Lutte contre le ver fil-de-fer dans les cultures légumières


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 250/625
Date de publication : 03/2000
Commande no. 00-048
Dernière révision : 03/2000
Situation :
Rédacteur : Jim Chaput - ancien spécialiste de la lutte intégrée dans les cultures légumières/MAAO

Table des matières

  1. Identification du ver fil-de-fer
  2. Biologie
  3. Surveillance
  4. Lutte

Le ver fil-de-fer ou larve de taupin (famille des Élatérides) est depuis quelques années un ravageur de plus en plus fréquent de bien des cultures légumières. Dans certaines régions, on lui attribue en effet des pertes de plus en plus importantes dans les cultures suivantes : carotte, cucurbitacées, rutabaga, oignon, maïs sucré, pomme de terre, betterave à sucre, haricot et pois.

Identification du ver fil-de-fer

On reconnaît aisément le ver fil-de-fer pour peu qu'on l'ait déjà observé à quelques reprises. Il se distingue de la plupart des larves par son corps dur et sa teinte sombre. De forme cylindrique et de couleur allant de l'ocre au cuivre, le ver fil-de-fer mesure de 1 à 4 cm à maturité (figures 1-3). Les adultes sont des coléoptères de forme allongée, à carapace dure et de couleur sombre. Leur corps est habituellement fuselé et mesure de 1 à 3 cm de long. Quand on le capture et qu'on le place sur le dos, le taupin adulte se retourne de lui-même en fléchissant le milieu de son corps (figure 4).

Il existe de nombreuses espèces de ver fil-de-fer en Amérique du Nord. Ce sont les espèces Limonius, Ctenicera et Agriotes qui sont les plus nuisibles aux cultures pratiquées en Ontario. Bien d'autres espèces sont inoffensives pour les cultures.

Figure 1. Ver fil-de-fer ou larve de taupin

Figure 1. Ver fil-de-fer ou larve de taupin

Figure 2. Vers fil-de-fer dans le rutabaga

Figure 2. Vers fil-de-fer dans le rutabaga

Figure 3. Vers fil-de-fer dans la carotte

Figure 3. Vers fil-de-fer dans la carotte

Figure 4. Taupin adulte

Figure 4. Taupin adulte

Biologie

Le cycle biologique du ver fil-de-fer s'étend sur 2-6 ans, selon l'espèce et l'emplacement. Tous les stades de croissance (adulte, larve et pupe) peuvent résister à l'hiver. Dans la plupart des champs infestés, on peut trouver des individus appartenant aux différents stades larvaires. Les adultes s'accouplent et les femelles pondent leurs œufs autour des racines des graminées et des céréales. La larve constitue le stade nuisible, car ce sont les larves qui se nourrissent des racines et des graines à l'intérieur du sol pendant une période allant jusqu'à 6 ans. Elles creusent les graines plus grosses et font souvent mourir les plants qu'elles attaquent au moment de leur levée ou peu après le repiquage. Les dommages faits plus près du moment de la récolte aux cultures-racines telles que le rutabaga et la carotte peuvent réduire les qualités marchandes de ces cultures en plus de les prédisposer à souffrir d'infections bactériennes secondaires.

Le ver fil-de-fer se déplace verticalement dans le profil pédologique en réaction à la température et à l'humidité du sol. Au printemps, lorsque le sol atteint des températures d'environ 10 °C, le ver fil-de-fer remonte dans les premiers centimètres de sol et reste à cette profondeur tant que les températures se situent autour de 26 °C. Si les températures montent plus haut que 26 °C ou que les conditions de sol deviennent très sèches, le ver fil-de-fer peut s'enfoncer à des profondeurs atteignant 60 cm (24 po).

La larve du dernier stade larvaire forme une loge nymphale de terre et amorce la pupaison soit immédiatement, soit au printemps après avoir passé l'hiver à l'abri dans la loge.

Surveillance

Les infestations par le ver fil-de-fer sont habituellement plus importantes dans les champs qui ont déjà été ensemencés de graminées ou de pâturages à base de graminées, ou dans les pâturages à base de luzerne qui ont été passablement envahis par des graminées et des dicotylédones. Les peuplements purs de luzerne n'augmentent pas les populations de ver fil-de-fer. Certaines cultures légumières comme la carotte et la pomme de terre contribuent également à accroître les populations de ver fil-de-fer. Par ailleurs, les sols lourds et détrempés semblent être plus propices aux attaques de ce ravageur. On doit évaluer les populations de ver fil-de-fer avant de semer une culture sensible. La lutte commence donc par l'analyse des antécédents culturaux.

