La culture du chanvre industriel


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 153/20
Date de publication : 08/2000
Commande no. 00-068
Dernière révision : 08/2000
Situation :
Rédacteur : W.J. (Bill) Baxter - chargé de programme, Analyse de la faisabilité/MAAARO et Gordon Scheifel -coordonnateur de la recherche dans le Nord/Collège de Kemptville, Université de Guelph, Thunder Bay

Table des matières

  1. Introduction
  2. Développement de l’industrie
  3. Description
  4. Cultivars
  5. Conditions pédologiques
  6. Préparation du lit de semence et semis
  7. Fertilité
  8. Désherbage
  9. Maladies et ravageurs
  10. Récolte du chanvre cultivé pour la fibre
  11. Rouissage et retournement
  12. Mise en balles et entreposage
  13. Récolte du grain suivie de la récolte des fibres
  14. Moissonnage-battage du chanvre
  15. Aspects économiques de la production du chanvre
  16. Remerciements

Introduction

Le chanvre industriel (Cannabis sativa) est une des plus anciennes plantes cultivées du monde. Pendant des siècles, ses fibres ont servi à la fabrication de cordes, de voiles et de vêtements. L’espèce a été interdite en Amérique du Nord dans les années 1930 parce que ses feuilles et ses fleurs contenaient une substance hallucinogène appelée delta-9 tétra­hydrocannabinol (THC). Elle fut interdite partout dans le monde en 1961 avec l’adoption de la Convention unique sur les stupéfiants des Nations Unies.

En 1998, le Canada a adopté le Règlement sur le chanvre industriel en application de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Ce règlement autorise sous certaines conditions la production, la vente, le transport, la transformation, l’importation et l’exportation du chanvre industriel et des produits du chanvre qui répondent aux normes fixées.

Aux termes du Règlement, on ne peut cultiver le chanvre industriel qu’à partir de semences d’un cultivar figurant sur la Liste des cultivars approuvés de Santé Canada. Les plants et les parties de plants ne doivent pas contenir plus de 0,3 pour cent de THC lorsqu’on les échantillonne et les analyse selon la méthode agréée. Les produits fabriqués avec le chanvre ou les produits dérivés ne doivent pas contenir plus de dix microgrammes de THC par gramme. Les tiges de chanvre industriel, dépouillées de leurs feuilles et de leurs fleurs, ainsi que les graines (chènevis) de chanvre stériles ne sont pas visées par la Loi.

Les producteurs et le public doivent comprendre que toute personne trouvée en possession de parties de plants de chanvre autres que la tige et les graines stériles, sans détenir la licence réglementaire, est en possession d’une substance dite contrôlée et peut être inculpée en application de la Loi.

La culture du chanvre industriel est autorisée seulement au titre d’une licence délivrée par Santé Canada. La personne qui ne possède pas la licence réglementaire et dans les véhicules ou machines de laquelle on trouve des résidus de feuilles ou de semences peut être déclarée coupable de possession de substance contrôlée, au Canada ou à l’étranger. Un nettoyage en règle des véhicules et du matériel est requis par le Règlement sur le chanvre industriel.

Lavage de la moissonneuse-batteuse avec un net­toyeur à haute pression pour en déloger les matières illégales.

Figure 1. Lavage de la moissonneuse-batteuse avec un nettoyeur à haute pression pour en déloger les matières illégales.

Les licences pour cultiver du chanvre industriel sont délivrées pour une année civile seulement et doivent être renouvelées si le produit est conservé jusqu’à l’année qui suit. Les producteurs doivent aussi savoir que ces licences ne sont valides qu’au Canada et que le transport du chanvre sous une forme ou une autre dans un autre pays, dont les États-Unis, peut constituer une infraction dans ce pays.

Les licences pour cultiver du chanvre industriel sont délivrées au producteur qui désire ensemencer une superficie de quatre hectares (dix acres) ou plus. La culture du chanvre en vue de la sélection ainsi que la culture sur de petites parcelles à des fins de recherche n’est autorisée qu’aux termes d’une licence de sélectionneur ou de chercheur. Les personnes qui font une demande de licence pour cultiver commercialement du chanvre doivent joindre à leur demande un extrait de casier judiciaire récent.

Tableau 1. Tableau synoptique de la culture du chanvre industriel.
Variétés

Voir la Liste des cultivars approuvés de Santé Canada

Sol

Bien drainé; loameux de préférence
Non compacté; pH de 6,0 à 7,5

Lit de semence

Fin, ferme, nivelé
8–10 °C à 2–4 cm
Profondeur des semences : 2–3 cm

Taux de semis

Pour la fibre : 45 kg/ha
Pour le grain : 23 kg/ha
(en supposant une masse volumique de 16 kg/1 000 000 semences)

Densité de peuplement

Pour la fibre : 200–250 plants/m2
Pour le grain : 100–150 plants/m2

Fertilité

Azote (N) : 70–110 kg/ha
Phosphate (P2O5) : jusqu’à 80 kg/ha
Potasse (K2O) : 40–90 kg/ha
En fonction d’une analyse de sol faite récemment en vue d’une culture de blé d’hiver

Lutte contre les mauvaises herbes

Inutile
Aucun herbicide n’est homologué pour utilisation sur le chanvre

Maladies et parasites

Aucun pesticide n’est homologué pour utilisation sur le chanvre
Pourriture grise de l’inflorescence Botrytis Pourriture sclérotique de la tige

Récolte

Pour la fibre : Durant la pollinisation
Pour le grain : Quand 70 % des graines sont mûres
22–30 % d’humidité

Rouissage

14–21 jours
Un ou deux retournements

Entreposage

Humidité de la tige : < 15 %
Humidité du grain : < 12 %
Entreposage du grain à long terme : 8–10 %

Mise en marché

Contrats avec des transformateurs connus
Entreprises artisanales de la région

Étant donné que le chanvre industriel est une substance contrôlée, chaque aspect de sa manipulation, de sa production et de sa commercialisation est régi par les licences délivrées à l’exploitant. On peut obtenir de plus amples rensei­nements sur les cultivars, les licences et le Règlement en consultant le site Web de Santé Canada.

ou en communiquant avec :

Règlement sur le chanvre industriel
Bureau des substances contrôlées
Programme de la stratégie antidrogue et des substances contrôlées
Santé Canada
123, rue Slater,
Ottawa (ONTARIO) K1A 1B9
I.A. 3502A
Tél. : (613) 954-6524
Téléc. : (613) 941-5360
Courriel : hemp@hc-sc.gc.ca

Les producteurs de chanvre industriel sont tenus de présenter au Bureau des substances contrôlées les coordonnées exactes, selon le Système global de positionnement (SGP), de chaque champ où ils projettent de cultiver le chanvre industriel. Les plants spontanés ou autres plants de chanvre trouvés en dehors des champs définis par ces coordonnées SGP contreviennent au Règlement sur le chanvre industriel et tombent de ce fait sous le coup du Code criminel. Les plants peuvent être détruits par fauchage, arrachage, sarclage ou traitement chimique. Pour savoir comment éliminer les plants de chanvre à l’aide d’herbicides, voir les recommandations de la publication 75F intitulée Guide de lutte contre les mauvaises herbes du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario. Le producteur doit aussi prendre ses dispositions pour faire échantillonner sa culture par un technicien agréé et faire doser le THC par un laboratoire agréé. Le coût de ces opérations est à la charge du producteur.

Développement de l’industrie

Depuis longtemps, le chanvre industriel est connu pour ses fibres libériennes, appelées filasse, dont on fait des toiles et des cordes résistantes. La technologie utilisée par le passé était très exigeante en main-d’oeuvre et est inadaptée aux besoins de l’industrie moderne pour laquelle la vitesse est cruciale et où la main-d’oeuvre coûte cher. Des entrepreneurs canadiens et européens mettent actuellement au point une nouvelle technologie de fabrication de textiles tissés, mais celle-ci est encore peu répandue. La fabrication de matériaux non tissés tels que les feutres, les thibaudes de tapis et les matériaux de renforcement du plastique ouvrent de nouveaux débouchés pour les fibres de chanvre. Les fibres de la moelle servent actuellement de litière pour les chevaux et les animaux de compagnie, mais elles pourraient servir à fabriquer beaucoup d’autres produits.

Les graines du chanvre, une source d’huile alimentaire et de tourteau, trouvent de nombreuses applications dans les domaines de l’alimentation tant humaine qu’animale. L’huile de chanvre contient un mélange unique d’acides gras oméga 6 et oméga 3, ainsi que de l’acide gamma-linolénique (GLA), un acide intervenant dans la synthèse des prostaglandines dans l’organisme. L’huile entre dans la fabrication de crèmes de beauté et de produits alimentaires. Les principaux inconvénients, en l’état actuel des choses, est le rendement relativement faible en grain, la technologie d’extraction de l’huile et la stabilité de l’huile.

Malgré ces contraintes, il se pourrait bien que l’huile soit le premier produit du chanvre industriel à être commercialisé avec succès. Une compagnie ontarienne de semences de chanvre industriel poursuit un programme de sélection axé sur la mise au point de variétés donnant de l’huile et des fibres qui présentent des caractéristiques bien définies.

Le tourteau et les graines décortiquées, appelées chènevis, sont utilisés dans la fabrication d’un certain nombre de produits alimentaires tels que biscuits et barres granola. Comme ce sont des produits nouveaux dont la saveur est très spéciale, ils mettront sans doute quelque temps à gagner la faveur générale des consommateurs.

Il est obligatoire de stériliser les graines de chanvre entières qui sont destinées à la nourriture des oiseaux, à la vente sous forme de graines torréfiées pour la consommation humaine ou à toute autre utilisation ainsi qu’à l’exportation. Les graines non stérilisées peuvent être transformées au Canada.

Des débouchés se développent actuellement pour la fibre et les produits des graines de chanvre, mais ils se situent parfois loin des régions de culture du chanvre. Le coût du transport des matières brutes pèse lourd dans le prix de revient des marchandises fabriquées avec le chanvre. Il est vivement conseillé aux producteurs de passer des contrats en règle avec des acheteurs avant de se lancer dans la culture commerciale du chanvre industriel en Ontario.

Description

Le chanvre industriel est obtenu avec des cultivars de Cannabis sativa qui contiennent moins de 0,3 % de THC comme on l’a indiqué ci-dessus. C’est une dicotylédone annuelle à racine pivotante qui est capable d’une croissance très rapide quand elle bénéficie de conditions de croissance idéales. Comme les inflorescences femelles et la formation des graines sont indéterminées, les graines continuent de se développer et de mûrir sur une période prolongée. Il s’ensuit qu’au moment de la récolte on trouve sur le même plant des graines mûres et des graines immatures.

Les plants de chanvre cultivés pour la fibre peuvent atteindre de 2 à 4 mètres de haut sans se ramifier. Dans les peuplements denses, les feuilles du bas s’étiolent par manque d’ensoleillement. Les pieds mâles dépérissent une fois qu’ils ont émis leur pollen.

L’écorce externe de la tige contient des fibres longues et dures qui portent le nom de filasse. Ces fibres sont de même longueur que les fibres de bois tendre et sont très pauvres en lignine.

Plants de chanvre cultivés pour la fibre.

Figure 2. Plants de chanvre cultivés pour la fibre.

Coupe transversale des tiges de chanvre.

Figure 3. Coupe transversale des tiges de chanvre.

Ce sont ces fibres qui confèrent au chanvre la qualité et la solidité pour lesquelles il est réputé. La moelle de la tige contient des fibres courtes, semblables aux fibres de bois dur, qui sont utiles dans d’autres applications telles que la fabrication de panneaux de particules et la litière pour chevaux.

Les plants de chanvre cultivés pour le grain peuvent se ramifier et ils n’atteignent que 2 à 3 mètres de haut. Les plants de haute taille ne produisent pas nécessairement plus de grain que les plants plus courts. Les tiges courtes facilitent le moissonnage-battage.

Dans les sols bien structurés et bien drainés, la racine pivotante peut s’enfoncer à 15–30 cm de profondeur. Dans les sols compactés, elle reste courte et forme de nombreuses racines fasciculées.

Racines de chanvre.

Figure 4. Racines de chanvre.

Cultivars

À l’exception des nouveaux cultivars sélectionnés en Ontario, comme Anka et Carmen, tous les cultivars de chanvre industriel mis à l’essai dans la province jusqu’à ce jour ont tous été créés en Europe. Ils sont de deux types : dioïque, dont les organes floraux femelles et mâles sont portés par des pieds séparés (p. ex. Kompolti et Unico B); monoïque, dont les organes floraux femelles et mâles sont portés sur le même pied (p. ex. Ferimon et Futura). Un troisième type de cultivars, à « prédominance femelle », est un dioïque qui possède 85–90 % de pieds femelles. Ce dernier type est réputé pour avoir un plus haut rendement en grain. La plupart des cultivars français sont des populations hybrides où les pieds femelles prédominent.

Chaque cultivar de chanvre industriel possède sa propre série de caractéristiques : graines plus ou moins grosses; teneur plus ou moins élevée en huile; différences dans la composition en huile, etc. Les cultivars cultivés pour la filasse peuvent contenir 15–25 % de fibres libériennes. Comme les marchés se développent, les contrats de culture du chanvre industriel précisent habituellement les cultivars qui doivent être cultivés pour répondre aux besoins spécifiques du marché.

Seuls les cultivars de chanvre industriel qui sont inscrits dans la Liste des cultivars approuvés publiée par Santé Canada sont approuvés pour la culture au Canada. Ces cultivars sont connus pour produire des plants contenant moins de 0,3 % de THC dans des conditions normales. La teneur en THC peut varier suivant le stade de croissance et augmenter lorsque le chanvre se développe dans des conditions d’environnement défavorables. Les plants cultivés pour la fibre sont mûrs au bout de 60 à 90 jours, les plants cultivés pour le grain au bout de 110 à 150 jours. La loi interdit d’utiliser comme semences les graines de chanvre « communes » qu’on a soi-même récoltées.

Cultivars à double fin

La plupart des cultivars français et roumains conviennent à la fois à la production de fibre et à la production de grain. La récolte de ces cultivars de haute taille pose certaines difficultés. Les producteurs doivent également tenir compte du fait que les conditions météorologiques qui prévalent après la récolte du grain (fin août ou septembre) ne se prêtent pas toujours au bon déroulement du rouissage et du fanage des tiges. Le cultivar FIN 314, qui atteint une hauteur maximale de 0,9 mètre (36 po), et d’autres types de petite taille (1–1,5 mètre) conviennent à la production de grain, et non de fibre. L’industrie semble s’orienter vers la culture de cultivars à une seule fin, soit à grain soit à fibre.

Conditions pédologiques

Le chanvre vient bien dans un sol loameux bien drainé à pH supérieur à 6,0 (acidité). Un sol neutre ou légèrement alcalin (pH 7,0–7,5) est préférable. Plus le sol contient de l’argile, moins le chanvre récolté sera riche en fibre ou en grain. Les sols argileux se compactent facilement et le chanvre supporte mal la compaction du sol. Les jeunes plants sont très sensibles à l’humidité du sol et à l’inondation durant les trois premières semaines de développement, ou jusqu’à la formation du quatrième entre-noeud (hauteur de 30 cm). Dans les sols ennoyés, les plants ont une croissance réduite, les mauvaises herbes s’installent et la culture sera peu productive et irrégulière.

Les sols sablonneux de structure médiocre, sujets à la sécheresse, constituent un milieu naturellement peu fertile. Les plants de chanvre n’y atteignent donc leur plein rendement que si on leur apporte un surcroît d’éléments nutritifs et d’eau. Le coût de l’irrigation sur les sols sablonneux peut compromettre la rentabilité de la culture du chanvre.

Préparation du lit de semence et semis

Pour obtenir une germination optimale, il faut faire en sorte que les semences du chanvre entrent intimement en contact avec le sol. Le lit de semence doit être ferme, nivelé et relativement fin, comme celui que l’on prépare pour les espèces fourragères semées en place. On peut préparer le lit de semence et semer le chanvre dès que le sol est suffisamment ressuyé pour ne pas se tasser. Un lit de semence peu profond et ferme permet aux semences d’être placées à une profondeur constante, ce qui favorise une levée plus uniforme. Le chanvre industriel est normalement semé avec un semoir à grain classique. Les semences doivent être placées à 2–3 cm de profondeur. Pour favoriser une levée rapide, la température optimale du sol à cette profondeur est de 8–10 °C, bien que les semences de chanvre puissent germer à partir de 4–6 °C.

Lit de semence parfaitement préparé.

Figure 5. Lit de semence parfaitement préparé.

Le chanvre industriel cultivé pour la fibre est en général semé en lignes espacées de 15–18 cm (6–7 po), avec un semoir en ligne dont on utilise tous les organes de distribution. Le peuplement optimal final est d’environ 200–250 plants/ m2. Il est recommandé de semer de bonne heure (dès que l’état du sol le permet). Les chercheurs recommandent un taux de semis minimal de 250 graines/m2. Le taux de semis recommandé est de 45 kg de semences à l’hectare, mais ce taux peut être plus haut si les conditions de germination sont moins bonnes et si les graines sont grosses. Le tableau 2 montre la variation du taux de semis en fonction de la taille des semences et de leur masse volumique (poids par 1000 graines) de la plupart des cultivars. Chaque cultivar a une masse volumique des semences qui lui est spécifique et qui varie plus ou moins d’une année à l’autre. Le fournisseur de semences est normalement en mesure de fournir cette information.

Tableau 2. Taux de semis selon la taille et la masse volumique des semences.
Poids (en grammes) de 1 000 se­mences Taux de semis (kg/ha) en fonction du nombre voulu de semences au mètre carré
100
Taux de semis (kg/ha) en fonction du nombre voulu de semences au mètre carré
150
Taux de semis (kg/ha) en fonction du nombre voulu de semences au mètre carré
200
Taux de semis (kg/ha) en fonction du nombre voulu de semences au mètre carré
250
10 10 15 20 25
12 12 18 24 30
14 14 21 28 35
16 16 24 32 40
18 18 27 36 45
20 20 30 40 50
22 22 33 44 55
24 24 36 48 60
26 26 39 52 65


Le chanvre industriel est une plante sensible à la photopériode, c’est-à-dire à la longueur du jour; il est donc capable d’un plus grand développement végétatif quand il est semé tôt, comme le montre la figure 6. La croissance végétative ralentit ensuite au profit du développement des fleurs lorsque les jours raccourcissent, soit 4–5 semaines après le solstice d’été (21 juin). En semant dès que possible au printemps, on profite donc des journées longues et on obtient des plants plus hauts ayant un meilleur rendement en fibre. La précocité du semis n’a que peu de répercussions sur la date de récolte.

Effet de la date du semis sur le développement des plants.

Figure 6. Effet de la date du semis sur le développement des plants.

Lorsqu’on sème du chanvre pour en récolter le grain, on cherche à obtenir un peuplement final d’environ 100–150 plants/m2. Comme dans le cas du chanvre cultivé pour la fibre, les lignes sont espacées de 15–18 cm (6–7 po). La température du sol détermine la date optimale du semis. On peut semer dès la fin d’avril dans les comtés de Kent et d’Essex et jusqu’à la fin de mai dans le nord de l’Ontario. Il est déconseillé de semer passé la première semaine de juin. D’après les observations faites dans le nord de l’Ontario, la précocité du semis peut ne pas améliorer le rendement en grain autant que le rendement en fibre, mais elle permet parfois d’avancer la date de récolte.

Conditions climatiques

Les besoins en eau du chanvre sont élevés. D’après des mesures effectuées au Collège de Ridgetown, cette culture a besoin de 300–400 mm (10–13 po) d’équivalent pluie. Étant donné que cette somme de précipitations tombe rarement au cours de la saison de végétation, il est important de profiter de l’humidité du sol en début de saison et d’obtenir rapidement une végétation suffisamment fournie pour limiter l’évaporation du sol en surface ainsi que le développement des mauvaises herbes.

Environ la moitié de cette humidité doit être à la disposition du chanvre durant la floraison et la montée en graine pour qu’il donne un rendement maximum en grain. La sécheresse durant ce stade de développement aura pour effet de réduire la production de graines et le développement des inflorescences. Une sécheresse continue se soldera par une baisse de rendement et la légèreté des graines.

Durant la période de croissance végétative, le chanvre répond à des températures diurnes élevées de l’ordre de 25–28 °C. On a observé que des jeunes plants de chanvre spontanés se développent lentement à des températures aussi basses que 2 °C, tant dans le nord que dans le sud de l’Ontario. On a aussi pu voir qu’après le déploiement de la troisième paire de feuilles, le chanvre peut survivre à des températures quotidiennes basses, jusqu’à –0,5 °C, pendant 4 à 5 jours.

Fertilité

Le chanvre a sensiblement les mêmes besoins en éléments nutritifs qu’un blé à fort rendement. Des recherches sont en cours pour définir ses besoins exacts. D’après l’expérience, il semble que l’on puisse épandre jusqu’à 110 kg/ha d’azote, selon la fertilité du sol et les précédents culturaux. Les recherches réalisées jusqu’ici tendent à montrer qu’on devrait épandre de 40 à 90 kg de potasse dans le cas d’un chanvre cultivé pour la fibre. Les doses de phosphore (P205) et de potasse (K20) doivent être formulées à partir d’une analyse de sol récente. Pour interpréter l’information sur les analyses de sol, les producteurs peuvent s’ils le désirent suivre les recommandations concernant l’azote, le phosphate et la potasse pour le blé d’hiver qui sont indiquées dans la publication 811F du MAAARO intitulée Guide agronomique des grandes cultures.

Les producteurs du nord-ouest de l’Ontario ont en général avantage à épandre du soufre à raison de 20–30 kg/ha. Il est important de calculer les apports d’éléments nutritifs en fonction des besoins de la culture et d’équilibrer ces apports entre eux. Par exemple, un excès d’azote conjugué à un manque de potasse peut entraîner la cassure des tiges et la perte de la culture.

Absorption et restitution des éléments nutritifs par une culture de chanvre.

Figure 7. Absorption et restitution des éléments nutritifs par une culture de chanvre.

Environ 42 % de la biomasse des plants de chanvre est restituée au sol sous la forme de feuilles, de racines et d’inflorescences. Ces organes contiennent plus de la moitié des éléments nutritifs qui ont été apportés à la culture. Une bonne part de ces éléments nutritifs sera assimilée par la culture suivante.

Désherbage

Quand il est semé dans une terre fertile bien drainée, dans des conditions presque optimales de température et d’humidité, le chanvre germe rapidement et atteint 30 cm au bout de 3–4 semaines. À ce stade, il ombrage le sol à 90 %. La croissance des mauvaises herbes se trouve donc limitée faute d’ensoleillement. On a constaté qu’un chanvre qui se développe rapidement et qui donne un peuplement final de 200–250 plants/m2 étouffe le développement de pratiquement toutes les mauvaises herbes, y compris le chiendent. Pour les lignes directrices sur la préparation du terrain, voir la publication 75F du MAAARO intitulée Guide de lutte contre les mauvaises herbes.

Ce nettoyage du champ n’est pas permanent. En effet, les mauvaises herbes pourront réapparaître dès l’année suivante si l’on cultive une autre culture de la rotation. On peut affaiblir la population de mauvaises herbes vivaces ou les détruire si l’on cultive du chanvre deux années de suite sur la même sole. En revanche, cette pratique augmente le risque d’apparition des maladies du chanvre.

La destruction des mauvaises herbes risque d’être moins bonne quand on cultive du chanvre pour le grain. En effet, le peuplement moins dense ou une levée irrégulière laisse passer plus de lumière, et favorise la germination des graines de mauvaises herbes. D’après des recherches effectuées dans le nord-ouest de l’Ontario, des peuplements faibles de l’ordre de 50–100 plants/m2 gênent la croissance des mauvaises herbes, mais ne l’empêche pas à 100 %. En faisant un semis croisé, on peut obtenir une meilleure répartition des plants et donc améliorer la lutte contre les mauvaises herbes lorsqu’on cultive des cultivars très précoces et à tiges peu élevées.

Aucun herbicide n’a été homologué pour l’emploi sur le chanvre industriel. On recommande de semer de bonne heure, dès que le sol est assez chaud, comme stratégie de lutte contre les mauvaises herbes.

Maladies et ravageurs

Le chanvre peut être attaqué par plus d’une cinquantaine d’ennemis différents – virus, bactéries, champignons et insectes. Néanmoins, du fait de la rapidité de sa croissance et de sa vigueur, le chanvre peut surmonter l’attaque de la plupart des maladies et ravageurs.

Dans une région donnée, lorsque la superficie est cultivée en chanvre industriel et en plantes qui sont les hôtes des mêmes ennemis, les risques de maladies augmentent et la population d’agents pathogènes et de ravageurs aura tendance à augmenter. On a dépisté les ravageurs suivants dans les champs de chanvre en Ontario : les champignons Botrytis cinerea et Sclerotinia sclerotiorum, qui sont responsables respectivement de la pourriture grise et de la pourriture blanche sclérotique, des maladies cryptogamiques qui affectent communément le chanvre industriel. La pourriture blanche sclérotique affecte aussi les haricots comestibles, le canola et le tournesol. On l’a décelée chez plus de 10 % des plants de chanvre cultivés derrière une culture de canola. Les spores du champignon responsable (les sclérotes) peuvent être propagées par les moissonneuses-batteuses et autres machines de récolte et par la paille. On a trouvé sur les racines des plants de chanvre le champignon Fusarium. Ce champignon est l’agent de la moisissure rose, une maladie souvent présente chez le maïs et le blé. On ne connaîtra probablement pas l’effet qu’une autre culture hôte peut avoir sur la viabilité des cultures tant que l’on n’aura pas cultivé le chanvre industriel plus intensément dans les régions productrices de haricots et de canola.

00-068f8 - Botrytis cinerea.

Figure 8. Botrytis cinerea.

La pyrale du maïs a infesté certains peuplements de chanvre dans le sud de l’Ontario et les sauterelles ont causé certains dommages à des cultures de chanvre dans le nord de l’Ontario. La légionnaire bertha (Mamestra configurata) a sévi au Manitoba et pourrait gagner les cultures de chanvre du nord-ouest de l’Ontario.

On a observé d’autres maladies et ravageurs, causant des dégâts plus ou moins importants, dans d’autres provinces.

Il n’existe aucun pesticide ni fongicide homologué pour l’emploi sur le chanvre en Ontario. En attendant d’en savoir plus sur la sensibilité du chanvre aux maladies, on conseille de pratiquer la rotation culturale pour freiner la prolifération des agents pathogènes ou des ravageurs. Une rotation de quatre ans est recommandée. Il faut éviter de semer du chanvre sur des terres venant de porter du canola, des haricots comestibles, du soya ou du tournesol.

Le vent et la grêle peuvent endommager fortement les cultures de chanvre industriel. Les plants de haute taille dont le sommet est très feuillu peuvent plier très facilement si une tempête souffle durant la seconde moitié de l’été. Les plants cassés se rétablissent partiellement si la cassure ne se situe pas trop bas. Mais il en résultera une grande variabilité dans la hauteur des plants et leur maturité au moment où l’on récoltera les graines. En 1996, les plants de petite taille qui avaient été endommagés par la grêle se sont rapidement rétablis et ont poursuivi leur développement sauf ceux qui avaient été cassés en dessous du premier noeud. Les plants qui croissent dans des conditions météorologiques difficiles peuvent avoir une plus forte teneur en THC.

Les oiseaux ont causé de sérieux dommages dans certaines régions de l’Ontario et du Manitoba. On a noté des réductions marquées du rendement en grain et quelquefois la perte totale de la culture.

Sclerotinia sclerotiorum.

Figure 9. Sclerotinia sclerotiorum.

Récolte du chanvre cultivé pour la fibre

En Ontario, les rendements en tiges séchées à l’air sont très variables, allant de 2,6–14,0 t/ha (1–5,5 t/ac) de tiges rouies titrant à 12 % d’humidité. Dans le comté de Kent, les rendements se sont établis en moyenne à 8,75 t/ha (3,5 t/ac). Dans le nord de l’Ontario, ils ont atteint en moyenne 6,1 t/ha (2,5 t/ac) en 1998. Les chercheurs estiment que des rendements plus élevés sont possibles à condition de semer tôt, de donner à la culture des soins optimums et d’utiliser des cultivars mieux adaptés.

La décortication de trois à quatre tonnes de pailles sèches rouies de bonne qualité peut donner environ une tonne de filasse (fibres libériennes) et 2–3 tonnes de fibres de seconde qualité (moelle).

Le rendement en fibre dépend d’une part du rendement en tiges à l’hectare et d’autre part de la teneur en fibre des tiges. Les cultivars diffèrent par la quantité de fibre qu’ils contiennent et par la proportion des fibres libériennes et des fibres de la moelle. Ce sont les variétés dioïques originaires du sud de l’Europe qui donnent les meilleurs rendements en tiges. Il faut parfois faire subir à la fibre des procédés de transformation supplémentaires pour atteindre la qualité requise pour certaines utilisations finales.

Le chanvre destiné à la fabrication de textiles doit être fauché au début de la floraison ou pendant l’émission du pollen, mais avant la formation des graines. Les fibres qui sont fauchées après la récolte des graines seront très ligneuses et ne peuvent servir qu’à la fabrication de matériaux industriels non tissés. Chez les cultivars dioïques, les plants mâles meurent après l’émission du pollen. Les rendements en fibre di­minuent par conséquent si les tiges sont fauchées après la maturation des graines.

Récolte du chanvre avec une faucheuse à barre de coupe classique.

Figure 10. Récolte du chanvre avec une faucheuse à barre de coupe classique.

Pour récolter de petites surfaces, les producteurs utilisent des faucheuses à barre de coupe de bonne qualité et des andaineuses à foin. Cependant, ces machines sont sujettes à un bourrage fréquent. Il est important de tenir constamment les lames bien aiguisées et en bon état. Lorsque la surface à faucher est grande, il peut être nécessaire d’importer du matériel plus perfectionné ou d’en fabriquer.

Rouissage et retournement

Le rouissage est le procédé par lequel les fibres libériennes commencent à se séparer des fibres de la moelle ou autres tissus végétaux. Cette opération s’effectue dans le champ sous l’effet des éléments naturels que sont la rosée, la pluie et le soleil, ou dans des conditions contrôlées en utilisant de l’eau et des enzymes ou des produits chimiques. La méthode choisie dépend de l’utilisation finale prévue de la fibre. On n’a pas encore mis au point de procédé industriel satisfaisant pour réaliser le rouissage à l’aide d’eau et de produits chimiques.

Retournement du chanvre durant le rouissage naturel dans le champ.

Figure 11. Retournement du chanvre durant le rouissage naturel dans le champ.

La réussite du rouissage du chanvre exige un équilibre délicat entre les rosées nocturnes et les bonnes conditions de séchage durant la journée. En raison du climat dont jouit le sud de l’Ontario, on peut avoir à attendre la fin de juillet pour entreprendre le rouissage, lorsque les rosées deviennent suffisamment abondantes. La date du semis et le choix des cultivars sont les facteurs qui déterminent l’époque à laquelle le rouissage peut avoir lieu.

La durée du rouissage est un facteur critique pour l’obtention d’un rendement optimum en fibre de grande qualité. D’une durée normale de 21–28 jours, le rouissage peut durer plus longtemps si le temps est sec en août, et les rosées peu abondantes. À l’occasion, le processus peut prendre seulement 14 jours.

Les andains sont retournés vigoureusement une fois ou deux avec un râteau-faneur ou un aérateur de fourrage pour faciliter l’uniformité du rouissage à l’intérieur de l’andain et détacher les feuilles des tiges. Il est important que le rouissage soit achevé avant que les tiges soient mises en balles, pour que les fibres aient la coloration voulue, qu’elles ne pourrissent pas et ne perdent pas leur couleur pendant l’entreposage. Si le temps est humide, un troisième retournement peut s’avérer nécessaire. La présence de feuilles en excès sur les tiges tend à ralentir le fanage et peut rendre la paille non conforme au règlement pris en application de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.

Mise en balles et entreposage

On peut presser le chanvre en balles au moyen de n’importe quelle presse à foin. Les presses qui confectionnent les grosses balles rondes à coeur souple sont celles qui conviennent le mieux parce que le matériau peut sécher plus rapidement durant l’entreposage. Pour certaines applications industrielles, l’acheteur peut exiger qu’on lui livre des grosses balles carrées, uniformes, adaptées à ses installations de fabrication. Ce format peut poser un problème pour ce qui est d’empêcher la pourriture si les balles doivent être entreposées en attendant la livraison, parce que les balles carrées sont pressées à forte densité et ne laissent pas passer autant d’air que les balles rondes. On doit utiliser de la ficelle de sisal ou de chanvre pour lier les balles parce que la ficelle de polyester ou de plastique devient un contaminant dans les opérations de transformation des fibres du chanvre.

Les balles doivent être placées à l’abri de l’humidité pour que le processus du rouissage cesse et que les fibres ne commencent pas à pourrir. Les tiges doivent contenir moins de 15 % d’humidité au moment de la mise en balles; elles continuent ensuite de sécher pour descendre à 10 % d’humidité. On n’a pas fait d’observations jusqu’ici concernant les balles entreposées sous plastique, mais d’après les observations faites avec l’entreposage du foin, on peut penser que les balles absorbent l’humidité qui remonte du sol et que la pourriture peut s’y développer à moins qu’elles ne soient pas posées à même le sol. Ce problème se pose souvent, même sur les sols gravillonnés des espaces sous abri. La paille de chanvre absorbe aussi très facilement l’humidité de l’air.

Grosses balles rondes de tiges de chanvre rouies.

Figure 12. Grosses balles rondes de tiges de chanvre rouies.

Récolte du grain suivie de la récolte des fibres

Quand on cultive le chanvre industriel pour le grain et la fibre, il est nécessaire de couper les grandes tiges à nouveau après avoir battu le grain. On peut modifier la moissonneuse-batteuse pour qu’elle exécute les deux opérations en un seul passage. Pour cela, on monte en dessous de l’organe de coupe une barre de coupe qui fauche les tiges au ras du sol. Il est probable qu’à mesure que les marchés du grain et de la fibre se différencieront, la récolte jumelée cessera d’être pratique courante. Les producteurs qui exploitent de petites surfaces continueront certainement à battre le grain et à faucher les tiges en deux fois.

Si la paille doit être récoltée après le battage du grain, il est important que les conditions météorologiques soient également favorables pour le fanage des tiges en vue de la mise en balles. Le temps qui prévaut en automne dans le nord de l’Ontario n’est pas en général assez chaud et sec pour assurer le fanage des tiges. Les fibres des tiges mûres après la récolte des graines seraient de moins bonne qualité et très ligneuses. Ce genre de fibres ne conviendraient guère qu’à la fabrication de matériaux composites, de tapis non tissés, de panneaux de particules et, éventuellement, de pâte à papier.

Moissonnage-battage du chanvre

Le moissonnage-battage du chanvre est une tâche très difficile qui met à l’épreuve et la machine et le conducteur. Dans un champ de chanvre à haute tige, une grande masse de matière végétale doit passer dans la machine. La paille de chanvre contient des fibres très résistantes qui ont tendance à s’entortiller autour des organes en mouvement. Les fibres fines se glissent à l’intérieur des roulements, causant une friction qui peut les endommager et mettre le feu à la machine. Il s’ensuit une forte usure de la machine et des frais d’entretien élevés, ainsi qu’une grande perte de temps et beaucoup d’exaspération pour le conducteur. Les cultivars précoces comme Fedora 19, FIN314 et Fasamo, à tige plus courte, sont plus faciles à moissonner.

On récolte les graines du chanvre industriel quand il commence à s’égrener sur pied. À ce moment optimal pour la récolte, environ 70 % des graines sont mûres et contiennent 22–30 % d’humidité. Si on retarde la moisson, les pertes de grain s’aggraveront à cause de l’égrenage, des déprédations des oiseaux et de la diminution de la qualité. En outre, les fibres mûres s’agrippent avec encore plus de ténacité aux organes de la moissonneuse-batteuse.

En réglant la tête de coupe à environ 1 mètre (40 po) ou à la hauteur maximale à laquelle on peut faucher avec efficacité, on réduit la quantité de matière qui passe dans la machine. Les cultivars à tige courte permettent de régler l’organe de coupe à une position « plus normale ». Les lames de la barre de coupe doivent être constamment aiguisées pour réduire au minimum l’entortillement des fibres dans les pièces de la tête de coupe. En remplaçant le convoyeur d’alimentation à clairevoie par un convoyeur à bande, on peut réduire la quantité de fibre qui s’enroule sur l’arbre du convoyeur. Quand on récolte des cultivars de haute taille, on a aussi intérêt à protéger les poulies et pignons extérieurs qui peuvent entrer en contact avec les tiges.

Avec un bon réglage, on peut réduire l’usure de la moissonneuse-batteuse et améliorer le rendement et la qualité du grain. Il sera certainement nécessaire de faire des essais pour définir la vitesse d’avancement, l’écartement du contre-batteur, les vitesses du cylindre et de la ventilation. Les réglages suivants sont proposés pour les moissonneuses-batteuses standards : régime du batteur de 250 tr/min, régime du ventilateur de 1 070 tr/min, trous de 1/8 pouce pour le tamis et de 3/8 pouce pour la grille supérieure, écartement minimal du contre-batteur. Diminuer la tension de la chaîne du convoyeur comme pour faucher du maïs et fermer le pré-nettoyeur. Abaisser la grille du tire-paille, retirer les écrans et installer le système permettant d’augmenter la vitesse de rotation du tire-paille. Chaque conducteur constatera probable­ment que des réglages différents conviennent à sa propre machine. Les moissonneuses-batteuses rotatives semblent, pour l’instant, moins bien convenir à la récolte du chanvre, à cause des problèmes de bourrage.

Les rendements en grain enregistrés en Ontario se situent de 300 à 1 300 kg à l’hectare, à 12 % d’humidité, après récolte et nettoyage. Des rendements plus élevés seront certainement atteints quand les cultivars et les techniques de culture s’amélioreront.

Il y a de fortes probabilités pour que des plants de chanvre « spontanés » apparaissent à l’automne ou au printemps qui suit la culture de chanvre. Ces plants sont illégaux et doivent obligatoirement être détruits avant d’être découverts par les agents de la lutte antidrogue de la région. Un sarclage minutieux ou la préparation du lit de semence les détruit efficacement.

