Compréhension et accroissement de la capacité d'une exploitation agricole


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 810
Date de publication : 2016 décembre 2016
Commande no. 16-060
Dernière révision : 2016 décembre 2016
Situation :
Rédacteur : Nick Betts, spécialiste en gestion des entreprises agricoles/MAAARO , Guelph

Table des matiéres

« Quel volume de production voulez-vous réaliser? Quel revenu souhaitez-vous en tirer? » À ces questions, la plupart répondent « Autant que possible », ce qui n'est pas une bonne réponse, car cela démontre que certains volets de l'entreprise ne sont pas réellement bien compris. Il est en effet indispensable de connaître les limites d'une exploitation agricole de même que les éléments requis pour en accroître la capacité ou pour permettre au producteur de produire davantage. Le tout avec l'objectif que l'entreprise génère le moins de stress possible et soit axée sur la durabilité et la rentabilité tout en étant fondée sur une gestion rigoureuse, et non sur la chance et des suppositions concernant les marchés.

Qu'entend-on par capacité?

La capacité d'une exploitation agricole se définit par le niveau maximum d'activités générant une valeur, dans des conditions dites « normales ».

Voici un exemple simple : prenons un espace de stationnement qui comprend 100 places. La quantité de voitures que le garage peut contenir est 100; toutefois, la véritable capacité d'accueil dépend de la manière dont le garage est utilisé. Si le garage est seulement ouvert huit heures par jour, et qu'il est rempli par des véhicules de travailleurs, la capacité est de 100 voitures par jour. Par contre, s'il est ouvert aux personnes qui viennent faire des emplettes dans un centre commercial, et que la durée moyenne de séjour dans le centre est de deux heures par voiture, la capacité du garage est multipliée par quatre pour le même nombre d'heures, et sa capacité d'accueil est donc de 400 par jour. Une exploitation agricole n'est pas différente d'un garage à cet égard; sa capacité dépendra de la manière selon laquelle les ressources dont dispose le producteur seront utilisées et de ce qui est produit à la ferme.

On peut se faire une bonne idée de la capacité de l'exploitation agricole par rapport à sa capacité maximum si l'on considère la ferme en tant que système. Certains volets sont probablement utilisés au maximum, et d'autres, en deçà de la capacité de l'entreprise. Ces deux extrêmes devraient être gérés différemment. Les aspects de la ferme qui sont utilisés au maximum peuvent être une source de risques majeurs; en effet, que se produira-t-il en cas de problème dans une telle situation? L'ensemble du système pourrait tomber en panne en raison d'un problème de surcapacité. Par contre, si la ferme fonctionne nettement au-dessous de sa capacité, il y a un important gaspillage dans le système, ce qui nuit à la rentabilité et est contraire aux bonnes pratiques de conservation des ressources.

Il existe une efficacité optimale qui permet à l'exploitant de gérer efficacement la ferme en limitant le gaspillage, et en disposant de suffisamment de capacité pour gérer les risques, advenant que des circonstances imprévues exigent de modifier les activités en cas de crise. Il est crucial de s'assurer que la ferme dispose d'une capacité suffisante pour répondre à toutes les demandes actuelles et futures auxquelles elle fait face.

Mesure et utilisation de la capacité

La planification à long terme de la capacité d'une ferme représente une tâche considérable, mais indispensable au succès de l'entreprise. Cette planification exige temps et argent. Pour réellement améliorer la compréhension et le développement de la capacité de l'exploitation agricole à des fins d'expansion, le producteur doit être en mesure d'évaluer la capacité actuelle de l'entreprise.

La capacité peut s'exprimer de deux manières différentes : les mesures de la production ou les mesures d'intrants.

Les mesures de la capacité de production conviennent mieux à l'évaluation de processus distincts au sein de l'exploitation, comme le nombre d'agneaux produits annuellement, par exemple. Si l'on tient compte de paramètres plus complexes (comme le nombre de brebis dans la bergerie, le volume d'aliments pour animaux produit, etc.), cette méthode est moins appropriée.