On peut procéder au dépistage du ver fil-de-fer à l'automne avant la première gelée, lorsque les larves commencent à s'enfoncer plus profondément dans le sol ou au printemps lorsque les températures du sol se sont élevées à environ 8 °C. Différentes méthodes permettent d'établir le taux d'infestation du sol par le ver fil-de-fer. Il est recommandé de prélever des échantillons de sol au hasard en autant de points du champ qu'il est possible de le faire. Tous les échantillons doivent représenter une superficie équivalente, soit de 30 cm2 (1 pi2) sur 15 cm (6 po) de profondeur. On tamise ensuite le sol au moyen d'un grillage métallique à maille de 6 mm (1/4 po) afin de compter les vers fil-de-fer.

Des appâts permettent aussi d'obtenir une mesure relative du degré d'infestation par les larves de taupin. On peut notamment se servir de carottes entières qu'on enfouit à 8 cm (3 po) de profondeur en 10-20 points identifiés du champ et qu'on retire du sol après 2-3 jours. Il est également possible d'utiliser une centaine de grammes de farine de blé entier grossière ou de flocons d'avoine ou un mélange de maïs non traité et de semence de blé placé dans un filet à mailles fines qu'on enfouit à 15-30 cm (6-12 po) de profondeur. On enterre l'appât, en prenant soin de ne pas entasser le sol qui le recouvre. On protège ensuite l'appât d'une pellicule de plastique noir dont on ancre les bords en les recouvrant de sol. On dispose ces appâts 2-3 semaines avant les semis. On les déterre après 2-3 semaines et l'on compte le nombre de vers fil-de-fer. Les seuils peuvent varier. Toutefois, en règle générale, le seuil de nuisibilité est fixé à 0,5-1 ver vivant par appât. Dans certaines régions, on a mis au point des appâts à la phéromone pour surveiller en même temps les taupins adultes. Il s'agit là d'un outil plus utile lorsqu'on doit identifier l'espèce de ver fil-de-fer présente dans une région donnée étant donné que l'identification se fait plus facilement par observation de l'adulte.

Lutte

Une fois qu'on a parti la culture, on ne peut plus compter sur des insecticides pour combattre le ver fil-de-fer. Il existe très peu d'insecticides, sinon aucun, qui puissent être utilisés dans les cultures légumières. Certaines cultures, comme le maïs, les pois et les haricots, se prêtent à un traitement des semences au lindane. Il se pourrait cependant qu'on ne puisse plus un jour recourir à cet insecticide. L'étiquette du produit Orthene (acéphate) indique que ce produit convient à un traitement par bassinage des plants de repiquage de tomate afin de combattre les insectes du sol, notamment le ver fil-de-fer. L'étiquette de Counter 15G (terbufos) précise que ce produit peut être utilisé sur le maïs sucré et les betteraves à sucre également au moment des semis. L'étiquette du fumigant Vorlex Plus précise que ce produit peut être utilisé sur la plupart des cultures légumières pour combattre le ver fil-de-fer. Toutefois, la fumigation généralisée du sol n'est pas toujours une méthode de lutte durable ni économique.

La meilleure méthode de lutte consiste à éviter les champs gravement infestés, ce qui n'est pas toujours possible. Il est utile de connaître les antécédents de culture des champs et d'éviter les rotations qui comprennent des graminées et des pâturages. Pendant la saison de croissance, il est judicieux de combattre les graminées adventices dans la culture, surtout le chiendent et les céréales spontanées. Comme le ver fil-de-fer compte une vaste gamme d'hôtes, les rotations n'ont qu'une efficacité moyenne, bien qu'elles puissent contribuer à réduire les populations. Les rotations incluant des cultures qui ne sont pas des hôtes du ravageur, comme l'oignon, la laitue, la luzerne, le tournesol et le sarrasin, abaissent les populations de ver fil-de-fer. Il est indiqué d'inclure dans les rotations des cultures comme la tomate, la betterave à sucre ou le maïs, du fait que des insecticides sont actuellement homologués pour ces cultures. Les rotations incluant des céréales, des graminées, des pâturages, la carotte et la pomme de terre doivent être planifiées avec soin étant donné qu'elles sont des cibles de choix pour le ver fil-de-fer.

La lutte contre le ver fil-de-fer exige une surveillance périodique constante et des interventions promptes dans le cadre d'un programme de lutte intégrée. Pour plus d'information sur la lutte contre le ver fil-de-fer, consulter un spécialiste des cultures, un fournisseur agricole ou des représentants sur le terrain des entreprises de transformation.


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