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La résistance des mauvais herbes aux herbicides
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Qu'est-ce que la résistance aux herbicides?La résistance à un herbicide traduit la capacité qu'a un peuplement de mauvaises herbes de survivre à un traitement herbicide qui, sous des conditions d'utilisation normales, réussirait à le maîtriser efficacement. La résistance aux herbicides est un exemple d'évolution à un rythme accéléré et illustre le principe de la « loi du plus fort ». Un herbicide peut détruire toutes les mauvaises d'un peuplement d'une espèce en particulier, à l'exception de quelques spécimens ayant le potentiel génétique de survivre à l'herbicide. Les mauvaises herbes résistantes aux herbicides sont normalement très rares dans un peuplement. Le fait d'appliquer le même herbicide, dans le même champ, année après année, conduit à une sélection qui ne laisse que des plants résistants. Les mauvaises herbes résistantes montent à graines et dominent tôt ou tard le peuplement. Celui-ci n'est par la suite plus maîtrisé efficacement par l'herbicide responsable de la sélection.Les mauvaises herbes résistantes peuvent l'être à seulement un groupe d'herbicides, mais aussi à deux groupes et même davantage. Elles peuvent aussi être résistantes à une catégorie d'herbicides au sein d'un groupe ou à toutes les catégories d'herbicides au sein du même groupe. L'exemple qui suit illustre cette situation. Un peuplement d'une certaine espèce de mauvaises herbes résistant aux herbicides du groupe 2 (inhibiteurs de l'acétolactate synthase [ALS]) peut être résistant à un, à plusieurs ou à la totalité des herbicides qui inhibent l'ALS (voir le tableau 3); on parle dans ce cas de résistance croisée. On parle de multirésistance lorsque le peuplement de mauvaises herbes est résistant non seulement aux herbicides du groupe 2, mais aussi aux herbicides du groupe 5 (triazines). Pour maîtriser ce peuplement, il faudrait choisir des herbicides qui n'appartiennent ni au groupe 2, ni au groupe 5 (voir le tableau 3). Exemple En Ontario, on a identifié des amarantes qui sont résistantes à la fois aux triazines (herbicides du groupe 5, comme l'atrazine et la métribuzine) et aux inhibiteurs de l'ALS (herbicides du groupe 2, comme Pursuit, Classic et Pinnacle). En Australie, on compte jusqu'à 10 le nombre de groupes chimiques auxquels certains peuplements de ray-grass sont résistants. La multirésistance réduit considérablement les choix qui s'offrent aux agriculteurs pour combattre ces mauvaises herbes. Une multirésistance peut apparaître après une sélection
séquentielle. La sétaire verte au Manitoba est un bon
exemple de sélection séquentielle. Au départ, cette
mauvaise herbe a développé une résistance au Treflan.
Cette résistance a incité les agriculteurs à utiliser
des anti-graminées de postlevée (groupe 1) comme solution
de rechange. Après 4-5 années de traitements avec des
anti-graminées de postlevée, certains peuplements de sétaire
sont devenus résistants à ces types d'herbicides. Ainsi,
la sétaire verte est devenue résistante à la fois
aux herbicides du groupe 3 et à ceux du groupe 1. | Haut de la page | Comment la résistance se développe-t-elle?On a recensé dans 47 pays du monde plus de 249 biotypes de mauvaises herbes résistantes à des herbicides. Ce chiffre gonfle d'année en année, à mesure que de nouveaux cas de résistance sont signalés. Certaines pratiques de gestion augmentent la probabilité que des mauvaises herbes développent une résistance.
| Haut de la page | Comment prévenir la résistance?La gestion de la résistance repose sur la planification du programme de lutte contre les mauvaises herbes. Voici des stratégies qui portent fruit :
L'efficacité des stratégies qui consistent à utiliser des mélanges et à pratiquer la rotation des herbicides tient au fait que si une mauvaise herbe possède des gènes de résistance à un groupe d'herbicides, l'herbicide de l'autre groupe compris dans le mélange parviendra à l'enrayer. La grande différence entre ces deux stratégies est que, dans le cas des mélanges d'herbicides, ceux--ci tuent la mauvaise herbe résistante par le concours de nombreux ingrédients actifs employés durant la même saison, tandis que, dans le cas de la rotation des herbicides, les mauvaises herbes résistantes sont tenues en échec les années où les groupes d'herbicides efficaces sont employés. Non seulement les mélanges doivent--ils renfermer des herbicides de groupes différents, mais encore faut--il, si l'on veut compter sur plus d'un mode d'action, que chaque herbicide compris dans le mélange soit efficace à combattre la même espèce de mauvaises herbes. Cela signifie qu'un mélange d'anti-graminées et d'anti-dicotylédones peut donner globalement une bonne maîtrise des mauvaises herbes, sans toutefois constituer un mode de lutte efficace contre la résistance. Il est possible d'acheter des prémélanges renfermant des herbicides de plusieurs groupes. L'agriculteur ou ses conseillers peuvent aussi appliquer une stratégie de gestion de la résistance en choisissant les produits qu'ils jugent les plus efficaces et en les mélangeant dans la cuve du pulvérisateur. Pour que ces mesures soient efficaces, il est important de choisir des herbicides qui ont des modes d'action différents. Le tableau 3 dresse la liste des herbicides couramment utilisés en Ontario. Cette liste groupe les herbicides selon leur mode d'action et en indique le numéro de groupe. La numérotation des groupes est la même à la grandeur de l'Amérique du Nord. Cette liste est utile quand vient le temps de choisir des herbicides appartenant à des groupes différents, afin de les inclure dans des rotations d'herbicides ou dans des mélanges. | Haut de la page | Autovérification
Tableau 1. Actécédents culturaux relatifs au champ
| Haut de la page | Mauvaises herbes affichant déjà une résistanceVoici des exemples de mauvaises herbes dont on sait qu'il existe des souches résistantes en Ontario. Dans chacun des cas, les producteurs ont appris à adapter les programmes de lutte contre les mauvaises herbes, afin qu'ils s'attaquent aussi aux biotypes résistants. Tableau 2. Mauvaises herbes résistantes aux herbicides en Ontario
Tableau 3. Classement des herbicides utilisés en Ontario Les produits ayant plus d'un site d'action sont suivis de numéros représentant les groupes auxquels ils appartienment.
