Pose de moustiquaires pour exclure les insectes des serres


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 290/626
Date de publication : Février 2000
Commande no. 00-022
Dernière révision : Février 2000
Situation :
Rédacteur : Graeme Murphy - spécialiste de la LI/MAAARO; Gillian Ferguson - spécialiste de la LI/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Parasites ciblés
  3. Efficacité
  4. Ventilation
  5. Structure des moustiquaires
  6. Entretien et nettoyage des moustiquaires
  7. Durabilité du matériau
  8. Coûts
  9. Documentation utile

Introduction

Dans le secteur de la serriculture, la lutte intégrée (LI) consiste en un ensemble de stratégies, telle la surveillance des parasites, et de mesures de lutte culturale, chimique et biologique. Elle suppose aussi des mesures de lutte physique comme la pose de moustiquaires pour empêcher les insectes ailés d’entrer dans la serre. Bien que les programmes de LI dans les cultures de serre recommandent l’utilisation des moustiquaires depuis de nombreuses années, cette mesure a été rarement mise en pratique jusque dans le milieu des années 1990 en Ontario. Aujourd’hui cependant, on voit des serriculteurs qui réaménagent certaines sections (petites en général) de leurs serres de façon à empêcher l’accès aux insectes ailés.

La pose de moustiquaires supprime une variable importante du programme de lutte antiparasitaire en serriculture – l’entrée dans la serre de parasites venant de l’extérieur. Les parasites visés sont des insectes communs des serres tels que les thrips, les pucerons et les aleurodes, mais aussi des insectes moins communs comme la punaise terne et la pyrale du maïs. Ils sont susceptibles de poser des problèmes importants dans les serres qui appliquent des programmes de lutte biologique dans le but de limiter l’emploi des pesticides. Les avantages apportés par la pose de moustiquaires ont été démontrés en Israël et en Californie. En Ontario, les producteurs qui ont installé des moustiquaires disent qu’ils ont réduit les taux d’infestation et le recours aux pesticides et qu’ils ont amélioré l’efficacité des mesures de lutte antiparasitaires (surtout dans le contexte de la lutte biologique).

Parasites ciblés

Pour commencer, on doit déterminer quels sont les parasites à qui on doit interdire l’entrée dans la serre. La taille des parasites déterminera la largeur des mailles du matériau utilisé pour confectionner la moustiquaire. Un matériau à grosses mailles ne sert pas à grand chose parce qu’il laissera passer la plupart des parasites qui causent le plus de dégâts dans les cultures de serres. Il peut cependant barrer le passage à des parasites occasionnels relativement gros comme la punaise terne et les papillons (lépidoptères). Pour lutter contre les parasites communs, il est nécessaire d’opter pour une fine ouverture de maille (tableau 1). Quand on doit lutter contre plusieurs parasites, on choisit la largeur de maille qui permet d’éliminer le plus petit d’entre eux.

Tableau 1. Finesse de maille nécessaire pour empêcher les principaux parasites d’entrer dans la serre
Parasite
Largeur minimale des mailles*
Mineuse du chrysanthème (Liriomyza trifolii)
608 µ
Puceron vert du pêcher (Myzus persicae)
434 µ
Puceron du melon (Aphis gossypii)
355 µ
Aleurode des serres (Trialeurodes vaporariorum)
288 µ
Aleurode Bemisia argentifolii
239 µ
Thrips des petits fruits (Frankliniella occidentalis)
215 µ
*1 millimètre = 1 000 microns (µ) (Tiré de Bethke, 1994)

Efficacité

Les données recueillies au cours d’essais réalisés dans des serres commerciales de la région du Niagara montrent que la pose de moustiquaires peut : a) retarder l’apparition d’une infestation de la serre par les thrips; b) réduire nettement les taux de thrips entrant dans les serres; c) favoriser une réduction soutenue des populations de thrips dans les cultures de serre. La figure 1 montre les résultats des observations faites dans une serre commerciale consacrée à la culture des roses à couper, en Ontario; elle souligne la relation entre le nombre de thrips qui entrent dans la serre et le nombre de thrips piégés à l’intérieur de la serre.

Nombre de thrips/plaquette encollée/semaine.

Figure 1. Surveillance des populations de thrips dans une culture de roses au moyen de plaquettes encollées; a) placées dans la prise d’air, b) placées dans la serre à proximité des prises d’air, c) placées dans la serre loin des prises d’air. (Données communiquées gracieusement par C. Teerling, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Vineland).

Nombres moyens de thrips piégés par semaine.

Figure 2. Comparaisons entre les populations de thrips dans les serres munies de moustiquaires et dans les serres non munies de moustiquaires. (Données communiquées gracieusement par Fernlea Flowers, Delhi, Ontario).

La figure 2 montre comment les moustiquaires agissent sur les populations de thrips dans deux cultures de cyclamens situées dans des serres voisines de la même exploitation. Dans la serre qui est munie de moustiquaires, le nombre de thrips a baissé immédiatement et est resté faible.

Nombres moyens de thrips plégés par semaine

Figure 3. Nombre de thrips piégés en 1998 dans une chapelle fermée par des moustiquaires, par comparaison avec le nombre de thrips piégés dans les deux chapelles voisines non protégées de cette façon. (Données communiquées gracieusement par Jeffery’s Greenhouses, St. Catharines, Ontario).

Ventilation

Le point qui préoccupe le plus les producteurs qui envisagent de poser des moustiquaires est le fait que celles-ci diminuent la circulation de l’air à l’intérieur de la serre. La diminution du débit d’air peut entraîner une élévation de la température à l’intérieur de la serre et, si celle-ci est ventilée mécaniquement, elle oblige les ventilateurs à travailler à un régime plus élevé pour aspirer la même quantité d’air à travers les prises d’air partiellement bouchées par la moustiquaire. La diminution du débit d’aération est une préoccupation légitime, mais on peut l’éviter en augmentant la surface des ouvertures. Dans bien des cas, il suffit d’installer autour de celles-ci un châssis sur lequel on tendra la moustiquaire. Le but est de faire en sorte que la superficie finale des ouvertures permette un échange d’air suffisant pour assurer le refroidissement voulu de la serre.

Il existe plusieurs méthodes pour déterminer de combien il faut augmenter la superficie des prises d’air pour maintenir le même niveau d’aération dans une serre donnée. Les facteurs importants sont la largeur des mailles de la moustiquaire, la capacité des ventilateurs et la pression statique différencielle (la différence entre la pression de l’air à l’intérieur de la serre et celle de l’extérieur quand les ventilateurs sont en marche). Ces calculs sont souvent compliqués et bien qu’il existe des logiciels qui en facilitent l’exécution, il est généralement préférable d’en laisser le soin aux fabricants de moutiquaires.

Structure des moustiquaires

Le type de structure à installer n’est pas le même :

  • selon que l’on a besoin ou non d’augmenter la superficie des prises d’air pour maintenir un débit de ventilation suffisant,
  • selon le type de ventilation – naturelle (statique) ou mécanique (ventilateurs), à pression positive ou négative; et selon le type de prises d’air – prises d’air dans les longs-pans (latérales), dans le toit (aération en faîtage) et aération sur chéneau.

En général, les serres à ventilation naturelle sont plus difficiles à munir de moustiquaires et le flux d’air qui passe à travers les moustiquaires peut ne pas être aussi efficace que dans les serres à ventilation mécanique. Les photographies suivantes illustrent certaines des options qui s’offrent aux producteurs.

Pose de moustiquaires sur les prises d’air latérales (ouvertes sur les côtés)

Le grillage est encastré dans la prise d’air.

Le grillage est encastré dans la prise d’air.

Figures 4 et 5. Le grillage est encastré dans la prise d’air.

Dans cette serre multi-chapelles, on a prolongé les chéneaux et on a ajouté une baie fermée par une moustiquaire à la structure existante.

Figure 6. Dans cette serre multi-chapelles, on a prolongé les chéneaux et on a ajouté une baie fermée par une moustiquaire à la structure existante. On a aménagé une porte dans la zone fermée par la moustiquaire pour permettre l’accès de l’extérieur.

Construction d’une structure en appentis qui recouvre complètement toutes les prises d’air, sur toute la longueur de la serre. (Figures 7 et 8). Sur la figure 7, on voit la bâche de polyéthylène dont on recouvre la moustiquaire en hiver pour la protéger.

Construction d’une structure en appentis qui recouvre complètement toutes les prises d’air, sur toute la longueur de la serre. (Figures 7 et 8).

Figures 7 et 8. Construction d’une structure en appentis qui recouvre complètement toutes les prises d’air, sur toute la longueur de la serre. Sur la figure 7, on voit la bâche de polyéthylène dont on recouvre la moustiquaire en hiver pour la protéger.

La moustiquaire est plaquée sur l’ouverture de la prise d’air à l’aide d’un mécanisme Poly-Lock.

Figure 9. La moustiquaire est plaquée sur l’ouverture de la prise d’air à l’aide d’un mécanisme Poly-Lock.

Construction à l’intérieur de la serre d’un châssis englobant toutes les prises d’air et sur lequel on tend la moustiquaire.

Figure 10. Construction à l’intérieur de la serre d’un châssis englobant toutes les prises d’air et sur lequel on tend la moustiquaire.

Pose de moustiquaires sur les ventilateurs

Ventilateur d’admission : on peut voir à l’extérieur de la serre le bâti sur lequel est tendue la moustiquaire.

Figure 11. Ventilateur d’admission : on peut voir à l’extérieur de la serre le bâti sur lequel est tendue la moustiquaire.

Pose de moustiquaires sur les bouches d’aération faîtières

Une moustiquaire à soufflets peut être installée sur chacune des prises d’air du toit dans une serre de type Venlo à aération en faîtage.

Figure 12. Une moustiquaire à soufflets peut être installée sur chacune des prises d’air du toit dans une serre de type Venlo à aération en faîtage.

On peut tendre une moustiquaire d’un seul tenant sur toute la longueur du faîte, en dessous des prises d’air, de la même façon qu’un écran thermique.

Figure 13. On peut tendre une moustiquaire d’un seul tenant sur toute la longueur du faîte, en dessous des prises d’air, de la même façon qu’un écran thermique. Ce genre de moustiquaire peut réduire nettement la luminosité et ne s’avère vraiment avantageux que dans les cas où les cultures n’ont pas besoin d’un maximum de lumière. Elle peut aussi être plus difficile à nettoyer.

Pose de moustiquaires dans une serre à aération en faîtage

On a installé des moustiquaires sur mesure dans certaines serres multichapelles de recherche, à aération sur chéneau, en utilisant un système de poids qui tend la moustiquaire en retrait quand les prises d’air sont fermées.

Figure 14. On a installé des moustiquaires sur mesure dans certaines serres multichapelles de recherche, à aération sur chéneau, en utilisant un système de poids qui tend la moustiquaire en retrait quand les prises d’air sont fermées.

Pose de moustiquaires sur les portes

Porte-moustiquaire coulissante.

Figure 15. Porte-moustiquaire coulissante.

Entretien et nettoyage des moustiquaires

Les moustiquaires utilisées dans les serres sont facilement obstruées par la poussière et d’autres substances qui s’y déposent, surtout en été. Il en résulte une réduction du débit d’air qui peut contribuer à une élévation excessive de la température. Il est donc important de nettoyer les moustiquaires régulièrement. Il est également important, au moment où on conçoit les moustiquaires, de s’assurer qu’on y aura facilement accès pour les nettoyer. On doit laver les moustiquaires de l’intérieur avec un jet d’eau sous pression. Ne pas passer les moustiquaires au jet quand les ventilateurs sont en marche, parce que l’eau bouchera les pores de la moustiquaire et empêchera l’air de passer, ce qui risque d’élever la température de la serre.

L’efficacité des moustiquaires est fonction de leur capacité à empêcher les insectes ailés d’entrer. Il faut donc réparer le plus rapidement possible les déchirures et les perforations. On peut réparer des petites perforations en collant simplement par-dessus un morceau de moustiquaire.

Durabilité du matériau

Quand on achète des moustiquaires, on doit penser à la résistance et à la longévité du produit. La longévité d’une moustiquaire dépend de la façon dont elle est fabriquée, du matériau avec lequel elle est fabriquée, et de la façon dont elle est installée.

Par exemple :

Une moustiquaire installée à l’intérieur de la serre (figure 10) est moins exposée aux intempéries;

Une moustiquaire installée à l’intérieur de la serre (figure 10) est moins exposée aux intempéries

une moustiquaire installée à l’extérieur et recouverte pendant l’hiver par une bâche en polyéthylène ajustable (figure 7) se détériore moins vite;

Une moustiquaire installée à l’extérieur et recouverte pendant l’hiver par une bâche en polyéthylène ajustable (figure 7) se détériore moins vite

il faut penser aux risques que la moustiquaire soit endommagée par le matériel, les débris projetés par la tondeuse à gazon, les rongeurs ou d’autres animaux.

La plupart des matériaux de moustiquaire qu’on trouve sur le marché sont censés, selon leurs fabricants, avoir une durée de vie de 3 à 5 ans.

G. Coûts

Les coûts associés à la pose de moustiquaires sont fonction de plusieurs facteurs :

  • la forme finale des surfaces à recouvrir d’une moustiquair
  • l’augmentation de la superficie des prises d’air qui est nécessaire pour maintenir un taux suffisant de ventilation
  • le coût du matériau avec lequel les moustiquaires sont confectionnées
  • la place des prises d’air, dans le toit ou sur les côtés
  • la fréquence de remplacement; la fréquence du nettoyage.

La plus grande variable est la différence de coût entre l’installation de moustiquaires dans une serre à ventilation mécanique avec prises d’air latérales et dans une serre à ventilation statique avec prises d’air dans le toit. Néanmoins, des serriculteurs qui ont installé des moustiquaires sur des prises d’air latérales dans des serres à ventilation mécanique disent être rapidement rentrés dans leurs frais grâce à la réduction des coûts en pesticides et à la plus grande efficacité des mesures antiparasitaires.

Documentation utile

Baker J.R., Bell M.L. et Shearin E.A. (1997). Insect Screening. Information Note 104: Ornamentals and Turf, Integrated Pest Management. North Carolina Cooperative Extension Service. NCSU, 4 pp.

Bell M.L et Baker J.R. (1997). Choose a greenhouse screen based on its pest exclusion efficiency. North Carolina Flower Growers’ Bulletin. 42(2):7-13.

Bethke J. A. (1994). Considering Installing Screening? This is what you need to know. Greenhouse Manager, avril 1994, p. 34-36.

Hahn R.H. et Rosentreter E.E. (1989). Heating, Ventilating and Cooling Greenhouses. In: ASAE Standards, R.H.Hahn et E.E. Rosentreter (directeurs de publication), p. 452-455.

National Greenhouse Manufacturers Association. Insect Screening – Greenhouse Insect Screen Installation

Considerations for Greenhouse Operators (Copyright Pending 1996).

Sase S. et Christianson L.L. (1990). Screening Greenhouses – Some Engineering Considerations. Actes de la conférence de 1990 sur l’agronomie et le génie biologique dans la région nord-est; p. 1-13.

Willits, D.H. (1993). Greenhouse Cooling. North Carolina Flower Growers’ Bulletin. 38(2): 15-18.


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