La taille des arbres fruitiers


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 210/24
Date de publication : mars 2000
Commande no. 00-006
Dernière révision : août 2009
Situation : En remplacement de la fiche n° 90-223, qui porte le même titre
Rédacteur : Ken Wilson - spécialiste en pomiculture/MAAARO

Table des matières

  1. Principes
  2. Taille et formation au moment de la plantation
  3. Formation des jeunes arbres non fructifères
  4. Taille des arbres adultes
  5. Résumé des règles pour la taille des arbres en production

Bien que les principes de la taille des arbres fruitiers restent inchangés, les pratiques utilisées en arboriculture fruitière se sont quant à elles diversifiées au fil des ans. Encore aujourd'hui, même dans les vergers à haute densité, les systèmes de conduite adoptés par les arboriculteurs commerciaux reposent sur ces mêmes principes. Avant d'appliquer un système de conduite déterminé dans un verger à haute densité, il est conseillé d'examiner à fond les techniques de taille et de formation propres à ce système.

Principes

La taille a un effet nanifiant sur l'arbre

De nombreuses expériences montrent que la taille est un processus nanifiant, c'est-à-dire qu'elle réduit la hauteur et la grosseur de l'arbre. Le feuillage est l’organe responsable de la transformation des matières premières en aliments assimilables. Voilà pourquoi, en coupant une branche qui porterait des feuilles si elle était laissée intacte, on diminue du même coup la production totale de cette « usine » puisqu’on réduit la surface du feuillage. La taille d'été a l'effet nanifiant le plus important.

La taille semble donner de la vigueur à l'arbre

Les effets de la taille sont en quelque sorte trompeurs puisque des pousses vigoureuses et de grandes feuilles ne tardent pas à sortir tout près des blessures de taille : on pourrait donc croire que la croissance de l’arbre s’en trouve accélérée. En fait, la taille diminue le nombre de points de croissance stimulant ainsi ceux qui restent. Elle réduit la croissance totale et la surface foliaire totale de l'arbre proportionnellement à la sévérité de l'opération. (Les arbres peuvent être fortifiés au besoin par l'utilisation rationnelle de fertilisant.)

La taille produit des effets localisés

La suppression totale ou l'élagage des ramilles d'une branche réduit la croissance de cette branche. La taille favorise la croissance dans la partie de la coupure.

Une taille trop sévère a des effets négatifs divers

La taille, lorsque trop sévère, en stimulant la croissance à l'excès, entraîne un manque de coloration des fruits, retarde leur maturation et favorise la croissance de drageons et de rejets. La croissance excessive de tissus non aoûtés augmente le risque de brûlure bactérienne pour les pommes et les poires, de chancre pour les pêches et de gelure pour toutes les espèces fruitières.

La taille des jeunes arbres retarde la mise à fruit

Comme la taille favorise la croissance de pousses longues et charnues en fin de saison, les produits de la photosynthèse ne s'accumulent pas en quantité suffisante pour permettre la formation de bourgeons à fruits. Conséquemment, l'arbre demeure à l'état juvénile ou non fructifère durant un plus grand nombre d'années. Les jeunes arbres ont souvent une croissance très dressée et deviennent tellement denses que le fruiticulteur est tenté d'éclaircir les branches. Il a cependant été montré qu'une mise à fruit hâtive favorise l'ouverture de l'arbre plus efficacement que la taille. Pour les jeunes arbres, il faut se souvenir de l'enchaînement suivant : taille légère, mise à fruit hâtive, arbre étalé (figure 1).

Arbre à tige centrale unique. Les sept branches charpentières sont disposées en spirales autour de l'axe central et les fourches s'avèrent bien ouvertes et solides.

Figure 1. Arbre à tige centrale unique. Les sept branches charpentières sont disposées en spirale autour de l'axe central et les fourches sont ouvertes et solides.

