre des champs voisins (comme les champs de tomates), les moustiquaires devraient être le premier moyen de lutte. Voir la fiche no 00-022 du MAAO, Pose de moustiquaires pour exclure les insectes des serres.

Lutte chimique

Les aleurodes peuvent développer une résistance à de nombreux pesticides. Une utilisation judicieuse de ces produits permettra d'y avoir recours plus longtemps et de retarder l'apparition de résistance. Les pesticides doivent être utilisés de manière rationnelle et réfléchie, parallèlement à un programme de dépistage prévoyant des seuils d'intervention, une utilisation en alternance des différents groupes de pesticides et une utilisation combinée de toutes les méthodes de lutte offertes.

Pour des recommandations précises concernant la lutte chimique, se référer à la publication 370F du MAAO, Recommandations pour la culture des fleurs et des plantes d'ornement en serre, ou la publication 371F du MAAO, La culture des légumes en serre.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca