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La
Pourriture Fusarienne De La Tige Et Des Fruits Chez Le Poivron De Serre
Table des matières
- Symptômes
- Figures
- Cycle Évolutif De La Maladie Et Conditions
De Milieu
- Méthodes De Lutte
- Méthodes
Culturales
- Prévention
- Hygiène
- Réglage Des Paramètres D'ambiance
- Mesures de lutte biologique
- Remerciements
Au Canada, la pourriture fusarienne de la tige et des
fruits a été signalée en 1991 chez le poivron cultivé
dans des serres commerciales en Ontario et en Colombie-Britannique.
Elle a provoqué des pertes de plants et de rendement en fruits
de 5 % environ. L'organisme pathogène, Fusarium solani,
peut s'attaquer à un large éventail de plantes, y compris
les légumes de serre. De nombreuses races physiologiques, adaptées
à des hôtes spécifiques, ont été reconnues.
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Symptômes
On voit apparaître des chancres mous, brun foncé
ou noirs, sur la tige, en général au niveau des noeuds
ou des plaies (figure 1). Ces chancres peuvent faire le tour
de la tige dans les derniers stades de la maladie. Une tache brun foncé
colore l'intérieur de la tige et peut s'étendre sur une
longueur considérable (figure 2). Pour finir, on voit
apparaître, sur les lésions, des structures de couleur
cannelle ou orange pâle, minuscules (< 1 mm de diamètre),
en forme d'ampoule, que l'on appelle les périthèces et
qui sont les fructifications du champignon pathogène (figure
3). À la surface des chancres de la tige, dans les derniers
stades de la maladie, on peut aussi observer la présence de mycélium,
une masse cotonneuse blanche, qui représente le stade imparfait
du champignon (figure 4). Les chancres de la tige entravent le
passage de l'eau vers le haut de la plante, qui, mal irriguée,
finit par flétrir (figure 5) et mourir. Sur les fruits,
on peut voir aussi apparaître, d'abord autour du calice, des taches
aqueuses noires (figure 6). Les taches grossissent, se rejoignent
et recouvrent les flancs des fruits. Le mycélium se développe
abondamment lorsque l'ambiance de la serre est très humide et
en particulier quand la température dépasse 25 °
C. Des marbrures similaires à celles de la carence en magnésium
peuvent apparaître sur les feuilles des plantes atteintes. Les
premiers symptômes de la maladie sur la tige ressemblent beaucoup
aux symptômes déterminés par Erwinia carotovora
carotovora qui est responsable du chancre bactérien de
la tige et du pédoncule chez le poivron (figures 7 et 8).
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Figures
Figure 1. Chancres noirs dus à Fusarium solani,
sur tige de plant de poivron.

Figure 2. Coloration brun foncé des tissus externes et internes
des tiges de plants de poivron provoquée par l'infection à
Fusarium solani.
Figure 3. Sur tige de plant de poivron, organes de fructification de
couleur orange pâle, les périthèces, qui représentent
le stade sexué de Fusarium solani.
Figure 4. À noter la présence simultanée du stade
parfait comportant les périthèces et du stade imparfait,
avec la masse cotonneuse du mycélium fongique sur la tige du
plant.

Figure 5. Plant de poivron présentant les symptômes du
flétrissement dû à Fusarium solani.

Figure 6. Lésions noires entourant le calice du poivron.
Figure 7. Les symptômes internes et externes causés sur
la tige par Erwinia carotovora carotovora, une bactérie
pathogène pour le poivron de serre, ressemblent aux symptômes
provoqués par Fusarium solani.
Figure 8. Chancre noir de la tige dû à Erwinia carotovora
carotovora, sur plant de poivron de serre. À noter la
similitude avec les chancres dus à Fusarium solani sur
la figure 1.

Figure 9. Périthèce de couleur cannelle-orange représentant
le stade de fructification parfait de F. solani, avec les ascospores
contenus dans de nombreux asques en forme d'outres.
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Cycle Évolutif De La Maladie Et Conditions
De Milieu
Le cycle de développement du champignon comporte
deux stades que l'on rencontre simultanément sur les tissus du
collet et de la tige. Le stade parfait (Nectria haematococca)
est celui où se produit la recombinaison sexuée et où
les spores du champignon, les ascospores, se forment dans les périthèces
couleur cannelle (figure 9). Les périthèces sont
les fructifications en forme d'ampoule qui se développent sur
la tige durant les derniers stades de la maladie, lorsque l'ambiance
de la serre est très humide. La recherche menée en Colombie-Britannique
a permis de voir que, durant la nuit, les périthèces libèrent
les spores et les projettent sur une distance de 1 ou 2 m, et que ce
phénomène est le principal mode de dissémination
naturelle des spores à l'intérieur des serres en Colombie-Britannique.