 

Des coupes rases et nettes guérissent plus facilement

Les coupes doivent être franches et rases sur les grosses branches auxquelles les rameaux superflus sont attachés. Par contre, le pêcher fait exception à cette règle. Dans le cas du pêcher, il est préférable de laisser un bourrelet au lieu de couper à ras. En effet, le bois guérit plus vite lorsque le repli de l'écorce est laissé intact à la base des grosses branches. Quand on coupe du bois d'un an, il faut faire la coupe aussi près que possible d'un bourgeon pour faciliter la cicatrisation. Un moignon ou des bords effilochés retardent beaucoup la cicatrisation de la blessure et augmentent les risques de dessiccation et d'infection. Ceci est particulièrement vrai pour les pêchers car tout retard de la cicatrisation prédispose l'arbre à l'infection par le chancre.

Les fourches à angle aigu ont moins de résistance

Lorsque l'angle de la fourche est inférieur à 35 degrés, le point d'attache de la branche est faible à cause de l'inclusion d'écorce à l'aisselle. Les tissus des fourches à angles aigus atteignent leur maturité plus lentement à l'automne et sont donc plus vulnérables aux dégâts causés par les températures basses, surtout lorsque l'hiver est rigoureux. Les fourches à angle aigu sont habituellement plus sensibles à l'eau, à la glace, aux organismes pathogènes et au chancre. Il faut donc enlever sans tarder les branches qui ont de telles fourches pour éviter la perte ultérieure d'une partie importante de l'arbre causée par un bris dû au poids des fruits.

Disposition des tissus dans les fourches à grand angle (a) et à angle faible (b). La fourche à angle faible accuse un défaut structural à cause de l’écorce qui s’y trouve emprisonnée (voir flèche): elle devient un point d’accès pour insectes et maladies (adaptation d’un croquis extrait du bulletin 419, Cornell Agr. Expt. Sta., 1923).

Figure 2. Disposition des tissus dans les fourches à angle ouvert (a) et à angle fermé (b). La fourche à angle fermé accuse un défaut structural à cause de l'écorce qui s'y trouve emprisonnée (voir flèche) : elle devient un point d'accès pour insectes et maladies (adaptation d'un croquis extrait du bulletin 419, Cornell Agr. Expt. Sta., 1923).

Taille et formation au moment de la plantation

Lorsque de nouveaux arbres fruitiers sont prélevés dans une pépinière, une bonne partie des racines les plus fines sont détruites. L'équilibre entre les feuilles et les racines n'existe plus, le jeune arbre a maintenant plus de feuilles que le système racinaire ne peut nourrir. Il en résulte un déséquilibre qui retardera la croissance de l'arbre.

Pour pallier ce problème, on devrait faire subir à tous les arbres fruitiers une taille sévère au moment de la plantation, avant le début de la croissance. Il faut enlever au moins le quart de la surface foliaire potentielle, éliminer toutes les branches en bas de 60 cm, rabattre la tige centrale à 80-90 cm si l'arbre est assez grand et enlever tous les gourmands. Quant aux arbres bien développés ou aux arbres plus vieux dont on désire conserver certaines branches charpentières, on peut rabattre ces branches en ne laissant que deux ou trois bourgeons afin de maintenir la croissance dans cette partie de l'arbre. Enlever complètement les branches:

    • dont la fourche forme un angle trop fermé,
    • qui sont trop près du sol, ou
    • dont le diamètre se rapproche de celui de la tige centrale.

À la plantation et durant les deux ou trois premières années, la taille doit être considérée presque exclusivement comme un processus de formation. La vigueur de l'arbre adulte dépend à la fois du choix judicieux des branches et du maintien d'un équilibre adéquat entre celles-ci. Les erreurs commises pendant la période de formation peuvent donner des arbres frêles. De plus, il peut être nécessaire de faire des tailles sévères les années suivantes pour corriger ces erreurs - ce qui signifie enlever des parties importantes de branches fructifères et faire de grandes entailles, lesquelles sont plus sensibles aux infections. Il est extrêmement important d'établir une charpente solide au cours des premières années.

Le système de tige centrale unique est recommandé pour tous les arbres fruitiers. La forme obtenue ressemble à celle d'un « arbre de Noël », c'est-à-dire une forme conique ayant une base large et un sommet pointu. Au début, c'est en les taillant qu'on donne une telle forme aux arbres fruitiers. Certains arbres, particulièrement les cerisiers à fruits acides, les pêchers et les pruniers japonais ne gardent pas une tige centrale dominante très longtemps, mais cela ne pose pas de problème. À maturité, un arbre formé selon le système de la tige centrale aura 6 à 8 branches charpentières distribuées verticalement et en spirale autour du tronc (figure 3) et la branche la plus haute (dominante) s'élèvera nettement au-dessus des autres.