Le classement des herbicides utilisés en Ontario reprend le
classement accepté à l'échelle nationale de la
Weed Science Society of America. Les groupes 12, 13, 16, 17, 18, 21,
24, 25 et 26 n'étant pas offerts en Ontario, on les a enlevés
du tableau. | Haut de la page | Que faire devant unpeuplement de mauvais herbese résistantes?Avant de conclure à l'apparition d'une souche résistante, s'assurer d'exclure toutes les autres explications possibles des échappées de mauvaises herbes et des zones non maîtrisées. Les mauvaises herbes qui lèvent après un traitement herbicide sans effet rémanent peuvent brouiller le diagnostic. Il y a aussi des espèces qui sont naturellement plus tolérantes à certains herbicides. Un mauvais réglage du matériel, une forme de dispersion du jet qui laisse à désirer, la bouillie qui pénètre peu dans le feuillage, un traitement effectué au mauvais stade de croissance ou sous des conditions météorologiques non souhaitables sont autant de facteurs qui peuvent laisser croire à tort à une résistance.Par contre, si on diagnostique réellement une résistance, il convient d'opter dès lors pour un herbicide de rechange auquel la mauvaise herbe combattue n'est pas résistante. Il peut s'agir d'ajouter dans le mélange en cuve un herbicide différent, de pulvériser un autre produit par un second passage de la machinerie ou de modifier complètement le programme des traitements herbicides. La principale crainte soulevée par toutes ces ripostes est de voir apparaître une multirésistance, comme cela s'est produit en Ontario avec l'amarante et au Manitoba avec la sétaire verte. La résistance vient de ce que l'on se fie trop aux herbicides pour maîtriser les mauvaises herbes. Le simple fait de changer d'herbicides risque de ne pas constituer une solution viable à long terme, si l'on ne change pas en même temps la façon d'envisager globalement la lutte contre les mauvaises herbes. La gestion de la résistance dépend de bien des facteurs, comme le choix d'herbicides, les types de cultures et le genre d'infestation. Devant un cas de résistance, que faire? En l'absence d'une résistance, comment en prévenir l'apparition? Les réponses à ces questions sont essentiellement les mêmes. Voici des conseils sur la façon de gérer la résistance.
| Haut de la page | La lutte intégrée pour la gestion de la résistanceLes méthodes permettant de retarder l'apparition des résistances, comme les mélanges d'herbicides et les rotations ont un effet maximal si elles sont comprises dans un programme de lutte intégrée. Un tel programme repose sur l'utilisation combinée, de manière optimale, de tous les outils de lutte contre les mauvaises herbes, afin de maîtriser les peuplements de mauvaises herbes tout en maintenant le caractère économique de la production. Dans la lutte intégrée, les mesures de lutte culturale et mécanique sont complétées par des mesures de lutte chimique.Les méthodes de lutte mécanique comprennent le sarclage des entre-rangs ou d'autres forme de travail du sol. Les méthodes culturales peuvent contribuer dans une large mesure à réduire l'emploi des herbicides. Elles comprennent le choix de cultivars ou d'hybrides qui livrent une concurrence plus vive aux mauvaises herbes, des semis sur des rangs serrés ou le recours à une culture de couverture. La rotation des cultures peut aussi aider considérablement à prévenir l'apparition d'une résistance. Le fait d'ajouter du blé à une rotation maïs-soya peut, par exemple, ouvrir la voie à de nouveaux modes de lutte contre les mauvaises herbes. Le fait de semer une culture qui lève à un moment différent et qui se prête à une gestion tout à fait différente de celles du maïs et du soya peut contribuer à déstabiliser les peuplements de mauvaises herbes. Ces dernières ont plus de difficulté à s'adapter lorsque les pratiques de gestion changent. | Haut de la page | En résuméLes herbicides sont des outils très importants de lutte contre les mauvaises herbes. Ils assurent une lutte efficiente et économique et doivent être perçus comme des ressources à protéger. Si on en abuse, le phénomène de la résistance les rendra inefficaces. Cela est d'autant plus vrai dans le cas des herbicides du groupe 2, en raison de leurs nombreuses caractéristiques intéressantes, comme les faibles doses d'emploi, la faible toxicité et la grande efficacité. Si l'on adopte un programme de lutte intégrée, on peut tenir les mauvaises herbes en échec en recourant aux herbicides, mais aussi aux autres méthodes de lutte. On fait alors en sorte de réduire la pression que les herbicides exercent sur les mauvaises herbes combattues. Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique | Haut de la page | Liens connexes
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