La libération des spores la nuit est plus favorable au développement
de la maladie puisque c'est la nuit que se produisent les périodes
de forte humidité relative et même la rosée. Les
autres spores, les conidies, se forment en grands nombres selon un mode
asexué au cours du stade imparfait (Fusarium solani),
et ne sont pas projetées mais transmises passivement. Elles ne
jouent donc pas un rôle aussi important dans la propagation naturelle
de la maladie dans les serres en Colombie-Britannique. Les conidies
peuvent être dispersées par l'eau éclaboussée,
les couteaux de taille et autres outils, les vêtements ou les
mains des employés.
La germination des ascospores se produit durant
des périodes prolongées de forte humidité (supérieure
à 95 %). Les expériences menées en serre montrent
que durant les périodes où l'humidité relative
est égale ou supérieure à 90 % à l'intérieur
de la serre, elle est en fait encore plus élevée à
la surface de la feuille et par conséquent favorable à
la germination des ascospores de Nectria haematococca. Une élévation
rapide ou tardive (après le lever du soleil) de la température
dans la matinée peut provoquer la formation de rosée et
créer des conditions propices à la germination des ascospores,
parce que la température du point de rosée dépasse
celle des fruits et de la tige. En élevant lentement la température
(1 ° C par heure), très tôt le matin, on s'assure
que les fruits et les tiges atteignent les températures diurnes
voulues avant le lever du soleil. En outre, si la ventilation et le
drainage de la serre ne sont pas satisfaisants, il peut se créer
un climat « humide » que N. haematococca peut mettre
à profit pour la germination de ses ascospores. Quand des périthèces
sont présents sur les blocs de laine minérale ainsi que
sur les lésions des fruits, la production d'inoculum aérien
est encore plus forte, surtout quand l'ambiance de la serre est « humide »,
et provoque de nombreux points d'infection sur les fruits et les tiges.
D'autres facteurs tels que l'irrigation excessive des blocs de laine
minérale peuvent stresser les plantes en les privant d'oxygène
et augmenter l'incidence des lésions du collet. Par conséquent,
il est possible de réduire l'incidence de la maladie en surveillant
rigoureusement les conditions d'ambiance dans la serre, de façon
qu'il ne se produise pas des périodes prolongées d'humidité
relative élevée, et en réglant soigneusement le
débit de l'irrigation goutte à goutte, pour éviter
une humidité excessive dans les blocs de laine minérale,
même si le champignon s'y trouve déjà au début
de la saison.
Les ascospores à la surface des plantes
peuvent survivre plusieurs jours dans des conditions climatiques défavorables
jusqu'à ce qu'elles trouvent l'humidité libre ou une ambiance
nettement saturée qui favorisera l'infection. Par contre, les
spores ne survivent pas à une période de 3 à 6
semaines en l'absence d'une culture. Les journées très
chaudes où l'humidité relative fluctue ne sont pas propices
à la survie des ascospores.
Fusarium solani est extrêmement commun
dans les sols du Canada et envahit fréquemment les tissus végétaux
morts ou sénescents (c'est un champignon saprophyte). Il peut
produire certaines spores hivernantes, les chlamydospores, qui peuvent
rester viables pendant des années. Le champignon peut envahir
les tiges du poivron au niveau des noeuds ou du sol, à la faveur
des blessures de taille ou des lésions causées par l'excès
de sels. Les plantes herbacées à croissance rapide sont
les plus sensibles, et les fruits mûrissants sont plus sensibles
que les fruits verts. Les fruits qui ont une blessure, surtout autour
du calice, sont très sensibles à l'infection. La pourriture
peut continuer ses méfaits durant l'entreposage, mais elle épargne
en général les fruits en bonne santé qui ne sont
pas endommagés. Le champignon peut envahir les fruits tombés
ou avortés et les fleurs sénescentes.