Les mesures d'intrants sont habituellement utilisées pour les processus souples impliquant de faibles volumes, comme si on envisage, par exemple, de passer d'un calendrier annuel d'agnelage à un système accéléré.

L'utilisation se rapporte à la proportion de temps requis pour le fonctionnement d'un processus, comparativement à la capacité théorique. Elle est mesurée sous forme de rapport entre le taux moyen de production et la capacité maximum, et est exprimée en pourcentage.

La formule qui suit permet d'établir s'il est justifié ou non de se doter de capacité additionnelle ou d'éliminer une capacité non nécessaire. On peut appliquer la formule pour les aspects concernant la machinerie, le matériel, les champs, les bâtiments d'élevage et le personnel.

Utilisation = taux moyen de production/capacité maximum x 100 %

Ce serait le cas, par exemple, d'une usine ayant un taux d'utilisation de 60 % qui fabrique 60 produits au cours d'une période de temps donnée, alors que la machinerie aurait la capacité maximum d'en produire 100 durant le même laps de temps. Cela pourrait s'appliquer aussi au nombre d'agneaux finis annuellement/capacité de la bergerie x 100 %.

Quand on utilise cette formule, le taux moyen de production et la capacité maximum doivent être mesurés avec les mêmes unités (ex. : temps, unités de production, dollars, etc.).

La capacité maximum représente le niveau maximum de production qu'un processus peut soutenir durant une longue période, soit pendant un an ou plus. Ainsi, un producteur peut être en mesure de travailler 20 heures par jour durant la période des récoltes, mais il ne pourrait maintenir ce rythme de travail (de manière efficace du moins) pendant toute une année ou une saison complète.

Économies d'échelle

Le concept d'économies d'échelle repose sur le fait que le coût moyen par unité produite peut être réduit lorsqu'on augmente le taux de production. Les économies d'échelle démontrent comment on peut abaisser les coûts de l'entreprise quand on augmente la production. En voici quelques exemples :

  • les frais fixes sont répartis sur un plus grand nombre d'unités;
  • les frais de construction par unité de production sont réduits;
  • les coûts d'achat de matériel par unité de production sont moins élevés;
  • les économies d'échelle comportent des avantages techniques.

Ces hausses ne sont cependant pas illimitées. Quand une exploitation agricole devient trop grosse, on observe des économies d'échelle, dans le cadre desquelles le coût moyen par unité augmente si la ferme continue de prendre de l'expansion. À ce point, une exploitation de taille excessive constitue une source de complexité, d'éparpillement et d'inefficacité qui contribue à hausser le coût moyen unitaire d'un produit. Les plus grosses exploitations ne sont pas nécessairement plus productives ou plus efficaces en matière de gestion du risque; les économies d'échelle fluctuent selon les entreprises et ont tendance à dépendre davantage de la capacité de gestion de l'exploitant que de l'infrastructure en place et des forces du marché.

Calcul de la marge de manœuvre requise en matière de capacité

Avant de prendre toute décision concernant la capacité de la ferme, il est important de tenir compte de l'ampleur de la marge de manœuvre dont on souhaite disposer pour le fonctionnement de l'exploitation.

La marge de manœuvre en matière de capacité représente la capacité de réserve de l'entreprise agricole qui permet de faire face à de soudaines hausses de la demande ou à des pertes temporaires de capacité de production.

De manière générale, le taux moyen d'utilisation ne devrait pas être trop près de 100 % sur une période à long terme. Quand la capacité de l'exploitation est presque utilisée à 100 %, le producteur doit décider soit de réduire les activités ou d'accroître cette capacité. Cela peut se faire de différentes manières en apportant des modifications aux processus qui sont utilisés au maximum de leur capacité. Il peut s'agir, par exemple, d'interventions concernant les employés, la machinerie utilisée ou les dimensions des bâtiments d'élevage.

Si la demande pour les produits de la ferme continue d'augmenter, on peut envisager d'accroître la capacité de l'exploitation à long terme afin de se prémunir contre les incertitudes à mesure que la demande augmente.