Il est extrêmement important d'établir une charpente solide au cours des premières années.

Figure 3. Il est extrêmement important d'établir une charpente solide au cours des premières années.


La distance verticale entre les branches charpentières occupant le même quadrant de l'arbre variera de 10 à 80 cm selon la taille finale de l'arbre. Les charpentières trop rapprochées fournissent un ombragement excessif. Les branches ombragées sont affaiblies, produisent des fruits de mauvaise qualité et en moindre quantité, et elles finissent par devenir improductives. Si l'angle des branches charpentières sur la tige centrale est suffisant (plus de 35 degrés), il n'y aura pas de fissures de l'écorce aux aisselles et l'arbre sera plus robuste. La forme conique de nombreux cultivars ralentit la croissance, ce qui rend l'écimage superflu. Le fait de garder une tige centrale unique durant les premières années favorise une meilleure angulation des branches charpentières du bas. La tige centrale des arbres nains sera perdue prématurément s'ils sont mis à fruit trop tôt.

Formation des jeunes arbres non fructifères

Moins on taille pendant cette période, plus l'arbre porte des fruits tôt dans la saison. Voilà pourquoi il faut faire le minimum de taille une fois que les branches charpentières ont été sélectionnées jusqu'à ce que l'arbre porte des fruits. Une production précoce, en plus de produire des recettes plus rapidement, ralentit la croissance végétative et fait ployer les branches. On obtient ainsi un arbre dont on peut contrôler la hauteur et une frondaison plus ouverte qui assure une meilleure pénétration de la lumière et facilite les arrosages. Toutefois, il faut éviter une mise à fruit trop précoce de la tige centrale.

On devrait pratiquer une taille douce la troisième et la quatrième années et procéder par éclaircissage plutôt que par rabattage. En règle générale, à partir de la deuxième année, il faut éviter de rabattre jusqu'au moment où les arbres ont une fructification abondante.

Il faut enlever les branches qui forment un angle fermé (moins de 35 degrés) avec le tronc, éliminer les branches qui poussent verticalement ou vers l'intérieur de l'arbre, celles qui sont faibles et tombantes ainsi que celles qui ont tendance à en croiser d'autres ou à leur nuire.

Il suffit habituellement de six à huit branches charpentières pour avoir un bon arbre. Il est recommandé de tailler très légèrement et de laisser plus de charpentières et de branches secondaires aux variétés de poiriers sensibles à la brûlure, surtout là où les risques de brûlure bactérienne sont élevés.

Taille des arbres adultes

Taille en période de dormance

On procède à la taille des arbres principalement lorsqu'ils sont dormants, c'est-à-dire entre le moment où les feuilles tombent à la fin de l'automne et celui où, au début du printemps, les bourgeons commencent à gonfler. Le moment idéal et le plus sûr se situe avant le gonflement des bourgeons alors que le plus risqué est à la fin de l'automne et au début de l'hiver. Par ailleurs, la taille des pêchers et des nectariniers à l'état de dormance augmente le risque de gelure; aussi vaut-il mieux tailler ces espèces pendant la floraison.

Dans les vergers, la taille de printemps devrait débuter assez tôt et être terminée avant l'apparition des feuilles. Les risques de gelure augmentent lorsqu'on commence la taille trop tôt. Une taille suivie de températures basses donne lieu à des gelures - pas toujours visibles, mais presque toujours présentes. L'importance des dommages est directement liée au temps qui s'écoule entre la taille de l'arbre et la chute de température; plus ce temps est court, plus les dommages sont importants.

Toute taille a un effet nanifiant, mais la taille en période de dormance est celle qui favorise le plus la croissance végétative. Si on veut obtenir une nouvelle poussée végétative, la taille en période de dormance est le meilleur moyen de le faire. Plus la taille est sévère, plus les nouvelles pousses seront nombreuses. Celles-ci apparaîtront à proximité des branches coupées.

Taille pendant la floraison

La plupart des arboriculteurs préfèrent ne pas tailler les pêchers et nectariniers avant que les bourgeons floraux ne soient suffisamment développés pour pouvoir évaluer le taux de survie à l'hiver de ces bourgeons. Il faut noter que le fait de retarder la taille passé le stade de l'éclatement des collerettes peut faire perdre à l'arbre beaucoup de sa vigueur.

Taille au début de l'été

La taille a un effet nanifiant plus important en juin et au début juillet. Si l'objectif est de réduire la croissance végétative et de prévenir le développement de pousses, c'est le meilleur temps pour tailler. Mais il ne faut pas oublier que la taille au début de l'été réduit beaucoup la croissance de l'arbre dont elle nanifie d'abord le système racinaire pour faire sentir ensuite ses effets sur l'arbre tout entier.

Taille à la mi-été

La taille à cette période de l'année a peu ou pas d'effet stimulant sur la croissance végétative. De plus, elle n'a pas d'effet nanifiant aussi marqué que la taille du début de l'été. Le système racinaire est réduit mais pas autant que par la taille au début de l'été. C'est peut-être le meilleur temps pour réduire la hauteur et la grosseur des arbres en rabattant les nouvelles pousses. L'importance du rabattage dépendra de la croissance, de la vigueur de l'arbre et de son âge. Dans le cas d'un arbre bien développé qui donne une récolte abondante, on peut enlever la moitié ou les deux tiers de la nouvelle croissance afin d'améliorer l'ensoleillement direct et, par conséquent, la coloration des fruits. Cette taille aura aussi pour effet de réduire la croissance végétative et de rendre plus de sucres disponibles pour le développement des fruits qui, de ce fait, auront plus de goût même si leur calibre pourrait en avoir souffert.

Taille d'automne

Les plaies de taille ne cicatriseront pas à cette période de l'année. Cependant, on peut commencer certaines tailles au début de l'automne afin de répartir la charge de travail sur une plus longue période. Il est préférable de commencer avec les arbres les plus vieux, et on doit cesser la taille bien avant qu'une chute importante de température menace de se produire. Les pêchers et les nectariniers ne doivent pas être taillés à l'automne à cause du risque toujours présent de chancre.

Résumé des règles pour la taille des arbres en production

  1. Enlever les branches cassées, mortes ou malades.
  2. Lorsqu'il y a deux branches rapprochées parallèles ou l'une au-dessus de l'autre, enlever la moins bien située en tenant compte de l'espacement horizontal et vertical.
  3. Dans la mesure du possible, tailler selon un plan horizontal; laisser sur les branches charpentières les rameaux qui poussent plus ou moins horizontalement et enlever celles qui tombent ou poussent vers le haut.
  4. Tous les cultivars doivent être éclaircis suffisamment pour faciliter les arrosages et favoriser la pénétration de la lumière et la circulation de l'air.
  5. Pour réduire la hauteur d'un arbre de grande taille, il faut rabattre la tige centrale modérément, soit jusqu'au niveau d'un rameau horizontal bien développé.
  6. Les branches les plus basses des cultivars étalés ou tombants devraient être taillées jusqu'aux rameaux ascendants.
  7. On doit tailler les cultivars qui ont tendance à produire des rameaux et des brindilles en abondance afin de limiter les nouvelles pousses et de fournir à l'arbre suffisamment de dégagement.
  8. Faire des coupes rases et nettes. Les chicots prédisposent au pourrissement et au chancre, formant ainsi des foyers d'infection pour la branche ou le tronc avoisinant.
  9. Tailler modérément. Une taille trop sévère pouvant amener un déséquilibre entre la croissance du bois et la fructification est généralement à éviter.
  10. Tailler régulièrement. Les arbres dont on s'occupe tous les printemps sont habituellement en meilleur état que ceux qui sont taillés irrégulièrement.
  11. Tailler la partie de l'arbre où l'on souhaite stimuler la croissance. Cette règle s'applique particulièrement aux vieux arbres. De nouvelles pousses n'apparaissent qu'aux endroits de l'arbre qui ont été taillées. Tailler le moins possible là où la croissance est déjà excessive.
  12. Ne pas enlever de branches à moins d'avoir une raison particulière de le faire. Il ne faut pas oublier que les feuilles sont des organes de synthèse alimentaire et que si la surface foliaire est réduite de manière excessive, la croissance, la fructification ou les deux en pâtiront.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.