La laitue scariole


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 642
Date de publication : juillet 2003
Commande no. 03-042
Dernière révision : juillet 2003
Situation : nouveau
Rédacteur : Susan Weaver et Michael Downs - Agriculture et Agroalimentaire Canada

Table des matières

  1. Description et cycle de végétation
  2. Répercussions économiques
  3. Mesures de lutte

Description et cycle de végétation

La laitue scariole, ou laitue vireuse, est une annuelle d’automne que l’on retrouve souvent dans les cultures en semis direct de soya et de blé d’automne, ou en bordure des champs. Elle est aussi parfois appelée « laitue sauvage » à cause de sa parenté étroite avec la laitue cultivée, les deux espèces étant d’ailleurs inter-fertiles. L’appellation commune de la plante en français, « laitue scariole », vient de son nom scientifique Lactuca serriola ou Lactuca scariola. En anglais, on l’appelle « prickly lettuce » ou encore « compass plant », car les feuilles de la tige principale sont disposées à la verticale, perpendiculairement à la lumière du soleil, et ont tendance à pointer vers le nord et le sud (figure 1).

Élongation de la tige et début de détérioration de la rosette au printemps

Figure 1. Élongation de la tige et début de détérioration de la rosette au printemps.

La laitue scariole forme une rosette de feuilles après la levée, qui survient généralement à l’automne, et produit une longue racine pivotante. Le jeune plant passe l’hiver sous forme de rosette et produit une ou plusieurs tiges florales au début de l’été. Chacune de ces tiges porte de nombreuses petites fleurs jaunes réunies en capitules (8–12 mm de diamètre) en juillet et en août (figure 2). Les graines, d’un brun grisâtre et de petite taille (4–5 mm de long), sont surmontées d’une aigrette et sont dispersées par le vent. Un liquide laiteux suinte des feuilles, des racines et des tiges lorsque ces dernières sont endommagées.

Les capitules floraux de la laitue scariole, disposés le long des tiges et des rameaux, sont plus petits que ceux du laitero

Figure 2. Les capitules floraux de la laitue scariole, disposés le long des tiges et des rameaux, sont plus petits que ceux du laiteron.

La laitue scariole peut être confondue avec le pissenlit, au stade de rosette, et avec le laiteron, à tous les stades de croissance. Toutes ces espèces appartiennent à la même famille que le tournesol, sécrètent du latex, donnent des fleurs jaunes et produisent de nombreuses graines qui sont disséminées par le vent. La laitue scariole se distingue notamment par la présence sous la feuille, d’une rangée de poils épineux sur la nervure médiane (figure 3). On ne retrouve pas toujours ces poils sur les petites feuilles situées au sommet des tiges ni sur les feuilles des tiges qui repoussent après une coupe.

Rangée de poils épineux sur la nervure médiane sous une feuille de laitue scariole.

Figure 3. Rangée de poils épineux sur la nervure médiane sous une feuille de laitue scariole. Le laiteron a des dents épineuses sur le pourtour des feuilles mais pas sur la nervure médiane.

La laitue scariole est originaire de la région méditerranéenne. Introduite en Ontario vers la fin du XIX e siècle, elle s’est, depuis, propagée par graines le long des routes, des voies ferrées et des cours d’eau, si bien qu’on la retrouve maintenant dans presque tout le sud du Canada. Cette plante avait l’habitude de s’établir surtout le long des routes et dans les terrains incultes jusqu’à ce que l’utilisation grandissante des techniques de travail réduit du sol lui offre la possibilité d’envahir les cultures. L’absence de travail du sol à l’automne ou au printemps permet en effet à cette mauvaise herbe de compléter son cycle végétatif sans être dérangée. Les graines, disséminées par le vent, se logent dans le chaume et les résidus de culture dans les champs soumis au semis direct.

La plupart des plants lèvent en automne, à partir de la fin septembre et même jusqu’en novembre dans les régions plus douces de l’Ontario. Les automnes longs et doux favorisent la levée et l’établissement des rosettes. Ils sont donc souvent suivis d’infestations importantes l’année suivante. Une partie des plants (moins de 25 % de la population) lèvent au printemps, avant que ne soient ensemencées la plupart des cultures. Les plants qui lèvent au printemps ont un stade de rosette qui dure moins longtemps avant la floraison et sont souvent plus petits que ceux qui lèvent à l’automne. Tous les plants meurent après la floraison.