L'ampleur de la marge de manœuvre requise varie selon l'industrie, le secteur d'activité et l'exploitant agricole (ainsi une grosse marge de manœuvre est idéale dans le cas de services à la clientèle pour lesquels les clients s'attendent à un service rapide, comme dans une fraisière où l'on doit traiter d'importants volumes de produits et de clients sur les lieux de la ferme durant la saison, mais non pas durant toute l'année). D'autres points doivent être pris en compte quand vient le temps de prendre une décision sur la marge de manœuvre souhaitée, dont la situation familiale. Certains événements de la vie personnelle (comme des enfants qui quittent le foyer familial, un nouveau bébé, la retraite) peuvent influer sur la capacité de l'entreprise. Les événements de la vie ont un effet sur les niveaux de stress vécus par l'exploitant, ainsi que sur les priorités de ce dernier et sur son habileté à faire face aux difficultés qui surviennent à la ferme, que ce soit sur le plan administratif ou opérationnel. Ces aspects doivent être pris en compte dans l'analyse. Il peut sembler plus sécuritaire d'avoir une grosse marge de manœuvre, mais il est peut-être préférable d'opter pour un plus petit " coussin ", étant donné que chaque unité de capacité inutilisée fait perdre des sous à l'exploitant et à l'entreprise.

Expansion de la capacité

Il existe deux stratégies opposées concernant le moment où l'on devrait envisager l'expansion de son entreprise par l'augmentation de sa capacité et la gestion du risque. Ces deux stratégies sont complètement à l'opposé l'une de l'autre; il est recommandé en fait d'adopter une stratégie qui se situe entre les deux, en puisant différents éléments dans chacune.

Stratégie expansionniste

La stratégie expansionniste signifie que l'exploitant devance la demande et minimise les pertes de profit attribuables à une capacité insuffisante. Cette stratégie est souvent privilégiée, car elle peut mener à d'importantes économies d'échelle, en permettant à la ferme de réduire ses coûts et d'être concurrentielle en matière de prix.

La mise en place d'une telle stratégie peut soit entraîner une hausse globale de la production et des parts de marché de l'entreprise, soit permettre d'anticiper le marché dans le but d'être le premier à mettre en marché ses produits. En décidant par exemple d'accroître considérablement sa capacité ou en annonçant qu'il le fera sous peu, un producteur peut se prémunir contre l'expansion de provinces ou pays concurrents ou attirer l'attention des acheteurs vers sa région au moment où ces derniers planifient leur stratégie commerciale. Ainsi, le producteur qui démontre son habilité à accroître sa capacité et à gérer les risques qui y sont associés peut inciter les préposés à l'approvisionnement d'un magasin d'alimentation à décider de s'approvisionner dans sa région, en raison de la grande capacité qu'on y trouve, au détriment d'une région offrant moins de capacité. De cette manière, le magasin d'alimentation gère plus efficacement les risques associés à la chaîne d'approvisionnement.

Pour que cette stratégie soit un succès cependant, l'exploitant doit être en mesure d'acquérir la capacité voulue et de respecter la stratégie prévue. Autrement, il perdra la détermination requise pour favoriser toute réussite à court terme.

Stratégie attentiste

La stratégie attentiste implique d'être en retard face à la demande et d'avoir recours à des solutions à court terme comme l'embauche de travailleurs temporaires, la location de bâtiments et de terres et l'achat de moulée en vue de faire face aux imprévus. L'objectif de cette stratégie est d'accroître la capacité à plus petite dose, comme rénover les installations existantes plutôt qu'en construire de nouvelles. Il peut, par exemple, être efficace de louer des terres pour éviter d'importantes dépenses d'investissement, surtout dans le cas des producteurs de grandes cultures. Le risque est de perdre l'accès aux terres louées, ce qui met en lumière l'importance des ententes écrites.

En suivant les variations de la demande, les risques d'une surexpansion basée sur des prévisions trop optimistes en matière de demande, une technologie désuète ou sur des hypothèses inexactes sont considérablement réduits.

Toutefois, cette stratégie comporte aussi des risques. Quand un producteur décide d'opter pour cette voie, il peut aussi être devancé par une entreprise ou une province ou pays concurrents, ou il peut ne pas être en mesure de satisfaire à des hausses soudaines et inattendues de la demande ou de saisir des occasions sans pousser son système au-delà de la capacité de ce dernier.