Les producteurs de la Colombie-Britannique ont observé
l'apparition de fructifications du champignon sur les blocs de laine
minérale qui sont apportés dans la serre après
la multiplication et durant les premiers stades de développement
des plantes. Les blocs de laine minérale permettent au champignon
de survivre à des périodes où le climat de la serre
lui est défavorable durant la saison de culture. Quand les conditions
deviennent favorables à la libération des spores et à
l'infection des fruits, les fructifications présentes sur les
blocs de laine minérale peuvent libérer les ascospores.
Étant donné qu'ils sont constamment humides, les blocs
de laine minérale offrent des conditions idéales pour
la libération des spores, même si le climat de la serre
n'est pas vraiment favorable.
L'organisme pathogène peut aussi être
introduit accidentellement par le biais des outils et des machines transportant
des débris végétaux malades depuis les serres voisines.
Les employés peuvent colporter les spores sur leurs chaussures
et leurs vêtements quand ils passent d'une zone contaminée
à une zone sans symptômes, ou d'une serre à une
autre.
L'infection sans extériorisation de symptômes
(infection latente) peut toucher les tissus du collet et les symptômes
ne deviendront visibles que 2 ou 3 mois plus tard, à la fin de
la saison. Les symptômes se déclencheront chez les plantes
qui subissent un stress parce qu'elles sont surchargées de fruits,
que les conditions d'ambiance sont mauvaises, ou à cause de la
sénescence.
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Méthodes De Lutte
On peut lutter contre la pourriture fusarienne
chez le poivron de serre en associant dans un programme intégré
des méthodes culturales et biologiques, la prévention,
l'hygiène et la gestion de l'environnement.
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Méthodes Culturales
- Il faut veiller à ne pas laisser la partie supérieure
des blocs de laine minérale se dessécher, car il peut
en résulter une accumulation dommageable de sels d'engrais
évaporés au pied de la plante, et donc un terrain propice
à l'infection.
- Éviter que le goutte à goutte ne distribue la solution
fertilisante trop près du pied de la plante en le positionnant
suffisamment à l'écart.
- Éviter les fortes doses d'engrais qui contribuent aux dégâts
par le sel.
- Éviter de faire cohabiter des cultures de poivron d'âge
différent, car les spores de Nectria haematococca projetées
dans l'air par la culture mûre risquent de se déposer
sur les jeunes cultures.
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Prévention
- Avant d'apporter des blocs de laine minérale dans la serre,
il faut les inspecter soigneusement pour vérifier qu'il ne
s'y trouve pas du mycélium ou des fructifications du champignon
pathogène, pour ne pas introduire d'inoculum dans la serre.
Plus tôt la maladie est détectée, plus on augmente
les chances de l'éradiquer.
- Inspecter les plants de repiquage pour vérifier qu'ils ne
présentent pas de symptômes tels que le flétrissement
ou l'infection de la tige.
- Ne repiquer que des plants qui paraissent en bonne santé.
- Apporter les plants suspects à un spécialiste ou à
un laboratoire de diagnostic phytosanitaire, car les symptômes
avant-coureurs de l'infection de la tige ressemblent souvent à
ceux causés par Erwinia carotovora carotovora,
une maladie bactérienne du poivron.
- S'assurer que tous les employés de la serre savent reconnaître
les symptômes de la maladie et qu'ils ont reçu pour instruction
d'alerter un responsable de la serre dès les premiers signes.
- Nouer un ruban de couleur sur les plants malades pour les signaler
à l'attention des employés.
- Avertir les employés qu'ils peuvent disséminer les
spores s'ils touchent avec leurs mains ou leurs vêtements des
tiges infectées ou le substrat sur lequel des plantes malades
ont poussé.
- Travailler dans les zones de la serre infectées par la maladie
en dernier, après avoir travaillé dans les zones où
la maladie n'a pas été observée.
- Ne pas déplacer les chariots et les cageots des zones infectées
aux zones saines.
- Ne pas laisser de visiteurs entrer dans les zones atteintes.
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Hygiène
Substrats de culture-
- Éliminer les matelas, les sacs ou les cubes de substrat ou
tout autre matériau dans lequel se sont trouvées des
plantes infectées.
- Ne pas remettre en culture ces matériaux à moins de
les avoir stérilisés à la vapeur.
- Jeter les ficelles qui ont servi à tuteurer des plantes malades
parce qu'elles risquent d'héberger des spores.
- Si les poivrons ont été cultivés dans du terreau,
désinfecter les banquettes.