La production de graines est proportionnelle à la hauteur de la plante. Une plante de 0,5 m produit environ 35 capitules floraux, alors qu’une plante de 1,5 m peut en produire jusqu’à 2300. Chaque capitule floral contient en moyenne 20 graines, ce qui donne une production estimative de 700 à 46 000 graines par plant, respectivement. La plupart des graines sont viables et prêtes à germer immédiatement après la dissémination. La laitue scariole ne produit qu’une réserve à court terme de graines, ces dernières ne pouvant survivre que de 1 à 3 ans dans le sol.

Répercussions économiques

La laitue scariole est résistante à la sécheresse. Les saisons sèches, le soya souffre de la forte concurrence qu’elle exerce pour l’eau, ce qui se traduit par des baisses de rendement. Dans le blé d’automne, la présence de cette mauvaise herbe peut réduire la valeur marchande de la culture et nuire à la récolte. Si la laitue scariole est en fleur au moment de la récolte, il peut être difficile d’éliminer les boutons floraux du grain, ce qui réduit le prix de vente. Le latex blanc et collant contenu dans les tiges peut bloquer le matériel de récolte et augmenter la teneur en eau du grain. Le latex est moins problématique au moment de la récolte du soya, puisque les plants ont vieilli et que les tiges ont séché.

Le bétail se nourrissant exclusivement de laitue scariole jeune et fraîche développerait de l’emphysème pulmonaire; les plants à maturité et les plants jeunes mais secs ne semblent toutefois pas toxiques. Le Manitoba est la seule province canadienne où la laitue scariole a été classée comme mauvaise herbe nuisible.

Mesures de lutte

On peut facilement maîtriser les jeunes pousses et les rosettes de laitue scariole par le travail du sol, de telle sorte qu’on ne retrouve habituellement pas cette mauvaise herbe dans les champs travaillés. La tonte est inefficace contre les rosettes, car les feuilles sont trop près de la surface du sol. Les plants qui sont tondus après l’élongation des tiges produisent facilement de nouvelles tiges, de nouveaux rameaux et de nouvelles fleurs.

On peut maîtriser les rosettes de laitue scariole l’automne ou le printemps à l’aide d’herbicides non sélectifs renfermant du glyphosate, du glufosinate-ammonium ou du paraquat; les taux d’application doivent être supérieurs pour des rosettes de plus grande taille. Les herbicides sont moins efficaces lorsque les tiges florales ont commencé à s’allonger. L’application en prélevée de produits à base d’atrazine, de métribuzine, de napropamide, de chlorsulfuron, d’isoxabène, d’oxyfluorfène, d’oxadiazon ou de terbacile permet généralement de maîtriser les plantules en germination. L’application en postlevée de 2,4-D, de MCPA, de dicamba, de clopyralide, de bromoxynil avec de l’atrazine, de métribuzine, de linuron avec de l’huile, ou de thifensulfuron-méthyl/tribenuron-méthyl sur les rosettes assure la maîtrise de la laitue scariole dans un certain nombre de cultures. L’application en postlevée dans le soya de produits renfermant du cloransulam-méthyl ou du chlorimuron-éthyl maîtrise temporairement cette adventice sans l’éliminer complètement. Consulter la plus récente édition de la publication 75F du MAAO, Guide de lutte contre les mauvaises herbes pour connaître les noms commerciaux, les homologations et les taux d’application relatifs à ces produits.

La laitue scariole est devenue résistante aux herbicides du groupe II dans le nord-ouest des États-Unis et en Australie. Bien qu’aucun cas de résistance aux herbicides n’ait été signalé pour cette espèce au Canada, il est recommandé d’utiliser en alternance différents groupes d’herbicides afin de prévenir l’émergence et la prolifération de plantes résistantes.

Nous remercions le Secrétariat d’État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.


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