Cette stratégie convient mieux aux entreprises surtout axées sur le court terme. Le propriétaire ou exploitant de ferme averti devra choisir la stratégie la plus appropriée à ses besoins commerciaux.

Il existe de très nombreuses stratégies possibles qui se situent entre ces deux extrêmes, comme celle qui consiste à suivre ce que font les chefs de file; dans ce cas, l'expansion de la capacité de l'entreprise se fait parallèlement à celle des concurrents ou des entreprises semblables. Cette stratégie n'apporte pas d'avantages concurrentiels aux entreprises, bien que les volumes de production et les économies d'échelle peuvent être profitables pour l'exploitation. Si, toutefois, les affaires des chefs de fil tournent mal, les autres risquent de subir le même sort, ce qui signifie que toutes les entreprises auront à faire face à des problèmes de surcapacité. Bien qu'une seule exploitation puisse avoir peu d'influence sur le marché, les répercussions d'une telle situation sur l'exploitation peuvent être importantes.

Décisions relatives à la capacité à long terme

Quatre étapes peuvent guider l'exploitant qui se prépare à prendre des décisions concernant la capacité à long terme de son entreprise et la manière de procéder :

  1. L'estimation des exigences associées à la future capacité de l'entreprise.
    Établir les besoins de l'exploitation en ce qui a trait à la future capacité prévue en tenant compte de la situation actuelle. Se rappeler que les exigences liées à la capacité peuvent être exprimées en mesures de production ou en mesures d'intrants.
  2. Repérage des lacunes en comparant les exigences avec la capacité disponible.
    Les lacunes en matière de capacité correspondent aux différences entre les exigences prévues et la capacité actuelle de l'exploitation. Si plusieurs sites et plusieurs intrants sont en cause, il peut devenir très complexe de prendre une décision pour l'accroissement de la capacité à long terme. Si le producteur décide, par exemple, d'augmenter la capacité de certains sites, la capacité globale de l'entreprise pourra augmenter.
  3. Préparer des plans de rechange pour minimiser les lacunes.
    Une fois que les exigences en matière de capacité ont été établies et que les lacunes ont été trouvées, préparer des plans permettant de régler les lacunes prévues.
  4. Évaluer chacune des options, qualitativement et quantitativement, et faire son choix. L'étape finale comporte une évaluation de chaque option, qualitativement et quantitativement. Est-ce que la solution retenue convient de manière qualitative à la stratégie d'ensemble de l'exploitation agricole? Il peut être utile de tenir une séance de remue-méninges afin d'évaluer plus en profondeur les répercussions de toutes les options offertes avant de prendre une décision définitive.

Quantitativement, on doit estimer pour chaque option l'effet que les changements requis auront sur les liquidités, non pas seulement en ce qui a trait à la production ou au profit potentiels, mais en tenant compte de l'horizon de prévision par comparaison au cas de base.

Par où commencer?

La capacité est un concept assez difficile à comprendre, et encore plus à opérationnaliser. La première étape est de comprendre le système en place dans l'exploitation : est-ce qu'il vaut mieux avoir recours aux mesures de production ou aux mesures d'intrants? On doit donc d'abord trouver laquelle de ces méthodes convient mieux à l'entreprise. Ensuite, il faut examiner en profondeur tout le processus de production et de vente, écrire ses observations et établir le taux d'utilisation des différents processus pour savoir à quel endroit on peut apporter des changements profitables.

Ressources

Fiche technique du MAAARO : Établissement de plans d'exploitation, ontario.ca/agroentreprise

Slack, Nigel, Stuart Chambers et Robert Johnston, Operations Management, 5th ed., New York : Prentice Hall/Financial Times, 2007.

Greasley, Andrew, Operations Management. 2nd ed. Chichester, England: John Wiley & Sons, 2009.

Krajewski, Lee, Larry Ritzman et Manoj Malhotra, Operations Management: processes and supply chains. 9th ed. New Jersey: Prentice Hall, 2010.


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