- Si des substrats artificiels ont été utilisés,
les rejeter loin de la serre ou les enfouir dans le sol.
Plants et débris de plants -
- L'application d'une bonne hygiène dans la serre et la propreté
des opérations de taille contribuent à contrecarrer
le développement de la maladie. Comme il passe par un stade
saprophyte, le champignon peut coloniser facilement les fruits, les
fleurs ou les feuilles qui sont morts et, ensuite, former des fructifications
qui émettront des spores sur ces tissus colonisés. Par
conséquent, dans une serre où l'on a dépisté
la maladie, il est très important de ne pas laisser des débris
de plants de poivron traîner dans les allées.
- Éviter de manutentionner les plants et les fruits malades.
- Les retirer de la serre avec précaution, en faisant attention
de ne pas laisser des parties malades de ces plants entrer en contact
avec les plants voisins, et les déposer dans un sac en plastique.
- Rejeter les matériaux contaminés loin des serres pour
éviter que l'inoculum du champignon ou les spores hivernantes
subséquentes ne soient réintroduits dans les serres
par les employés, le vent, les pneus et les insectes comme
les éphydridés et les moucherons du champigon. En plus
des plants malades, retirer environ 1 ou 2 plants sur chaque côté
et les jeter dans des sacs à ordures.
- Si l'on dépose les matières végétales
dehors sur un tas, le situer aussi loin que possible de la serre.
- Le tas de rebuts doit être recouvert pour empêcher les
insectes comme les éphydridés et les moucherons du champignon
de rapporter les spores du champignon dans les serres.
- On peut aussi incinérer les débris de plantes malades
ou les envoyer dans un dépotoir.
- On ne doit pas les déposer à la surface d'un champ
ni les enfouir dans le sol d'un champ cultivé, surtout si on
doit y cultiver plus tard d'autres plantes sensibles, car le champignon
a un large éventail d'hôtes et produit des spores hivernantes
qui demeurent viables pendant des années.
- Si la maladie atteint un niveau grave dans la serre, il vaut mieux
cueillir les fruits lorsqu'ils sont verts.
Désinfection générale -
- À la fin de la saison, la serre doit être nettoyée
à fond et désinfectée.
- On doit placer devant chaque entrée de la serre des pédiluves
remplis d'une solution désinfectante que l'on renouvelle régulièrement.
- Les outils qui ont servi à tailler et à manutentionner
des plantes infectées doivent être plongés dans
une solution désinfectante après chaque contact avec
des plants malades.
- Lorsqu'ils ont fini de travailler dans les zones infectées
de la serre, les employés, surtout ceux qui entrent en contact
avec des végétaux malades, doivent jeter à la
poubelle les gants et les bottes à usage unique, envoyer les
chaussures ou les bottes à la désinfection, et envoyer
leur combinaison de travail à la lessive et à la désinfection.
- Les conduites du réseau goutte à goutte qui ont alimenté
les plants malades et les piquets de soutien doivent être remplacés
ou nettoyés par trempage dans un désinfectant commercial
suivi d'un rinçage à l'eau.
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Réglage Des Paramètres
D'ambiance
- Éviter que se produisent des périodes d'humidité
relative élevée (> 90 %) qui favorisent la libération
des spores, surtout la nuit, en élevant la température
lentement, heure par heure, de sorte que les fruits et les tiges atteignent
les températures diurnes voulues avant le lever du soleil.
- Maintenir une bonne ventilation et un bon drainage pour éviter
une humidité relative élevée, laquelle favoriserait
la germination des ascospores.
- Régler le débit du goutte à goutte pour éviter
une humidité excessive des blocs de laine minérale et
réduire ainsi le risque de créer des conditions favorables
à la libération des ascospores par les fructifications
(périthèces) qui pourraient se trouver sur le substrat.
L'humidité ou la sécheresse excessive des blocs de laine
minérale favorise le développement de la pourriture
fusarienne de la tige pour les différentes raisons évoquées
plus haut.
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Mesures de lutte biologique
Consulter la pubication 371F du MAAO intitulée
La culture des légumes de serre, pour connaître les
mesures de lutte biologique.
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Remerciements
Nous tenons à remercier le Sécrétariat
d'État pour sa contribution financière à la réalisation
de la présente fiche technique.
Nous remercions également Gillian Ferguson,
du MAAO (Harrow), qui a assuré la relecture de la présente
fiche technique et fourni les deux diapositives qui l'illustrent.
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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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