Aspects économiques de la production du chanvre

Les coûts de production varient selon les circonstances particulières. La culture sur superficie restreinte, la médiocrité du rendement, l’âge et le coût du matériel utilisé, le coût de la terre et les autres utilisations possibles de celle-ci sont autant de facteurs qui contribuent au coût de production d’une tonne de paille ou de grain de chanvre.

La valeur de la paille varie selon la demande du marché particulier. Des facteurs comme la longueur, la finesse et la couleur des fibres, d’une part, et la demande pour une qualité particulière de fibre, d’autre part, entrent en jeu pour déterminer le prix de vente à la production. Ces caractéristiques varient selon le cultivar, la maturité des plants, les conditions dans lesquelles s’effectue le rouissage et la qualité de l’entreposage. Le rendement en paille influe sur les coûts et sur les recettes à l’hectare.

Le prix de la paille de chanvre varie suivant le marché considéré. Des contrats ont été proposés aux producteurs, mais on ne sait pas si le prix offert était représentatif de la véritable valeur de marché. Il n’y a pas pour l’instant, en Ontario, d’indicateurs fiables concernant le prix ou la qualité. Les prix effectivement versés aux producteurs ont varié de 70 à 180 $/tonne, selon la qualité et l’emploi prévu. Il est conseillé aux personnes qui envisagent de cultiver du chanvre comme culture de rapport de passer un contrat avec une entreprise fiable avant d’investir dans cette culture.

Les marchés du grain ont été légèrement plus actifs et on a relevé des prix variant entre 45 et 55 ¢/lb lorsque les marchés prenaient librement de l’expansion. Mais l’interférence des douanes américaines dans les ventes réalisées sur les marchés américains en 1999–2000 et la perte d’un entrepreneur important dans l’Ouest canadien durant la même période ont semé une grande incertitude sur le marché du grain de chanvre.

Les budgets suivants ont été établis en fonction d’une surface minimale de quatre hectares (dix acres) et d’un cultivar par parcelle. Les charges d’exploitation telles que le positionnement global (SPG), l’échantillonnage et le dosage du THC, se rapportent à la « parcelle ». Les frais de déplacement du technicien agréé pour l’échantillonnnage se rapportent au « voyage ». On considère que la préparation du lit de semence équivaut à celle qui est nécessaire pour un semis direct de luzerne et on a calculé les frais de préparation à l’aide des chiffres des Budgets de Grandes Cultures, Pub 60F.

Ces paramètres budgétaires sont donnés uniquement à titre indicatif. Les producteurs doivent établir leur propre budget à partir d’hypothèses se rapportant à leurs véritables coûts.

Pour plus de renseignements sur la production de graines et de fibre de chanvre, on peut visiter le site Web du MAAARO.

Remerciements

Nous remercions le Secrétariat d’État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Les auteurs tiennent à remercier également les personnes suivantes qui ont apporté leur concours à la rédaction de cette fiche : Mike Columbus et Scott Banks (MAAARO), Niels Hansen-Trip (Santé Canada), Claude Pinsonneault (Kenex Ltd.), Peter Dragla (Industrial Hemp Seed Development Co.) et Paul McGrail (McGrail Farm Equipment, Ltd.)

Tableau 3. Chanvre Industriel – Charges et produits d’exploitation par acre.

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Charges d’exploitation Fibre seulement Grain seulement Grainet fibre Votre budget
Semences 9,90 $/kg 40 et 20 lb/ac
180 90 90  
Engrais 11–52–0 à 70 kg/ha
Urée à 200 kg/ha
0–0–50 à 100 kg/ha
106 106 106  
Épandage des engrais (à contrat)
7 7 7  
Herbicide
       
Pesticide
       
Carburant 29 L à 0,55 $
16 16 16  
Réparation, entretien et amortissement
20 20 20  
Prime d’assurance-récolte
20 12 14  
Vérification de sécurité par la police
5 5 5  
Levé SPG
10 10 10  
Échantillonnage et dosage du THC
40 40 40  
Fauchage (faucheuse ou andaineuse)
15  

15

 
Aération/retournement : 2 passages à 10 $

20

 

20

 
Mise en balles (à contrat)

53

 

27

 
Transport (grain = 12 $/t, paille = 17 $/t)

51

4

30

 
Entreposage de la paille 7 pi2/balle

45

  23  
Moissonnage-battage
 

60

60

 
Séchage du grain 0,03 $/lb
 

24

24

 
Entreposage du grain
       
Éclatage des tiges
  10    
Consultant/Main-d’oeuvre
       
Intérêt payé sur les charges d’exploitation : 10 % pendant 6 mois
29 20 25  
Total des charges d’exploitation
617 424 532  

Produits

Produits
Fibre seulement Grain seulement Grainet fibre Votre budget
Rendement escompté, fibre_____t à $_____
       
Rendement escompté, grain ___ lb à $_____
       
Rendement à l’acre : Fibre 3,0 t à 170 $
510      
Fibre : 1,5 t à 120 $
    180  
Grain : 800 lb à 0,50 $
  400 400  
Total des produits
510 400 580  

Seuil de rentabité

Seuil de rentabité
Fibre seulement Grain seulement Grainet fibre Votre budget
Prix nécessaire, en supposant un rendement en paille de 3,0 t
206 $/t      
Rendement nécessaire si le prix de la paille est de 120 $/t
5,1 t      
Rendement nécessaire si le prix de la paille est de 90 $/t
6,9 t      
Prix nécessaire si le rendement en grain est de 800 lb
  0,53 $/lb    
Rendement nécessaire si le prix du grain est de 0,50 $/lb
  848 lb    
Rendement nécessaire si le prix du grain est de 0,45 $/lb
  942 lb    

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